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Full text of "Histoire naturelle du département des pyrénées-orientales"

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ENTOMOLOGIG4L COLLECTION 






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3546 

This book may be kept out TWO WEEKS 
ONLY, and is subject to a fine of FIVE 
CENTS a day thereafter. It is due on the 
day indicated below: 



6May'60' 







HISTOIRE NATURELLE 



DU DÉPARTEMENT 



DES PYRÉNÉES-ORIENTALES. 



HISTOIRE 

NATURELLE 



DU DÉPARTEMENT 



DES PYRÉNÉES-ORIENTALES, 



Par le Docteur LOUIS COMPANYO, 

Créateur et Conservateur du Muséum d'Histoire Naturelle de la ville de Perpignan , 

Ancien Officier de Santé des Armées, Chirurgien de la première ambulance 

légère du grand quartier -général impérial, Membre de la Société 

Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales, 

et de plusieurs autres sociétés savantes. 



TOME TROISIÈME. 



PERPIGNAN. 

IMPRIMERIE DE J.-R. ALZINE, 
Uue des Trois-Rois , \. 

IS63. 



HISTOIRE NATURELLE 



DU DEPARTEMENT 



DES PYRÉNÉES-ORIENTALES. 



QUÀTKIEMK PABTIË. 

RÈGNE ANIMAL. 



Généralités. 

Rien n'est plus capable d'élever l'âme et le cœur 
de l'homme, que le sublime spectacle que lui offre le 
monde des Animaux. Quelle splendeur, quelle magni- 
ficence! Comment contempler à la fois tant de mer- 
veilles! Les détails échappent au calcul, et l'ensemble 
au génie : l'imagination même reste épouvantée devant 
la grandeur de la création. Des hommes éminents, 
des philosophes, des génies immortels ont consacré 
à son élude leur existence tout entière. 



6 RÈGNE ANIMAL. 

L'histoire raisonnée des Animaux constitue, sous 
le nom de Zoologie, un vaste ensemble de connais- 
sances dans le domaine desquelles rentre nécessai- 
rement tout ce que nos sens et notre raison peuvent 
nous apprendre sur les Animaux. La Zoologie implique 
par sa grande généralité , la nécessité d'établir, dans 
une science aussi vaste, de nombreuses divisions, et 
c'est à juste titre qu'on a établi différentes circons- 
criptions particulières : Y Anthropologie, ou étude de 
l'Homme; la Tétrapodologie, qui traite des Quadrupèdes; 

Y Ornithologie, celle qui traite des Oiseaux ; YHerpéto- 
logie, qui traite des Reptiles; Y Ichtyologie, celle qui 
traite des Poissons; la Conchyliologie, celle qui s'occupe 
des Mollusques et des autres Animaux Conchifères; 

Y Entomologie, celle qui s'occupe des Insectes. 

Les Animaux varient infiniment par la forme, la 
grosseur, les mœurs, l'intelligence et le milieu dans 
lequel ils vivent et se reproduisent : quelle différence 
entre le Moucheron et l'Éléphant ou l'immense Gé- 
tacé, le Cheval ou la Tortue, l'Oiseau ou les Poissons! 
Mais les différences de taille sont à peine sensibles en 
passant de l'espèce à l'espèce voisine, et en remontant 
ou en descendant l'échelle des Êtres ; ces différences, 
si grandes ou si petites entre les Animaux des classes 



GÉNÉRALITÉS. 7 

éloignées ou rapprochées, se remarquent chez le môme 
Animal aux diverses époques de son existence : voyez 
l'œuf, la chenille, la chrysalide, le papillon. 

Toutes les actions des Animaux ont un double but : 
la conservation de l'Individu et la conservation de la 
Race. La conservation de l'Individu est ordinairement 
confiée à ses soins; la Nature s'est réservé celle de 
la Race, qui est infiniment supérieure. L'instinct, 
dans l'Animal, est cette volonté de la Nature qui 
veille à la conservation de l'Individu pour obtenir 
celle de la Race. 

Pour conserver leur vie, les Animaux respirent et 
se nourrissent. 

Pour respirer, les uns ont des poumons, les autres 
des branchies, des trachées; d'autres absorbent l'oxy- 
gène par leurs pores. 

Pour se nourrir, il en est qui attendent, immo- 
biles, la nourriture qui vient à eux; les autres vont 
à leur nourriture, qui les fuit le plus souvent, qui 
lutte même pour se défendre. Dans cette recherche 
de l'alimentation , qui est l'incessante occupation des 
Animaux, la Nature offre le spectacle incompréhen- 
sible d'une lutte immense de tous contre tous. Ils 
vivent tous les uns aux dépens des autres. En même 



8 RÈGNE ANIMAL. 

temps qu'ils attaquent, ils sont obligés de se défendre ; 
aussi tous sont armés pour l'attaque et la défense : 
dards , cuirasses , ruses , poisons , promptitude de 
l'attaque, rapidité de la fuite, nombre suppléant à la 
faiblesse, rien n'est oublié. Une fois maîtres de leur 
proie, certains animaux l'engloutissent vivante; les 
autres la broient entre leurs meulières; les autres la 
déchirent. Comme moyen d'action pour pousser 
l'Animal à la recherche de la nourriture, dit un 
auteur, la Nature lui a donné la douleur de la faim 
et de la soif, et le plaisir de les satisfaire. 

Tous assurent l'avenir de leur race par la repro- 
duction. Pour cela, les uns s'accouplent; les autres 
fraient ; d'autres se reproduisent de bouture , à la 
manière des plantes. Les Animaux grands et terribles, 
destinés à une longue vie, qui, trop multipliés, 
nuiraient aux autres races, n'enfantent que rare- 
ment, et ne donnent qu'un ou deux petits; les Ani- 
maux petits , dont la vie est courte et périlleuse , se 
reproduisent souvent, et en nombre considérable, 
souvent incalculable. Le nombre des Jeunes indique 
quelle est la voracité des ennemis. L'Éléphant 
engendre un petit; une Morue produit en un seul 
accouchement neuf millions d'œufs! Le premier est 



GÉNÉRALITÉS. 

presque à l'abri de tout danger; la seconde nage dans 
un océan hérissé de gueules menaçantes. On dirait 
que la somme de la vie et de la matière, doit être 
balancée dans chaque espèce par la taille et le nom- 
bre des individus. 

Pour pousser les Animaux à la reproduction, 
moyen de perpétuer la race, la Nature n'agit plus ici 
par la douleur. Mais, par le plaisir seul, cette sensa- 
tion joue un si grand rôle dans la vie des Animaux, 
qu'elle semble être le but de leur existence. Les 
phénomènes principaux qui accompagnent l'acte 
de la reproduction, sont le déploiement de toute la 
beauté et de toutes les forces de chaque individu, 
les amours, les tendresses mutuelles des sexes, leurs 
voluptés, leurs étreintes; les jalousies, les combats, 
les unions conjugales, soit passagères, soit constantes; 
la gestation des femelles, soit vivipares, soit ovipares; 
l'hermaphroditisme , la dioïcité, l'absence d'organes 
sexuels, la parturition , le nombre des petits, leur 
éducation, la jeunesse, l'âge fait, la vieillesse et la 
durée de la vie de chaque espèce. 

Tous les Animaux meurent après un temps dont 
la limite extrême est déterminée pour chaque espèce. 
Ainsi l'Ours, le Chien et le Loup vivent rarement plus 



10 RÈGNE ANIMAL. 

de vingt années; le Renard vit quatorze ou seize ans; 
le Chat vit une quinzaine d'années; l'Écureuil vit sept 
ou huit ans ; le Lapin vit sept ans environ ; l'Éléphant 
vit jusqu'à quatre cents ans. Lorsqu'Alexandre-le-Grand 
vainquit Porus, roi de l'Inde, il lui enleva un éléphant 
qui avait combattu avec une telle vaillance, que le 
Roi l'appelait Ajax. Le conquérant en fit hommage 
au Soleil, et lui rendit la liberté après l'avoir marqué 
de cette inscription : Alexandre, le fds de Jupiter, a 
dédié Ajax au Soleil, et trois cent cinquante ans 
après , cet Éléphant vivait encore. 

Des Poules ont vécu trente ans; des Rhinocéros, 
vingt ans. On cite un cheval qui a vécu soixante ans ; 
mais ces animaux atteignent à peine vingt-cinq ou 
trente ans. Des Chameaux atteignent parfois cent ans. 

Selon Cuvier, les Baleines vivent un millier d'années; 
les Marsouins vivent trente ans; un Aigle est mort, à 
Vienne, à l'âge de cent quatre ans; des Corbeaux 
atteignent fréquemment la centaine; des Cygnes ont 
vécu trois cent soixante ans ; une Tortue a vécu cent 
sept ans; un Crapaud, trente-six ans, et comme il 
mourut par suite d'un accident, on peut croire la 
longévité plus grande dans son espèce. 

Tous les êtres organisés ne se propagent pas de 



GÉNÉRALITÉS. 11 

la même manière ; mais la propagation a produit la 
succession nécessaire, déterminée, des générations de 
toute espèce vivante, avec les caractères indélébiles 
qui les distinguent, depuis le premier ou les premiers 
individus créés, jusqu'à ceux dont il nous est donné 
d'observer l'histoire; et nous citerons cette pensée si 
juste et si profonde d'Aristote : que les fonctions de 
reproduction, ne sont que le dernier développement 
et le perfectionnement des fonctions de nutrition. 
La création a commencé l'existence de chaque es- 
pèce, la propagation la continue. 

Tous les Animaux ne restent point sédentaires dans 
le lieu qui les a vu naître; plusieurs émigrent, et leurs 
excursions au-dehors, ont trois causes déterminantes : 
l'instinct conservateur, l'instinct des voyages et le désir 
de se reproduire. Il est de ces migrations qui se renou- 
vellent régulièrement chaque année, et pendant toute 
la durée de la vie de l'Animal. Il en est qui se renou- 
vellent un certain nombre de fois seulement ; d'autres 
qui ont pour but un changement durable et définitif. 

Les migrations dans les différentes classes d'Ani- 
maux, tiennent à des circonstances physiques et 
physiologiques : il en est qui sont occasionnées par 
une perturbation atmosphérique, comme un ouragan, 



42 RÈGNE ANIMAL. 

une tempête. Les Oiseaux et les Poissons, doués de 
facultés plus favorables à la locomotion, sont aussi 
les Animaux les plus voyageurs. Les Mammifères et 
les Reptiles sont généralement sédentaires. 

Les Animaux émigrants partent, les uns par troupes 
et les autres isolément. Les Hirondelles, les Cygnes, 
les Oies, les Canards, les Grues, les Hérons, etc., 
émigrent au loin et à époques fixes. Les Alouettes, 
les Ortolans, les Rossignols, les Pinsons, etc., partent 
également à des époques fixes, mais s'éloignent moins 
que les précédents. 

Par une prévoyance admirable du Créateur, tous les 
Animaux sont couverts de laine, de fourrures, de poils, 
de plumes qui les garantissent à la fois du froid et de 
l'humidité. La prévoyance va plus loin, et les besoins 
de tous les êtres ont été calculés avec tant de justesse, 
que le même Animal revêt une fourrure différente 
selon les saisons et les climats différents. 

Les Animaux sont susceptibles d'éducation. La 
Nature leur a donné l'instinct , qui , selon Buflbn , 
n'est qu'un pur mécanisme ; mais l'Homme , par 
Y instruction, développe leur intelligence. 

« Nous voyons tous les jours, dans nos cirques, 
« dit M. Flourens , des Chiens , des Chevaux , des 



GÉNÉRALITÉS. 43 

« Ours, etc., qui font des choses qu'assurément ils 
<( n'eussent point faites, abandonnés à eux seuls. On 
« leur apprend à faire ces choses; on les y instruit; 
« on les y prépare. Ils ne les font pas du premier 
« coup : ils commencent par faire mal; puis ils font 
« mieux ; puis bien .... Ainsi l'intelligence des bêtes 
«c n'agit que par instruction , par expérience ; tandis 
« que l'instinct agit sans instruction , ne fait point de 
« progrès, est toujours particulier à l'animal, qui fait 
« des choses sans être apprises : l'Araignée n'apprend 
« point à faire sa toile, ni le Ver à soie son cocon, 
« ni l'Oiseau son nid, ni le Castor sa cabane. » 

C'est dans les Rongeurs que l'intelligence se montre 
au plus bas degré. Elle est plus développée dans les 
Ruminants; beaucoup plus dans les Pachydermes , à 
la tête desquels il faut placer l'Éléphant et le Cheval; 
plus encore dans les Carnassiers, à la tête desquels il 
faut placer le Chien, et dans les Quadrumanes, à la tête 
desquels se placent l'Orang-Outan et le Chimpanzée. 

La nature des Animaux, quant à leur organisation 
et à leur mode de vie , change selon les climats , les 
lieux, les éléments, les saisons; suivant la chaleur, 
le froid, la sécheresse, l'humidité, la stérilité ou la 
fertilité; d'après l'élévation ou la profondeur des sites, 



14 RÈGNE ANIMAL. 

et, en général , leur nombre croît avec la température 
des climats % Ce nombre est infini sur la surface du 
globe. Nous en voyons des myriades voltiger dans 
les airs, nager dans les eaux, courir, sauter, ram- 
per, glisser sur la terre, grimper sur les arbres, 
végéter sur les rochers des rivages et au fond des 
mers. Le nombre des Animaux visibles n'est connu 
que de Dieu seul. Mais, une multitude plus consi- 
dérable encore échappe à notre vue: chaque Animal, 
chaque feuille d'Arbre , chaque brin d'Herbe , est 
une autre Planète , qui a ses mers , ses montagnes , 
ses vallées où plongent de gigantesques Baleines mi- 
croscopiques, où des Loups voraces poursuivent les 
Brebis et les Chèvres. Qui pourrait embrasser, par 
la pensée seulement, ce qu'il naît, ce qu'il meurt 
d'Animaux sur toute la terre, dans le court espace 
d'une seconde! Quelle imagination ne sera confondue 
devant la pensée de ce qu'il en est mort depuis que 
la terre fut livrée au souffle de la vie! Des îles 
entières, de vastes archipels s'élèvent du sein des 
mers profondes , et ces îles , ces archipels sont 

(*) Les Animaux qui peuplent aujourd'hui les terres du conti- 
nent, y sont venus du Nord. Buffon, Époques de la Nature, 
tom. 2, p. 520. 



GÉNÉRALITÉS. 15 

formés par les débris des générations successives de 
quelques espèces d'Animaux maritimes ! 

Mais, il y a encore quelque chose de plus sublime 
que l'infinie variété et la multitude des Animaux, 
c'est que parmi eux il s'en trouve un capable de les 
passer tous en revue, comme un chef son armée, 
de les compter et dire leur structure intime, leur 
vêtement, leur mode de vie et leur reproduction. 
Cet Animal divin c'est l'Homme. Si grand que soit 
le nombre des Animaux, il est parvenu à les connaître 
en grande partie,- et à les classer méthodiquement. 
Linnée, Guvier, Lamark, Blainville, Geoffroy Saint- 
Hilaire, etc., ont établi les classifications naturelles 
ou systématiques les plus célèbres. Nous avons 
adopté, quant à nous, la méthode de Guvier, dont 
nous donnons le tableau détaillé et que nous suivrons 
dans le cours de cet ouvrage. 

M. Guvier divise le Règne Animal en dix-neuf 
classes, groupées dans quatre divisions principales, 
qu'il nomme des embranchements. 

Le premier embranchement, celui des Vertébrés, 
comprend quatre classes : les Mammifères, les Oiseaux, 
les Reptiles, les Poissons. 

Le deuxième embranchement, celui des Mollusques, 



16 RÈGNE ANIMAL. 

renferme six classes : les Céphalopodes, les Ptéréopodes, 
les Gastéropodes, les Acéphales, les Brachiopodes, les 
Girrhipèdes. 

Le troisième embranchement, celui des Articulés, 
comprend quatre classes : les Crustacés, les Arach- 
nides, les Insectes, les Annélides ou Vers à sang rouge. 

Le quatrième embranchement contient cinq classes: 
les Échinodermes, les Acéphales, les Vers-Intestinaux, 
les Polypes, les Infusoires. 

Notre Faune n'embrasse point toutes ces classes. 
Elle se borne à parler des Animaux, qui, dans le pre- 
mier embranchement, composent les Mammifères, les 
Oiseaux, les Reptiles et les Poissons; dans le second 
embranchement, les Mollusques terrestres et fluviatiles; 
dans le troisième embranchement, les Insectes Coléop- 
tères et Lépidoptères. 

Les Animaux dont nous avons constaté l'existence, 
dans le département des Pyrénées-Orientales, sont: 

Espèces ou Variétés. 

Mammifères 89 

Oiseaux 376 

Reptiles 45 

Poissons 211 

Mollusques terrestres et d'eau douce 83 

Insectes coléoptères , 2.580 

Insectes lépidoptères 1 .353 



MAMMIFÈRES. 17 



CHAPITRE PREMIER. 

ANIMAUX VERTÉBRÉS. 

PREMIÈRE CLASSE. 
Mammifères. 

Les Animaux désignés sous le nom commun de Mam- 
mifères, forment la première classe du grand type des 
Vertébrés, et occupent ainsi le premier rang dans la 
création zoologique. La dénomination de Mammifères, 
introduite par Linné, est une de celles qui ont été le 
plus heureusement choisies dans la langue zoologique. 
En indiquant que les Animaux auxquels elle convient 
portent, des mamelles, elle rappelle implicitement les 
rapports qui existent entre les Parents et les Jeunes, 
l'état d'imperfection et de dépendance dans lequel nais- 
sent ces derniers, et la qualité de l'aliment qu'ils reçoi- 
vent après être sortis vivants du sein de la mère. Par la 
nature même de leurs fonctions, les mamelles sont, en 
outre, des organes tellement spéciaux, que signaler leur 
existence, c'est présenter immédiatement à l'esprit l'idée 
d'une organisation particulière et concordante; c'est 
résumer à la fois par un trait saillant, les caractères de 
l'adulte et ceux du jeune animal. (E. Baudemont.) 

TOME III. 2 

D. H. HILL LIBRARY 
North Carolina State Collège 



18 HISTOIRE NATURELLE. 

M. Cuvier a classé les Mammifères en neuf Ordres : 

1 er Ordre les Bimanes; 

2 e Ordre les Quadrumanes; 

3 e Ordre tes Carnassiers; 

4 e Ordre les Marsupiaux; 

5 e Ordre les Rongeurs; 

6 e Ordre. ..... les É dentés; 

7 e Ordre les Pachydermes ; 

8 e Ordre les Ruminants; 

9 e Ordre. les Cétacés. 

Nous n'avons pas à nous occuper des deux premiers 
Ordres : les Bimanes et les Quadrumanes. 



TROISIEME ORDRE. 

CARNASSIERS. 

Caractères. — Trois sortes de dents, modifiées selon le 
genre de nourriture : point de pouce opposable à leurs 
pieds antérieurs; le nombre de mamelles variable. 

Cet Ordre se divise en trois Familles : 

4° Les Chéiroptères; 
2° Les Insectivores ; 
3° Les Carnivores, 



MAMMIFÈRES. 1 '.I 

i re Famille. — Chéiroptères. 

Chauves-Souris, Vespertilio, Lin.; en catalan 

Ratapanera. 

Les Chauves-Souris forment une division caractérisée 
par les doigts des mains excessivement allongés, et enve- 
loppés dans une membrane formant de véritables ailes, 
qui égalent et surpassent celles de beaucoup d'oiseaux. 
Le pouce porte un ongle crochu , qui leur sert a se sus- 
pendre aux voûtes des cavernes ou contre les murailles. 
Les pieds de derrière sont faibles, ayant cinq doigts 
onguiculés et séparés. Les mâchoires portent trois sortes 
de dents bien caractérisées. 

Toutes ces espèces, qu'on ne peut bien distinguer 
que par une observation constante, portent le nom de 
Chauve -Souris, en catalan Ratapanera. Ces animaux, 
pendant le jour, se cachent dans les trous des arbres, 
des cavernes, des vieux édifices; pendant l'hiver ils sont 
engourdis, et restent suspendus par les pieds postérieurs 
aux voûtes de leur retraite. Dès que les beaux jours 
arrivent, ils sortent de leur engourdissement, et, à 
l'approche de la nuit, ils parcourent les airs d'un vol 
entrecoupé et en zig-zag, comme le font les Hirondelles, 
pourchassant les insectes crépusculaires ou nocturnes 
dont ils font leur principale nourriture. Ils se font entre 
eux une guerre cruelle, et se brisent les membres avec 
leurs dents. 

Genre Rhlnolophe, Rhinolophus, Géoff. 

Caractères. — Dents au nombre de trente-deux; quatre 
incisives en bas et deux plus petites en haut; cinq mo- 



-2(1 HISTOIRE NATURELLE. 

laires à la mâchoire supérieure, el six à l'inférieure ; nez 
placé dans une cavité bordée de membranes fort com- 
pliquées, qui ont la forme d'un fer à cheval; oreilles 
moyennes manquant d'oreillons; queue enveloppée jus- 
qu'à son extrémité, dans la membrane interfémorale. 

1. Rhinolophe grand fer à cheval, Rhin, unihastatus, Buff. 

La feuille nazale double, la postérieure en fer de lance, l'anté- 
rieure en lance verticale et carrée ; pelage cendré-clair et roux 
en dessus, gris-jaunâtre en dessous. Longueur, 7 centimètres et 
demi; envergure, 40 centimètres. 

2. Rhinolophe petit fer à cheval, Rhin, bihastatns, Géoff. 

Feuille nazale double: toutes deux en fer de lance; oreilles 
sinueuses et profondément échancrées ; pelage d'un gris-roussâtre 
en dessus, d'un gris-cendré en dessous. Longueur, 5 centimètres; 
envergure, 25 centimètres. 

Ressemble au précédent : constamment plus petit. Ses oreilles 
ont vers leur partie inférieure une échancrure plus profonde, et 
les deux feuillets du front sont en fer de lance , tandis que dans 
le précédent l'antérieur est carré. 

Ces Rhinolophes vivent d'insectes , qu'ils attrapent au vol, au 
crépuscule et pendant la nuit. Leur vol est indécis, oblique et 
mal dirigé. Ils font entendre un bruit comme s'ils grinçaient des 
dents ; très-souvent, étant à la chasse des Sphinx, au crépuscule, 
nous avons entendu ce bruit, et les avons vu saisir les Papillons 
qui butinaient sur les fleurs. Les femelles portent leurs petits 
attachés à leurs mamelles, qu'elles soutiennent en repliant leur 
membrane interfémorale. Ces animaux fuient la grande lumière, 
el ne sortent de leur retraite qu'au crépuscule. 

Les deux espèces se trouvent en abondance dans le départe- 
ment. Les vastes souterrains du château de Salses leur servent 
île repaire; elles se tiennent suspendues aux voûtes par les pieds 



MAMMIFÈRES. 21 

et s'enveloppent de leurs ailes. L'escalier souterrain qui conduit 
au puits de Sainte-Florentine, à la citadelle de Perpignan, ainsi 
que les souterrains des lunettes des fortifications de la ville, 
recèlent beaucoup d'individus de ces deux espèces. 

Genre Vespertilion, Vespertilio, Lin. 

Caractères. — Museau fort simple, n'ayant ni feuille, 
ni chanfrein sillonné. Les oreilles séparées sur la tête ou 
réunies a leur base; l'oreillon, interne. Quatre incisives 
à la mâchoire supérieure, et quelquefois deux seulement. 
La queue est presque toujours enveloppée dans la mem- 
brane interfémorale. 

1. Vespertilion murin, Vespertilio muriniis, Lin., Chauve- 

Souris ordinaire. 

La face de cette espèce est. presque nue ; le nez lisse, et le 
front très-velu ; six molaires de chaque côté aux deux mâchoires ; 
oreilles ovales, l'oreillon en forme de faulx; pelage d'un brun- 
roussàtre en dessus, d'un gris-blanc en dessous : les jeunes ont 
le pelage d'un gris-cendré. Longueur du corps jusqu'à la base 
de la queue, 9 centimètres et demi ; envergure, de 43 à 45 cent. 

Habite les vieilles masures, les vieux édifices, les trous des 
clochers : ne se trouve jamais dans les arbres. 

2. Vespertilion échancré, Vespertilio emarginatas, Géofï. 

Six molaires de chaque côté aux deux mâchoires; le pelage 
est à peu près comme le précédent, moins foncé; oreilles échan- 
crées à leur bord intérieur, oreillon en forme d'alêne. Membranes 
des ailes noirâtres, l'interfémorale de cette même couleur, avec 
des nervures transversales très-prononcées et blanchâtres. Lon- 
gueur du corps, 5 cent, et demi; envergure des ailes, 24 cent, et 
demi. Il vit dans les souterrains. Plus petit et moins abondant 
que le précédent. 



Z± HISTOIRE NATURELLE. 

5. Vesperlilion pipistrelle, Vespertilio pipistrelus, Daub. 

Nez large, déprimé, les narines à rebord renflé; front couvert 
de poils assez grands; cinq molaires de chaque côté aux deux 
mâchoires; oreilles plus courtes que la tête, ovales, triangu- 
laires, échancrées sur le bord extérieur ; oreillons presque droits 
et terminés par une tête arrondie; queue très-longue compa- 
rativement aux autres espèces et à sa petite taille. Longueur, 
4 centimètres; envergure, 17 à 19 centimètres. Pelage, d'un 
brun-noirâtre en dessus et d'un brun-fauve en dessous. Mem- 
branes noires, celles des ailes ayant une fine bordure blanchâtre 
au bas de la première échancrure qui suit les pieds : elle se fond 
dans la suivante. Cette bordure n'est pas si apparente chez tous 
les individus, ce qui probablement dépend de l'âge. 

Cette Chauve-Souris vit en société sous les combles de nos habi- 
tations, dans les vieux monuments et. dans les clochers ; elle vole 
dès le crépuscule du soir, et on la voit encore dans les airs pen- 
dant celui du matin. Il lui arrive souvent de quitter sa retraite 
pendant le jour et de voler; elle rase alors les eaux des mares ou 
des fossés tout aussi bien qu'elle le fait pendant la nuit. Ce Chéi- 
roplcre apparaît le soir dans les rues et. à la campagne, où il l'ait 
la chasse aux insectes ailés; il est commun dans les environs de 
Céret et le long des Albères. 

i. Vespertilion noctule, Vespertilio noctula, Daub. 

Ce Vespertilion a cinq molaires de chaque côté des deux mâ- 
choires; oreilles plus courtes que la tête, triangulaires en forme 
de rein; oreillons arqués, à tête large et. arrondie; face nue; 
front très-velu; museau court, épais et relevé; narines renflées, 
à ouvertures latérales; pelage fauve, roux, plus pâle aux parties 
inférieures du corps. 

Les membranes des ailes, le long du bras et de l'avant-bras, 
ont 'des narties~' c velues, r ce qu'on ne trouve point généralement 
dans les autres espèces. 11 est très-commun; on le voit voltiger 



MAMMIFÈRES. 'il! 

souvent dans les régions élevées, longtemps avant que le soleil 
ne soit couché ; mais il abaisse son vol avec le déclin du jour. 
Habite les vieux édifices, les troncs vermoulus des arbres et les 
greniers des maisons de campagne. Longueur, 8 centimètres; 
envergure des ailes, 40 centimètres. 

5. Vespertilion barbastelle, Vespertiiio barbastellm, Bufl'. 

Gomme la précédente, cette espèce a le museau court, les 
joues renllées; mais ses oreilles, beaucoup moins longues, la font 
distinguer au premier coup d'œil. Les oreilles réunies par leur 
bord intérieur, sont plus larges que longues; l'oreillon est large 
à sa base et pointu à l'extrémité ; quatre molaires de chaque côté ; 
membranes des ailes brunes; pelage d'un brun-noir, la pointe 
des poils fauve. Longueur du. corps, 5 centimètres et demi; 
envergure des ailes, 30 centimètres. Les vieux édifices et les 
souterrains lui servent de retraite pendant le jour. Elle est peu 
commune. 

6. Vespertilion sérotine, Vespertiiio serotinus, Oaub. 

La Sérotine a quatre molaires de chaque côté de la mâchoire 
supérieure et cinq à l'inférieure ; oreilles ovales, plus courtes que 
la tête; les oreillons en demi-cœur; face presque nue; front très- 
velu; les poils du dos longs et soyeux; lèvre supérieure garnie de 
verrues ; poil brun-châtain, foncé en dessus, jaunâtre en dessous ; 
les membranes des ailes plus noires que dans les précédentes. 
Longueur du corps, 8 cent. ; l'envergure des ailes, 38 cent. 

Cette espèce est plus solitaire que les autres ; on ne la trouve 
guère que par paires. Elle se retire dans les troncs décrépits des 
arbres, ou sous les toits des masures isolées près des marécages ; 
elle ne se réveille de son sommeil d'hiver que lorsque le soleil 
du printemps a déjà fait sentir à la terre toute son heureuse 
influence. Elle se voit dans les environs des villages situés près 
des êtanes de Salses cl de Saint-Laurent. 



"24 HISTOIRE NATURELLE. 

Genre Oreillard, Pletocus, GéofF. 

Caractères.— Différent des autres Chauves -Souris par 
de très-grandes oreilles, qui sont unies l'une à l'autre sur 
le crâne. Oreillon grand et lancéolé. Les dents sont les 
mêmes que dans le genre précédent. 

1. Oreillard commun, Plet. auritus, Géoff., ou Vespert. 
auritus, Lin. 

Ce Pletocus est remarquable par la grandeur de ses oreilles, 
qui atteignent presque l'extrémité du corps quand elles sont ra- 
battues; leur largeur égale le tiers de leur longueur; elles sont 
réunies à leur base. Tête aplatie, museau renflé; cinq molaires 
supérieures de chaque côté , six inférieures ; soies éparses sur la 
face; front velu; queue très-grande; poils noirâtres à leur base, 
d'un gris-roussâtre à leur extrémité. Longueur du corps, 5 cent.; 
envergure des ailes, 31 centimètres. Il vit isolé, et choisit, pour 
sa retraite, les vieux clochers et autres édifices élevés. Commun 
dans le pays. 

2me Famille. — Insectivores. 

Caractères. — Leurs pieds sont courts et armés d'ongles 
solides ; ceux de derrière ont toujours cinq doigts, et leur 
plante du pied appuie en entier sur le sol en marchant. 
Leurs molaires sont hérissées de pointes. Ces animaux 
ont les mouvements très-lents; ils mènent une vie le 
plus souvent nocturne, et se cachent dans des terriers. 
Leur nourriture consiste ordinairement en insectes et en 
fruits. Ces animaux s'engourdissent pendant l'hiver. 

Genre Hérisson, Herinaceus, Lin.; en catalan 

Erissou, Palluc de castanya. 

Caractères, — Corps garni de piquants au lieu de poils; 



MAMMIFÈIIES. 25 

l'orme lourde et ramassée; museau pointu; queue courte; 
yeux petits. Ces animaux peuvent se rouler en boule, en 
rentrant leur tète comme dans un fourreau. 

\. Hérisson d'Europe, Erinaceus Europeus, Buff. 

Animal nocturne, vivant de fruits, d'insectes, de limaçons; 
museau pointu; mâchelières hérissées de pointes coniques; six 
incisives à la mâchoire supérieure, deux à l'inférieure; pieds 
libres à cinq doigts, ongles propres à fouir; corps armé de 
piquants; susceptible de se rouler en boule; oreilles courtes. 
Longueur du corps, de 25 à 30 centimètres. 

Le Hérisson a les formes trapues, les jambes très-basses, 
traînant le ventre contre la terre dans sa marche; tète allongée, 
se terminant par un museau pointu; partie supérieure, depuis 
le front, armée de piquants d'un blanc-sale, ornés d'un anneau 
noirâtre aux deux tiers de leur longueur. Le dessous de son 
corps est garni de poils d'un roux-clair ; les oreilles , le museau 
et les pieds sont nus et d'un brun-violet. 

Au moindre danger, le Hérisson se roule en boule pour cacher 
ses parties internes et ne présenter à son ennemi qu'un corps 
hérissé de pointes aiguës, difficiles à saisir; à ce moyen de 
défense, il ajoute l'éjaculation de son urine, dont l'odeur désa- 
gréable suffit pour éloigner ceux qui seraient tentés de lui faire 
la chasse. Il se retire, pendant le jour, dans le tronc des vieux 
arbres ou dans des tas de pierres, et n'en sort que la nuit pour 
pourvoir à sa nourriture. Il purge nos jardins des limaces, et 
quoiqu'il mange quelques fruits, il fait peu de mal. 

Il n'est pas très-répandu dans ce département ; on l'a trouvé 
dans les garrigues du côté de Néfiach, quelquefois dans les plaines 
de la Salanque : on m'en a porté un tué à Claira. 

On distingue deux variétés de cette espèce : une dont le museau 
est plus allongé, le Hérisson-Pourceau; l'autre dont le museau est 
plus court, le Hérisson-Chien. 



20 HISTOIRE NATURELLE. 

Genre Musaraigne, Sorex, Lin.; en catalan Mourru 
de trumpète. 

Caractères. — Museau long, effilé, mobile; les oreilles 
courtes, souvent cachées par les poils ; queue quadrilatère 
et comprimée : dans quelques espèces, elle est garnie de 
poils ras et égaux; chez les autres, il existe une rangée 
de poils longs, parsemés à petites distances sur les côtés. 
Leurs dents sont tantôt colorées de rougeâtre ou de brun 
a leur extrémité; tantôt elles sont entièrement blanches: 
le nombre varie de trente à trente-deux; leurs ongles ne 
sont pas propres à fouir la terre. 

Les Musaraignes sont de très-petits quadrupèdes noc- 
turnes qui vivent d'insectes terrestres et aquatiques, selon 
les espèces. Elles établissent leur demeure dans des trous 
ou des excavations ayant déjà servi à d'autres animaux. 
Leur naturel est cruel ; elles se font entre elles une guerre 
d'extermination. 

1 . Musaraigne vulgaire, Sorex aranens, Géofï. 

Museau court et pointu; oreilles amples et nues ayant en dedans 
deux lobes placés l'un au dessus de l'autre ; deux incisives supé- 
rieures, deux inférieures entièrement blanches; les lèvres et les 
pieds sont couleur de chair; poil gris de souris, plus pâle en 
dessous; queue carrée et nue. On trouve plusieurs variétés de 
cette espèce ; une entièrement blanche. 

Cette Musaraigne est commune dans les jardins et les prairies, 
et près des habitations rurales, où elle pénètre pendant l'hiver; 
on la trouve en quantité sous les amas de foin, lorsqu'il est fauché. 
Les Chats la tuent, mais ne la mangent point, à cause de l'odeur 
musquée qu'elle répand, odeur produite par la sécrétion des 
glandes situées sous la queue de l'animal. 

Longueur, centimètres; queue, ï centimètres. 



MAMMIFÈKKS. 27 

2. Musaraigne carrelet, Sorex tetragonurus, Géoff. 

Un peu plus grande que la précédente ; la tête plus forte et le 
museau moins fin; les incisives brunes à l'extrémité; huit canines 
à la mâchoire supérieure; oreilles courtes; queue longue et à 
forme carrée ; robe noirâtre en dessus, cendré-brun au dessous ; 
les pieds velus. Longueur, 6 centimètres; queue, 5 centimètres. 
Habite les endroits moins humides que la précédente. 

o. Musaraigne rayée, Sorex lineatus, Géoff. 

Forme plus allongée que les précédentes; la queue est remar- 
quable par une ligne fortement élevée en carène en dessous; 
incisives brunes à l'extrémité; pelage d'un brun -noirâtre en 
dessus, plus pâle en dessous; gorge cendrée; il part une ligne 
étroite et blanche du front aux narines; tache de môme couleur 
aux oreilles; queue ronde, longue de 5 centimètres; longueur 
du corps, 7 centimètres. Habite les prairies humides des bords 
de la mer. 

i. Musaraigne d'eau, Sorex fodiens, Geml. 

Cette espèce est très-rare ; elle double les autres en grosseur, 
18 centimètres environ. Pelage noir, velouté en dessus, plus ou 
moins blanchâtre en dessous, ressemble assez à celui de la taupe. 
Museau gros; les bords de la lèvre supérieure un peu blanchâtres ; 
une tache de cette même couleur en arrière des yeux; queue 
presque de la longueur du corps, noirâtre et frangée en dessous, 
sur toute la longueur, par des poils raides, blanchâtres, qui aident 
l'animal dans la natation ; pieds d'un cendré-foncé et bordés de 
poils ciliés, grisâtres; moustaches noires. C'est toujours près de* 
eaux courantes des parties élevées du département qu'on trouve 
cette espèce: commune dans les territoires de Vernet, de Castell 
et dans les environs d'Àiies-sur-Tech. 

o. Musaraigne porte-rame, Sorex remifer, Géoff. 

La plus grande des espèces que l'on trouve en France : a te 



28 HISTOIRE NATURELLE. 

museau gros et court, les incisives brunes à l'extrémité, les for- 
mes plus trapues; pelage d'un brun-foncé en dessus, ventre d'un 
brun-cendré, gorge d'un cendré-clair; queue carrée dans la 
première moitié, et marquée d'un sillon en -dessous, qui se 
change en carène dans la moitié suivante, aplatie en forme de 
rame, d'où lui vient son nom. Longueur, 20 à 21 centimètres. 
Habite les bords des eaux vers les parties élevées du département : 
j'en ai pris un individu près de Costa-Bona, aux environs de la 
source du Tech. 

Genre Desman, Migale, Géoff. 

Caractères. — Corps assez allongé, couvert de poils fort 
doux, les uns soyeux plus ou moins irisés, les autres 
duveteux et formant une sorte de bourre; l'oreille externe 
presque nulle; leurs pattes ont cinq doigts, armés d'on- 
gles robustes ; les antérieures propres à fouiller ; les pos- 
térieures palmées, disposées pour la natation. A la base 
de la queue existent des cryptes, par lesquelles suinte une 
humeur musquée. 

1 . Desman des Pyrénées, Migale Pyrenaïca, Géoff. 

Museau très-prolongé, en forme de trompe très-flexible, qu'il 
agile continuellement; oreilles extérieures nulles; les yeux très- 
petits; queue plus courte que le corps, écailleuse et aplatie sur 
les côtés; les pieds postérieurs palmés lui servent pour se diriger 
au sein des eaux, où il se plaît. Il creuse sur les bords des ruis- 
seaux, des galeries dont l'entrée est sous l'eau. Il vit de vers, de 
sangsues, de coléoptères, et, à défaut, de racines et de plantes 
aquatiques. J'ai trouvé dans l'estomac d'un individu (les Amara 
montana, que j'ai pu conserver pour ma collection entomologique. 

Le Desman ne sort guère qu'aux approches de la nuit pour pour- 
voir à sa subsistance. Il est à peu près de la grosseur de la Taupe. 
Celui qui nous a été apporté mesurait 15 cent.; la queue, 11 cent.; 



MAMMIFÈRES. 89 

la circonférence du corps, prise au milieu de la poitrine, était de 
13 cent. Son pelage est d'un brun-marron au dessus, d'un gris- 
brunàtre sur les flancs, et d'un gris-d'argent sous le ventre. 

Il habite les régions élevées du département. Un individu m'a 
été envoyé de Saint-Laurent-de-Cerdans en août 1824: il fut pris 
en curant le ruisseau qui conduit l'eau à la forge de M. Delcros- 
Rodor. Malgré la recommandation du propriétaire et les soins 
qu'il avait pris pour me le faire parvenir, la distance étant assez 
grande 'et la température très-élevée , la putréfaction était déjà 
très-avancée et je n'ai pu le conserver. 

Au sujet de cet animal, M. Guvier m'écrivait : 

« Un animal découvert depuis peu, et qui ne se trouve que 
« près des Pyrénées, c'est un Desman, c'est-à-dire une grande 
« espèce de Musaraigne. Je ne puis pas espérer de le recevoir 
« vivant, quand même vous vous le procureriez, parce que cet 
« animal vit d'insectes et qu'il ne supporterait pas la captivité. 
« Mais si par hasard vous l'obteniez en vie , vous m'obligeriez 
« d'en faire faire un dessin, dont le trait serait bien pur; et, 
« pour les détails, j'y suppléerais par l'individu que vous pourrez 
« m'envoyer dans l'esprit de vin. » 

Deux ans plus tard, j'eus le bonheur de pouvoir satisfaire 
M. Cuvier : un individu fut tué dans la même localité, et mis de 
suite dans l'esprit de vin par les soins de M. Delcros. Je ne pus 
en faire le dessin ; mais je l'envoyai tel quel à notre savant maître, 
qui m'en témoigna toute sa gratitude. .(Voir la Planche, fig. i.) 

Genre Taupe, Talpa, Lin.; en catalan Taupa. 

Caractères. — Museau plus ou moins prolongé; pieds 
antérieurs palmés, à ongles tranchants, propres à fouir; 
yeux peu visibles, cachés par les poils; oreilles à conque 
extérieure nulle. Ces animaux, connus par leur habileté 
à creuser des galeries souterraines, vivent de vers, d'in- 
sectes et de racines tendres. 



30 HISTOIRE NATURELLE. 

1. Taupe d'Europe, Tidpa Europea, Lin. 

En voyant l'organisation extérieure de la Taupe, on ne peut se 
méprendre sur les habitudes de ce petit animal. Museau plus ou 
moins prolongé, très-mobile, et terminé par un petit os ou bou- 
toir; yeux presque imperceptibles; corps cylindrique et trapu; 
membres antérieurs courts et robustes, terminés par des mains 
larges et palmées, à ongles tranchants, disposés en scie, pomme 
de la main tournée en dehors. Toutes ces dispositions indiquent 
un animal destiné à creuser des galeries souterraines, où il doit 
vivre et y chercher la nourriture, qui consiste en vers et insectes. 
La Taupe a 13 à 14 centimètres de longueur; la queue, 4 cent.; 
son pelage est noir, velouté et très-luisant. Son habitation est 
dans les terres ordinairement cultivées, douces et légères de 
préférence, parce qu'elle y trouve une nourriture plus abondante 
et qu'elle peut creuser ses galeries avec plus de facilité; rare- 
ment on voit les terrains rocailleux labourés par les Taupes. 

Le soin de chercher sa nourriture , oblige la Taupe à faire ses 
chemins souterrains, qu'elle creuse avec une grande activité, 
et c'est presque toujours à des heures réglées : elle commence 
au point du jour, à dix heures du matin, à midi et vers la nuit. 
C'est à ce dernier moment de la journée qu'elle les pousse avec 
plus d'activité, afin de porter à son gîte une nourriture plus 
abondante pour elle et ses petits. La Taupe construit dans la terre 
son habitation avec une intelligence singulière, où aboutissent 
un grand nombre de galeries , pour qu'au moindre danger elle 
puisse soustraire toute sa famille à ses ennemis. Sous le dôme de 
son habitation, se trouvent amoncelées quantité de feuilles sèches, 
assez élevées, afin que les petits soient à l'abri de l'humidité: 
c'est autour de cette couchette que viennent aboutir les nom- 
breuses galeries qui servent à sa retraite en cas de besoin. 

La Taupe est très-répandue dans le département. On la trouve 
quelquefois toute blanche: c'est le résultat de la maladie albine; 
on la trouve aussi toute grise , et cette couleur est plus ou 



MAMMIFÈRES. M 

moins claire, selon les individus; d'autres toutes tachetées de 
diverses couleurs. Nous en possédons une qui a une couleur 
uniforme nankin : la partie supérieure du dos est couverte de 
trois taches noires, de forme irrégulière; les deux antérieures 
se joignent par un petit isthme, tandis que celle qui se trouve 
située sur le train de derrière est ronde et touche presque à la 
queue, qui est aussi noire en partie. C'est probablement cette 
couleur nankin qu'on voit sur certaines Taupes, qui avait contri- 
bué à faire donner le nom de Taupe d'Alais à cet animal. Mais il 
n'existe aucune différence sensible sur l'organisation de cette 
Taupe qui puisse justifier une espèce nouvelle : même grandeur 
de l'animal, même disposition de la tête et de la bouche, les 
pieds n'offrent aucune différence. La coloration seule donc ne 
suffit pas pour en faire une espèce différente. Tous les jours, 
nous rencontrons des animaux qui présentent diverses nuances 
dans les couleurs de leur robe, et qui toutefois ne peuvent pas 
être séparés de leur espèce. 

3me Famille . — Carnivores . 
Cette famille a été divisée en trois tribus, par rapport 
à la conformation de leurs membres et à la différence 
de leurs mouvements. Les Plantigrades forment la pre- 
mière tribu : quand ils marchent, ils appuient sur le sol 
la plante entière des pieds. Les Digitigrades forment la 
seconde tribu : ceux-ci, dans leur marche, ne touchent 
la terre que de l'extrémité de leurs doigts. La troisième 
tribu est formée par les Amphibies : la conformation de 
leurs membres les rend impropres à la marche ; car ils 
ressemblent à des nageoires , et ne peuvent guère servir 
que pour la natation. 

l re Triru. — Plantigrades. 
Caractères. — Les Plantigrades marchent en appuyant 



32 HISTOIRE NATURELLE. 

entièrement la plante des pieds de derrière sur le sol , 
ce qui leur facilite le moyen de se dresser sur leurs pieds 
et de grimper sur les arbres. Cinq doigts à chaque pied; 
dents carnassières ordinairement peu caractérisées. Plu- 
sieurs de ces animaux sont nocturnes, et sujets à un 
engourdissement hivernal . 

Genre Ours, Ursus, Lin.; en catalan Os. 

\. Ours brun, Ursus arctos, Lin. 

L'Ours brun a le front convexe, l'œil petit, la conque des oreilles 
médiocrement développée, le cartillage du nez prolongé et mobile, 
le corps trapu, les membres épais. Il marche sur la plante entière 
des pieds, ce qui lui donne plus de facilité pour se dresser sur ses 
pieds de derrière. Son adresse est plus grande que ne paraît 
l'indiquer sa démarche, ses formes lourdes et peu gracieuses; sa 
queue est très-courte; son pelage est brun, plus ou moins lai- 
neux. On en voit de presque jaunes; d'autres d'un brun lisse à 
reflets, presque argentés. La hauteur de leurs jambes varie éga- 
lement, sans rapport constant d'âge ni de sexe. 

De tous les carnivores, l'Ours est le moins sujet à rechercher 
les substances animales. Il vit ordinairement de jeunes pousses, 
de racines, de châtaignes, de sorbes et autres fruits; ne mange de 
chair que par circonstance, et lorsqu'il y est poussé par le besoin. 
Sur la fin de la belle saison, son embonpoint est remarquable; 
et c'est alors qu'il cherche une retraite sûre pour y passer l'hiver 
dans un état d'engourdissement léthargique plus ou moins pro- 
fond, selon la durée et l'intensité du froid. Pendant tout ce temps, 
il se contente de lécher ses pattes de devant. Quand il se réveille, 
et lorsque le beau soleil du printemps réchauffe l'atmosphère, il 
abandonne sa retraite, pour reprendre la vie ordinaire, et se 
refaire du long jeûne qu'il a fait et qui l'a beaucoup amaigri. 



MAMMIFÈRES. 33 

La femelle fait deux ou trois petits. Pris jeunes, on peut les 
élever, et sont susceptibles d'une certaine éducation. Nous 
voyons, dans nos villes, des hommes qui se livrent à toutes sortes 
de jeux avec ces animaux. 

Cet animal devient très-rare dans nos contrées, à cause de la 
dévastation de nos forêts. Il habite les montagnes les plus éle- 
vées; se retire dans les lieux les moins accessibles, dans les forêts 
sombres et ténébreuses, dont les pas de l'homme troublent rare- 
ment le silence. En 1825, en visitant la forêt des Fanges, le garde 
nous assura qu'une femelle y avait ses petits, et nous recommanda 
bien de ne pas nous écarter de crainte d'accident. Dans les vastes 
forêts de la partie élevée du Canigou, on voit quelquefois des 
Ours ; ils viennent livrer des combats avec les Taureaux, qui, à la 
belle saison, habitent ces régions élevées. En 1819, en visitant 
cette partie de montagnes, les gardes des jasses de Cadi nous 
firent remarquer un Taureau qui avait été blessé par l'Ours. Nous 
ne savons si c'est un conte ; mais les gardiens nous assurèrent 
que ce Taureau, qui avait commencé le combat, ne manquait pas, 
tous les jours, de se rendre à la même place pour attendre son 
adversaire. Le Taureau s'adosse contre un rocher; et, dans cette 
attitude, il ne craint pas l'Ours, qui ne peut le prendre par derrière. 

Genre Blaireau, Mêles, Storr; en catalan Taixô 
( prononcez taïchou ) . 

Caractères. — Remarquable en ce que ses jambes 
sont courtes ; semble plutôt ramper que marcher ; 
pieds à cinq doigts ; ongles robustes ; queue courte , 
velue; une poche située sous la queue, d'où suinte une 
humeur grasse et fétide ; ses ongles de devant, pro- 
pres à fouir la terre, lui servent à creuser des terriers 
profonds; dent carnassière caractérisée. Animal solitaire 
et nocturne. 

TOMR III. 8 



:U HISTOIRE NATURELLE. 

1. Blaireau d'Europe, Ursus mêles, Lin. 

Le Blaireau a le corps naturellement bas sur jambes ; et ce qui 
le fait paraître encore davantage, c'est la longueur de ses poils , 
qui sont noirs, blancs et roux, donnant à l'animal une teinte 
grisâtre plus ou moins foncée. La tête est blanchâtre en dessus; 
une bande noire longitudinale enveloppe l'œil, passe sur l'oreille 
et vient se perdre sur le cou. Les oreilles et la queue courtes; les 
pieds à cinq doigts; les ongles de devant très-allongés et robustes, 
le rendent habile à fouir la terre. Il se creuse des terriers, et 
passe dans la solitude les trois quarts de son existence. Il ne sort 
que la nuit et se nourrit de Mulots, de Lapereaux, de Crapauds; 
il mange aussi des fruits, et souvent il vient dévaster des champs 
où l'on a semé du blé de Turquie, du blé noir, des courges; les 
vignes près de son habitation sont aussi ravagées. La chair en 
est bonne à manger quoique très-mollasse. 

La peau du Blaireau, est très-estimée. Les muletiers de nos 
montagnes s'en servent pour orner les harnais de leurs mulets ; 
nos bergers s'en font des vestes, et leur poil est utilisé par les 
fabricants de pinceaux. Lorsque le Blaireau est surpris par le 
chasseur, il se gonfle, se roule en boule, se laisse aller le long 
d'une pente pour fuir plus vite son ennemi. 

Il est assez répandu dans le département ; presque toujours 
sur nos montagnes moyennes. On en distingue deux espèces : 
Blaireau à tête de Chien, que nos chasseurs appellent Cani, et 
Blaireau à tête de Cochon, Porqui. 

2 me Tribu.— Digitigrades. 

Caractères. — Corps long et fluet, comme voûté, lorsque 
l'animal est en repos ; point de poche à l'anus, mais 
des glandes sécrétant une matière d'une odeur pénétrante 
et fétide. Dans leur marche, ils ne touchent le sol que de 
l'extrémité de leurs doigts, pouvant tenir leurs ongles 



MAMMIFÈRES. 35 

redressés pendant leur marehe , ne les recourbant que 
lorsqu'ils veulent déchirer leur proie. On les a appelés 
Vermiformes, parce que leur corps, allongé et bas sur 
jambes, opère dans la marche des ondulations analogues 
à un mouvement vermiculaire : ils peuvent pénétrer ainsi 
dans les cavités, en passant à travers les plus petites 
ouvertures ; ils joignent aux mœurs les plus féroces , la 
taille et la force nécessaires pour assouvir leurs sangui- 
naires penchants. 

Genre Marte, Muslela, Lin. 

4. Putois, Mustela putorius, Linné; en catalan Puden 
(prononcez pouden). 

Très-sanguinaire, le Putois est la terreur des poulaillers et 
des garennes. Quand il s'y introduit, il commence par tuer tout 
ce qu'il peut atteindre; puis, il emporte ses victimes une à une. 
L'odeur fétide qu'il répand justifie bien le nom qu'on lui donne 
en catalan : Puden (qui sent mauvais). C'est, en effet, le plus puant 
du genre : sa tête est courte, son corps mince et allongé, ses 
jambes courtes, sa robe est brune, formée de longs poils noirs, 
et d'autres plus courts laineux et demi blanc-sale; son dos est 
brun, ses flancs et le ventre sont fauves où le poil court est 
moins caché; la tête est tachetée de blanc, surtout autour de la 
bouche. 

Très-commun dans le département , il habite les bois rappro- 
chés de nos habitations rurales; il se retire au bas des troncs 
caverneux des vieux arbres ; il ne sort que lorsque la nuit arrive, 
et parcourt en tapinois les jardins et les champs voisins de son 
repaire ; il fait la guerre aux Rats , aux Mulots et autres petits 
Mammifères; il se glisse parfois dans nos basses-cours, où il fait 
un ravage épouvantable. Il paraît ne pas dédaigner le poisson , 



36 HISTOIRE NATURELLE. 

el il entre facilement dans l'eau pour s'en procurer. 11 est long 
de 53 à 55 centimètres; sa queue a de 36 à 37 centimètres. 

La femelle est toujours plus petite que le mâle. 

Sa fourrure n'est guère estimée. 

2. Furet, Mustela furo, Lin.; en catalan Fura (prononcez 
fonre). 

Plus petit, plus élancé que le Putois, le Furet a sa robe jaunâtre, 
les yeux roses, la tête moins grosse. Il n'est connu dans le pays 
qu'à l'état de domesticité ; il nous vient d'Espagne, et on l'emploie 
à la chasse au Lapin, dont il est le plus cruel ennemi. 

M. Ciwier nous écrivait au sujet du furet : 

« . . .Le Furet y est-il, ou non, à l'état sauvage? Je ne serais 
« point étonné qu'on n'eût pas sur ces espèces les notions les plus 
« justes, et que l'on en confondît plusieurs en une seule; mais, 
« c'est surtout dans les familles des rongeurs et des omnivores 
« qu'il doit y avoir le plus d'observations nouvelles à faire. La 
« plupart des espèces dont elles se composent sont petites, vivent 
« dans la retraite et fuient le voisinage de l'homme. Par exemple, 
« ce qu'on a toujours regardé comme une variété de YEcureuil 
« fauve, YEcureuil brun, qui paraît se rencontrer principalement 
« dans les contrées des montagnes , n'est-il pas une espèce dis- 
es; tincte? C'est ce que vous pourriez peut-être nous apprendre? 
« Mais voilà bien des questions; ne les trouvez pas, je vous prie, 
« indiscrètes : elles ont pour objet une science que nous cultivons 
« tous deux et qui doit par conséquent leur servir d'excuse. » 

5. Belette, Mustela vulgaris, Lin.; en catalan Mustela 
(prononcez moustèle). 

La Belette, au corps long et fluet, au nez pointu, jouit d'une 
grande agilité; sa robe est d'un brun-fauve ou jaunâtre; le des- 
sous du corps est blanc. Ce petit animal, qui est susceptible de 
sp familiariser, et qui devient très-docile en domesticité, est, 



MAMMIFÈRES. 37 

à l'état sauvage, d'une férocité peu croyable : s'il pénètre dans un 
pigeonnier ou dans un poulailler, il se contente avec ses canines 
très-aiguës, de saigner les Poules au cou et de les laisser sur place. 
La Belette détruit les œufs ou les petits des oiseaux qui nichent 
dans les haies qu'elle habite; elle fait la guerre aux Rats qui sont 
dans les environs de son domaine ; elle attaque même les jeunes 
Lapins et les Levrauts, et parvient à en faire sa proie. Elle est 
commune dans tout le département. 

4. Hermine, Mustela herminea, Lin.; en catalan Mustela 

blanca. 

L'Hermine est plus allongée que la Belette, et a les mêmes for- 
mes; sa queue est toujours noire à l'extrémité; pelage blanc durant 
l'hiver, roux en été, ce qui avait fait donner à cet animal, pen- 
dant cette époque, le nom de Roselet. L'observation a rectifié cette 
erreur, en faisant connaître le changement qui s'opérait dans sa 
robe pendant ces deux saisons. Elle est peu commune dans notre 
département. Un seul individu me fut apporté de Gastell pendant 
l'hiver de 1829. Des chasseurs m'avaient dit avoir vu des Belettes 
blanches sur nos montagnes, et j'étais curieux de savoir si c'étaient 
des Hermines : j'ai pu le constater. Cet animal vit sur les parties 
élevées de nos montagnes. L'Hermine n'acquiert jamais, ici, l'état 
de blancheur éclatante qui donne tant de prix aux fourrures de ces 
animaux qu'on porte de Sibérie. Comme tous ses congénères, ses 
habitudes sont de faire une guerre impitoyable aux petits animaux 
qui vivent autour d'elle. 

5. Marte, Mustela Martes, Lin.; en catalan Martra, 

Les Maries, proprement dites, diffèrent des espèces précé- 
dentes du genre , en ce qu'elles ont le museau un peu plus 
allongé, les ongles acérés, un petit tubercule intérieur à leur 
carnassière d'en haut et d'en bas. 

L'Europe en fournit deux espèces très-voisines l'une de l'au- 
tre, et qu'on trouve sur nos montagnes. 



38 HISTOIRE NATURELLE. 

La Marte, dont la fourrure est très-estimée, peut-être facilement 
confondue avec la Fouine. 

Dans une de ses lettres, M. Cuvier nous demandait à ce sujet : 
« Dites-moi, je vous prie, si les hommes qui, de vos côtés, s'occu- 
« pent de la chasse des animaux à pelleterie, distinguent h Fouine 
« de la Marte, et quels sont, pour eux, les caractères de celle-ci? » 

Nous lui écrivîmes que la Marte se distinguait par la finesse 
de son poil, et particulièrement par la tache jaune qu'elle porte 
sous la gorge, et par les poils qui garnissent la plante de 

SES PIEDS. 

M. Cuvier nous répondit : 

« Je ne saurais trop vous remercier de la complaisance que 
« vous mettez à répondre à mes importunes demandes ; mais 
« notre science, à nous autres pauvres naturalistes français, ne 
« se nourrit que de faits bien moins intéressants pour l'esprit 
a que ces vues élevées, ces vastes spéculations qui font l'objet 
« des sciences plus abstraites. 

« Les renseignements que vous me donnez sur le caractère 
« spécifique de la Marte, sont très-curieux et tout à fait nouveaux, 
« et me font vivement désirer d'en avoir la confirmation par une 
« peau, à laquelle la tête et les pattes seraient restées atta- 
« chées, etc. » 

La Marte est uu peu plus forte de taille que la Fouine; sa robe 
est plus brune; elle a les mêmes habitudes, mais n'approche 
jamais des habitations. Elle est plus rare, et vit dans les parties 
les plus élevées et les plus sauvages du département. On la ren- 
contre en Cerdagne, et particulièrement dans les forêts du Gapcir. 
Sa longueur est de 50 à 52 centimètres; sa queue, de 34 centi- 
mètres, et la circonférence de son corps, 30 centimètres. 

6. Fouine, Mustela foina, Lin.; en catalan Fagina, Gal- 
Fagi. 

La Fouine a sa robe d'un brun ardoisé; les jambes et la queue 



MAMMIFÈRES. 39 

noirâtres; le dessous du corps beaucoup plus clair. Elle habite les 
parties montueuses du déparlement, près des petites habitations ; 
elle sort de son gîte dès que la nuit est obscure; parcourt les 
environs de sa retraite, et si elle peut s'introduire dans les pou- 
laillers, elle fait, comme les autres animaux du même genre, un 
dégât épouvantable ; et lorsqu'elle a mis à mort tout ce qu'elle a 
trouvé, elle emporte sa proie pièce à pièce. On a vu la Fouine 
attaquer des Poules en plein jour, et les emporter dans son char- 
nier; elle fait aussi la guerre aux petits rongeurs, tels que Rais, 
Mulots, Lérots ; les Scarabées satisfont aussi son appétit, et nous 
avons souvent vu dans sa fiente les élitres de nos beaux Carabus, 
Rutilans, Splendens, etc. Sa fourrure est estimée. Sa longueur 
est de 48 centimètres; sa queue, de 31 centimètres; la circon- 
férence du corps est de 27 centimètres. On la confond souvent 
avec la Marte, dont elle se distingue par les caractères que nous 
avons indiqués. 

Genre Loutre, Luira, Storr; en catalan Lludria 
(prononcez lioudri). 

Caractères. — Tête large et plate, langue rude, oreilles 
très-courtes, moustaches raides et fortes; corps épais et 
allongé, jambes courtes, pieds à cinq doigts, palmés 
comme ceux des Canards; queue aplatie horizontalement. 
Habite les bords des eaux douces et salées; poursuit les 
poissons dans les eaux, nage et plonge avec une admirable 
facilité. Sa fourrure rend sa peau très-recherchée. 

1. Loutre commune, Mustela luira, Lin. 

Tête grosse, aplatie, museau large, épais, bouche largement 
fendue, yeux petits, d'un noir bleuâtre, oreilles très-petites, cou 
aussi gros que le corps, qui est presque cylindrique, gros et trapu; 
jambes courtes et épaisses, pieds palmés, queue longue de 38 à 
40 centimètres, aplatie horizontalement. Cette conformation seule 



40 I11STOME NATURELLE. 

fait voir que c'est un animal obligé à chercher sa nourriture dans 
l'eau : en effet, c'est toujours au bord de nos rivières ou des 
canaux qui aboutissent aux étangs qu'on le trouve. La Loutre vit 
constamment dans les lieux à portée des rivières et des marais ; 
elle fait une très-grande destruction de poisson. Comme tous les 
animaux du genre, elle se plaît à détruire; et l'on voit, dans le 
voisinage du lieu qu'elle fréquente, quantité de poissons à demi 
mangés, ce qui souvent est cause de sa perte, car cet indice seul 
fait soupçonner sa présence, et on l'attend, à la brune, lorsqu'elle 
sort de sa retraite pour aller chercher sa nourriture : c'est toujours 
de cette manière qu'on peut se la procurer. Elle est assez com- 
mune dans le département. Sa chair est bonne à manger, surtout 
celle des jeunes sujets; mais c'est surtout sa fourrure qui est très- 
estimée et qui se vend très-cher. La Loutre adulte a 65 et 70 cent, 
de longueur; la circonférence du corps est de 48 à 50 centimètres; 
sa robe est d'un brun-foncé au dessus du corps, brun-châtain aux 
parties inférieures; les lèvres sont d'un blanc-sale, et la gorge et 
une partie du poitrail d'un blanc-argenté ; le poil de toutes les 
parties du corps est très-fourré et très-fin. 

Genre Chien, Canis, Lin.; en catalan 
Gos, Ca. 

Caractères. — Point de poche à l'anus; cinq doigts aux 
pieds de devant , quatre à ceux de derrière ; sa langue 
est douce; trois fausses molaires en haut, quatre en 
bas, deux tubercules derrière l'une et l'autre carnassière; 
ses incisives supérieures sont fortement échancrées ; 
ses pupilles toujours circulaires; la queue recourbée en 
arc. Actifs et intelligents, ces animaux, dont l'homme a 
su s'attacher une espèce (aujourd'hui subdivisée en variétés 
innombrables) vivent de chair fraîche, de cadavres et de 
matières végétales: quelques-uns se creusent des terriers; 



MAMMIFÈRES. Il 

d'autres se contentent de se cacher dans les lieux les 
plus fourrés des forêts. 

1. Chien domestique, Canis familiaris, Lin. 

Pour faire un tableau parlait du Chien, laissons parler l'auteur 
de la Nature , dont les descriptions variées sont toujours vraies 
et si éloquentes : 

« Faire la description du Chien réduit à l'état de domesticité, 
serait chose superflue, puisqu'il présente autant de variétés dans 
sa robe que d'individus. La grande quantité de Chiens que l'homme 
élève, fait voir de quelle utilité cet animal est dans la vie domes- 
tique. Le Chien est un des plus anciens et le plus fidèle de tous 
les compagnons que l'homme se soit choisis parmi les animaux. 
Facile à nourrir, puisque toutes sortes d'aliments contentent son 
appétit, il est employé à toutes sortes de travaux, à la garde des 
habitations et à celle des troupeaux; on le dresse pour la chasse; 
on l'utilise à faire mouvoir des roues ; on l'attelle à de petites 
voitures, à des traîneaux; on le dresse à diverses choses, et le 
sentiment délicat du Chien, perfectionné par l'éducation, le rend 
un animal parfait et digne d'entrer en société avec l'homme. Il 
sait concourir à ses desseins, veiller à sa sûreté, l'aider, le 
défendre, le flatter; il sait, par ses services assidus, par ses 
caresses réitérées, se concilier son maître, le captiver, et de 
son tyran se faire un prolecteur. 

« Le Chien, indépendamment de la beauté de sa forme, de la 
vivacité, de la force, de la légèreté, a , par excellence, toutes les 
qualités intérieures qui peuvent lui attirer les regards de l'homme. 
Un naturel ardent, colère, même féroce et sanguinaire, rend le 
Chien sauvage redoutable à tous les animaux, et cède dans le Chien 
domestique aux sentiments les plus doux, au plaisir de s'attacher 
et au désir de plaire. Il vient, en rampant, mettre au pied de son 
maître son courage, sa force, ses talents; il attend ses ordres 
pour en faire usage; il le consulte, il l'interroge, il le supplie: 



42 HISTOIRE NATURELLE. 

un coup d'œil suffit; il entend les signes de sa volonté. Sans 
avoir, comme l'homme, la lumière de la pensée, il a toute la 
chaleur du sentiment; il a de plus que lui la fidélité, la cons- 
tance dans ses affections; nulle ambition, nul intérêt, nul désir 
de vengeance, nulle crainte que celle de déplaire; il est tout zèle, 
tout ardeur et tout obéissance. Plus sensible au souvenir des bien- 
faits qu'à celui des outrages, il ne se rebute pas par les mauvais 
traitements ; il les subit, les oublie ou ne s'en souvient que pour 
s'attacher davantage ; loin de s'irriter ou de fuir, il s'expose de 
lui-même à de nouvelles épreuves ; il lèche cette main, instrument 
de douleur, qui vient de le frapper; il ne lui oppose que la plainte, 
et la désarme enfin par la patience et la soumission. — Buffon. » 

Le Chien présente trois principales races : 
1" Les Mâtins, à museau allongé, cerveau médiocrement 
développé ; 
2° Les Epagneuls, à museau allongé, cerveau très-développé ; 
3° Les Dogues, à museau raccourci, crâne très-élevé. 
Chaque race présente de nombreuses variétés. 

Race des Mâtins W. 

i° Mâtin, Canis lanarius, Buff. (Chien des Pyrénées). 

Cette belle race se conserve pure dans quelques habitations 
de nos montagnes. Fier et majestueux, fort et courageux, il est 
employé à la garde des habitations et quelquefois à la chasse du 
loup, avec lequel il se bat sans le craindre. 

2° Danois, Canis Danicus, Buff. 

Employé, chez les grands, à courir devant les équipages. 

3° Lévrier, Canis grajus, Buff. 

(I) Je crois superflu de faire ici la description de toutes les variétés con- 
nues de chaque race; je me contenterai d'en indiquer les noms. 



MAMMIFÈRES. 43 

Museau très-allongé, taille élancée, jambes longues et minces; 
employé à la chasse, au courre, du Lièvre et du Lapin. A cette 
race appartiennent les Chiens de la Nouvelle-Hollande, de Terre- 
Neuve, de la Nouvelle-Irlande, etc. 

Race des Epagneuls. 

\° Épagneul, Canis extrarius, Lin. 

Ce Chien est très-intelligent; il sert de chien couchant ou d'arrêt. 
On lui connaît de nombreuses variétés, qui sont: le Pctit-Épagnciil, 
le Gredin, le Pyrame, le Bichon, le Chien-Lion. 

2° Barbet, Canis aquaticus, Lin. Vulgairement appelé 
Caniche ou Chien Canard. 

Va à l'eau où il se plaît ; il nage très-bien et peut être employé 
à la chasse du gibier d'eau. Les Chiens célèbres, connus sous les 
noms de Munito, Bianco, etc., dont on a admiré l'intelligence 
dans toute l'Europe, peuvent donner une idée des dispositions 
naturelles de cette espèce. 

5° Chien courant, Canis g allions, Lin. 

L'excellence de son odorat et la dextérité de ses jambes, le 
font employer à la chasse du Lièvre et des bêtes fauves. 

4° Braque, Canis avicularis, Lin. 

Cette espèce sert principalement comme chien-d'arrèt. 

5° Basset, Canis vertagus. 

Employé aussi pour la chasse. On distingue deux variétés : le 
Basset à jambes droites, et le Basset à jambes torses; les jambes 
du devant, dans cette variété, sont arquées en dehors, 

6° Chien de berger, Canis domeslicus. 
Utile pour la garde des troupeaux. 



44 HISTOIRE NATURELLE. 

7° Chien loup, Canis pomeranus, Lin. 

Employé aussi pour la garde des bestiaux. 
Les Chiens des Esquimaux et de Sibérie, appartiennent à celte 
race; mais nous ne les avons pas dans ces contrées. 

Race des Dogues. 
1° Dogue, Canis molossus, Lin. 

Gardien fidèle des maisons, il est dressé au combat des ani- 
maux; il est célèbre dans certaines contrées. Rare dans ce pays. 

2° Dogue de forte race, Canis anglicus, Buff. 

Plus gros et plus fort que le précédent, il est employé à traîner 
d'assez lourds fardeaux lorsqu'on l'attelle à de petites charrettes. 
Nos bouchers l'emploient à exciter les Taureaux; quand on le 
lance, il se pend aux oreilles de cet animal, et les déchire. 

3° Doguin, Canis friscator, Lin. 

Connu sous le nom de Carlin, de Dogue-âe-Boulogne ; d'une 
utilité à peu près nulle. 

4° Petit Danois, Canis variegatus, Lin. 

5° Roquet, Canis hybridus, Lin. 

6° Chien d'Artois, Buff. Nommé aussi Chien Lillois et 
Quatre-Vingts. 

7° Chien Turc, Canis JEgyptius, Lin. Appelé aussi Chien 
de Barbarie. 

La peau noire et presque entièrement nue. Le Chien Turc à 
crinière en est une variété. On rapporte encore à la race des 
Dogues, les Chiens Anglais, d'Islande et d'Alicante. 

Toutes les variétés sont plus ou moins abondantes dans le 
département. 



MAMMIFÈRES. 45 

2. Loup, Canis lupus, Lin.; en catalan Llop (pr. lioup). 

. Au premier abord , il est difficile de le distinguer du Chien , 
auquel il ressemble. Animal féroce, il vit retiré et caché dans 
les forêts les plus touffues, d'où il ne sort guère que la nuit pour 
chercher sa nourriture; pressé par la faim, il fond en. plein jour 
sur les troupeaux dans les lieux écartés ; il rôde en hiver autour des 
habitations, et pénètre dans les bourgs; se réunit dans les saisons 
rigoureuses en troupes assez nombreuses pour chercher fortune; 
il attaque nos plus grands animaux, et au besoin il dévore les 
charognes, qu'il évente de bien loin. Son pelage est d'un gris-fauve 
chez les adultes , avec une raie noire sur les jambes de devant ; 
tête grosse, terminée par un museau noir, effilé, yeux obliques, 
queue droite et touffue. Les jeunes sujets sont d'un brun-châtain. 
Les Loups sont plus nombreux dans nos plaines en hiver qu'en 
été. Les neiges qui couvrent les montagnes, les forcent à descendre 
dans les plaines pour y chercher un refuge contre le froid, en 
même temps qu'ils peuvent s'y procurer une nourriture plus 
abondante. Ils sont très-communs dans le département, et se 
distinguent par leur grande taille. La longueur du Loup est de 
1 mètre 10 centimètres; la queue, de 35 centimètres; la circon- 
férence du corps, de 73 centimètres. 

5. Loup noir, Canis lycaon, Lin.; en catalan Llop-Cerver. 

Moins grand que le précédent et plus rare, il ressemble, au 
premier aspect, au Loup ordinaire, excepté du pelage qui est 
d'un brun-noir et uniforme ; ses oreilles sont plus distantes et 
il a les yeux plus petits. Se trouve dans les régions élevées; nos 
paysans l'appellent Llop-Cerver, Loup-Cervier. 

Sous-Genre Renard, Vulpes, Lin.; en catalan 
Gmlla . 

Les Renards se distinguent des Loups et des Chiens, 
par une queue plus longue et touffue; par leur museau 



if» HISTOIRE NATURELLE. 

plus pointu, et par des pupilles, qui, le jour, se contrac- 
tent verticalement. 

4. Renard commun, Canis vulpes. 

La finesse et la ruse de cet animal sont devenues proverbiales. 
Il approche de nos habitations rurales pendant la nuit; tâche de 
s'introduire dans nos basses-cours, et fait un ravage épouvantable 
en mettant à mort toutes les volailles qu'il y rencontre ; puis il 
cherche à les emporter dans son charnier ou les cache dans un 
lieu voisin de son habitation sous les mousses, les feuilles sèches, 
ou sous terre , d'où il ne les retire , pour les manger, que lors- 
qu'elles ont un commencement de putréfaction ; il paraît même 
préférer la viande dans cet état que lorsqu'elle est fraîche. 

Le Renard est long de 75 à 80 centimètres. Le pelage est fauve 
en dessus et blanc-sale en dessous; son museau est plus effilé 
que celui du Loup; ses oreilles, droites et pointues, sont noires 
par derrière: sa queue est horizontale quand il marche, et touche 
à terre dans le repos; elle est grosse, très-touffue et terminée 
par un bouquet de poils noirs, et longue de 38 centimètres. 
La circonférence du corps est de 30 centimètres. Il fait la guerre 
aux Lièvres, aux Lapins; il s'embusque pour prendre les Perdrix, 
les Cailles et autres oiseaux; il mange également les œufs, les 
fruits; au besoin il se contente de Sauterelles, Hannetons et autres 
insectes. Très-répandu dans tout le département. 

Dans notre contrée il offre deux variétés : 
1° Le Renard charbonnier, Canis alopex, Lin. 

Plus trapu, moins haut sur jambes; poil plus fourni, et d'une 
couleur plus foncée, presque bleuâtre sur le dos. 

2° Le Renard porte-croix, Canis crucigera, Rrisson. 
Plus élancé, plus haut sur jambes, poils plus rares, d'un brun 
plus clair. 



MAMMIFÈRES. 47 

Genre Civette, Viverra, Lin.; en catalan 
Janetta. 
Caractères. — La Civette a, sous la queue, un léger enfon- 
cement provenant de la saillie de deux glandes qui sécrè- 
tent une liqueur d'une odeur de musc bien prononcée; 
marche digitigrade et vermicidaire ; ses ongles peuvent 
se retirer entre ses doigts comme ceux des Chats. Queue 
longue et non susceptible de s'enrouler. 

1. Genette, Viverra genetta. 

Grande comme une Marte et beaucoup plus effilée, la Genette 
est la terreur des pigeonniers; grimpe avec une adresse infinie 
le long des murs des maisons, et s'y introduit : elle détruit en 
peu de temps toute la famille. 

Elle est très-répandue dans ce département. Sa couleur géné- 
rale est d'un gris très-foncé, avec des taches ovales, d'autres 
rondes, noires, parsemées sur le corps; la queue annelée de 
noir; une tache blanche sur les joues. Elle habite nos forêts, 
dans les troncs des vieux arbres, dans la plaine comme à la 
montagne , les vieilles masures ; elle s'introduit et se cache dans 
les galetas des grandes habitations des villes, d'où elle sort la 
nuit pour aller à la campagne chercher sa nourriture , ou dans 
les pigeonniers ou volaillers des environs. La peau de la Genette 
est une fourrure assez estimée. Les jeunes Genettes s'apprivoisent 
très-facilement, et dans les maisons elles font l'office des Chats. 
La longueur de la Genette est de 55 à 60 centimètres; sa queue, 
de 46 centimètres; la circonférence du corps, de 40 centimètres. 

En faisant l'inventaire de l'ancienne poudrière de Perpignan , 
on trouva dans un galetas sept Genettes, qu'on tua et qu'on 
m'apporta. Je pus disposer d'un individu pour M. Cuvier, qui me 
demandait cet animal, 'et qui était bien surpris d'apprendre qu'il 
fût abondant dans cette contrée. Plus tard, j'ai eu le bonheur de 
lui envoyer, par la diligence, un individu en vie, qui aura servi 



48 HISTOIRE NATURELLE. 

à compléter les observations qu'il devait faire. Le passage sui- 
vant de sa lettre du 22 février 1831, prouve combien il tenait à 
la recevoir : 

« Je ne saurais trop vous remercier des soins que vous voulez 
« prendre pour nous procurer la Genette de France. Je sens plus 
« que jamais le besoin d'en posséder un individu dont l'origine 
« ne soit pas douteuse. Depuis quelques mois, nous avons reçu du 
« Cap-de-Bonne-Espérance, de l'Inde, de Sumatra, de Java, des 
« Genettes qui diffèrent très-peu les unes des autres, et qui ont 
« beaucoup de rapport avec la nôtre; mais appartiennent-elles à 
« son espèce? c'est ce qui ne pourra être décidé que lorsqu'on 
« la possédera de manière à bien l'étudier, ce qui ne peut jamais 
« être sur des individus empaillés. Les renseignements que vous 
« me donnez sur cette Genette des Pyrénées et sur les Lynx, ont 
« beaucoup d'intérêt. Nous étions loin de nous douter que les 
<( premiers de ces animaux fussent en assez grande abondance , 
« pour fournir à un commerce de pelleterie. C'est que les natu- 
« ralistes travaillent trop dans leurs cabinets ! Aussi , comment 
« concilier l'érudition que la science exige, et les observations 
« qui lui seraient également nécessaires? c'est ce que j'ignore. » 

Genre Chat, Felis, Lin. 

Caractères. — Tête ronde; mâchoires courtes, molaires 
toutes tranchantes; langue hérissée de papilles cornées; 
train de derrière aussi haut que celui de devant ; ongles 
entièrement rétractiles pouvant se redresser par le moyen 
de ligaments élastiques, ce qui empêche leur pointe de 
s'user. Ces caractères, joints à leur grande souplesse, 
en font des animaux redoutables. C'est à ce genre 
qu'appartiennent les animaux les plus sanguinaires et 
les plus terribles, comme le Lion, le Tigre, etc. Leurs 
fourrures sont très-estimées. 



MAMMIFÈRES. 49 

1. Lynx, Felis lynx, Lin. 

Cet animal, qui diffère essentiellement du Loup, est devenu 
fort rare, et les chasseurs de la montagne lui donnent encore le 
nom de Loup-Cervier (les fourreurs le désignent aussi sous cette 
dénomination). Plus grand que le Chat le plus fort que l'on 
connaisse, très-trapu, jambes fort robustes, corps ramassé, 
et malgré cela d'une légèreté dont peu d'animaux approchent, il 
grimpe sur les arbres, où il se tient caché et immobile, pour se 
laisser tomber sur sa proie lorsqu'elle passe ; son poil est fauve- 
roussàtre , avec quelques taches noirâtres, irrégulières et claire- 
ment parsemées sur le dos; la queue courte, grosse et touffue, 
terminée de noir; les oreilles droites, sont surmontées d'un bou- 
quet de poils effilés et longs, qui les fait paraître terminées par 
un pinceau. 

M. Cuvier désirant savoir si le Lynx existait dans cette contrée, 
m'écrivait en 1821 : 

« Ayez la bonté de me dire si le Lynx, Felis lynx, Lin., se 
« trouve vers les parties orientales des Pyrénées? On l'a ren- 
« contré vers les parties occidentales, et il n'est pas très-rare 
« sur les montagnes de l'Espagne et du Portugal. Il serait inté- 
« ressant de déterminer les limites dans lesquelles cette espèce 
« est restreinte; et nous pourrons devoir cette connaissance à 
« vos soins, etc. » 

A cette époque, on en avait tué un très-beau à la forêt de For- 
miguères, et je pus donner à M. Cuvier les renseignements qu'il 
me demandait. Cet animal est très-rare ; je n'en ai vu qu'un autre 
sujet qui avait été tué à Salvanère. 

2. Chat ordinaire, Felis catus, Lin.; en catalan Gat, 

A l'étal de domesticité, le Chat présente des variétés innom- 
brables dans les couleurs de sa robe; il n'en est pas ainsi à l'état 
sauvage, où il conserve les couleurs qui sont propres à son espèce, 
et elles ne varient point. Une femelle fut tuée pendant l'hiver de 

TOME m. 4 



")!> HISTOIRE NATURELLE. 

1840 dans nos forêts, où cet animal n'est pas rare. Ses couleurs 
paraissent avoir servi de type à la description qu'en a donnée 
Buffon : pelage gris, marqué de bandes noires, en long sur le 
dos, en travers sur les flancs; membres robustes; tête plus grosse 
que celle des Chats domestiques, et généralement tout le corps 
plus fort; lèvres et plantes des pieds noires; queue annelée avec 
le bout noir. On le trouve assez ordinairement dans nos forêts, 
mais toujours seul: il vient, dans la belle saison, dans les vignes 
qui sont près de nos garrigues. Il fait la chasse aux Lièvres et 
aux petits quadrupèdes; il grimpe très-facilement sur les arbres 
où il poursuit les oiseaux. 

A l'état de domesticité, le Chat est défiant et traître. Il s'attache 
peu à son maître; mais il paraît s'attacher de préférence à l'habi- 
tation, car lorsqu'on le transporte dans un autre lieu, il le quitte 
aussitôt pour revenir dans sa première demeure. Il gronde en 
mangeant, lorsqu'il craint qu'un autre animal vienne lui enlever 
sa proie; il recouvre ses excréments de terre ou de poussière, 
et lance une urine très-fétide. Dans sa jeunesse , il est très-fami- 
lier; joue avec les moindres objets; les saisit, les pousse, s'en 
amuse avec ses pattes, les guette, leur saute brusquement dessus, 
et s'exerce ainsi à la chasse qu'il fera bientôt aux Souris, pour la 
destruction desquelles nous le gardons dans nos maisons. Le Chat 
a le sommeil léger, la vue excellente et l'ouïe très-fine. 

On remarque principalement les variétés suivantes : 

1° Le Chat domestique tigré; Felis catus domesticus, Lin. 

Analogue au Chat sauvage. 

2° Le Chat des Chartreux, Felis catus cœruleus, Lin. 

Poil très-fin, un peu long, gris-ardoisé. 

3° Le Chat d'Espagne, Felis catus Hispanicus, Lin. 

Robe tachée irrégulièrement de blanc, de roux et de noir. 

4" Le Chat d'Angora, Felis catus Angorensis, Lin. 

Poils très-longs, principalement autour du cou, sous le ventre 
et la queue, gris, blancs, fauves ou mélangés. 



MAMMIFÈRES. ">l 

5me Tribu. — Amphibies. 

Gemre Phoque, Phoca, Lin. ; en catalan Serène. 

Caractères. — Animaux autrement conformés que tous 
ceux qui précèdent : pieds horizontaux très-courts, enve- 
loppés dans la peau, ne laissant voir que les extrémités, 
ne pouvant servir que pour les aider à ramper lorsqu'ils 
abordent le rivage ; ils s'en servent aussi pour ramer, et, 
ils sont si agiles au sein des mers, qu'ils ne le cèdent 
en vitesse à aucun Cétacé ; l'eau est leur véritable élément; 
ils se nourrissent de poissons, de mollusques et d'herbes 
marines. Ils sont intelligents, faciles à apprivoiser, s'atta- 
chent à l'homme et lui obéissent. Leur tête est ronde; 
le nez quelquefois prolongé; narines susceptibles de se 
fermer complètement; queue rudimentaire. 

Deux espèces visitent nos côtes. 

1. Phoque moine, Phoca monacus , Geml. 

Ce Phoque, qui atteint jusqu'à 3 et 4 mètres de longueur, parait 
assez rare sur les côtes de ce département. Toutefois, de gros 
temps en ont rejeté sur les bords de la mer, et nos pécheurs en 
ont eu pris, ce qui prouve que cette espèce n'est pas bornée à 
l'Adriatique, où elle est seulement plus commune. Son pelage 
est d'un brun-noirâtre en dessus, blanc en dessous. Ses mous- 
taches sont lisses. Il est intelligent, facile à dresser à plusieurs 
exercices, et susceptible de s'attacher à l'homme. Il vit de pois- 
sons et de plantes marines. 

Au moment où je mets en ordre cet article pour le livrer à 
l'impression, un fait, aussi rare qu'intéressant, vient s'ajouter à 
tout ce que j'ai dit sur la présence de cet Amphibie sur nos côtes. 
M. le docteur Penchinal, de Port-Vendres, m'écrit sous la date 
du v 21 septembre 1861 : 

a Le 10 du courant, dans la rade de Banyuls-sur-Mer, un 



52 HISTOIRE NATURELLE. 

« Phoque femelle est venu mettre bas, en plein jour, sur les 
« récifs qui abritent la petite anse de Fontansé, au lieu dit La 
« Ginastère-Bella. Des enfants, passant sur ce point, aperçurent, 
« presque à toucher terre , un énorme animal qui leur fit peur, 
« et auquel ils jetèrent des pierres. Cet animal sauta à la mer, 
« laissant sur les roches un fœtus à terme et bien vivant, encore 
« muni de son cordon et de son placenta. Des pêcheurs, accourus 
« à l'appel de ces enfants, montèrent dans une embarcation, et 
« furent prendre ce petit Phoque, qui, en rampant sur les récifs, 
« était parvenu à gagner la mer. Ce fœtus, de la taille d'un Chien 
« ordinaire, a été emporté à Perpignan , et montré comme chose 
« curieuse et fort curieuse en effet; vous l'avez peut-être vu. 
« On vient de m'annoncer qu'il a succombé. La mère a cherché 
« son petit le restant du jour, et l'on m'a affirmé que deux chas- 
« seurs , ayant été le soir même sur ces parages , l'ont vue assez 
« distinctement pour lui tirer à petite portée. Depuis lors, elle a 
« disparu. Je ne puis comprendre comment un animal aussi 
« timide que le Veau-Marin, a choisi, pour mettre bas, un lieu 
« habité et très-fréquenté en ce moment par les baigneurs, lors- 
« qu'il existe, sur la côte, plusieurs lieux solitaires où la bête 
« aurait pu se débarrasser en toute sécurité, si elle avait été libre 
« de choisir sa place. Mais il est probable que la grande quantité 
« de Souffleurs gigantesques qui sont sur nos côtes depuis quelque 
« temps, avaient dû la forcer à chercher un refuge près des lieux 
« habités, et que là, arrivée à terme, elle a dû mettre bas au 
a premier endroit à sa portée. Ne pouvant point, sans danger 
« pour la vie de son petit, le déposer dans l'eau profonde, elle 
« a dû alors grimper en toute hâte sur les récifs signalés, où 
« elle a été rencontrée sitôt après son opération : les rochers 
« étaient encore teints de sang. » 

Ce jeune Phoque, que j'avais vu à Perpignan, mesurait l ra ,35 
de longueur; la couleur de sa peau était d'un brun-foncé sur la 
partie supérieure, et blanche sur les parties inférieures, ce qui 
me porte à croire qu'il appartenait au Phoque-Moine. 



MAMMIFÈRES. 53 

L'histoire du Phoque est encore si obscure, qu'il est bon d'en- 
registrer les moindres faits qui peuvent l'éclairer. On a vu que 
c'est vers le milieu du mois de septembre 1861, qu'une femelle a 
mis bas sur un rocher de la rade de Banyuls-sur-Mer; cependant, 
tous les auteurs disent, Buffon et autres, que les Phoques mettent 
bas en hiver. On lit encore dans le Dictionnaire universel d'His- 
toire Naturelle de M. Ch. d'Orbigny, que le chef de la famille a 
beaucoup d'affection pour ses femelles, et qu'il les défend avec un 
courage furieux contre toute agression étrangère. « C'est surtout 
« quand elles mettent bas, c'est-à-dire de novembre en janvier, 
« qu'il redouble de soins et de tendresse pour elles.» Notre femelle 
était seule, et aucun mâle n'est venu l'assister dans ce pressant 
danger. 

2. Phoque commun, Phoca vitulina, Lin. 

Il est beaucoup plus petit que le précédent, puisque les plus 
grands ne dépassent jamais 1 mètre 30 à 50 centimètres. Il habite 
principalement les mers du nord, mais il fréquente assez souvent 
nos côtes, où il n'est pas rare. Son intelligence est très-développée; 
il est susceptible d'éducation, de reconnaissance et d'attachement 
envers l'homme; il obéit aux commandements de son maître. 
Nous en avons vu un qui fut pris sur les côtes de la Catalogne, 
près du golfe de Rosas, qui était excessivement privé ; on pouvait 
le caresser à^volonté, et, au commandement de son maître, il se 
tournait sur le dos et lançait avec sa nageoire de l'eau sur les 
assistants. Il vivait depuis assez longtemps en captivité. Il se 
nourrit de poissons, de mollusques et de plantes marines. 



QUATRIEME ORDRE. 

MARSUPIAUX. 

Cet ordre comprend nombre de Mammifères tous 
étrangers à l'Europe. 



54 HISTOIRE NATURELLE. 

CINQUIÈME ORDRE. 

RONGEURS. 

Caractères. — Deux grandes incisives à chaque mâchoire, 
séparées des molaires par un espace vide; point de 
canines. Les incisives leur servent à limer leurs aliments, 
à les réduire par un travail long et obstiné, ou plutôt à 
les ronger, d'où leur vient le nom de Rongeurs. 

Ces Mammifères sont en général faibles; mais très- 
prompts, très-agiles pour échapper à une foule d'ennemis 
de toute espèce qui les entourent. Plusieurs vivent dans 
des terriers profonds; d'autres grimpent sur les arbres. 
Leur nourriture consiste en matières dures : écorces, 
noisettes, glands, châtaignes, noix, etc. Us ne sortent 
de leurs retraites que pendant la nuit, et font un mal im- 
mense aux récoltes. Quelques-uns sont sujets à tomber 
en léthargie lorsque la température est basse. Leurs en- 
nemis sont les Carnassiers et les Oiseaux de proie diurnes 
et nocturnes, qui en font une grande destruction. 

Genre Écureuil, Sciurus, Lin. , 

Caractères. — Les Écureuils se distinguent des autres 
rongeurs, par des incisives inférieures très-comprimées, 
des molaires qui sont au nombre de cinq en haut et de 
quatre en bas ; les oreilles portent un pinceau de poils à 
leur extrémité ; leurs yeux sont gros et saillants , relati- 
vement à leur tête; ils ont une longue queue, bien garnie 
de poils, qu'ils relèvent en panache en l'étendant sur le 
corps, et qui vient dépasser la tête quand ils sont au repos. 

1. Écureuil commun, Se. vuUjaris, Bufl.; en cat. Esqairol. 



MAMMIFERES. ;>.> 

Habitant de nos grandes forêts de hêtres, de pins et de sapins, 
rËcureiiil est, sans contredit, le plus leste et le plus agile de tous 
les rongeurs; il grimpe sur les arbres avec une adresse et une 
promptitude vraiment inconcevables; quand il saute de branche 
en branche, il semble voler, tant ses mouvements sont subits. 
Son œil est vif et saillant, son dos arqué, ses jambes postérieures 
allongées et disposées pour le saut ; son pelage est ordinairement 
d'un roux assez vif, quelquefois obscur, d'une couleur blanchâtre 
en dessous; ses oreilles sont terminées par un bouquet de poils. 
Il a 25 à 28 centimètres de longueur; sa queue est aussi longue 
que le corps, touffue et garnie sur les côtés de poils disposés 
comme les barbes d'une plume , qu'il agite comme un balancier 
dans ses bons précipités; et, lorsqu'il est en repos, il la relève 
comme un élégant panache. L'Écureuil vit de noisettes, de faines, 
de semences et autres fruits secs, dont il fait ample provision et 
qu'il entasse dans les troncs des arbres les plus élevés. Son nid 
est admirable par sa construction. Il s'apprivoise facilement, et 
devient très-familier. On le dispose dans une cage où se trouve 
une galerie cylindrique en fil de fer, que ce petit animal fait 
tourner avec une rapidité étonnante. 

Nous trouvons dans certaines localités de nos montagnes, à 
Salvanère surtout, des Écureuils qui ont une couleur brune très- 
prononcée, et qui sont plus petits que les Écureui-ls fauves qui 
abondent dans nos forêts. Cette différence tient probablement à 
la localité ; car, en portant toute notre attention sur les principaux 
caractères de ces animaux, nous n'avons rien distingué d'assez 
saillant pour admettre deux espèces différentes. Nous avons 
soumis nos observations à M. Cuvier, qui, après avoir examiné 
deux dépouilles que nous lui avions envoyées sur sa demande, 
a partagé notre opinion, et n'a vu dans la différence de la couleur 
de la robe et de la taille qu'une simple variété. 

Une variété qu'on trouve en Pologne et dans le nord de l'Europe, 
devient d'un gris-clair aux approches de l'hiver. Cette fourrure, 
connue sous le nom de petit-gris, est très-estimée. 



56 HISTOIRE NATURELLE. 

2. Loir, Mioxusglis, Lin.; en catal. Rat grill, Rat esquirol. 

Le Loir habite les forêts des montagnes moyennes de ce dépar- 
tement. Il a de 15 à 16 cent, de long; il est d'un gris-d'ardoise 
clair en dessus, blanchâtre en dessous; sa queue, longue de 12 
à 14 centimètres, est fournie comme celle de l'Ecureuil; il la 
relève à volonté, et lui donne un air fort gracieux. Ses yeux sont 
très-saillants; son museau est pointu, et ses ongles très-aigus 
lui donnent la facilité de grimper sur les arbres. Il saute de 
branche en branche avec une agilité surprenante. Sa nourriture 
consiste en noisettes, châtaignes et autres fruits. Il attaque aussi 
les petits oiseaux. Il niche dans le creux des arbres : sa portée 
est de cinq ou six petits. Le Loir s'engourdit dès que la tempé- 
rature est basse, et il passe l'hiver dans un sommeil léthargique. 
Il habite différentes localités de nos montagnes et particulièrement 
Serdinya , d'où nous avons tiré tous ceux que nous avons eus. 

Le Musée de Paris ne possédait pas cette espèce, à laquelle 
M. Cuvier tenait beaucoup. Voici ce qu'il m'écrivait à la réception 
de ceux que je lui fis passer en vie par la diligence : 

« Les Loirs que vous nous avez envoyés sont arrivés dans le 
« meilleur état, grâces aux soins que vous avez pris en les confiant 
a à la diligence, et ils se portent encore fort bien. J'espère les 
« conserver longtemps et bien assez sûrement pour en tirer tout 
« ce que des animaux hors de leur état de nature peuvent donner. 
« J'en ai déjà fait faire une fort belle peinture, et leurs dépouilles 
« enrichiront nos cabinets d'anatomie et de zoologie, qui étaient 
« fort pauvres des diverses parties de cette espèce, etc. » 

5. Lérot, Mioxus nitela, Geml.; en catalan Rat dormidor. 

Cet animal, très-agile, fait beaucoup de dégâts dans nos jardins, 
où il est très-répandu. Il est d'un gris-fauve en dessus, front 
jaunâtre, museau pointu, œil saillant et entouré d'une bande 
noire, qui se dirige en dessous de l'oreille et va se perdre sur le 
cou. Le dessous de son corps est blanchâtre ; sa queue, vers l'extré- 



MAMMIFÈRE*. 57 

mité, est un peu velue, noirâtre et terminée par une toull'e de 
poils blancs. Il passe l'hiver dans un état d'engourdissement, ce 
qui lui a fait donner le nom de Rat dormidor par nos paysans, 
qui le trouvent souvent dans cet état pendant l'hiver. Sa longueur 
est de 11 à 12 centimètres; sa queue a de 8 à 9 centimètres. 
Commun dans le pays. 

4. Muscardin, Myoxm avellanarius , Linné; en catalan 
Menge baUanes (mange noisettes). 

II est beaucoup plus petit que le précédent, puisqu'il ne dépasse 
jamais 7 à 8 centimètres, plus joli, plus agile et plus gracieux, d'un 
fauve-clair en dessus, presque blanc en dessous; sa queue est 
aplatie, à poils disposés en barbes de plume; il abonde dans nos 
plantations de noisetiers, où il fait son nid dans le genre de celui 
de l'Ecureuil. Il passe aussi l'hiver dans un état d'engourdissement 
dans le creux d'un vieux tronçon d'arbre, où il dépose beaucoup 
de graines et de provisions. 
M. Cuvier nous écrivait au sujet de ces deux dernières espèces: 
«Les notes que vous me donnez sur les animaux de vos contrées, 
<i sont extrêmement précieuses, et j'en ferai sûrement un très-utile 
« usage, en les publiant et, comme de raison, en vous en attri- 
« huant le mérite. Je recevrai donc, avec bien de la reconnaissance, 
« tout ce que vous voudrez bien m'envoyer, en observations comme 
a en objets matériels, et je tâcherai, monsieur, que vos peines ne 
« soient pas perdues. Notre administration est instruite de celles 
«: que vous voulez bien prendre pour enrichir le Muséum Royal, 
« et votre nom a même déjà été placé sur un des Loirs que nous 
« vous devons, et que j'ai eu le malheur de perdre. Celui que vous 
« m'offrez pourra le remplacer; et, si par la même occasion, vous 
« aviez des Lérots à me faire passer, je les recevrais avec plaisir, 
« ne fût-ce que pour constater leur identité avec ceux de ce pays-ci. 
« Il est une troisième espèce de Loir connue en France, c'est le 
« Mnsrardin, qui est extrêmement rare aux environs de Paris, et 
« qui serait peu-être plus commun dans le Midi, etc. » 



58 HISTOIRE NATURELLE. 

Genre Rat, Mus, Cuv.; en catalan Rêtil 

Caractères. — Incisives supérieures assez courtes, en 
coin; les inférieures, longues, comprimées, arquées et 
fort aiguës à leur extrémité; molaires simples, couronne 
garnie de tubercules mousses; museau assez prolongé; 
oreilles oblongues, souvent nues; yeux saillants; queue 
presque toujours plus longue que le corps, composée d'un 
grand nombre d'anneaux écaillés, entre lesquels paraissent 
de petits poils raides. Ces petits animaux ont suivi l'homme 
partout où il a fixé sa demeure. Ils s'introduisent dans nos 
habitations; rongent nos meubles et nos effets; mangent 
nos provisions. Nous les voyons partout, autour de nous. 

i. Rat d'Alexandrie, Mus Alexandrinus , Geoffroy Saint- 
Hilaire. 

Beaucoup plus gros que le suivant. Museau assez allongé, 
aplati en dessus ; de très-longues moustaches, composées de poils 
noirs et blancs; oreilles grandes, larges et ovales; yeux grands, 
très-noirs; corps couvert de poils cendrés mêlés de ferrugineux, 
mais de très-longs poils, gros et noirs, clairsemés, répandus 
sur toute la partie supérieure du corps; le dessous d'un blanc 
jaunâtre; pieds forts, d'un blanc-jaunâtre en dessus; les doigts 
couverts de poils raides; queue robuste et très-longue, 24- cent.; 
le corps, y compris la tète, mesure 18 centimètres. 

Apporté probablement en Europe, par quelque navire de com- 
merce, ce Rat s'est propagé dans nos contrées. Je reçus, dans le 
temps, une caisse d'objets d'histoire naturelle; la femelle de ce 
rongeur avait fait son nid dans un grand Oursin, et j'y trouvai 
sept petits vivants. La mère n'avait pas abandonné sa famille; car 
nous la tuâmes en ouvrant la caisse : les petits étaient encore 
sans poil. La caisse nous venait de l'île de Sardaigne. 11 est 
commun dans tout le pays. 



MAMMIFÈRES. 5D 

'2. Rat noir, Mus domesticus, Lin.; en catalan Ratai 

Les anciens ne connaissaient point ce rongeur. On le dit origi- 
naire d'Amérique; mais il n'existe aucune donnée pour appuyer 
cette opinion. Il paraît qu'il a pénétré en Europe dans le moyen- 
;1ge. Beaucoup trop commun, puisqu'il dévaste tout dans nos 
habitations. Il a le museau pointu, la mâchoire supérieure plus 
avancée que l'inférieure, les yeux saillants, la queue très-longue 
et écailleuse*, d'une couleur noirâtre en dessus, d'un cendré- 
obscur en dessous. Il a 15 à 18 centimètres de long, C'est la nuit 
qu'il sort de sa retraite pour pénétrer dans nos greniers et y 
porter une dent avide ; il attaque les jeunes Pigeons, les Poussins, 
même les jeunes Lapins. Pour nous venger de cet hôte incom- 
mode, nous avons admis dans nos demeures le Chat, qui lui fait 
une guerre à mort. La Fouine, la Genette, la Belette, plusieurs 
Oiseaux de proie nocturnes, sont encore pour le Rat autant 
d'ennemis irréconciliables. On se sert, pour détruire les Rats, de 
divers pièges à ressort, du quatre de chiffre, et des poisons qu'on 
mêle à des appâts. 

Sa couleur varie beaucoup : on en trouve d'entièrement noirs, 
d'autres qui sont tout à fait blancs. 

5. Rat des toits. Mus tedorum, Savi. 

La partie supérieure de son corps est d'un cendré légèrement 
ferrugineux, les poils sont longs, souples et doux au toucher; les 
plus longs, parsemés clairement, sont fort minces; le dessous 
du corps est d'un blanc grisâtre; le museau est pointu; mousta- 
ches longues, bien fournies et noires; oreilles très-développées; 
yeux grands; pieds garnis de petits poils grisâtres; la queue 
longue, mince, couverte de poils llexibles, longue de 18 cent. 
Le corps avec la tète mesurent 15 centimètres. 

Moins gros que le précédent, ce rongeur l'ait un mal immense 
à nos jardins, où il se trouve abondamment. Il grimpe sur les 
arbres pour y manger les fruits. Les grenades, les oranges douces 



60 HISTOIRE NATURELLE. 

sont particulièrement dévorées par ce rongeur, qui n'en laisse 
que l'écorce; et, lorsqu'on veut cueillir ces fruits, on ne trouve 
plus que leur enveloppe. 

4. Rat souris, Mus musculus, Lin. ; en catalan Rat furet. 

Dans sa petite taille, la Souris a les formes du Rat ; sa couleur est 
grise en dessus, cendrée en dessous. Elle atteint de 8 à 9 cent, 
de longueur; sa queue est longue comme le corps, plus velue 
que celle du Rat, et son poiLest plus soyeux. Elle habite aussi nos 
demeures, où elle commet des dégâts multipliés. Retirée pendant 
le jour dans les galeries qu'elle sait se creuser, dès que la nuit 
parait, elle sort; et s'avance d'un pas timide, l'oreille au guet, pour 
se livrer à ses penchants destructeurs. On en trouve quelquefois 
des variétés blanches, d'autres couleur isabelle tachetée, gris- 
clair, avec le ventre rose. Cette espèce vit à nos dépens et sous 
nos yeux. Sa multiplication est extraordinaire, et ses ravages 
dans les maisons sont quelquefois effrayants. Les souricières et 
les Chats sont chargés de nous délivrer de son importunité. 

5. Rat mulot, Mus silvaticus, Lin.; en cat. Rat campestre. 

Le Mulot a les yeux saillants, les oreilles larges et allongées, 
les jambes proportionnellement plus grandes que les autres Rats; 
sa longueur est de 11 à 12 centimètres; son pelage d'un gris- 
fauve en dessus , blanchâtre en dessous ; queue plus courte que 
le corps , d'une couleur obscure sur la face supérieure , et blan- 
châtre en dessous. On trouve des Mulots de diverses tailles ; 
cependant, ils ne diffèrent en rien par rapport à l'espèce : le 
museau quelquefois est plus allongé dans certains individus; mais 
la tache caractéristique qu'ils portent sur la poitrine, qui est petite 
et fauve, est constante à tous les individus n'importe leur taille. 
Ce rongeur répand une mauvaise odeur; son naturel est méchant. 
Us se livrent entre eux des combats, et les plus faibles sont dévorés 
par les vainqueurs. On le trouve partout, et sa multiplication est 
prodigieuse. Il habite les bois et les champs; s'y creuse une 



MAMMIFÈRES. 61 

retraite, ou profite des trous que le hasard lui offre, et y amasse 
ses provisions, qui consistent en graines et en fruits. Il est très- 
nuisible aux blés et aux céréales. 

6. Rat surmulot, Mus decumanus , Pallas ; en catalan 
Rat dels fossats. 

Le nom seul indique qu'il surpasse par la taille le précédent, 
quoiqu'il ait une partie de ses habitudes; cependant, il se rap- 
proche beaucoup plus par ses formes du Rat commun. Il est long 
de 22 à 24 cent.; son pelage est d'un roux grisâtre en dessus, 
blanc en dessous; queue nue, écailleuse, presque aussi longue 
que le corps. Il vit dans les lieux les plus humides et les plus 
malpropres de nos habitations: les conduits d'eau, les latrines, 
les aqueducs qui débouchent dans la ville, en sont encombrés; 
il infeste aussi les campagnes et les granges, où il fait des dégâts 
considérables à nos récoltes. Il est très-vorace; attaque les 
Pigeons, les Lapins, la volaille ; c'est un ennemi terrible du Rat 
noir. Il se défend avec courage contre les petits carnassiers qui 
osent lui faire la guerre. Le Chat même l'attaque avec crainte. 
On le dit originaire de l'Inde. 

Genre Campagnol, Arvicola, Lacep. 

Caractères. — Museau court, obtus; oreilles larges, 
courtes, ne dépassant pas le poil; yeux petits; quatre 
doigts à ongles robustes aux pieds antérieurs; les posté- 
rieurs en ont cinq en comptant le pouce qui est rudi- 
mentaire. Queue ronde, velue, atteignant. la moitié du 
corps; trois mâchelières partout, formées chacune de 
prismes triangulaires, placées alternativement sur deux 
lignes. 

Ces rongeurs vivent dans les bois ou dans les champs 
ensemencés; leurs dégâts dans nos récoltes sont quel- 
quefois effrayants ; ils se réunissent en société , et font 



62 HISTOIRE NATURELLE. 

des excursions au loin ; ils se creusent des terriers sous 
le sol. Très-abondants dans le nord de la France, ils le 
sont moins dans le midi. 

1. Campagnol des champs, Arvicola arvalis, Lacep. ; en 

catalan Rat de terre, Rat dels camps. 

Tête courte, assez grosse, yeux grands, à fleur de tête; oreilles 
grandes, garnies de petits poils souples et fauves. Couleur géné- 
rale d'un fauve grisâtre; sur les flancs, cette couleur est plus 
claire; les parties inférieures sont d'un blanc-sale; pieds garnis 
de poils courts et raides, d'un blanc-jaunâtre. Queue courte, 
atteignant rarement le quart du corps, couverte de poils courts, 
d'un jaune-sale. Longueur totale, 13 à 14 centimètres. 

2. Campagnol fauve ou Campagnol des prés, Arvicola 

fidvus, Desm. ; en catalan Rat dels prats. 

Beaucoup plus petit que le précédent, il habite généralement 
les prairies humides des parties basses. Sa longueur totale est de 
10 à 11 centimètres, en y comptant la queue, qui est de 3 à 4 
centimètres. Pelage d'un fauve presque jaunâtre au dessus du 
corps; dessous blanc ou jaunâtre, selon les individus. Pieds 
couverts de poils serrés, d'un blanc -jaunâtre; tête petite, un 
peu effilée; yeux noirs, très -petits; moustaches grisâtres, à 
poils très-souples. 

Un individu fut pris dans les propriétés du Mas de Leule, et 
me fut envoyé par le propriétaire. Il a le corps gris-jaunâtre, 
entouré d'une bande blanche. Cette bande part des deux côtés 
de l'abdomen, et vient se réunir sur le dos : elle a 3 centimètres 
de large. La partie blanche de l'abdomen couvre tout le poitrail 
et le dessous de la mâchoire inférieure. 

5. Rat d'eau, Mus amphibkis, Lin.; en catalan Rat bufot, 
Rat d'aygua. 
Le museau renflé et court fait paraître sa tête plus grosse; 



MAMMIFÈRES. t'i!! 

il a los oreilles courtes et velues; le pelage d'un gris-noirâtre en 
dessus, plus clair en dessous; queue plus longue que la moitié 
du corps, d'une couleur plus foncée ; son corps est plus ramassé 
et il a 16 à 18 centimètres de longueur. Les pieds postérieurs 
ciliés, lui permettent de nager facilement dans les ruisseaux, au 
bord desquels il s'établit ordinairement, dans les trous que lais- 
sent les racines des arbres. De là, il est à portée de faire ses 
excursions pour chercher sa nourriture, qui consiste en sangsues 
et en larves des insectes aquatiques; au besoin il vit de racines, 
il ne peut demeurer sous l'eau que très-peu de temps, son orga- 
nisation le forçant à venir respirer l'air extérieur. Il est commun 
dans toute la contrée : nos paysans recherchent beaucoup sa 
chair. On nous apporta de Sainte-Marie-la-Mer deux Rats d'eau, 
mâle et femelle, entièrement blancs. 

Genre Lièvres, Lepiis, Lin. 

Caractères. — Les Lièvres diffèrent des autres rongeurs 
par les incisives supérieures doubles; par l'intérieur de 
leurs lèvres garnies de poils ; la lèvre supérieure fendue ; 
les oreilles très-longues ; les pattes postérieures très- 
longues, et le dessous des pieds velu comme le reste du 
corps; la queue courte et relevée. 

1. Lièvre ordinaire, Lepus timidus, Lin.; en catalan 

LIebra, Llabrau. 

La timidité de cet animal est passée en proverbe. Ordinaire- 
ment, c'est le partage de tous les animaux faibles; et les moyens 
de défense du Lièvre consistent dans l'agilité de ses jambes. Sa 
longueur est de 50 à 52 centimètres; son pelage est formé d'un 
mélange de fauve et de gris plus ou moins nuancé d'obscur; 
oreilles plis longues que la tête, cendrées à leur face postérieure, 
noires à l'extrémité; queue courte, blanchâtre avec une ligne 
noire en dessus. Cet animal vit d'herbes, de racines et de fruits; 



64 HISTOIRE NATURELLE. 

il ronge aussi l'écorce des arbres. A l'état de domesticité, il pro- 
page difficilement son espèce ; il est susceptible d'éducation. Il 
est commun dans le pays; ceux qui habitent les montagnes 
moyennes sont plus petits et leur chair est de meilleur goût. 
Une variété bien plus grande, d'un tiers au moins, vit sur les 
hautes montagnes du département : ses oreilles sont larges; sa 
tête plus allongée; ses jambes très-longues; son pelage est d'un 
roux clair ; sa chair est moins succulente, dure, et par cela même 
moins recherchée. 

La robe du Lièvre varie beaucoup : on en trouve qui ont le 
pelage plus ou moins brun; j'ai vu un sujet qui était presque 
noir; d'autres plus ou moins blancs, tout-à-fait blancs. Cette 
dernière couleur ne serait-elle pas l'effet de la maladie? Je le 
présume, car tous les Lièvres que j'ai vus dans cet état, étaient 
maigres et paraissaient souffrants; leur chair n'était pas bonne. 
Le poil du Lièvre a un certain prix dans le commerce pour la 
fabrication des chapeaux de feutre. 

Les Renards, les Fouines et quelques Oiseaux de proie, sont, 
après l'homme, ses ennemis mortels. 

2. Lapin, Lepus cuniculus, Lin. ; en catalan Llapin. 

Beaucoup moins grand que le Lièvre et non moins estimé, le 
Lapin est d'un naturel aussi inquiet, mais plus industrieux que 
lui. Il choisit, pour sa demeure, les bois touffus, et y établit des 
terriers, où il passe la journée à l'abri des Loups, des Renards 
et des Oiseaux de proie qui sont ses puissants ennemis. Son pelage 
est gris nuancé de fauve en dessus, blanchâtre en dessous; oreilles 
un peu plus courtes que la tête, d'une seule couleur; une tache 
rousse à la nuque ; sa chair blanche et agréable, diffère beaucoup 
de celle du Lièvre. Ces animaux multiplient énormément, et nui- 
sent souvent aux récoltes; leur taille varie beaucoup, et mesurent 
de 35 à 40 centimètres de longueur. 

Le Lapin sauvage est la souche de tous les Lapins que nous éle- 



MAMMIFÈRES. 65 

vous en domesticité, et dont les couleurs sont si variables : blanc, 
noir, roux, ou d'un gris plus ou moins nuancé d'autres couleurs. 
Le Lapin riche, Lcpus cuniculus argenteus, plus grand que le 
lapin ordinaire, d'un gris d'ardoise argenté, particulier au nord 
de la France, est élevé dans beaucoup de nos maisons rurales; 
sa chair, lorsqu'il est bien nourri, est très-bonne : cette espèce 
produit moins que la première. 

Genre Coraye, Cavia, Illig. 

Caractères. — Ses molaires n'ont chacune qu'une lame 
simple et une fourchue; les doigts séparés; deux mamelles 
ventrales; point de queue; oreilles très-courtes. Ce sont 
de petits jolis animaux qui se privent facilement; l'espèce 
qui a été apportée en Europe, a sa robe de toutes les 
couleurs. 

1. Cobaye, Cochon d'Inde, Cavia cobaya, Gmel; en 
catalan Porc mari. 

Ce petit animal varie en couleur comme tous les animaux 
domestiques ; son pelage offre de grandes taches noires, blanches 
et fauves. Il est long de 28 à 30 centimètres. 

Il paraît qu'il vient d'un animal nommé Aperea, qu'on trouve 
dans les bois du Brésil et du Paraguay, et qui est de même forme 
et taille; mais son pelage est entièrement gris. Le Cobaye s'est 
acclimaté dans toutes les contrées de l'Europe ; il multiplie pro- 
digieusement ; il est facile à nourrir; sa chair est fade. C'est de 
sa forme et de son grognement que lui vient son nom. 

SIXIÈME ORDRE. 

ÉDENTÉS. 

Tatous, Pangolins, etc., etc., tous appartenant aux pays 
d'outre-mer. 



66 HISTOIRE NATURELLE. 

SEPTIÈME ORDRE. 

PACHYDERMES. 

Les Éléphants, les Rhinocéros, etc., appartiennent à 
ce genre : ce sont les plus grands quadrupèdes connus. 
Le mot Pachyderme signifie peau épaisse, ce qui leur a 
valu leur nom. Les seuls Pachydermes d'Europe sont : 
le Sanglier, l'Ane et le Cheval. 

Genre Sanglier, Sus, Lin. 

Caractères. — Quatre doigts à tous les pieds , deux 
très-grands armés de forts sabots, deux très-petits placés 
extérieurement, ne touchant presque pas la terre lorsque 
l'animal marche ; des incisives en nombre variable ; les 
canines fortes, sortant de la bouche, se recourbant vers 
le haut; museau tronqué, terminé par un boutoir; corps 
garni de poils raides appelés soies; douze mamelles. 

1. Sanglier commun, Sus scropha, Lin.; en catalan 
Porc singla. 

Cet animal a été très-répandu dans le département ; mais la 
dévastation de nos forêts, ayant donné au chasseur la facilité de 
parcourir nos montagnes, a empêché sa propagation. Cependant, 
la vallée de La Vall, canton d'Argelès, est garnie de grandes 
forêts où le Sanglier se trouve communément ; il franchit quel- 
quefois ces retraites impénétrables, et s'aventure sur la cime des 
Albères où l'on en tue quelquefois. 

Long de l m ,50 à 2 mètres, le Sanglier a le corps trapu, le 
pelage noir et peu épais ; les soies longues, rudes et hérissées ; 
les oreilles droites; la bouche est armée de deux défenses pris- 



MAMMIFÈRES. 67 

matiques recourbées en dehors et un peu vers le haut. La chair 
en est excellente ; sa hure surtout est très-estimée. La femelle 
du Sanglier porte le nom de Laie; ses petits, celui de Marcassins; 
ils sont bariolés de blanc et de noir tant qu'ils sont jeunes. 

Le Sanglier est la souche de nos Cochons domestiques et de 
leurs nombreuses variétés. De tous les Mammifères, le Cochon 
est peut-être le plus brut ; toutes ses habitudes sont grossières, 
tous ses goûts sont immondes. Les produits qu'on retire du porc 
sont nombreux, et il rend de très-grands services à l'homme. Sa 
chair fraîche est excellente; elle se sale très-aisément; se conserve 
très-bien, et par là facilite les grands voyages. Les jambons, le 
lard et beaucoup d'autres parties du Cochon, dédaignés dans les 
autres animaux domestiques, sont une nourriture recherchée; 
et quels services ne rendent-ils point aux habitants des campa- 
gnes ! Tout dans le Porc a un degré d'utilité : l'axonge fraîche 
sert dans nos cuisines et en pharmacie pour diverses prépara^ 
tions ; elle sert encore h préserver les voitures du frottement des 
essieux; la peau sert à faire des cribles, et le poil est employé 
à la confection des brosses et des pinceaux. 

Les jeunes Cochons de lait sont un excellent mets très-recherché 
dans notre pays. 

On remarque les variétés domestiques suivantes : 

1° Le Cochon commun ou à grandes oreilles, à pelage de 
couleurs très-variées, à oreilles longues et pendantes, à queue 
tortillée. 

Les races indigènes les plus remarquables sont celles du Péri- 
gord, du Bourbonnais, de la Champagne, de la Bretagne et de 
la Normandie; nous en voyons d'une très-forte dimension; notre 
pays en élève en abondance. 

2° Le Cochon de Siam, ou Porc-Chinois, a les oreilles courtes 
et droites, la peau noire, le ventre touchant presque à terre. 
On commence à le propager dans notre département. 



08 histoire naturelle. 

Famille des Solïpèdes. 

Genre Cheval, Equus', Cuv. 

Caractères. — Six incisives aux deux mâchoires; cani- 
nes existant chez les mâles à la mâchoire supérieure, et 
quelquefois à toutes les deux, manquant très-souvent 
chez les femelles. Sept molaires de chaque côté aux deux 
mâchoires, marquées de nombreux replis d'émail et 
séparées des canines par un espace vide appelé barre; 
pied à un seul doigt apparent , mais offrant sous la peau 
deux autres doigts rudimentaires. Les mamelles sont 
placées entre les cuisses ; mais, par exception, les mâles 
en sont tout-a-fait privés. 

i. Cheval, Equus caballus, Lin.; en catalan Caball. 

De tous les Mammifères connus , sans contredit, le Cheval est 
celui qui rend les services les plus nombreux à l'homme. Tous 
les jours il doit se féliciter d'avoir fait sa conquête, et d'avoir 
ainsi réduit au moindre de ses caprices, ce fougueux et superbe 
animal. L'existence du Cheval est liée aujourd'hui aux besoins 
de l'homme, à ses commodités et à ses jouissances ; il est employé 
au labour où il rend des services signalés à l'agriculture; on 
l'utilise comme bête de trait, de charge et de roulage; dans le 
service des camps, il facilite les excursions militaires, en traînant 
les bagages et les vivres; l'artillerie traînée par le Cheval con- 
tribue souvent à faire remporter la victoire ; il partage avec le 
guerrier les dangers du combat. A l'aide du Cheval, le voyageur 
est transporté à des distances considérables; par la rapidité de 
sa course, le chasseur obtient de grands avantages sur d'autres 
Mammifères non moins légers, et sous la direction d'un écuyer 
habile, il déploie toutes les grâces de son corps. 

Nous avons plusieurs races de Chevaux dans le département. 
Dans les vastes plaines de la Salanque, on a besoin de forts Che- 



MAMMIFÈRES. 69 

vaux de trait; aussi, y voit-on généralement des Limousins, des 
Poitevins et des Bourbonnais; dans d'autres localités, on a les 
races d'Auvergne, de Bretagne et de Navarre. Dans le temps, on 
citait, pour la monte, les Chevaux originaires de la Cerdagne 
française; ils se rapprochaient, par leur forme et leur finesse, 
de la race Andalouse; mais, actuellement, les propriétaires de 
cette contrée, n'élevant presque plus de Chevaux, ont trouvé un 
bien plus grand avantage pécuniaire à l'élève des Mulets, qu'ils 
vendent et font passer en Espagne dès l'âge de six à neuf mois. 

Le Cheval, outre les services qu'il rend à l'homme pendant sa 
vie, est encore après sa mort d'une grande utilité : ainsi son cuir 
est employé à divers usages; sa graisse sert pour diverses prépa- 
rations; ses crins sont employés par les bourreliers; ses sabots 
par les fabricants de peignes et autres ouvrages de corne ; ses os 
par les boutonniers, les tourneurs, etc., etc. 

2. Ane, Equus asinus; en catalan Burro (pr. bourrou). 

L'Ane, non moins utile que le Cheval, se fait admirer par sa 
sobriété. Employé à toutes sortes de travaux, on a l'avantage de 
pouvoir le nourrir des pâturages que les autres animaux domes- 
tiques dédaignent ou refusent de manger : il se contente des 
plantes les plus dures et les plus épineuses. Cette sobriété le 
rend précieux pour les propriétaires peu fortunés , chez lesquels 
on le voit communément de service; il n'est point de cultivateur 
ou de brassier qui n'ait son Ane, sans souvent posséder même un 
pouce de terre; il est peu de départements où l'Ane soit aussi 
répandu. D'un naturel doux et patient, mais d'un tempérament 
robuste, il peut porter les plus grands poids relativement à sa 
taille. Il ne demande aucun soin, et en récompense d«s services 
qu'il nous rend, nous n'avons pour cet animal que le plus parfait 
mépris : on soigne, on instruit, on exerce un Cheval, tandis que 
l'éducation de l'Ane est abandonnée à la grossièreté du dernier 
des valets; et comme le dit fort bien Bulï'on, si l'Ane n'avait pas 



70 HISTOIRE NATURELLE. 

un grand fonds de bonnes qualités, il les perdrait, en effet, par 
la manière dont on le traite. Il est le jouet, le plastron, le bardeau 
des rustres, qui le conduisent le bâton à la main, qui le frappent, 
le surchargent, l'excèdent sans précaution, sans ménagement. 

Si l'Ane nous rend les plus grands services par son travail, 
l'Ànesse, par les bonnes qualités de son lait, rétablit notre santé 
débile, toutes les fois qu'une longue maladie a épuisé nos forces; 
ainsi, on ne saurait trop employer de soins à l'éducation de ces 
animaux. L'accouplement de l'Ane et de la Jument produit le 
Mulet, animal plus sobre et plus facile à nourrir, qui rend de 
très-grands services dans les pays montagneux. Comme bête de 
somme, on l'utilise pour le labour et pour le trait; on se sert 
même de ces animaux dans certaines contrées, en Espagne sur- 
tout, pour les voitures des grands. 

Le Cheval et l'Anesse donnent une espèce de Mulet qui est plus 
petit que le précédent, plus robuste peut-être, que l'on nomme 
Bardot; il sert aux mêmes usages. 

Les dépouilles de l'Ane sont employées comme celles du Che- 
val, et il n'est pas moins utile que lui après sa mort. 

HUITIÈME ORDRE. 

RUMINANTS. 

Caractères. — Faculté de ramener à la bouche les 
aliments, après les avoir avalés, pour le6 mâcher une 
seconde fois. Cette singularité résulte de la structure de 
leur estomac. Point d'incisives à la mâchoire supérieure; 
incisives inférieures presque toujours au nombre de huit; 
pieds terminés par deux doigts et deux sabots à face 
interne aplatie, de manière à ressembler à un seul sabot 
qui aurait été séparé par le milieu. Cette disposition leur 
a valu la dénomination de pieds fourchas. Tous les ani- 



MAMMIFÈRES. 71 

maux que comprend cet ordre, ont un air de ressem- 
blance qui les caractérise parfaitement; ils ne forment 
qu'une seule famille et paraissent avoir été faits sur le 
même modèle. Ils sont pour l'homme d'une grande 
utilité : toute nourriture leur est bonne ; ils rendent de 
grands services, et les produits qu'on en retire sont 
considérables. 

Genre Antilope, Antilope, Lin. 

Remarquable par l'élégance de ses formes et par la 
légèreté de sa course. 

1 . Antilope chamois, Antilope rupicapra, Pallas ; en ca- 
talan Isard. 

Le Chamois habite les parties les plus élevées de nos monta- 
gnes; il se rapproche toujours des sommités occupées par les 
neiges ; il vit en troupes quelquefois très-considérables, et comme 
chez tous les animaux réunis en famille , des sentinelles avan- 
cées sont chargées de la garde et de la sûreté de la compagnie. 
Au moindre bruit qui frappe ces animaux, un sifflement aigu 
part de leurs narines, et se répète par intervalles jusqu'à ce que 
leurs yeux ou leur odorat les aient fixés sur la nature du danger 
qui peut les menacer; alors, ils partent comme des flèches, 
gravissent ou descendent des pentes effroyables ; s'élancent 
d'une pointe de rocher à l'autre à des distances considérables, 
sans qu'on puisse deviner comment ils peuvent poser leurs pieds. 
Lorsqu'on fait la chasse de ces animaux, et que la troupe se dirige 
vers vous , il faut bien se garder de la détourner de son chemin ; 
il faut tâcher au contraire d'éviter sa rencontre, car elle renver- 
serait l'homme qui se trouverait sur son passage ; et, comme on 
est toujours près de précipices, on pourrait bien, sans le vouloir, 
en mesurer la profondeur, et perdre la vie. 



72 HISTOIRE NATURELLE. 

La longueur du Chamois est ordinairement de l m ,20 à l m ,25. 
Ses cornes ont de 20 à 22 centimètres de longueur, un peu incli- 
nées en avant, droites, lisses, la pointe courbée en arrière en forme 
d'hameçon W; elles sont noires et très-aiguës ; nos maréchaux 
s'en servent pour saigner les Chevaux et les Bœufs par la bouche, 
ce qu'ils appellent donner un coup de corne. Son pelage est ' 
gris-cendré ou fauve-clair en été, brun et très-velu en hiver; 
une bande obscure descend obliquement de l'œil vers le museau. 
Il n'y a aucune différence ni pour la robe ni pour les cornes 
dans les deux sexes. Sa chair est fort bonne à manger. Au prin- 
temps, la femelle met bas un petit, rarement deux; dès sa nais- 
sance, il suit le troupeau. 

11 paraît que dans les temps reculés, le Cerf a habité nos con- 
trées; mais le défrichement de nos vastes forêts, a contribué à 
l'en faire disparaître depuis bien longtemps. 

Il en est de même du Chevreuil. Bien que certains chasseurs 
m'aient assuré qu'il existe sur nos montagnes, je n'ai jamais pu 
parvenir à m'en procurer un individu , ce qui me porte à croire 
qu'il ne s'y trouve point. 

(-J) Je ne sais à quoi pont servir cette disposition des cornes; car elle 
ne parait point favorable à la défense de l'animal. Les chasseurs au Chamois 
prétendent que, si cet animal tombe accidentellement dans un précipice, 
ou que, trop pressé par les chiens, il soit forcé de s'y jeter, il s'accroche 
avec les cornes à un arbuste ou à la pointe d'un rocher, et reste ainsi 
suspendu jusqu'à ce que le danger qui le menace ait passé; alors, par un 
effort il se dégage, arrive à terre, et reprend sa course pour rejoindre sa 
compagnie. Je ne sais jusqu'à quel point ce fait est croyable. 

Il est des Chamois dont les cornes ont une autre direction, et nos paysans 
pensent que c'est une espèce différente. Nous croyons, nous, que cela tient 
à quelque accident, survenu à l'animal quand il était encore jeune; car 
nous n'avons remarqué sur les Chamois dont les cornes ont celte dispo- 
sition , aucune autre différence ni aucun caractère tranchant qui puissent 
nous autoriser à les croire d'une espèce différente. Nous avons remarqué 
aussi , avec d'autres naturalistes, que l'espèce qui se trouve dans cette 
contrée, est beaucoup plus forte de taille que celle des Alpes, 



MAMMIFÈRES. T.i 

Genre Chèvre, Capra, Lin. 

Caractères. — Ce genre est remarquable par les cornes 
dirigées en haut et recourbées en arrière; leur menton 
est ordinairement garni d'une barbe pendante. 

1. Chèvre ordinaire, Capra hircus, Lin.; en catalan Cabra. 

Tous les animaux domestiques s'éloignent plus ou moins de 
la souche primitive, et la Chèvre est du nombre de ceux dont la 
domesticité a donné une quantité innombrable de variétés. Il 
parait, d'après les observations des naturalistes anciens, que 
notre Chèvre dérive de YEgagre ou Chèvre sauvage , qui vit en 
troupes sur les montagnes de la Perse, et qui fournit le bézoard 
oriental, espèce de concrétion qu'on trouve dans ses intestins : 
dans l'état d'indépendance où elle vit, la couleur de sa robe est 
constante, tandis qu'à l'état de domesticité où nous l'avons 
réduite, elle varie à l'infini. La Chèvre conserve toujours un 
caractère capricieux, qui la rend quelquefois insupportable au 
garde qui la conduit: elle aime les lieux secs et sauvages; semble 
fréquenter avec plaisir les parties difficiles à gravir, ce qui prouve 
que, malgré son état de domesticité, elle tient à son origine 
montagnarde. Elle se nourrit d'herbes grossières et de pousses 
d'arbustes, et porte par ses goûts le plus grand dommage à nos 
forêts. 

La chair de la Chèvre n'est pas très-bonne à manger; il n\ a 
guère que celle du Chevreau qui soit succulente et de bon goût. 
La Chèvre a la tête ornée de cornes, dont la face antérieure forme 
un angle aigu; la face postérieure est arrondie. Le mâle ou Bouc 
se fait remarquer par ses belles cornes , qui deviennent très- 
grandes, et par la belle touffe de poils qui lui pend au menton. 
Le lait de la Chèvre est employé à divers usages domestiques : 
on en fait, dans certaines contrées, de très-bons fromages. Son 
suif sert h fabriquer les chandelles. Son poil, qu'on enlève tous 
les ans, est employé à divers usages : avec le plus grossier ou 



74 HISTOIRE NATURELLE. 

le jarre, on fait des feutres; filé, on en fabrique des bouracans et 
autres étoffes ; le duvet ou capelin, est employé à faire des étoffes 
plus fines. Sa peau est utilisée pour des outres et. autres objets non 
moins essentiels. Ses cornes, comme celles des autres ruminants, 
servent à la fabrication des peignes et des manches de couteau. 
Le département avait été doté d'une espèce de Chèvre bien 
précieuse et qui s'y était fort bien acclimatée ; je veux parler 
de la Chèvre du Thibet. Aujourd'hui elle n'existe plus dans le 
pays. J'ignore les causes qui ont amené ce triste résultat. 

Genre Mouton, Ovis, Lin. 

Caractères. — Cornes dirigées en arrière et revenant 
plus ou moins en avant, en spirale; son chanfrein est 
généralement convexe; il ne porte point de barbe. 

1. Mouton ordinaire, Ovis, Aries, Lin.; en catalan Moltô, 
vulgairement Mouton. 

Tout le monde connaît la douceur et la timidité du Mouton. 
De tous les animaux c'est celui qui donne les moindres marques 
d'intelligence; il est probable que c'est le premier animal que 
l'homme a soumis à son empire. On fait dériver toutes nos races 
domestiques du Mouflon, espèce sauvage qui habite les montagnes 
de la Corse, de la Sardaigne et'de la Grèce, ou de YArgali, 
autre Mouton sauvage qui vit sur les plateaux de la Sibérie et 
autres parties de l'Asie. 

De nombreux troupeaux de Moutons sont répandus sur toute 
la surface de ce département; plusieurs variétés sont élevées 
par nos cultivateurs. Les produits que ces animaux fournissent 
sont bien différents. C'est surtout la laine qui en est un des 
principaux. Dans les plaines ou parties basses, la laine a toujours 
été de meilleure qualité que celle des troupeaux qui sont élevés 
sur nos montagnes, où elle est plus grossière, et donne des 
produits moins satisfaisants; mais, c'est surtout depuis le croi- 



MAMMIFÈRES. 75 

sèment de nos bètes avec les Mérinos d'Espagne, que nous 
avons eu des métis dont la laine a été de beaucoup supérieure 
à celle déjà trés-eslimée qu'on avait anciennement. De nos 
jours, dans toute la plaine, les cultivateurs qui ont des troupeaux 
de Moutons, en ont tellement amélioré la qualité, qu'il n'y a 
presque pas de différence avec la race pure qui vient de l'Espa- 
gne. Outre la laine, la chair de cet animal forme une excellente 
nourriture. Son lait nous donne de bons fromages; son suif 
sert à la fabrication des chandelles; de sa peau on fait la basane, 
le parchemin, et des rognures on obtient une colle très-gluti- 
neuse. Son fumier, répandu sur nos terres au moyen du par- 
cage, économise le transport, et répand partout la fertilité. 

Genre Bœuf, Bos, Lin. 

Caractères. — Un large mufle; chanfrein droit; cornes 
creuses dirigées de côté, et tendant à s'éloigner l'une de 
l'autre; un fanon ou repli de la peau sous le cou; taille 
trapue; jambes robustes : ce sont de grands animaux 
doués d'une force extraordinaire. 

J. Bœuf ordinaire, Bos, Taurus, Lin.; en catalan Bou. 

La force du Bœuf nous prouve toute l'adresse et la supériorité 
dont l'homme est doué, pour parvenir à réduire et à contraindre 
ce redoutable animal aux travaux domestiques auxquels il l'a 
soumis: de quelle utilité ce ruminant n'est-il pas pour le labour 
et le charroi? La souche primitive paraît ne plus exister à l'état 
sauvage. On avait cru la retrouver dans YAurogs et l'Yack; mais 
il a été impossible d'établir ce rapprochement, puisque ces deux 
espèces ont quatorze côtes, tandis que les Boeufs n'en ont que 
treize. 

La chair du Bœuf est de tous les aliments, le plus sain et le 
plus nourrissant ; le lait que produisent les Vaches est utilisé de 



76 HISTOIRE NATURELLE. 

différentes manières aux usages domestiques; le suif sert à la 
fabrication des chandelles; la peau donne les cuirs les plus forts 
et les plus durables; les poils trouvent leur emploi chez les bour- 
reliers; les cornes et les ongles reçoivent mille formes diverses 
pour notre usage et nos besoins; et les engrais que nous en reti- 
rons sont les plus abondants de tous ceux que fournissent nos 
bestiaux. 

Dans le département nous avons plusieurs races, qui sont plus 
ou moins productives, selon les localités ; mais aucune ne lui est 
propre. 

NEUVIÈME ORDRE. 

CÉTACÉS. 

Nous n'avons pas à nous occuper de la première 
famille des Cétacés , comprenant les Lamantins , les 
Dugong, les Stellaires, qui ne vivent pas dans nos mers. 
Nous passons à la deuxième famille qui comprend des 
sujets qui fréquentent nos côtes. 

2me famille. —Cétacés Ordinaires. 

Caractères. — Narines placées au sommet de la tête 
nommées évents; appareil singulier au moyen duquel 
ces animaux lancent des jets d'eau au-dessus de leur 
tète , particularité qui a toujours attiré l'attention des 
navigateurs l*>. Peau lisse et très -douce; au-dessous, 
se trouve un lard très-épais qui sert a faire l'huile. 
Mamelles situées près de l'anus; bras ou nageoires 
impropres à saisir un objet. Ces Cétacés se tiennent 

(1) Les pécheurs donnent généralement le nom de Souffleurs à tous les 
Cétacés, à cause de l'eau que ces animaux rejettent par l'ouverture des évents. 



MAMMIFÈRES. 77 

toujours dans la mer; mais, comme ils respirent par 
des poumons, ils sont obligés de monter souvent à la 
surface du liquide pour prendre de l'air. 

Nous arrivons à cette classe de Mammifères qui 
diffèrent, par leur structure, de tous ceux que nous avons 
signalés. Si les premiers, par la forme de quelques-uns 
de leurs organes, se soutiennent dans les airs comme 
les Chauves-Souris, ceux-ci, au contraire, ont été destinés 
par leur nature à vivre constamment dans l'eau. En effet, 
comment concevoir que de pareils colosses pussent se 
mouvoir sur la terre, puisque leur longueur est démesurée; 
qu'ils ont un poids considérable (1 >; qu'ils sont dépourvus 
de membres abdominaux , et que leur tronc se continue 
par une queue longue et épaisse , que termine une na- 
geoire cartilagineuse horizontale. 

Genre Dauphin, Delphinus, Lin. 

Caractères. — Il parait, d'après Cuvier, que c'est le plus 
carnassier, et, proportion gardée avec sa taille, le plus 
cruel de l'ordre. On le distingue sans peine à son front 
bombé et à son museau allongé qui ressemble presque a 
un bec de canard. 

i. Dauphin vulgaire, Delphinus delphis, Lacep.; en ca- 
talan Porc de mar (Cochon de mer). 

La longueur de ce Cétacé ne dépasse guère 3 m ,50 ; son corps 
est allongé, le museau très-avancé, déprimé; la mâchoire armée 
de chaque côté de quarante-cinq à quarante-sept dents, grêles, 
arquées et pointues ; son corps est noir en dessus et blanc en 

(I) Les auteurs de célologic évaluent les Baleines de 50 mètres de lon- 
gueur, au poids de \ 30.000 kilogrammes. 



78 HISTOIRE NATURELLE. 

dessous. On en voit des troupes assez nombreuses qui approchent 
très-souvent de nos côtes. Ses mouvements sont prompts et 
précipités; il a assez de force, dit-on, pour s'élancer sur le 
tillac des navires (Lacep.). 

2. Grand dauphin, Delphinus tursio, Bonnat. 

On voit cette espèce très-rarement : son museau est court, 
large et très-déprimé; ses mâchoires sont armées de vingt à 
vingt-trois dents coniques, et souvent émoussées, dit Cuvier. 
Son corps, mince et très-allongé, d'un bleu-noirâtre en dessus 
et blanc en dessous, atteint ordinairement 5 mètres. 

5. Dauphin orque, Delphinus orca, Lacep. 

Ce Dauphin est très-rare sur nos rivages. Son corps est mince 
et atteint une grande dimension; le museau arrondi, très-court; 
la mâchoire supérieure plus avancée que l'inférieure, qui est 
plus large ; les dents dont elles sont armées, sont inégales, coni- 
ques et recourbées à leur sommet ; nageoire dorsale placée au 
milieu de la longueur du corps. J'ai vu un individu, pris par des 
pêcheurs, à notre plage de Ganet ; ils l'avaient déjà mutilé pour 
en faire de l'huile. 

4. Dauphin marsouin, Delphinus phocena, Lacep. 

Le Marsouin est, au contraire, excessivement commun sur nos 
côtes. On le voit très-souvent se rapprocher du rivage et des 
barques de nos pêcheurs, contre lesquelles il vient se frotter. Il 
n'est pas bien grand, et il est rare d'en trouver qui dépassent 
2 mètres de longueur; son museau, court et arrondi, est armé 
de vingt-cinq dents de chaque côté, très-pointues. Ce Marsouin 
est noirâtre en dessus et blanc en dessous. Nous en avons dis- 
séqué un dont nous conservons le squelette ; il fut pris à Saint- 
Laurent-de-la-Salanque. 



MAMMIFÈRES. "/'.» 

Genre Cachalot, Physeter, Lacep. 

Caractères. — Tête très-volumineuse, très-renlïée sur 
le devant ; mâchoire inférieure étroite , armée de chaque 
côté d'une rangée de dents coniques qui entrent dans 
des cavités correspondantes de la mâchoire supérieure; 
évents situés au bout du museau. Ces animaux sont 
chassés, non pour leur lard qui est peu de chose, mais 
pour un liquide graisseux, très-estimé, qui se coagule en 
se refroidissant et qu'on désigne sous le nom de sperma 
eeti, adipocvre, ou blanc de baleine, qu'on emploie à 
divers usages. On trouve aussi dans les intestins des 
Cachalots, cette matière précieuse odorante qu'on nomme 
ambre gris. 

1. Cachalot macrocéphale, Physeter macrocephalus, Lacep. 

Tète monstrueuse; mâchoire inférieure longue de 4 mètres et 
demi, armée de vingt-cinq dents de chaque côté, de 16 centimè- 
tres de longueur, coniques et très-fortes ; corps très-volumineux, 
long de 20 mètres, terminé par une nageoire de 4 ra ,60 de largeur; 
peau unie, d'un blanc-obscur, ventre blanc. Il existe, à Collioure, 
un dessin qui représente un Cachalot, échoué à La Selva, dont les 
mâchoires, qu'on voit encore dans la cour des salles d'anatomie 
comparée au Jardin des Plantes de Paris, furent envoyées au 
Musée royal de cette ville, il y a plus de quatre-vingts ans. 
Les détails de cette prise nous furent donnés par M. Bélieu, fils, 
naturaliste, à Collioure; nous les rapportons icK 1 ). 

(I) « Un Cétacé fut pris à La Selva, il y a plus de quatre-vingts ans. 
M. Lanquine (Nicolas) en envoya les mâchoires à Louis XV, qui, en récom- 
pense, lui fit une pension de 200 fr. Il existe à Collioure une gravure, en 
mauvais état, qui représente ce Cachalot ; elle fut faite à l'époque où il fut 
pris : elle porte les dimensions et autres détails consignés dans la noie 
suivante : 



80 HISTOIRE NATURELLE. 

Genre Baleine, Balœna, Lin. 

Caractères. — Tête moins renflée sur le devant que celle 
des Cachalots; dents nulles; mâchoire supérieure munie 
d'une grande quantité de lames transversales, minces et 
serrées, terminées en franges semblables à des soies de 
porc, et formées d'une espèce de corne fibreuse ou de 
poils agglutinés les uns contre les autres. Ces lames, 
appelées fanons, connues aussi sous le nom de baleines, 
atteignent une longueur de 2 nl , 50 à o mètres, existent 
au nombre de huit ou neuf cents de chaque côté, et 
servent à ces animaux pour retenir leur nourriture. La 
taille de quelques-unes est gigantesque. 

Deux cônes adossés par leur base composent le corps 
de ces Mammifères. Le postérieur très-étroit et relevé 
longitudinalement en arête, s'élargit à son extrémité pour 
former la nageoire de la queue, tandis que le cône anté- 
rieur est interrompu vers l'endroit où sont placés les 
bras, puis se continue en avant d'une manière allongée 
et irrégulière. Leur tête a une forme monstrueuse et un 

Pieds. Pouces. 

« Longueur 60 » 

« Hauteur 22 6 

« Longueur de la mâchoire inférieure -14 9 

« Longueur de l'aile ou nageoire -12 » 

« Longueur de la pelle ou rame 44 » 

« Hauteur depuis la lèvre supérieure jusqu'au sommet 

de la tète \\ 7 

« Trous par où il jetait l'eau A 6 

« Largeur du trou du gosier 4 6 

« Hauteur du gosier 6 G 

« Peau unie, d'un blanc-obscur, ventre blanc; la mâchoire inférieure 
avait cinquante dents de six pouces de longueur; son poids était de \ .800 
quintaux; ses boyaux remplirent six bateaux de soixante quintaux chacun. » 



MAMMIFÈRES. 81 

développement extérieur considérable. Leur cavité encé- 
phalique ne correspond point, généralement, à la grosseur 
de leur tête; celle-ci se joint au tronc par un cou si court 
et si gros qu'on n'y aperçoit aucun rétrécissement; il 
est composé par des vertèbres cervicales très-minces, 
relativement à celles qui forment le reste de la colonne 
vertébrale. Leur cavité pectorale est très-large : ici sont 
attachés les membres antérieurs, qui ont les os raccour- 
cis, aplatis et enveloppés dans une membrane tendineuse 
qui leur donne la forme d'une véritable nageoire. Les 
extrémités postérieures manquent tout-à-fait, et le bassin 
est composé par deux os rudimentaires. Ces animaux, 
destinés à vivre dans l'eau, ont presque en tout la forme 
extérieure des poissons, excepté que leur nageoire cau- 
dale est verticale, afin de faciliter leurs mouvements et 
de pouvoir revenir souvent à la surface pour y prendre 
de l'air et respirer. 

La Baleine n'habite point nos mers; ce n'est qu'à des 
circonstances extraordinaires, que nous devons l'appari- 
tion des Cétacés sur nos côtes (du moins des grandes 
espèces). C'est toujours à la suite de quelque ouragan 
qu'ils viennent s'échouer sur le rivage, et ils sont ordi- 
nairement dans un état de putréfaction plus ou moins 
avancé. 

Les trois espèces que nous voyons quelquefois sur nos 
côtes, sont : la Baleinoptère rorqual, la Baleinoptère 
jubarte et la Baleinoptère museau pointu. 

1. Baleinoptère rorqual, Balœna musculus, Lin. 

Mâchoire inférieure arrondie, plus avancée et beaucoup plus 
large que celle d'en haut ; tête courte à proportion de son corps 
TOMR m. t> 



82 HISTOIRE NATURELLE. 

et de sa queue ; mâchoire supérieure garnie de fanons ; les évents 
placés à la partie antérieure du front, sur une éminence pyra- 
midale charnue très-irrégulière ; œil situé au-dessus de l'angle 
formé par la commissure des lèvres, très-élevé aux parties laté- 
rales de la tête ; nageoires pectorales en fer de lance, dont un 
des angles est plus allongé ; des plis longitudinaux sous la gorge, 
sous la poitrine et sur le ventre ; enveloppe tégumenteuse gris- 
d'ardoise foncé, gorge, poitrine et partie du ventre blancs. 
Longueur du corps, 25 ra ,60; circonférence, 12 mètres. 

Une Baleine de ce genre échoua sur la côte de Saint-Cyprien , 
en novembre 1828; j'en ai monté le squelette, qui se trouve 
aujourd'hui au Musée de Lyon. 

Voici quelques détails sur la charpente osseuse de ce mammi- 
fère et les dimensions des parties les plus essentielles : 

Longueur totale du corps 25 ,n 60 e 

Longueur de la tête 5 » 

Longueur de la mâchoire inférieure 4 55 

Longueur des os maxillaires supérieurs 3 60 

Distance de l'extrémité d'une apophyse postérieure 

à l'autre de l'os hyoïde 1 10 

Longueur des cornes de l'os hyoïde 1 37 

Soixante vertèbres composent la colonne rachi- 
dienne. 

Sept vertèbres cervicales très-aplaties , les apophy- 
ses de quelques-unes très-développées. 
Distance d'une apophyse transverse de la seconde 

vertèbre cervicale ou axis » 90 

Quatorze vertèbres thorachiques composent la poi- 
trine. 
Longueur des plus grandes apophyses épineuses de 

ces vertèbres » 52 

Longueur des apophyses latérales » 28 



MAMMIFÈRES. 83 

Quatorze côtes très-développées sont attachées à ces 
dernières vertèbres, et laissent à la poitrine une capa- 
cité considérable. L'homme de la plus haute stature 
peut s'y promener sans toucher à la partie supérieure. 

Longueur de la plus longue côte qui est la qua- 
trième 2 ,n GO c 

Longueur de la dernière 1 68 

Quinze vertèbres lombaires très-compactes, et qui 
se font remarquer par le développement très-consi- 
dérable de toutes ses parties et annonçant que des 
muscles très-vigoureux viennent s'y attacher et lui 
donnent une force prodigieuse. 

Les apophyses épineuses de cette région, ont de 
longueur » 55 

Les apophyses latérales ont de saillie » 28 

Ici sont attachés les os du bassin qui sont rudimen- 
taires et ont une forme triangulaire. 

Les vertèbres caudales sont au nombre de vingt-quatre, qui 
vont en diminuant à mesure qu'on se rapproche de l'extrémité 
caudale. Le corps des premières est très-développé et d'une 
pesanteur extraordinaire ; les apophyses sont plus épaisses et 
moins saillantes, et finissent par disparaître tout-à-fait; les six 
dernières vertèbres n'offrent point la moindre trace d'apophyses ; 
diverses aspérités s'y font remarquer et servent d'attache aux 
tendons des muscles qui la font mouvoir. Un rang d'apophyses 
en forme de V et au nombre de seize, composent une seconde 
épine en dessous des vertèbres caudales ; elles sont placées en 
travers et s'articulent à la fois sur deux points des deux vertèbres 
correspondantes, en commençant entre la trente-septième et 
trente-huitième, et augmentent de volume progressivement jus- 
qu'à la quarante-troisième vertèbre ; de celle-ci, elles vont en 
diminuant jusqu'à ce qu'elles disparaissent entièrement à la 
cinquante-deuxième. Ce rang- d'apophyses est mobile, et cela était 



84 HISTOIRE NATURELLE. 

nécessaire pour laisser à la caudale toute la faculté de se mou- 
voir, afin de donner à l'animal l'impulsion dont il a besoin pour 
ses divers mouvements. Deux larges omoplates sont placées sur 
la partie antérieure et supérieure de la poitrine ; elles ont une 
forme triangulaire, large à la base de l m ,25 : la hauteur de cet 
os, en le mesurant au centre, est de 74 centimètres; leurs 
cavités glénoïdes sont larges -de 21 centimètres et hautes de 25. 
A ces os sont articulées les nageoires pectorales, qui offrent une 
longueur de 2 m ,32 , et une largeur de 55 centimètres. 

2. Baleinoptère jubarte, Balcena boops, Lin. 

Nuque élevée et arrondie ; le museau avancé, large et un peu 
arrondi ; des tubérosités presque demi sphériques au devant des 
évents; dorsale courbée en arrière. Longueur totale, 18 à 20 
mètres ; circonférence du corps, 8 mètres. Largeur de la 
mâchoire inférieure, vers le milieu de sa longueur, l m ,50. 

Il échoua à Y Escale, tout près du golfe de Rosas, une Jubarte, 
en août de l'année 1829 ; elle mesurait 15 m ,50. L'état de putré- 
faction dans lequel elle se trouvait, et la chaleur qui se faisait 
sentir, furent cause qu'on ne put profiter de son squelette que la 
mâchoire inférieure : tout le reste fut enterré par ordre de 
l'autorité. 

5. Baleinoptère museau pointu, Balœna rostrata, Lin. 

Moins grande que toutes les autres, elle ne dépasse guère 
huit à neuf mètres de longueur. Mâchoire supérieure garnie 
de fanons très-courts et blancs, moins longue et moins large 
que l'inférieure, toutes deux très-pointues ; ouverture des évents 
placée à la partie supérieure de la tête, entourée de quelques 
tubérosités irrégulières; peau unie, d'un blanc d'ardoise obscur 
sur toute la partie supérieure du corps; gorge, poitrine et partie 
de l'abdomen d'un blanc-argenté, et garnie d'une quantité de plis 
longitudinaux d'un rose-vif, susceptibles d'une grande dilatation, 
et que l'animal gonfle selon ses besoins; yeux placés aux parties 



MAMMIFÈRES. 85 

latérales et supérieures de la tête, parallèles aux commissures 
des lèvres; nageoires pectorales lancéolées; nageoire dorsale 
placée à peu près au-dessus de l'anus, échancrée et inclinée vers 
la queue; nageoire caudale divisée en deux lobes, l'échancrure 
qui les sépare étroite et profonde. 

En octobre 18-40, un jeune sujet de cette espèce échoua sur 
les rochers qui bordent la panlière des côtes de Collioure. Son 
squelette, monté par nous, fait partie du Cabinet de la ville de 
Perpignan. 

En voici les dimensions : 

Longueur totale 5 m 40 e 

Circonférence du corps, prise à la partie moyenne 

du thorax 3 70 

Longueur de la tète 1 30 

Distance du bout du museau aux ouvertures des 

évents ... » 95 

Distance du bout du museau à la commissure des 

lèvres » 90 

Diamètre des orbites (largeur) » 15 

Id. Id. (hauteur) » 10 

Longueur de la mâchoire inférieure. 1 13 

Sa circonférence, à la partie antérieure » 15 

Id. au centre » 20 

Id. auprès du condile » 28 

Longueur des os maxillaires supérieurs » 74 

Largeur de leur base » 15 

Largeur du corps de l'os hyoïde » 9 

Distance de l'extrémité d'une apophyse postérieure 

à l'autre » 30 

Longueur des cornes de l'os hyoïde » 20 

Longueur du sternum , , . » 15 

Sa largeur à la partie supérieure » 10 

Longueur des nageoires pectorales » 80 



80 HISTOIRE NATURELLE. 

Leur plus grande largeur » ,n 24 r 

Hauteur de l'omoplate prise au centre » 24 

Sa largeur à la partie supérieure » 35 

Longueur de l'humérus » 12 

Sa circonférence » Irï 

Longueur du cubitus » 22 

Sa circonférence au centre — » 12 

Longueur du radius » 22 

Sa circonférence » 8 

Longueur des doigts : 

\<* doigt » 16 

2 rac doigt » 29 

3 rae doigt » 30 

4 me doigt » 23 

La colonne vertébrale se compose de quarante-cinq 
vertèbres : sept vertèbres cervicales très -aplaties; 
douze vertèbres thorachiques, dont cinq sternales et 
sept abdominales ; dix vertèbres lombaires ; seize ver- 
tèbres caudales. 

Douze côtes : cinq sont attachées au sternum par 
des cartilages ; cinq, abdominales, tiennent aux car- 
tilages qui se prolongent du sternum ; deux sont 
flottantes, la dernière est rudimentaire. 
Longueur de la première côte qui est très-large. . . » 32 
Longueur de la quatrième côte qui est la plus 

longue » 76 

Longueur des plus longues apophyses épineuses 

des vertèbres dorsales » 20 

Longueur des apophyses latérales » 10 

Longueur des apophyses épineuses des vertèbres 

lombaires » 18 

Longueur des apophyses transverses » 9 



MAMMIFÈRES. 87 

Entre la dernière vertèbre lombaire et la première vertèbre 
caudale, sont attachés les os du bassin qui sont rudimentaires. 

Entre chaque vertèbre caudale, sont articulées des apophyses 
très-fortes, où sont attachés des muscles vigoureux qui impriment 
à cette partie de l'animal, cette force qui lui est nécessaire pour 
l'aire mouvoir cette masse dans l'élément liquide; on sait que 
toute la force des Baleine? réside dans leur queue. Les vertèbres 
caudales diminuent de volume à mesure qu'elles se rapprochent 
de l'extrémité de la queue. 

Voilà donc trois échouements de Baleines dans l'espace de 
onze ans, qui se sont opérés sur la plage de la Méditerranée, à 
une distance de deux lieues : deux sur le territoire du départe- 
ment des Pyrénées-Orientales, h demi-lieue de différence l'un 
de l'autre, et un dans le territoire espagnol, peu distant de la 
frontière française. 



OISEAUX. 89 



CHAPITRE II. 

ANIMAUX VEUTÉIiRÉS. 



DEUXIÈME CLASSE. 
Oiseaux. 

Les Vertébrés Ovipares ont une organisation toute parti- 
culière. Leur circulation et leur respiration sont doubles; 
leurs poumons, très-étendus dans de larges cavités, don- 
nent un libre passage à l'air, qui est distribué dans toutes 
les parties du corps au gré de l'animal. L'intérieur même 
des os , dont les extrémités sont spongieuses , ont la 
propriété de retenir une portion d'air, selon que l'Oiseau 
tend à s'élever dans l'atmosphère ou à s'abaisser; et cette 
particularité était rigoureusement nécessaire, afin de les 
rendre propres à se maintenir dans les régions aériennes. 

Il est peu de contrées de l'Europe, d'une aussi petite 
étendue que le département des Pyrénées-Orientales, qui 
présentent autant d'espèces différentes d'Oiseaux et surtout 
autant d'espèces intéressantes. Ces gracieux habitants des 
airs forment la classe la plus nombreuse des animaux 
vertébrés : ils charment par l'élégance de leurs formes, 
par les riches couleurs du plumage et par la modulation 



90 HISTOIRE NATURELLE. 

de leur voix. C'est au lever de l'aurore, au moment où 
les rayons vivifiants du soleil apparaissent sur l'horizon, 
que tous les habitants des forêts s'empressent de le saluer 
par des chants éclatants, ou par de doux gazouillements; 
quelques-uns prolongent cette allégresse jusqu'au soleil 
couchant; certains même chantent pendant la nuit. 

Le corps garni de plumes disposées de diverses ma- 
nières, les font soutenir et se balancer dans les airs. 
La locomotion aérienne étant la première puissance pour 
les Oiseaux, elle exigeait de la nature des ailes solidement 
iixées; aussi, voit-on la poitrine, la partie la plus développée 
de l'Oiseau, composée de larges os , unis ensemble par de 
puissantes articulations, couverts par de forts muscles, 
qui donnent aux ailes l'agilité et la force nécessaires pour 
exécuter, dans le vol, tous les mouvements qu'exige cette 
manière de se transporter aisément, et à de grandes dis- 
tances, d'un lieu dans un autre. Les ailes ou membres 
antérieurs, composées du bras, avant-bras et main, ont 
la forme allongée; elles sont couvertes par des plumes 
élastiques et celluleuses qui étendent beaucoup leur sur- 
face, et portent, selon leur place, les noms de tectrices, 
rémiges, bâtardes et scapulaires. Cette disposition n'aurait 
pas sultt à l'Oiseau pour le soutenir et le diriger dans les 
airs; aussi la nature y a pourvu, en lui donnant une queue 
plus ou moins longue, composée d'une rangée de fortes 
pennes, avec laquelle il dirige sa marche ; c'est en quel- 
que sorte une espèce de gouvernail. Cette disposition était 
d'autant plus nécessaire, que les Oiseaux qui ont une 
queue très-courte, ont ordinairement les jambes longues 
et disposées de manière à les porter en arrière, étendues, 
et servant, comme la queue, a diriger leurs mouvements 



t»lSKAl.\. 01 

dans les airs. Plus une espèce a le vol rapide et soutenu, 
plus elle a les pieds courts et la queue développée. 

En général, le corps de l'Oiseau est couvert de plumes, 
qui varient souvent par la forme, la finesse et le coloris. 
C'est, en quelque sorte, une espèce de tégument propre 
à le garantir des rapides variations de température aux- 
quelles ses mouvements l'exposent. Les plumes, ainsi 
que les pennes, sont composées d'une tige creuse à sa 
base et de barbes plus ou moins grandes; leur tissu, 
leur éclat, leur force varient à l'infini. Ces beaux orne- 
ments tombent une fois tous les ans, et chez la plupart 
même deux fois ; ils sont vite remplacés par d'autres : 
c'est ce qu'on appelle la mue, et cette chute périodique 
ne se fait jamais sans que la santé de l'Oiseau ne soit 
compromise. Dans certaines espèces, le plumage ordinaire 
diffère de celui du printemps , qu'on nomme plumage 
d'amour, au point qu'on ne reconnaît-plus le même Oiseau 
lorsqu'il est revêtu de cette robe : c'est ce changement 
qui a donné lieu a de graves erreurs. Ordinairement, les 
couleurs du plumage sont moins vives chez la femelle 
que chez le mâle; quant aux jeunes, leur plumage res- 
semble beaucoup h celui de la femelle. 

L'œil de l'Oiseau a une forme orbiculaire; il est disposé 
de manière à distinguer également les objets de loin 
comme de près. Son organisation a reçu les modifications 
nécessaires à ces deux facultés : outre les paupières ordi- 
naires, l'Oiseau en a une troisième placée à l'angle interne 
de l'œil, qui, au moyen d'un appareil musculaire remar- 
quable, peut couvrir à volonté le devant de l'œil comme 
un rideau. 

L'organe de l'odorat est très-sensible dans plusieurs 



02 HISTOIRE NATURELLE. 

espèces; il est caché dans l'intérieur du bec, dans des 
cornets cartilagineux, qui varient en complication selon 
les espèces. 

Le toucher doit être très-faible dans les Oiseaux. D'a- 
bord, leurs mains garnies de plumes le rendent nul; le 
bec est le seul organe qui puisse permettre ce sens; et, 
comme il est toujours corné, ce sens doit être bien 
insensible. Cependant, il doit y avoir des exceptions; 
car certains Oiseaux cherchent leur nourriture en plon- 
geant le bec dans la vase, et alors ce n'est qu'à l'aide du 
toucher qu'ils peuvent distinguer les vermisseaux ou les 
larves des insectes aquatiques dont ils font leur unique 
nourriture. Aussi, l'extrémité du bec, dans ces espèces, 
est ordinairement longue et terminée par une portion molle 
où réside sans doute ce sens; divers Gralles : les Vanneaux, 
les Bécasses, les Barges, les Courlis, sont de ce nombre. 
Les pieds, disposés, chez plusieurs espèces, à gratter la 
terre pour y prendre une partie de leur nourriture, ne 
peuvent pas être le siège du toucher, puisqu'ils sont re- 
vêtus d'écaillés en dessus et qu'une peau calleuse couvre 
tout le dessous. 

L'ouïe de l'Oiseau est très-fine. L'oreille externe est 
peu développée chez la plupart. Les Oiseaux de nuit ont 
seuls une grande conque extérieure, qui ne fait pourtant 
pas de saillie ; mais elle est chez tous recouverte par des 
plumes à barbes plus effilées que les autres. L'oreille 
interne est plus développée; les canaux semi-circulaires 
sont grands et logés dans une partie du crâne, environnés 
de toutes parts de cavités aériennes qui communiquent 
avec la caisse et qui rendent cet organe très-sensible. 

La tête des Oiseaux est généralement petite. Cette 



OISEAUX. 93 

conformation les aide à fendre l'air dans leur vol. Le 
cou est plus ou moins long, toujours en proportion 
relative aux habitudes de l'espèce et a la longueur des 
jambes. Les Échassiers ont les tarses longs; les Nageurs, 
au contraire, les ont courts, et leurs doigts sont enve- 
loppés d'une membrane qui les unit, et qui leur sert de 
rame; tandis que chez les Oiseaux qui vivent dans les 
forêts, les doigts sont robustes et terminés par des ongles 
crochus, qui leur donnent la facilité de se cramponner 
aux branches pour s'y percher. 

La conformation de l'Oiseau ne lui permet point de 
prendre, chez tous, les aliments de la même manière. 
Chaque espèce est donc forcée de chercher sa nourri- 
ture selon la disposition de son bec et de ses goûts. 
Les Omnivores se contentent de toute sorte d'aliments; 
les Rapaces, de chair palpitante; les Insectivores ou 
Becs-Fins mangent quelques baies, mais particulièrement 
des Insectes, et les Granivores nous dérobent une partie 
du grain destiné à nous nourrir, et vivent à nos dépens. 
Il y a, cependant, certaines modifications qui portent à 
conclure que le choix des aliments est exclusif dans 
certaines espèces. L'Oiseau ne mâche pas, il avale tout 
d'un trait; mais l'appareil digestif est disposé de telle 
manière que les aliments subissent diverses préparations 
avant d'être entièrement digérés. L'Oiseau augmente la 
force de son estomac, en avalant des graviers plus ou 
moins gros pour aider les fonctions de ce viscère. Les 
expériences faites pour prouver ce fait, ont été des plus 
concluantes. 

Lorsque le printemps arrive, on voit les Oiseaux, sou- 
ples, vifs, légers, chercher à payer à la nature le tribut 



94 HISTOIRE NATURELLE. 

de la reproduction. Certains ne recherchent la femelle 
que pour le plaisir du moment : ce sont les Polygames ; 
d'autres, plus constants, partagent avec elle les soins 
d'élever leurs petits : ce sont les Monogames , qui la 
secondent dans la construction du berceau destiné à 
recevoir bientôt le fruit d'une union intime, et leur pré- 
voyance est vraiment admirable à cet égard. 

Les œufs des Oiseaux varient selon les espèces, non- 
seulement sous le rapport des couleurs, mais sous celui 
de la forme: ils sont blancs, ou bleuâtres, ou verts, ou 
jaunâtres, ou fauves, ou roux; ils sont bigarrés, ou par- 
semés de taches de différentes grandeurs et de différentes 
nuances. Ces taches, régulièrement ou irrégulièrement 
groupées, tantôt vers l'un ou l'autre pôle, tantôt dans 
le milieu de l'œuf, sont généralement noires , rousses \ 
rougeâtres ou brunes. La couleur, quelle que soit son 
intensité, est tout-à-fait extérieure, et ne forme sur la 
coquille qu'une couche légère. Les œufs, pondus dans 
des cavités qui les mettent à l'abri de la lumière, sont 
généralement d'un blanc pur, rarement piquetés ou ta- 
chetés : tels sont ceux des Hiboux , des Pics, des Marti- 
nets, des Guêpiers, des Martins-Pêcheurs , de quelques 
Mésanges, etc. 

Quant à la forme des œufs et à leur volume, rien n'est 
plus variable. Depuis celui que l'Autruche confie au sable 
du désert, jusqu'à celui que l'Oiseau-Mouche dépose sur 
l'ouate, on trouve, sous ces deux rapports, toutes les 
différences possibles. 

« Lorsque les nids sont faits; lorsque les œufs sont 
pondus, c'est à peine si les sollicitudes maternelles ont 
commencé : alors, c'est le soin pénible de l'incubation. 



OISEAUX. M 

Il faut que ces tendres mères, oublieuses de leurs autres 
besoins, et redevables quelquefois à leurs mâles du peu 
de nourriture qu'elles prennent, demeurent accroupies 
sur les œufs jusqu'au moment où ils éclosent. Il est des 
espèces chez lesquelles le couple se partage le soin de 
couver : ce sont , en général , celles qui vivent en mono- 
gamie. A des heures fixes, la femelle peut vaquer à ses 
besoins, sans que les œufs qu'elle abandonne, aient à souf- 
frir de l'action de l'air ; car le maie la remplace alors dans 
ces fonctions. Beaucoup d'Oiseaux d'eau, parmi ceux qui 
nichent en commun, pondent et couvent aussi en commun. 
Une femelle communiquera sa chaleur à ses œufs , aussi 
bien qu'à ceux de sa voisine. Il est d'autres espèces qui, 
vivant en polygamie, doivent seules prendre souci de leur 
couvée, comme aussi elles veilleront seules à l'éducation 
de leurs petits. Mais alors, par une prévoyance que leur 
instinct leur dicte, elles ont soin, toutes les fois qu'elles 
abandonnent le nid qui recèle leurs œufs, de recouvrir 
ceux-ci soit de feuilles sèches, soit de plumes que, préala- 
blement, elles ont arraché de leur ventre. L'édredon, cette 
matière douce et élastique , que la sensualité humaine a 
su si bien utiliser, n'est autre chose que le duvet dont 
l'Eider (Anas mollissima) enveloppe ses œufs, et qu'il 
fait tomber de tout son corps , mais principalement de 
l'abdomen. Toutes les femelles polygames ne prennent 
pas , il est vrai , les mêmes précautions : il en est beau- 
coup qui vont pourvoir à leur subsistance, sans paraître 
avoir souci de ce qu'elles abandonnent; mais la plupart de 
celles-ci ont rendu toute précaution inutile, en choisis- 
sant, pour y faire leur ponte, des lieux abrités et exposés 
au midi. Enfin, il n'est pas d'Oiseau, qui, par ses actes, 



90 HISTOIRE NATURELLE. 

ne trahisse l'attachement qu'il a pour les produits émanés 

de son sein , et destinés à le perpétuer 

« Les Oiseaux qui viennent de naître, n'ont pas immé- 
diatement besoin de prendre de nourriture. Ils peuvent 
même, sans inconvénient, supporter une abstinence de 
deux ou trois jours; car la vésicule ombilicale (organe 
qui renferme les matériaux nécessaires à leur dévelop- 
pement ovarien) rentre chez eux dans l'abdomen, encore 
assez pourvue de matière nutritive, pour qu'ils puissent se 
passer de tout autre aliment; mais tous réclament, a des 
degrés différents, les soins de leurs parents. Ils éclosent 
nus et faibles; peu à peu ils se couvrent de duvet; puis 
viennent les plumes. Ce n'est que lorsque celles-ci ont 
acquis un certain accroissement; ce n'est que lorsqu'ils 
pourront se servir de leurs ailes, que, prenant leur essor, 
ils abandonneront le nid dans lequel le père et la mère 
les ont alternativement nourris W » 

« Les habitudes des Oiseaux , dit Buffon , ne sont pas 
aussi libres qu'on pourrait se l'imaginer. Leur conduite 
n'est pas le produit d'une pure liberté de volonté, ni même 
un résultat de choix, mais un effet nécessaire qui dérive 
de l'exercice de leurs facultés physiques. Déterminés et 
fixés chacun à la manière de vivre que cette nécessité 
leur impose , nul ne cherche à l'enfreindre et ne peut 
s'en écarter; c'est par cette nécessité, tout aussi variée 
que leurs formes , que se sont trouvés peuplés tous les 
districts de la nature. L'Aigle ne quitte point ses rochers 
ni le Héron ses rivages : l'un fond du haut des airs sur 

( I ) Z. Gerbe, Dictionnaire universel d'Histoire Naturelle, de Ch. d'Orbigny, 
tome IX, p. 46. 



OISEAUX. 97 

l'Agneau, qu'il enlève ou déchire, par le seul droit que 
lui donne la force de ses armes, et par l'usage qu'il fait 
de ses serres cruelles; l'autre, le pied dans la fange, 
attend, à l'ordre du besoin, le passage de sa proie 
fugitive; le Pic n'abandonne jamais la tige des arbres à 
l'entour de laquelle il lui est ordonné de ramper; la 
Barge doit rester dans ses marais, l'Alouette dans ses 
sillons, la Fauvette sous ses bocages; et ne voyons-nous 
pas tous les Oiseaux granivores chercher les pays habités, 
et suivre nos cultures, tandis que ceux qui préfèrent à nos 
grains, les fruits sauvages et les baies, constants à nous 
fuir, ne quittent pas les bois et les lieux escarpés des 
montagnes, où ils vivent loin de nous et seuls avec la 
nature, qui, d'avance, leur a dicté ses lois et leur a 
donné les moyens de les exécuter? Elle retient la Geli- 
notte sous l'ombre épaisse des sapins, le Merle solitaire 
sur son rocher, le Loriot dans les forêts, dont il fait 
retentir les échos, tandis que l'Outarde va chercher les 
friches arides, et le Râle les humides prairies. Les lois 
de la nature sont des décrets éternels, immuables, aussi 
constants que la forme des êtres. » 

S'il a été possible de découvrir les lois qui régissent 
la distribution des Mammifères à la surface du globe; s'il 
a été facile d'assigner à chacun d'eux une patrie, et par- 
conséquent une circonscription géographique, la difficulté 
a été grande lorsqu'on a voulu entreprendre pour les 
Oiseaux ce qu'on avait fait pour les Mammifères. Dans 
l'impossibilité où l'on s'est trouvé de pouvoir circonscrire 
géographiquement les Oiseaux d'après des lois certaines, 
on s'est borné à faire une récapitulation numérique des 
espèces observées dans les diverses contrées du globe. 



«)8 HISTOIRE NATURELLE. 

Ainsi, l'on a reconnu que l'Europe et l'Afrique australe 
comptent environ cinq cents espèces; les États-Unis 
d'Amérique quatre cents; le Brésil et les îles de l'Archipel 
plus d'un mille; les parties explorées de la Nouvelle- 
Hollande à peu près trois cents, etc. Dans cette nomen- 
clature, le département des Pyrénées-Orientales compte, 
à lui seul, trois cent trente-huit espèces et plusieurs 
variétés. 

« La singularité que présente l'organisation des Oiseaux, 
dit Gerbe; la variété de leurs mœurs, de leur chant, etc., 
sont des circonstances dignes de l'attention des natura- 
listes; mais, pour étudier avec fruit ces circonstances, 
dans tous leurs détails, il était nécessaire, avant tout, 
que l'on pût distinguer avec précision les espèces dans 
lesquelles on voulait les observer; et, c'est pour arriver 
plus facilement à cette distinction, que les naturalistes 
ont besoin de créer la nomenclature et la méthode, 
c'est-a-dire ces deux parties fondamentales de la science, 
qui consistent, l'une à imposer des noms aux objets, et 
l'autre à disposer ces objets selon leurs rapports ou affi- 
nités réciproques (1 >. » 

Parmi les auteurs qui ont essayé de classer systéma- 
tiquement et méthodiquement les Oiseaux, nous comptons 
un de nos compatriotes. Le docteur Barrère, membre cor- 
respondant de l'Académie des Sciences de Paris, dans son 
Ornithologiœ spécimen novum(\7A5), distribue les Oiseaux 
en quatre classes : celle des Palmipèdes, parmi lesquels 
compte le genre Avocette; celle des Semipalmipèdes, pour 
les espèces dont quelques auteurs ont fait de nos jours 

(I) Ouvrage ri lé. 



OISEAUX. 99 

l'ordre des Pinnatipèdes; une troisième pour celles qu'il 
nomme Fissipèdes, dans laquelle se trouvent confondus 
les Phœnicoptères, les Oiseaux de proie, les Perroquets, 
l'Autruche; une quatrième, enfin, pour les Semi fissipèdes, 
dont font indifféremment partie les genres Héron, Martin- 
Pêcheur, Perdrix, etc. 

Mais, de tous les systèmes proposés, celui de Tem- 
minck l'emporte sur les autres par la simplicité de la 
méthode et surtout par une classification fondée, non- 
seulement, sur les caractères physiques, mais aussi sur 
les mœurs et le genre de vie des Oiseaux. C'est celui 
que nous avons adopté; et, comme cet auteur, nous 
diviserons les Vertébrés Ovipares en seize ordres. 

1 er ordre Rapaces Rapaces. 

2 e ordre Omnivores Omnivores. 

3 e ordre Insectivores Insectivores. 

4 e ordre Granivores Granivores. 

5 e ordre Zigodactyles Zigodaetyli. 

6 e ordre , . Anisodactvles Anisodactyli . 

7 e ordre Alcyons Alcyones. 

8 e ordre Chélidons Chelidones. 

9 e ordre Pigeons Columbœ. 

10 e ordre Gallinacés Gallinœ. 

11 e ordre Alectorides Alecto7'ides. 

12 e ordre Coureurs > . . . Cursores. 

13 e ordre Gralles Grallatores. 

14 e ordre Pinnatipédes Pinnatipedes. 

15 é ordre Palmipèdes Palmipèdes. 

16 e ordre Inertes Inertes. 



10<! HISTOIRE NATURELLE. 

PREMIER ORDRE. 

RAPACES. 

Les Oiseaux qui composent cet ordre , et qu'on appelle 
Oiseaux de proie, sont tous inconnaissables à leur bec et 
à leurs ongles crochus, acérés, rétractiles et arqués; 
c'est avec ces armes redoutables qu'ils font une guerre 
continuelle et acharnée aux autres Oiseaux et même aux 
Quadrupèdes, ainsi qu'aux Reptiles et aux Poissons. 
Presque tous se nourrissent de chair. Les uns purgent 
la terre des cadavres; les autres attaquent les animaux 
vivants, soit Mammifères ou Oiseaux; quelques-uns de 
ceux-ci ne font la chasse qu'aux Poissons et aux Reptiles; 
un petit nombre (ce sont les espèces les moins grandes) 
ne se nourrissent que d'Insectes, particulièrement de 
Coléoptères. Doués d'un organe de vision très-parfait, 
ils découvrent des régions aériennes les plus élevées, 
l'animal qui doit leur servir de pâture, et, munis d'armes 
redoutables, ils sont la terreur des autres Oiseaux. 

Ils sont divisés en Diurnes et en Nocturnes. 

Oiseaux de proie diurnes. 

GENRE PREMIER. 

Vautour, Vultur, Illig. — Cette classe est appelée 
en catalan VoUor. 

Caractères. — Yeux petits, à fleur de tête, qui est petite 
par rapport à la grosseur du corps; narines nues, laté- 
rales, percées diagonalement vers les bords de la cire; 
les tarses nus et réticulés ; bec droit et crochu vers le 



OISEAUX. 101 

bout; une partie de la tète et du cou toujours plus ou 
moins dénudée de plumes, souvent remplacées par un 
duvet. 

1. Vautour oricou, Vullur auricularis , Doub.; très-rare. 

C'est dans la vallée de Saint-La urent-de-Cerdans et de La 
Minière, surtout vers les escarpements de Sant-Anyol, qu'on 
appelle Cingles de Sant-Anyol, qu'on le voit quelquefois. 

2. Vautour arrian, Vullur cinereus, Lin.; rare. 

3. Vautour griffon, Vullur fulvns, Lin. 

Ces deux Vautours deviennent plus rares de jour en jour. Ils 
arrivent au printemps, et se répandent dans les vallées profondes 
des Pyrénées; ils choisissent les lieux les plus escarpés pour y 
élever leur famille ; on les voit rarement dans la plaine , à 
moins qu'ils n'y soient attirés par l'appât de quelques animaux 
morts, dont les émanations emportées parle vent arrivent jusqu'à 
eux. Ils sont solitaires; mais, si le cadavre d'un bœuf ou d'un 
cheval est jeté dans quelque lieu écarté des populations, on les 
voit, par troupes, venir partager et se disputer cette nourriture; 
ils se livrent entre eux des combats très-acharnés. Ils sont très- 
avides; et, s'ils font parfois de longs jeûnes, ils se dédommagent 
bien lorsqu'ils en trouvent l'occasion. Quand ils sont repus, ils 
perdent de leur agilité et de leur férocité. C'est ainsi qu'une 
femme du Boulou en prit un qui avait son estomac si distendu, 
qu'il ne pouvait bouger. Elle lui enveloppa la tète avec son 
tablier, lui attacha les pattes, et nous l'apporta dans cet état. 

Un charretier prit un Vautour- Arrian de la même manière. 
L'animal vomit des aliments en si grande abondance, que cet 
homme, étonné de leur volume, eut la curiosité d'en constater 
le poids, qui fut de 7 kilogrammes. 

4. Vautour chasse-fiente, Vullur Kolbii, Daub. 

On distingue facilement celte espèce des autres, par ses formes 



10:2 HISTOIKE NATURELLE. 

plus trapues, par la teinte générale du plumage, de couleur de 
café-au-lait clair. Les vieux sont d'un isabelle-blanchâtre. Les 
plumes des ailes et des parties inférieures, sont toujours arrondies 
à leur bout, tandis qu'elles sont pointues chez les autres. La 
collerette est plus fournie de plumes effilées. 

Nous en avons possédé un individu qui était tout-à-fait couleur 
de suie, sans la moindre tache. Le Chasse -Fiente vit sur les 
montagnes des contreforts du Ganigou, dans les bois des environs 
de la Tour de Batère. 

GENRE DEUXIÈME. 

Catharte, Cathartes, Temm. 

Caractères. — Bec droit, long, comprimé, mince, 
entouré à sa base d'une cire atteignant la moitié du bec; 
mandibule supérieure renflée vers la pointe et crochue; 
l'inférieure plus courte , obtuse à sa pointe ; narines 
longitudinalement fendues, larges et percées de part 
en part. 

1. Catharte alimoche, Cathartes percnopterus, Temm. 

Cette intéressante espèce, décrite comme étant de Nonvége et 
d'Egypte, est commune dans les montagnes calcaires qui nous 
séparent du département de l'Aude (les Corbières) et sur les 
Albères, où elle se reproduit. Vers la fin de l'été, les jeunes se 
répandent dans nos plaines, où ils trouvent une nourriture plus 
abondante que sur les montagnes : ils se plaisent à voler le long 
des cours d'eau. On voit souvent les vieux, qu'on reconnaît de 
suite à leur plumage, venir voler le long de nos rivières pendant 
le temps qu'ils élèvent leurs petits. C'est probablement l'appât 
des cadavres d'animaux qu'on y jette habituellement, qui les 
attire dans ces lieux. 



oiseaux. 103 

GENRE TROISIÈME. 

Gypaète, Gypaëtus , Stor. 

Caractères. — Bec fort, long; mandibule supérieure 
exhaussée vers la pointe, qui se courbe en crochet; un 
bouquet de poils raides sous la mandibule inférieure 
formant une barbe; narines transversales, cachées sous 
des poils raides dirigés en avant; pieds courts; tarses 
emplumés jusqu'à la racine des doigts; ongles faibles, 
peu crochus. 

1. Gypaète barbu, Gypaëtus barbatus , Cuv.; en catalan 
Trencalôs (Casseur d'os). 

C'est le plus grand des Oiseaux de proie de l'ancien monde. 
Il choisit les lieux les plus escarpés de nos montagnes, et par 
conséquent les moins fréquentés. La Roca de Nos, dans les environs 
de Villefranche, point inaccessible, voit tous les ans ce Vautour 
y élever sa famille. Les gorges retirées du Bac de Bolquère, les 
roches à l'entrée de la vallée d'Eyne, sont les endroits qu'il choisit 
encore. C'est le véritable Trencalôs de Barrère (Casseur d'os). 
Il a l'habitude, lorsqu'une charrogne est dépouillée de ses chairs, 
d'en prendre les os avec ses serres, de s'élever à une hauteur 
prodigieuse, et de les laisser tomber sur les rochers, où ils se 
brisent ; alors il s'abat sur ces éclats , qu'il avale et qu'il digère 
parfaitement. J'ai nourri un de ces Gypaètes pendant, longtemps, 
et je me suis convaincu que ce n'est pas la faim qui lui fait choisir 
cette nourriture : il paraît qu'elle lui est nécessaire pour exercer 
les forces de son estomac; car, bien qu'il eût d'autres aliments, 
il donnait souvent la préférence à des fémurs et à des tibias que 
j'avais cassés. Lorsqu'il était nourri avec des os seulement, il 
buvait beaucoup, et ses excréments étaient très-durs: ils ressem- 
blaient à de la craie (album grecum). Cet animal était très-privé, 
et ne faisait aucun mal, à moins <|ii'on ne l'irritât. 



104 HISTOIRE NATURELLE. 

M. Fournols, de Villefranche , avait privé un Gypaète barbu, 
qu'il gardait depuis trois ans. Cet Oiseau allait , pendant le jour, 
sur la montagne et revenait la nuit chez son maître. Il ne man- 
quait jamais de monter à la citadelle à dix heures du matin et 
à quatre heures du soir, parce que c'était l'heure des repas des 
militaires, qui lui donnaient à manger. Lorsque, dans les rues 
de la ville, il voyait les soldats revenir de la distribution de la 
viande, il cherchait à leur barrer le passage en étendant ses 
ailes, et en criant comme si on l'eût irrité; on lui jetait un débris 
qu'il dévorait aussitôt, et laissait passer l'escouade. 

Je n'ai jamais vu cet animal se jeter sur la proie vivante, quoi- 
qu'il fût pressé par la faim. Je l'ai laissé jeûner exprès, et j'ai mis 
avec lui des Lapins, des Chats, des Poules; il n'a jamais osé les 
attaquer, tandis qu'il se jetait avec voracité sur leur cadavre, dès 
qu'on lui en présentait un. 

La domesticité influerait-elle sur son courage? 

Cuvier dit, cependant, qu'il attaque les Agneaux, les Chèvres, 
les Chamois, et même, à ce que l'on dit, Içs Hommes endormis; on 
prétend qu'il lui est arrivé d'enlever des enfants. 

Tout cela est bien hasardé; et, malgré la force de ce Vautour, 
je crois qu'il n'attaque pas les animaux vivants, et encore moins 
l'homme. 

Il est probable que ces Vautours étaient plus répandus sur nos 
montagnes, lorsqu'elles étaient moins fréquentées et plus garnies 
de forêts; car certaines localités conservent encore la dénomi- 
nation de Roche des Vautours (Roc dels Voltors). En Capcir, on 
croit encore qu'une partie de la peau du jabot, appliquée sur la 
région épigastrique, relève les forces de l'estomac et donne de 
l'appétit. Je n'ai pas besoin de dire qu'on ne doit pas ajouter foi 
à de pareilles erreurs, que la crédulité et l'ignorance des peuples 
perpétue. 

Cette espèce hiverne dans le département. 



OISEAUX. 105 

GENRE QUATRIÈME. 

Faucon, Falco, Lin.; en catalan Falco , Tagarrot, 
Xuriguer. 

Caractères. — Tête couverte de plumes; bec crochu, 
souvent courbé dans sa base. Chez les uns, les tarses 
sont emplumés, chez les autres, couverts d'écaillés; 
ongles très-crochus et mobiles; narines latérales, ouver- 
tes, arrondies ou ovoïdes, percées dans la cire. La 
femelle est généralement plus grande que le mâle; et 
c'est à cause de cela que ce dernier est désigné sous le 
nom de Tiercelet. 

l re Division. — Faucons proprement dits. 

Oiseaux de rapine nobles. Leur port, l'ensemble de 
leurs formes et les mouvements qu'ils exécutent, portent 
les indices de leur manière de vivre et de se nourrir, 
différentes de celles propres aux Vautours, aux Cathartes 
et aux Gypaètes. La force et la ruse forment les apanages 
de cette grande famille de Rapaces. Ils sont pourvus 
d'armes offensives que les genres d'Oiseaux de rapine 
ignobles, n'ont point reçues en partage; les moyens de 
vol, de préhension et de vision des uns et des autres, 
sont aussi très-différents. Ils portent de chaque coté de 
la mandibule supérieure, une et quelquefois deux échan- 
crures ou dents. Le courage qu'ils mettent à poursuivre 
une proie les a fait longtemps rechercher pour la chasse 
au vol. Le nom d'Oiseaux de proie nobles, qui leur a été 
donné, leur vient probablement de la prérogative attachée 
autrefois au droit de fauconnerie, prérogative dont la 
seule noblesse était en possession. Celte chasse, en 



100 HISTOIRE NATURELLE. 

Europe, n'est plus usitée que dans quelques provinces 
de l'Allemagne , où l'on voit encore des Jockeis-Clups 
faire leurs délices de la chasse au Faucon. 

1. Faucon gerfaut, Falco islandicus, Lath. 

De passage, au printemps, dans notre pays de la plaine. Il n'y 
séjourne pas beaucoup; se tient dans les lieux couverts, nos 
olivettes surtout; il fait sa nourriture de petits Quadrupèdes, 
des Oiseaux, sur lesquels il s'élance avec une rapidité étonnante, 
le plus souvent en se laissant tomber en ligne perpendiculaire 
sur la proie qu'il a découverte, et qu'il emporte dans ses serres 
pour aller la dépecer dans un lieu sûr. 

2. Faucon lanier, Falco lanarius, Lin. 

On le voit, presque tous les ans, dans nos plaines boisées, 
mais en petit nombre. 11 vit aussi de proie vivante; il fait la 
cbasse aux petits Oiseaux. 

o. Faucon pèlerin, Falco peregrinus, Lin. 

Habite ordinairement nos régions élevées; quelquefois, il des- 
cend dans la plaine. Il est fort, trapu; son courage et sa vigueur 
le rendent redoutable; il attaque la proie de front et la terrasse. 
Il rôde souvent autour des maisons de campagne voisines des fo- 
rêts pour y saisir les Poules et les Pigeons qu'il emporte dans ses 
serres. Nos paysans l'appellent Menge Ga/Jmes(Mangeur de Poules). 

i. Faucon hobereau, Falco subbuteo, Lath.; en catalan 
Falco de las mostaxes nègres. 
Le Hobereau est très-commun dans nos contrées; il niche dans 
les trous des hautes tours et des fortifications, dans les rochers 
inaccessibles des contrées basses des Corbières; nous le voyons 
en toute saison. Il se nourrit de petits Oiseaux; il poursuit les 
volées de Pinsons dans nos olivettes, ainsi que les Alouettes; les 
Grives même sont aussi attaquées par cet Oiseau. 



01SLAUX. 10" 

5. Faucon émérillon, Falco œsalon, Temm.; en catalan 

Petit Falco. 
Cette espèce est très-commune dans nos environs; elle est aussi 
la plus petite que nous ayons vue, et pourtant elle est très-intrépide 
à la chasse des Alouettes et d'autres petits Oiseaux. Elle se repro- 
duit dans ce pays; elle niche sur le haut des arbres et dans les 
trous des vieux murs. 

6. Faucon cresserelle, Falco tinnunculus, Lin.; en catalan 

Muxet. 
La Cresserelle abonde dans notre contrée ; elle habite les murs 
des fortifications de la citadelle et les premiers étages de nos 
montagnes; elle fait une chasse acharnée aux petits Oiseaux, aux 
Souris, Mulots, Grenouilles, Lézards et Hannetons. Elle se soutient 
longtemps dans l'air à une grande élévation , en répétant un cri 
très-aigu, et se laisse tomber comme la foudre sur la proie qu'elle 
a guettée. Cette espèce se reproduit dans ce pays ; elle varie 
beaucoup dans les couleurs de son plumage, suivant l'âge. 

7. Faucon cresserellette, Falco tinnunculoïdes, Natter. 
Cette espèce est très-rare ; elle ressemble assez à la Cresse- 
relle, quoique pourtant plus petite; mais ce qui la distingue d'une 
manière constante, ce sont ses ongles qui sont blancs, tandis qu'ils 
sont noirs dans la Cresserelle. Se tient habituellement dans les 
montagnes arides et calcaires de Saint-Anloine-de-Galamus. 
Sa nourriture consiste en Insectes. 

8. Faucon à pieds rouges ou kobez, Falco rufipes, Beclist. 
Le Faucon-Kobez est assez rare. Nous passons quelques années 

sans le remarquer; et son apparition n'a lieu qu'accidentellement. 
Toutefois, cette espèce est portée abondamment à notre marché 
dans certaines circonstances. Nous ne pensons pas qu'elle niche 
dans la contrée, quoique nous l'ayons observée aussi bien au 
printemps qu'en automne. Elle fréquente d'ordinaire les jardins, 



108 HISTOIRE NATURELLE. 

où elle doit être attirée par le nombre d'insectes qui s'y trouvent, 
et dont elle fait sa principale nourriture. Ce sont les jardiniers 
qui l'apportent au marché. Ils reconnaissent, au cri aigu qu'elle 
fait entendre, le lieu où elle se pose dans les jardins: ordinai- 
rement c'est au sommet des grands arbres. Nous n'avons pas 
vu d'Oiseau dont le plumage soit plus changeant; il n'y en a pas 
deux qui se ressemblent d'une manière complète, si ce n'est par 
les pieds et le tour des yeux qui sont constamment rouge-cramoisi. 

2 me Division. — Aigles proprement dits. 

« L'Aigle , dit Buffon , est le roi des Oiseaux. Il a 
plusieurs convenances physiques et morales avec le Lion : 
la force , et par conséquent l'empire sur les autres 
Oiseaux, comme le Lion sur les Quadrupèdes, la magna- 
nimité. Ils dédaignent l'un et l'autre les petits animaux 
et méprisent leurs insultes; ce n'est qu'après avoir été 
longtemps provoqué par les cris importuns de la Corneille 
ou de la Pie, que l'Aigle se détermine à les punir de 

mort C'est de tous les Oiseaux, celui qui s'élève le 

plus haut et dont le vol est le plus rapide. » 

Caractères. — Bec fort, assez long, ne se courbant 
point subitement dès sa base; pieds forts, nerveux; 
tarses nus ou couverts de plumes; doigts robustes, 
armés d'ongles formidables et très-courbés. Les Aigles 
sont la terreur des habitants de l'air, autant par la 
puissance de leur vol , que par leurs armes redoutables : 
ils poursuivent la proie à tire-d'aile; la saisissent avec 
les serres, l'apportent encore palpitante à leurs petits, 
et la déchirent devant eux pour les nourrir. L'Aigle vit 
du produit de sa chasse, et ce n'est que bien rarement 
qu'il touche aux cadavres. 



OISEAUX. 409 

i. Aigle impérial, Falco imperîalis, Temm.; en catalan 
Aliga coronada. 

Tous ces grands Oiseaux de proie deviennent très-rares dans 
le pays. La destruction de nos grandes forêts, et la fréquentation 
par l'homme des lieux retirés où ils s'établissent, en sont la prin- 
cipale cause. La Cerdagne et le Capcir sont les lieux où on les voit 
encore. La vallée de La Vall est aussi fréquentée par cette espèce. 
Ils font rarement plus de deux petits; et, s'ils dépassent ce nom- 
bre, les autres sont sacrifiés. 

2. Aigle royal, Falco fulvus, Lin.; en cat. Aliga nègre. 

Cette espèce, moins rare que la première, ne se voit pas com- 
munément; elle vit aussi dans les endroits les plus escarpés de 
nos montagnes. Elle élève sa famille dans les lieux solitaires; 
plusieurs fois nos paysans nous ont apporté de jeunes Aiglons 
qu'ils avaient dénichés. Cette espèce devient très-douce par la 
captivité : lorsqu'on la garde quelque temps, elle paraît s'attacher 
à celui qui la soigne, et ne cherche jamais à lui faire du mal, à 
moins qu'on ne l'irrite. 

Ce qui distingue l'Aigle Royal de l'Aigle Impérial, c'est que, 
dans cette dernière espèce, les plumes scapulaires sont toujours 
d'un blanc pur, et cinq écailles recouvrent la dernière phalange 
du doigt du milieu, ce qu'on ne voit jamais dans l'Aigle Royal, 
qui n'a que trois écailles et aucune plume blanche au scapulaire. 

5. Aigle criard, Falco nœvius , Lin.; en catalan Aliga 
cri -cri. 

Cet Oiseau est fort commun dans le département; il habite les 
hautes régions de nos montagnes. Les Albères, Prats-de-Mollô, 
Montalba, la Font de Comps, le Capcir sont ses lieux de prédi- 
lection. Cet Aigle, quoique d'une assez forte taille, n'a pas le 
courage ni la hardiesse des précédentes espèces; cependant, il 
se jette sur les basses-cours des maisons de campagne isolées, el 



HO HISTOIRE NATURELLE. 

enlève les Poules et les Pigeons; mais le cri très-aigu qu'il répète 
souvent quand il chasse, donne l'éveil aux métayers, qui le mettent 
en fuite en criant et faisant du tapage. Il fait son aire sur les arbres 
les plus élevés de nos forêts, ou dans les trous des rochers hors de 
portée de l'homme. 

J'ai nourri des Aiglons de cette espèce. Ils étaient dans un grand 
appartement; et, lorsqu'ils furent assez forts, ils attaquaient 
violemment les animaux vivants qu'on leur donnait; les Chats 
étaient de suite dévorés. Après les avoir terrassés, ils débutaient 
par leur enlever les yeux; leur ouvraient le ventre; en retiraient 
le foie, qui était le premier viscère dévoré. Je les ai vus se disputer 
ce morceau, qui doit être friand pour eux. 

Je mis un Catharte-Alimoche, déjà fort, puisqu'il était âgé de 
cinq mois, dans le même appartement des Aigles : il ne fut pas 
respecté. Quel fut mon étonnement, le lendemain, de ne voir, 
épars sur le plancher, que les os et les plumes de cet animal. 

4. Aigle botté, Falco pennatus, Lin.; en catalan Aliga 
calsada. 

Celte espèce est de passage accidentel; nous la voyons très- 
rarement dans cette contrée. On la prendrait facilement pour 
une Buse-Patue, parce qu'elle a les pieds emplumés jusqu'aux 
doigts; mais on la distingue par le dessus de la queue, qui est 
toute brune et sans bandes, et par un bouquet de plumes blan- 
ches à l'insertion des ailes. Je ne pense pas qu'elle se reproduise 
dans le pays. 

o. Aigle Jean le blanc, Falco brachydactylus , Volf.; en 
catalan Marsenc. 

Pendant le courant du mois de mars, arrive une quantité consi- 
dérable d'Aigles de cette espèce; ils planent dans les régions les 
plus élevées de l'air. Leur apparition, à cette époque de l'année, 
leur a fait donner dans le pays le nom d'Auseils Marsencs (Oiseaux 



OISEAUX. 111 

de Mars). Nos paysans disent encore que leur arrivée pronostique 
la continuation du mauvais temps. Ils se reproduisent dans les 
forêts des Corbières, où nous les avons remarqués en été. On les 
voit repasser dans le courant de septembre. 

6. Aigle balbusard, Falco haliœtus , Lin.; en catalan 

Aliga d'eslany. 

On prend quelquefois le Balbusard près de nos lacs et près des 
rivières bordées par de grands arbres. Il fréquente ces lieux 
de préférence, afin de s'approprier sa proie favorite, le poisson. 
Il épie l'Instant où il se montre à la surface des eaux; et, au 
moment favorable, il se précipite sur cette proie. Nous voyons 
cet Aigle pendant l'hiver ; il nous quitte dès que le printemps 
arrive. 

7. Aigle pigargue, Falco albicilla, Temm.; en catalan 

Aliga de mar. 

Cette espèce fréquente de préférence les bords des étangs salés 
qui touchent à la mer, ainsi que les côtes, lorsque de grands arbres 
sont à portée. M. Durand, de Saint-Nazaire, en tua un individu 
tout près de l'étang de ce nom. M. Maurice Matthieu, briquetier, 
en tua un superbe individu, bien adulte, dans le bois des Routes, 
appartenant à M. Jxiume, près de la mer, à Saint-Gyprien. 

8. Aigle à tête blanche, Falco leucoœphalus , Lin.; en 

catalan Aliga del cap blanc. 

Cet Aigle, qui est d'assez forte taille, vit dans les forêts de nos 
montagnes, à Mont-Louis, à Prats-de-Mollô ; nous ne le voyons 
dans la plaine qu'accidentellement. M. Carlier nous avait envoyé un 
superbe individu, très-adulte, qui avait été tué à Axât, dans l'Aude. 

9. Aigle Bonelli. 

Nous n'avons jamais observé cet Aigle dans notre département 



11-2 HISTOIRE NATURELLE. 

3 me Division. — Autours. 

Caractères. — Ailes courtes ; les jambes longues et 
écussonnées. L'Autour est cruel, sanguinaire et féroce ; il 
attaque impitoyablement les Oiseaux de basse-cour, qu'il 
met à mort, et ne se contente jamais d'une seule victime. 

1. Autour, Falco palumbarius , Lin.; en catalan Aliga 

gallinera. 

L'Autour se tient dans les hautes régions, sur les lisières des 
bois, et il rôde toujours près des maisons rurales; il descend 
rarement dans la plaine. 

2. Épervier, Falco nisus, Lin.; en catalan Muxet. 

Cet Épervier a un cri désagréable, qu'il fait entendre souvent 
lorsqu'il chasse. Les Oiseaux en sont effrayés, et fuient devant lui; 
mais il ne se lasse pas de les poursuivre, et il ne les quitte que 
lorsqu'il a fait quelque victime. Il niche dans les roches escarpées 
de nos hautes montagnes. Il vient souvent chasser sur les terres 
de la plaine, et se lient dans les lieux couverts d'arbres. 

4 me Division. — Milans. 

Caractères. — Narines obliques, dont le bord extérieur 
est marqué d'un pli ; ailes longues ; queue fourchue ; jam- 
bes courtes. Leur vol est majestueux; ils semblent nager 
dans les airs. 

1. Milan royal, Falco milvus, ïemm.; en catalan Mila, 
Tartarassa. 

Assez commun dans les forêts des montagnes des Albères; 
surtout dans les bois et les gorges de Laroque et de Sorède, où 
il se reproduit. Pendant l'hiver, il se répand dans la plaine, 
et ne quitte pas le pays. 



OISEAUX. 113 

"2. Milan noir ou parasite, Falco ater; en catalan Milana 

negra. 

Cette espèce n'est pas très-répandue. Quand elle paraît, et 
c'est toujours accidentellement, on la voit fréquenter les bords 
des rivières et des lacs de l'intérieur des terres. On a fait de cet 
Oiseau plusieurs espèces , dues à la variété de son plumage aux 
différents âges de la vie, variété qui a été cause de plusieurs 
erreurs. If. Leisler affirme que celte espèce préfère le poisson à 
toute autre nourriture ; il n'est pas étonnant alors de la voir plus 
fréquemment au bord des eaux. 

5me Division. — Élanions. 

Cette division, nouvellement formée par M. Temminck, 
ne compte que deux Oiseaux de proie observés depuis 
peu en Europe ; ce sont : YElanion Blac et YElanion 
Eléonore. Ils n'ont pas été trouvés dans notre départe- 
ment. 

6 me Division. — Buses. 

Caractères. — Bec petit, se courbant subitement dès sa 
base; pieds robustes, à tarses courts; cuisses culottées. 
Ces Oiseaux ont le vol lourd; ils guettent leur proie 
placés en embuscade sur un arbre ; leur tête est grosse, 
et leur corps massif. 

1. Buse commune, Falco buteo, Lin.; en catalan Âligat. 

Cet Oiseau ne se voit guère qu'en hiver. Il habite les parties 
basses des vallées montagneuses, et ne quitte pas les parties 
boisées. Il se pose sur le haut d'un arbre, d'où il épie sa proie. 
Il parait slupide, et, malgré cela, il se laisse approcher difficile- 
ment, ce qui fait dire à nos paysans, qu'il sent l'odeur de la poudre 

comme les Corbeaux. 

tomc m. 8 



114 HISTOIRE NATURELLE. 

2. Buse patue, Falco lagopus, Lin.; en catalan Milana, 

Busaroca (prononcez bousaroca). 

Répandue dans nos plaines pendant l'hiver, elle se pose souvent 
sur les arbres isolés ; fréquente les bois d'oliviers , et y fait la 
chasse au petit gibier. Pendant l'été , elle se retire dans les bois 
de nos montagnes pour s'y reproduire. 

3. Buse bondrée, Falco apivorus , Un.; en cat. Aligat. 

C'est du 10 au 15 mai, si le vent du nord souffle avec violence, 
qu'on voit arriver cette espèce par bandes nombreuses venant 
du sud vers le nord : elle saisit cette époque pour faire la tra- 
versée et se répandre dans nos forêts et sur nos montagnes. Le 
plumage de cet Oiseau est excessivement varié ; il est de toute 
impossibilité d'en donner une description exacte. Lorsqu'il arrive, 
il paraît très-fatigué et peu farouche, puisqu'on peut en tuer plu- 
sieurs sur le même arbre, sans que les autres tentent de s'envoler. 
Il est d'ordinaire très-gras , mais sa chair est coriace et de mau- 
vais goût. On en tue énormément dans nos plaines de la Salanque 
au moment de son arrivée. 

7me Division. — Busards. 

Caractères. — Moins lourds et plus rusés que les Buses, 
ils ont les pieds à tarses plus longs et minces; corps 
svelte; queue longue et arrondie; ailes longues; sai- 
sissent leur proie à terre. On les trouve habituellement 
dans les marais où croissent beaucoup de joncs et de 
plantes élevées. 

1. Busard harpaye ou de marais, Falco rufus, Lin.; en 
catalan Àligat ciels petits . 

C'est toujours dans les contrées marécageuses qu'on trouve 
celte espèce, qui ne quitte pas le pays et y est assez commune. 



OISEAUX. Hô 

On la tire assez difficilement, parce qu'elle ne quitte guère les 
marais, où elle fait une grande destruction de Grenouilles et 
même des Oiseaux de marais, puisqu'on la voit s'emparer de 
ceux qui étaient pris dans les lacets des chasseurs. 

2. Busard Saint-Martin, Falco cyaneus, Mont. 
5. Busard montagu, Falco cyneraceus, Mont. 

Il a fallu les observations de M. Temminck, pour présenter avec 
clarté la distinction de ces trois espèces : on ne peut plus les 
confondre actuellement. Nous les voyons assez communément 
dans cette contrée; le Busard-Saint-Martin, est assez commun; 
le Busard-Montagu est beaucoup plus rare. 

4. Busard blafard, Falco pallidus, Sykes. 

Oiseau de proie connu depuis peu de temps. Il habite l'Espagne, 
où il est commun dans certaines contrées. On l'a vu accidentel- 
lement dans quelques départements du Midi de la France ; mais 
je ne l'ai jamais vu dans les Pyrénées-Orientales. 

Oiseaux de proie nocturnes. 

GENRE CINQUIÈME. 

Chouette, Strix, Lin.; en catalan Cabeca. 

Caractères. — Tous les Rapaces nocturnes ont une 
physionomie particulière qui les fait distinguer au premier 
coup d'œil des espèces diurnes. Tête grande, aplatie, 
très-emplumée ; bec comprimé , courbé dès sa racine ; 
yeux très-grands, placés dans des orbites larges, entourés 
de plumes raides; une membrane clignotante; iris brillant; 
pieds couverts d'un duvet jusqu'aux ongles ; plumage 
doux et soyeux. Leur vol est peu bruyant. 



416 HISTOIRE NATURELLE. 

l re Division. — Chouettes proprement dites. 

l re Section. — Chouettes accipitrines. 

Elles y voient pendant le jour. Cette division , qui se 
compose de quatre espèces, Lapone, Harfang, de Loural 
et Caparacoch, manque dans ce département; du moins 
ces espèces ont échappé à nos recherches. 

2 me Section. — Chouettes nocturnes. 

Elles chassent au crépuscule, et se cachent quand il 
fait jour. 

1 . Chouette nébuleuse, Strix nebulosa, Lin . 

Je dois considérer cet Oiseau comme de passage et très-acci- 
dentel, ne l'ayant vu qu'une seule fois dans notre département. 
Il fut tué en mars 1830, dont l'hiver avait été si rigoureux. 

2. Chouette hulotte, Strix aluco, Mey.; en catalan Oliba 

de nit. 

Cette Chouette habite les contrées élevées et boisées; elle se 
tient pendant le jour dans les creux des arbres ou dans les fentes 
des rochers. Son cri est fort et soutenu, et retentit dans la vallée 
pendant la nuit. Elle est peu abondante, et ne descend guère 
dans la plaine. 

5. Chouette effraie, Strix flammea, Lin.; en catalan Xura, 
Rut a, Xuca-Oli. 

Cette dernière dénomination, qui veut dire buveur d'huile, lui a 
été donnée par nos paysans, qui prétendent que, lorsqu'elle peut 
s'introduire dans les églises, elle va boire l'huile des lampes. 
Ce fait n'est pas fondé ; il est plus probable, qu'habitant constam- 
ment les tours des grands édifices et les clochers, la Chouette 
pénètre dans les églises pour faire la chasse aux Rats, et non 
pour boire l'huile des lampes. 



OISEAUX. H 7 

C'est dans les trous des murs des vieilles fortifications, des 
églises et des clochers, que cette espèce fait son habitation. Elle 
se répand dans la campagne, dès que la nuit est venue, pour faire 
la chasse aux Rats et aux petits Oiseaux. 

A. Chouette chevêche, Strix passerina, Temm. 

5. Chouette tengmalm, Strix tengmalmi, Lin. 

(En les confondant, on les appelle en catalan Xot petit.) 

On confondrait assez souvent ces deux espèces, si on n'apportait 
toute son attention sur la disposition des poils qui recouvrent les 
tarses. La Chevêche a les doigts couverts, à claire-voie, de quelques 
poils blancs; la Tengmalm a les tarses et les doigts garnis jus- 
qu'aux ongles d'un duvet très-abondant. Elles sont de la même 
taille, et la couleur du plumage est la même ; elles ont les mêmes 
habitudes, et font leur demeure dans les trous des vieilles ma- 
sures ou des vieux troncs d'arbres. Elles descendent, en hiver, 
dans les bois d'oliviers de la plaine; et, lorsqu'elles s'aventurent 
à sortir de leur retraite pendant le jour, elles sont assaillies par 
les Oiseaux, qui, par leurs cris répétés, attirent tous ceux des 
environs, et se précipitent sur les Chouettes comme pour les 
piquer. Celte scène ne se termine jamais, sans qu'il n'y ait une 
victime ; car si quelque imprudent s'approche trop de la Chouette, 
elle le saisit et le dévore. 

6. Chouette chevèchette, Strix acadica, Lin. 

Cette toute petite Chouette vit constamment dans nos bois 
d'oliviers de la plaine. Elle se cache dans les trous des souches 
des vieux troncs, ou dans les trous des chênes ou de tout autre 
arbre; elle est fort commune, et y voit assez pendant le jour 
pour faire la chasse aux petits oiseaux. On la prend quelquefois 
dans les filets qui sont tendus pour les Pinsons et les Bruants : 
lorsqu'on peut la priver, on s'en sert avantageusement pour 
chasser les petits oiseaux. 



118 HISTOIRE NxVTURELLE. 

2 mc Division. — Chouette-Hibou; en catalan Xot banyut, 
Chouette cornue (prononcez chot baniout). 

Caractères. — Tous les Hiboux sont des Oiseaux de proie 
nocturnes. Ils chassent au crépuscule ou au clair de lune; 
leurs yeux sont éblouis par le grand jour. Ils ne diffèrent 
des Chouettes proprement dites, que par deux bouquets 
de plumes placés plus ou moins avant de leur front, et 
qui sont capables d'érection. 

1. Hibou brachyote, Strix brachyotos, Lath. 

Sa grande ressemblance avec la Hulotte , avait fait classer ce 
Hibou parmi les Chouettes; mais les petites plumes du front, 
qu'il redresse en forme de cornes, lui assignent sa place parmi 
les Hiboux. Il fréquente les champs ombragés de la plaine, et au 
commencement du printemps on en prend quelques sujets, 

2. Hibou grand duc, Strix bubo, Lin.; en catalan Son- 

guer, Mussol, Gamarous. 

Très-répandu dans les forêts de nos montagnes, qu'il fait re- 
tentir de son cri lugubre, il fréquente les taillis de la plaine pendant 
l'hiver. Il fait sa première nichée de très-bonne heure. Nous avons 
vu, en mars, déjeunes Ducs avec presque tout leur plumage; il 
niche dans les creux des rochers de nos basses montagnes. La chair 
de cet animal est blanche, tendre et d'un goût agréable. 

5. Hibou moyen duc, Strix otus, Lin. 

Le Moyen-Duc est fort répandu, au printemps et en automne, 
dans tout le département; il fréquente les propriétés voisines des 
bois, est fort gras dans cette dernière saison, et sa chair est d'un 
goût fort délicat. 

4. Hibou petit duc, Strix scops, Lin.; en catalan Xot. 
Le Scops est commun en toute saison, ce qui prouverait qu'il 



OISEAUX. 110 

est sédentaire dans ce pays. Perché sur les arbres des promenades, 
des jardins et près des maisons rurales, il fait entendre, la nuit, 
son cri plaintif, qu'il répète souvent, sur divers tons, et qui imite 
le miaulement des petits Chats; il niche dans les creux des arbres. 
Les espèces qui composent cette seconde division, sont toutes 
assez répandues dans notre département; elles s'y reproduisent, 
et, lorsqu'on connaît l'endroit où le Grand-Duc, surtout, établit 
sa famille, on est sûr d'y trouver du bon gibier. C'est ainsi qu'un 
homme du Perthus, avait l'adresse de visiter souvent un de ces 
nids; de nourrir les jeunes Ducs avec de la mauvaise viande, et 
d'en retirer des Lapins et des Perdrix que les vieux apportaient 
à leurs petits. 



DEUXIEME ORDRE. 

OMNIVORES. 

Caractères. — Bec médiocre, fort, robuste, convexe et 
tranchant sur les bords, un peu courbé vers la pointe; 
mandibule supérieure plus ou moins échancrée à la pointe; 
ailes médiocres , à pennes terminées en pointe ; pieds à 
quatre doigts, trois devant, un derrière. 

Ainsi que l'explique leur dénomination, ils vivent de 
toute sorte de nourriture; leur chair est dure, coriace 
et de mauvais goût. 

GENRE SIXIÈME. 

Corbeau, Corvus. Lin.; en catalan Gorb ou Corbas. 

Caractères. — Bec droit à la racine, gros, comprimé sur 
les côtés, courbé vers la pointe, tranchant sur les bords; 
narines basales, ouvertes, cachées par des poils dirigés 
en avant. Ces Oiseaux ont l'odorat très-lin ; défiants à 



120 HISTOIRE NATURELLE. 

l'excès, ils savent éviter tous les pièges. Une nourriture 
quelconque, leur convient : ils rendent de grands services 
aux cultivateurs, en détruisant dans les champs les larves 
des insectes. 

4 re Section. — Corbeau proprement dit. 

1. Corbeau noir, Corvus corax, Lin. 

Cette espèce vit toujours isolée. On voit ces Corbeaux voyager 
par paires dans les terres de la plaine, pour y chercher leur pâture; 
ils nichent sur les rives élevées des cours d'eau. Jetle-t-on une 
charogne à la voirie, on les voit, par troupes très-nombreuses, 
se disputer sa chair, et se livrer des batailles terribles, à coups de 
bec et avec les ailes; ils la disputent quelquefois aux Chiens qui 
viennent leur en dérober quelques morceaux. 

2. Corneille noire, Corvus corone, Lin.; en cat. Graula. 

Les Corneilles ne paraissent sur nos terres, qu'à l'approche du 
mauvais temps ; elles sont très-abondantes en hiver, et elles le 
sont d'autant plus que cette saison est plus rigoureuse. Pendant 
les frimats, on en voit passer des bandes qui étonnent l'imagina- 
tion , allant du nord au midi ; et , dès que la température se met 
au beau, nous les voyons repasser en sens inverse. 

Cette espèce, qu'il ne faut pas confondre avec le Corbeau noir, 
est très-recherchée de nos paysans, qui la trouvent excellente, 
et dont ils font la soupe. 

3. Corneille mantelée, Corvus cornix, Lin.; en catalan 

Gorb calvo (Corbeau vieillard). 

Cette espèce a le cou et tout le corps d'un beau gris-cendré ; son 
plumage varie accidentellement; il est alors presque entièrement 
blanc ou presque totalement noirâtre. 

La Corneille noire et la Corneille mantelée s'allient quelquefois, 
et produisent des métis qui tiennent de l'une et de l'autre espère. 



OISEAUX. 121 

Ceci a lieu dans les contrées méridionales ou orientales de l'Eu- 
rope où la Corneille noire est rare ; mais on n'en trouve point 
d'exemple dans les pays où les deux espèces sont communes. 

La Corneille mantelée est très-rare dans le département; on 
ne la voit qu'au moment de l'année où les bandes de Corneilles 
noires traversent le pays. Leurs plumes blanches font dire à nos 
paysans que c'est un Corbeau très-vieux. 

4. Corbeau freu, Corvus frugilegus, Lin., j en catalan 

5. Corbeau choucas, Corvus monedula, Lin.,) Graula. 

Ces deux espèces nous arrivent avec les grandes bandes de 
Corneilles, quand elles font leur voyage du nord au midi. Il en 
reste toujours quelques-unes dans nos plaines; mais les deux 
espèces y sont toujours fort rares. 

Les Corbeaux Leucophée et Chouc n'ont pas été obser- 
vés dans le département. 

GENRE SEPTIÈME. 

Garrule, Garrulus, Briss. 

2 me Section. — Pies. 

Caractères. — Queue très-longue, le plus souvent conique. 
La section qui comprend les Pies, dit Temminck, est assez 
bien caractérisée, par la forme de la queue, de celle des 
Corbeaux proprement dits; mais elle l'est si peu de la 
troisième section , qui se compose des Oiseaux vulgai- 
rement connus sous le nom de Geais, que cette division 
devient presque conventionnelle, et ne peut être déter- 
minée par des caractères rigoureux. 

1. Pie ordinaire, Corvus ■pica, Lin.; en catalan Margot, 
Garsa. 



'122 HISTOIRE NATURELLE. 

La Pie , très-commune dans les départements de l'Aude et de 
l'Ariége, qui nous avoisinent, se voit très-rarement dans le nôtre. 
Je ne sais si les montagnes calcaires et très-arides qui nous sépa- 
rent d'un côté, et les grands lacs qui bordent la Méditerranée de 
l'autre, sont un obstacle à leurs excursions; il est de fait qu'on 
voit très-rarement des Pies dans les Pyrénées-Orientales. On en 
voit quelquefois de toutes blanches. 

On élève facilement cet Oiseau, qui apprend à répéter certains 
mots; il devient incommode par son inclination naturelle à 
dérober tout ce qui reluit, et à le cacher dans un trou de 
muraille. Tout le monde connaît l'histoire de la Pie voleuse, et, 
dans chaque contrée, on a un conte, vrai ou faux, à débiter sur 
cet Oiseau. 

3 me Section. — Geais. 
Caractères. — Queue égale ou légèrement arrondie. 

1. Geai glandivore, Corvus glandarius, Lin.; en catalan 
Gatx, Gralla. 

Le Geai se reproduit dans les parties basses de nos montagnes, 
et habite les bois fourrés qui en occupent les sommets. Il descend 
en hiver dans la plaine, où il ne séjourne pas longtemps; il 
fréquente de préférence les propriétés garnies de grands arbres 
situées le long des Albères. 

GENRE HUITIÈME. 

Casse-Noix, Nucifraga, Briss. 

Caractères. — Bec en cône, long, droit et effilé à la 
pointe; mandibule supérieure arrondie, sans arête sail- 
lante, plus longue que l'inférieure, toutes deux terminées 
en pointe obtuse et déprimée; narines basales cachées 
par des poils dirigés en avant. 



OISEAUX. 123 

1. Casse-Noix, Nucifraga caryocatactes, Briss. 

Il est Irès-rare dans le département ; on le voit par intervalles 
très-éloignés; il est donc de passage très-accidentel, et n'apparaît 
que dans les hivers rigoureux. 

GENRE NEUVIÈME. 

Pyrrhocorax , Pyrrhocorax, Cuv. 

Caractères. — Bec médiocre, un peu grêle, plus long que 
la tête , arrondi , arqué et pointu ; pieds forts , robustes ; 
doigt intermédiaire soudé à la base avec l'interne ; ongles 
forts, arqués; ailes longues. Il a les mêmes habitudes 
que les Corbeaux ; il vit sur les montagnes ; se nourrit de 
toutes sortes d'aliments; se réunit en grandes troupes. 
Ses cris, son vol, ses mouvements sont les mêmes 
que ceux des Choucas; il niche dans les crevasses des 
rochers. 

1. Pyrrhocorax choquard, Pyrrhocorax pyrrhocorax, Cuv. 

2. Pyrrhocorax coracias, Pyrrhocorax gracidus, Temm.; 
en catalan Gratta à bec grog et Gratta à bec rotj. 

Ces deux espèces se tiennent constamment dans les régions 
élevées du département, où elles se reproduisent. Il faut que 
l'hiver soit bien rigoureux, pour qu'elles paraissent dans la 
plaine. Les environs de Mont-Louis et de la Cerdagne, voient 
ces Oiseaux presque toute l'année. Les crevasses de La Fou de 
Cortsavi, sont aussi peuplées de ces deux espèces, qui vivent 
en famille et en bonne intelligence dans cette vaste horreur. 

On élève facilement ces Oiseaux, et ils ont un grand attachement 
pour celui qui leur donne des soins. Les propriétaires de l'éta- 
blissement thermal du Vernet en avaient nourri deux, qui vivaient 
en pleine liberté dans les prairies et jardins de cette belle vallée. 



124 HISTOIRE NATURELLE. 

Us allaient sur la montagne, et on les voyait quelquefois se battre 
dans les airs avec d'autres Corneilles; mais, aussitôt que leur 
maître les rappelait, en imitant leur cri, ces Oiseaux descendaient 
à tire-d'aile, et venaient se poser sur son épaule, en lui béque- 
tant la figure. 

Il serait difficile de distinguer les deux espèces, si la couleur 
constante du bec, qui est rouge-cramoisi chez l'une, et jaune- 
citron chez l'autre, ne les désignaient suffisamment. 

GENRE DIXIÈME. 

Jaseur, Bombycivora. 

Ce genre se compose d'une seule espèce. Cet Oiseau 
n'a pas été observé dans notre département. 

GENRE ONZIÈME. 

Rollier, Coracias, Lin. 

Caractères. — Bec fort, comprimé vers le bout, plus haut 
que large, droit, tranchant, crochu vers la pointe; narines 
basales percées diagonalement, à moitié fermées par une 
membrane garnie de plumes; doigts du pied entièrement 
divisés; ailes longues. 

i. Rollier vulgaire, Coracias garrtda, Lin.; en catalan 

Gralla blava. 

Les belles couleurs aigue-marine et bleu -clair se partagent la 
livrée de cet Oiseau , et le font de suite distinguer : le dos et le 
scapulaire sont fauves ; ses habitudes sont farouches. Se tenant 
toujours à l'abri dans les fourrés des bois de nos montagnes, il est 
difficile à chasser; si on en tue quelqu'un, c'est qu'on le surprend 
dans sa retraite. Rarement, cet Oiseau se montre à découvert; 
mais, au moment où ses petits sont nés, il brave les périls pour 



OISEAUX. 1-2,*) 

pourvoir à leur subsistance. Les bois des Albères et des environs 
de Saint-Laurent-de-Cerdans, sont les parties du département 
où on le Toit en plus grand nombre. 

GENRE DOUZIÈME. 

Loriot, Oriolus, Temm. 

Caractères. — Bec en cône allongé, comprimé et tran- 
chant, avançant un peu vers les plumes du front; narines 
basales nues, percées horizontalement dans une grande 
membrane ; pieds ayant trois doigts devant et un derrière, 
celui du milieu soudé à la racine avec l'interne; ailes 
médiocres. 

\. Loriot vulgaire, Oriolus galbula, Lin.; en catalan Oriol, 
Oropendola, Menje- Figues. 

La couleur dominante du plumage des mâles est le jaune, et 
ce caractère est constant chez le plus grand nombre des espèces 
exotiques connues. Le Loriot vit solitaire; on le voit apparaître 
dans les premiers jours du printemps. Il habite nos montagnes; 
on le trouve communément aux environs de Prades, Oms, Llauro; 
et, quand il a terminé ses couvées, il reparait dans la plaine. Il 
est alors très-gras; sa chair est fine et délicate, et nos marchés 
en sont approvisionnés. 

GENRE TREIZIÈME. 

Étourneau, Sturnns, Lin. 

Caractères. — Bec médiocre, droit, longicône, déprimé, 
à pointe obtuse et un peu aplatie; narines basales à moitié 
fermées par une membrane voûtée; pieds, doigt intermé- 
diaire réuni à sa base avec le doigt extérieur; ailes longues. 



12t) HISTOIRE NATURELLE. 

1. Étourneau vulgaire, Sturnus vulgaris, Lin.; en catalan 

Estomell. 

Les Étourneaux arrivent, comme les Grives, dans notre dépar- 
tement, à la fin de septembre ; ils y passent l'hiver d'assez bonne 
intelligence avec les Vanneaux, dans nos prairies humides et 
fréquentées par le bétail ; ils nous quittent aux approches de la 
belle saison. Quelquefois, ils se présentent par bandes très- 
considérables; et, lorsqu'ils se jettent ainsi sur une olivette ayant 
ses fruits mûrs, ils y font un mal immense. Nos cultivateurs expé- 
rimentés, prétendent que cet Oiseau pillard emporte avec lui trois 
olives : une au bec et une à chaque griffe. La couleur de leur 
plumage est très-variée. Leur chair est dure et un peu amère. 

2. Étourneau unicolore, Sturnus unicolor, Marm. 

Cette espèce, originaire de l'île de Sardaigne, n'émigre jamais, 
et reste constamment dans les lieux qui l'ont vue naître. Cepen- 
dant, cette règle n'est pas sans exception; car, en 1837, il en fut 
tué un sujet dans les environs de Perpignan, au milieu d'une 
bande d'Étourneaux vulgaires. C'est le seul individu que j'aie vu; 
il est donc d'un passage très-accidentel. 

GENRE QUATORZIÈME. 

Martin, Pastor, Temrainck. 

Caractères. — Bec en cône allongé, très -comprimé, 
convexe en-dessus; mandibule supérieure un peu incli- 
née à la pointe; narines basales ovoïdes, à moitié fer- 
mées par une membrane garnie de plumes; pieds forts; 
ailes moyennes. 

Le plus grand nombre des espèces portent des orne- 
ments accessoires à la tête, soit huppes, soit caroncules. 
L'espèce d'Europe, la seule que nous avons, porte une 



OISEAUX. 127 

huppe de plumes effilées sur la tête, qui se rabat sur le 
derrière de la nuque. 

1. Martin roselin, Pastor roseus, Tem.; en catalan Merle 
rose hupat. 

Cette espèce est rare, quoique de passage assez régulier. 
Elle avait été déjà observée par M. Barrère, médecin, à Prades. 
M. Charles Miquel en a tué plusieurs individus au territoire 
d'Àrgelès, où on la voit régulièrement tous les ans. Elle paraît 
franchir nos montagnes par la vallée de La Vall, qui débouche 
en Espagne. Prend-elle cette route dans sa migration? 

En juin 1837, deux individus furent tués, sur cinq dont se 
composait la bande ; des deux qui restèrent sur place , l'un était 
une femelle, et l'autre un jeune sujet. Ce fait me porterait à 
croire que cette espèce se reproduit dans notre département; 
mais, manquant d'observations précises, je n'oserais l'affirmer. 
Depuis lors, on m'a apporté plusieurs sujets pendant l'été, parmi 
lesquels il y en avait toujours de jeunes. Ceci confirmerait ma 
première opinion; mais, je le répèle, je n'ai pas d'observation 
précise pour l'affirmer. 



TROISIEME ORDRE. 

INSECTIVORES. 

Caractères,' — Bec médiocre ou court, droit, arrondi, 
faiblement tranchant ou en alêne; mandibule supérieure 
courbée et échancrée vers la pointe , le plus souvent 
garnie à sa base de poils rudes dirigés en avant; pieds 
à trois doigts devant et un derrière, articulés sur le 
même plan, l'extérieur soudé à sa base et uni jusqu'à 
la première articulation au doigt du milieu. 



1:28 BISTOIRE iNATUHELLE. 

GENRE QUINZIÈME. 

Pie-Grièche, Lanius, Lin.; en catalan Margassa, Escanya 

bruxot. 

Caractères. — Bec médiocre, robuste, droit, très-com- 
primé; mandibule supérieure courbée vers la pointe, où 
se forme un crochet, base garnie de poils rudes dirigés 
en avant; narines latérales, à moitié fermées par une 
membrane voûtée; pieds à tarse plus long que le doigt 
du milieu; trois doigts devant, un derrière, entièrement 
divisés. 

Petits Oiseaux de rapine, les Pie-Grièches se distin- 
guent par leur courage et par leur cruauté. Leur proie, 
qu'elles saisissent et emportent avec le bec, consiste 
principalement en gros insectes; mais elles attaquent aussi 
les petits oiseaux, et les déchirent en se servant de leurs 
doigts comme moyen de préhension. Elles demeurent et 
nichent habituellement sur les arbres et dans les bois 
de la plaine, quelquefois dans les grands buissons. 

Cinq espèces se reproduisent dans le département; 
elles ne quittent point nos contrées, et on les y voit en 
toute saison. 

1. Pie-Grièche grise, Lanius excubitor, Lin.; commune. 

2. Pie-Grièche méridionale, L.meridionalis, Tem.; rare. 
5. Pie-Grièche à poitrine rose, L.minor, Lin.; très-rare. 

4. Pie-Grièche rousse, L. rufus, Briss.; commune. 

5. Pie-Grièche écorcheur, L. colluris, Briss.; très-rare. 

Celte dernière espèce est la plus rare de cette famille. Le nom 
de Bourreau, qu'on donne à la Pie-Grièche écorcheur, lui vient de 
l'habitude qu'elle a de suspendre, entre l'enfourchement de deux 
branches, les petits oiseaux et les lézards qu'elle a saisis. Quand 



OISBAUX. 1-29 

elle prend de gros insectes, tels que des Ateudms, des Seura- 
beus, des Melolontes, elle les embroche aux épines des buissons. 
Le nom de Bourreau (lo Bureu), lui a été également donné par 
nos paysans. 

GENRE SEIZIÈME. 

Gobe-Mouches, Musicapa, Lin.; en catalan Beca-Figues, 
Pela-Figues ( Bectigue ) . 

Caractères. — Bec médiocre, déprimé à la base, com- 
primé vers la pointe, qui est forte, garni de poils raides à 
la base; narines latérales ovoïdes; pieds ayant trois doigts 
devant et un derrière, l'ongle de ce dernier très-arqué. 

Quatre espèces de Gobe-Mouches sont connues en Eu- 
rope : toutes les quatre sont de passage dans ce dépar- 
tement, et s'y reproduisent. Elles habitent les bois de nos 
montagnes, et descendent dans la plaine dès les premiers 
froids de septembre. La nourriture des Gobe-Mouches 
consiste en insectes et en petites mouches , qu'ils attra- 
pent en voltigeant de branche en branche ou en rasant 
la terre. 

1 . Gobe-Mouches gris , Musicapa grisola , Linné ; très- 

commun. 

2. Gobe-Mouches à collier, Musicapa albicollis, Temm.; 

commun. 

3. Gobe-Mouches becfigue, Musicapa luctuosa, Temm.; 

très-commun, 
i. Gobe-Mouches rougeâtre, Musicapa parva, Besc; rare. 

C'est au commencement du printemps, que nous arrivent les 
Gobe-Mouches par bandes considérables. Ils quittent bientôt la 
plaine, pour aller sur nos montagnes passer la belle saison, où ils se 

10MR m. 9 



130 HISTOIRE NATURELLE. 

reproduisent; mais, vers la fin d'août, ils rentrent dans nos vergers 
et potagers, où ils trouvent une nourriture abondante. Ils s'agitent 
beaucoup, et sont d'une agilité étonnante : ils ne restent pas un 
moment en place ; leur queue, leurs ailes sont toujours en mou- 
vement. C'est à leur rentrée qu'on leur fait une guerre acharnée : 
ils sont alors très-gras, et leur chair, fort délicate , est estimée 
comme celle de tous les Becs-Fins. C'est aux savantes obser- 
vations de M. Temminck , que nous devons la connaissance des 
caractères qui distinguent tous ces oiseaux, qu'au premier abord 
on confond ensemble, tant leur plumage se ressemble. 

GENRE DIX-SEPTIÈME. 

Merle, Turdus, Lin. 

Caractères. — Bec médiocre, tranchant, jamais crochu; 
mandibule supérieure échancrée vers la pointe; narines 
basales, latérales, ovoïdes; pieds, trois doigts devant, le 
doigt extérieur soudé à celui du milieu. 

La chair de ces Oiseaux est très-bonne à manger; sa 
délicatesse et son parfum la fait rechercher pour nos 
tables. Ces Oiseaux vivent tantôt solitaires, tantôt réunis 
en famille ; ils émigrent au printemps , et reviennent en 
automne; quelques-uns sont sédentaires et se repro- 
duisent dans nos bois. 

Les insectes sont leur principale nourriture ; ils recher- 
chent les baies sauvages et les vers. On les a séparés 
en deux sections. 

l ie Section. — Sylvains. 

Nichent et vivent dans les bois; fréquentent de préfé- 
rence les lieux fourrés; sont plus frugivores que ceux de 
la deuxième section. Leurs voyages se font par grandes 



OISEAUX. 131 

bandes, el leur nourriture se compose uniquement de 
baies ; mais pendant l'éducation des jeunes , les insectes 
sont alors leur principal aliment. 

i. Merle draine ou Grive, Turdus viscivorus, Lin. 

2. Merle litorne ou Grive, Turdus pilaris, Lin. 

Ces deux espèces sont appelées en catalan Grives. 

Les Merles Draine et Litorne nichent sur les arbres des forêts 
de pins de nos montagnes; lorsque le froid les chasse de ces lieux, 
ils se répandent dans la plaine. 

5. Merle Grive ou Tourd, Turdus musicus, Lin.; en ca- 
talan Tort. 

4. Merle Mauvis, Turdus iliacus, Lin.; en catalan Tort, 

Ala rotj. 

Ces deux espèces sont très-recherchées. Après la vendange, 
elles sont très-grasses; on en prend snr la lisière des bois des 
masses considérables, qu'on porte au marché, où elles se vendent 
très-bien. 

Les Merles Grive et Mauvis n'habitent notre département que 
pendant l'hiver; ils nous quittent à la belle saison pour aller 
nicher, avec les Étourneaux et les Ramiers, sur les tours et les 
édifices de la Vieille-Castille. J'ai vu, du côté de Guadalajara, 
prendre, en été, dans des trous pratiqués exprès sur les clochers, 
quantité de jeunes Grives el d'Étourneaux; ils étaient très-gras, 
et avaient une chair très-délicate. 

5. Merle à plastron, Turdus torquatus , Lin.; en catalan 

Merta de montanya. 

Le Merle à plastron niche sur nos montagnes; il se voit, en 
hiver, dans nos plaines; il est asspz rare. 



132 HISTOIRE NATURELLE. 

6. Merle noir, Turdus merula, Lin.; en catalan Merla et 

les jeunes, Merlats. 

Cette espèce est très-répandue dans nos forêts et dans les 
vergers. Elle ne quitte pas la contrée; son chant est éclatant, et 
se fait écouter avec plaisir, surtout lorsqu'il déploie toutes les 
ressources de sa voix au milieu d'une nature sauvage ; en capti- 
vité, ce n'est plus la même mélodie. 

Le Merle au plumage blanc, se voit clans nos hautes régions, 
en Capcir et en Cerdagne. M. Canta en avait un, dans sa collec- 
tion, qui était café-au-lait. 

7. Merle erratique, Turdus migratorius, Temm.; rare. 

8. Merle à gorge noire, Turdus atrogularis, Tem.; rare. 

Nous avons trouvé des caractères très-différents dans les indi- 
vidus de cette dernière espèce; nous pensons qu'ils tiennent à la 
différence d'âge. Il paraît qu'elle se reproduit dans le départe- 
ment, mais dans les régions élevées; car, la plupart des individus 
que nous avons vus, sont de jeunes sujets. 

9. Merle Naumann, Turdus Naumanni, Tem.; très-rare. 

Les Merles Blafard et à Sourcils-Blancs, n'ont pas été 
observés dans les Pyrénées-Orientales. 

2 me Section. — Saxicoles. 

Cette section, qui se compose de deux espèces en 
Europe, a été formée pour les séparer des autres Merles. 
Leurs habitudes sont tout-à-fait différentes ; ils fréquen- 
tent toujours les rochers escarpés des hautes montagnes ; 
nichent dans les fentes des rocs, et vivent solitaires. Leur 
nourriture se compose uniquement d'insectes; cependant, 
ils se rabattent quelquefois sur les baies. 



OISEAUX. 133 

10. Merle de roche, Turdus saxatilis, Lath.; en catalan 

Passera de les Rojes. 

1 1. Merle bleu, Turdus cyaneus, Geml.; en catalan Merla 

roquer. 

Les Merles de Roche et Bleus fréquentent peu nos plaines. Ils 
se tiennent constamment dans les lieux solitaires de nos monta- 
gnes, sur les roches très-escarpées et fort accidentées par des 
torrents, où ils aiment à vivre : c'est-là qu'ils élèvent leur famille, 
et les jeunes ne s'éloignent pas beaucoup du lieu qui les a vus 
naître ; ils y demeurent longtemps en compagnie de leurs parents. 
Le Merle-Bleu est plus répandu dans les parties basses, les lisières 
des bois, le bord des vignes. Quand il fait froid, il vient se faire 
prendre aux filets tendus pour les Grives , et, en automne, on en 
apporte beaucoup sur nos marchés. 

GENRE DIX-HUITIÈME. 

Cincle, Cinclus, Temminck. 

Caractères. — Bec médiocre, tranchant, élevé, comprimé 
et arrondi par le bout , finement dentelé sur les bords ; 
narines basales, longitudinalement fendues, recouvertes 
par une membrane; tête petite, le front long et venant 
aboutir aux narines; pieds, trois doigts devant et un 
derrière, l'extérieur soudé à sa base; corps ramassé; 
ailes et queue courtes. 

Les mœurs des Cincles présentent des faits très-extraor- 
dinaires. 

1. Cincle plongeur, Cinclus aquaticus, Bechst. 

Habite les lieux montueux du département, où il se reproduit. 
Je l'ai observé souvent autour des jasses des montagnes où l'on 
parque les bestiaux. Pendant la belle saison, il recherche les 



M 4 HISTOIRE NATURELLE. 

eaux limpides des torrents qui abondent dans ces contrées; il 
s'immerge au fond de l'eau, s'y promène et s'y maintient assez 
longtemps pour chercher sa nourriture; il fouille aussi les 
bouses des vaches, où il trouve des larves d'insectes, qu'il 
dévore. Les grands froids l'obligent à descendre dans la plaine; 
et là, il conserve ses habitudes, c'est-à-dire, qu'on le voit tou- 
jours près des ruisseaux ou près des rigoles de nos prairies. 

Les Cincles de Pallas et les Cincles à ventre noir, 
n'ont pas été observés dans ce département, ou du moins 
ils ont échappé à nos recherches. 

GENRE DIX-NEUVIÈME. 

Bec-Fin, Sylvia, Temminck. 

Caractères. — Bec droit, grêle, en forme d'alêne, base 
plus élevée que large; pointe de la mandibule supérieure 
souvent échancrée; narines basales, ovoïdes, à moitié 
fermées par une membrane; pieds, trois doigts devant 
et un derrière, l'ongle de celui-ci arqué; ailes à pennes 
bâtardes, rémiges très-variables selon les espèces. 

Ce genre comprend les plus petites espèces d'oiseaux qui 
vivent en Europe : tout ce qui est connu sous le nom de 
Fauvette appartient à cette classe. Le chant du plus grand 
nombre est doux, sonore, flexible et accentué; ils se 
répandent dans nos jardins, nos parcs, nos bocages, nos 
taillis, et c'est-la qu'ils font entendre leur douce et mélo- 
dieuse voix ; d'autres , moins privilégiés , sous le rapport 
de la voix, vivent habituellement aux bords des eaux, à 
l'ombre des roseaux et des joncs , où ils se font remar- 
quer par leur babil continuel, qui égayé et charme la 
monotonie de ces lieux peu fréquentés. La plupart des 



OISEAUX. 135 

Oiseaux de ce genre, émigrent, en automne, vers les 
pays chauds, et reviennent avec les beaux jours d'avril. 
Beaucoup sont sédentaires, et leur migration se fait dans 
le département, de la plaine à la montagne. 

l re Section. — Riverains. 

Ceux-ci vivent au bord des eaux, près des fleuves et des 
marais; escaladent habituellement les roseaux, les joncs, 
et se nourrissent d'insectes qui fourmillent sous les om- 
brages humides et au milieu des vastes marécages. Le 
chant ou le cri d'appel du mâle n'est pas cadencé, com- 
me chez les Becs-Fins Sylvains; mais il consiste en une 
espèce de craquement, non interrompu, peu mélodieux. 

1. Bec-Fin rousserole, Sylvia turdoïdes, Tem.; en catalan 

Carreler, Gran Rosinyol d'Aygua. 

Cette belle espèce habite les parties très-couvertes d'arbres et 
de broussailles des contrées humides de la Salanque. Son chant, 
peu agréable, accentué sur deux syllabes, souvent répétées : cha-rio, 
cha-rio, lui a valu, dans le pays, le nom de Carreler (Charretier), 
parce qu'il semble commander à un attelage de voiture. C'est, 
encore, un ventriloque consommé ; on le croit à droite et il est 
à gauche, ce qui égare l'oiseleur qui veut le chasser. 

2. Bec-Fin rubigineux, Sylvia galadotes, Tem.; très-rare. 

Nous avions déjà observé un individu de cette espèce, tué dans 
le pays en 1839. Nous avons pu constater, plus tard, sa présence 
par un autre sujet qui fut pris au filet au moment du passage du 
printemps, en 1847, ce qui donnerait à croire que cette Fauvette 
est accidentellement de passage dans le département. 

o. Bec-Fin riverain, Sylvia fluviatilis, Meyer.; très-rare. 



136 HISTOIRE NATURELLE. 

Nous voyons très-rarement cette Fauvette dans ce pays. Nous 
n'avons pu constater si elle y passe l'hiver ; mais on en prend 
quelques sujets, de temps à autre, dans les lacets qu'on tend 
pour prendre les oiseaux, au printemps, au moment de leur 
passage. 

4. Bec-Fin locustelle, Sylvia locusteUa, La th.; rare. 

5. Bec-Fin trapu, Sylvia certhiola, Temm.; très-rare. 

Nous avions observé quelque différence entre cette dernière 
espèce et la précédente, et nous l'avions attribuée à l'âge ou aux 
différentes mues; mais M. Temminck a fait connaître, par des 
observations fort justes, consignées dans la seconde édition de son 
ouvrage, les caractères qui ne permettent plus de les confondre. 

6. Bec-Fin aquatique, Sylvia aqualica, Lath.; en catalan 

Salta marges (Saute buissons). 

Cette petite Fauvette habite les parties de la Salanque où l'eau 
séjourne, et le long des ruisseaux où existent de grandes haies. 
L'habitude qu'elle a de sauter d'une haie à l'autre, lui a valu le 
nom que lui donnent nos paysans. 

7. Bec-Fin lïagmite, Sylvia phragmites, Bech.; en catalan 

Buscàrla. 

On confondait facilement ces deux dernières espèces; mais 
leurs vrais caractères, signalés par M. Temminck, ne laissent aucun 
doute à ce sujet, et permettent de les distinguer d'une manière 
précise. Le Bec-Fin Fragmite habite le bord des marécages, il vit 
parmi les roseaux et les plantes aquatiques qui croissent dans ces 
lieux; il y construit son nid, et l'attache à ces plantes; il se nourrit 
de petits hannetons, limaces, taons, cousins et demoiselles, qui 
abondent dans ces parages. 

8. Bec-Fin des roseaux ou effarvatte, Sylvia arundinacea, 

Lath.; en catalan Tri-Tri. 



0Ï9BAUX. 137 

Espèce assez répandue dans tout le voisinage des mares d'eau 
de la Salanque, tout auprès de la mer, parmi les roseaux dits 
Semyls (Phragmites commmis), où elle se cache et. qu'elle ne quitte 
jamais. Elle y construit son nid, y élève sa famille et y trouve une 
nourriture abondante. Son cri, répété souvent dans les mouve- 
ments qu'elle exécute, lui a valu le nom catalan qu'elle porte: 
tri, tri, tri; on se la procure très-difficilement. 

î). Bec-Fin verderole, Sylvia palustris, Bech.; en catalan 
Menje mosquits (Mangeur de moucherons). 

Il arrive dans cette contrée au moment où les saules entrent 
en végétation, en mars, et nous quitte en septembre. On le voit 
constamment dans les parties basses et humides où les saules 
sont en grand nombre, sautant de branche en branche, pour y 
prendre les cousins et les mouches dont il fait sa principale 
nourriture. Il fait son nid parmi les roseaux ou les tamarix, 
qui abondent dans ces terrains, et y élève sa famille. 

10. Bec-Fin bouscarle ou cetti, Sylvia cetti, Marin.; en 

catalan Buscale, Rossinyol bastart. 

Cette espèce n'est pas très-répandue ; cependant , il est des 
années où on la voit assez communément dans les lieux humides 
et très-fourrés de la Salanque, aux endroits où les buissons abon- 
dent, au milieu desquels elle se cache pour y élever sa famille. 
Son nid, négligemment fait, est placé dans les buissons; mais, 
très-bas, presque ras de terre. Elle est inconstante, et ne parait 
pas toujours dans les mômes localités, remarque qui a été faite 
sur plusieurs espèces de cette famille. 

Les Becs-Fins des Saules et a Moustaches Noires iront 
pas été observés dans ce département. 

11. Bec-Fin cisticole, Sylvia cisticola, Tem.; en catalan 

Bardaleta ou Castanyola. 



138 HISTOIRE NATURELLE. 

Le Bec-Fin cisticole paraît très-rarement. M. Ganta l'avait 
trouvé le premier; il me communiqua cette espèce, qui lui pa- 
raissait douteuse. Deux autres sujets furent pris en 1839; depuis 
lors, nous l'avons trouvé plusieurs fois parmi une infinité de 
petits oiseaux qui sont pris au filet, au printemps. Celte Fauvette 
se tient dans les parties basses de la Salanque, près des mares 
les plus rapprochées de la mer. 

2 me Section. — Sylvains. 

Caractères. — Les Oiseaux qui appartiennent à cette 
section, et qu'on appelle généralement Fauvettes, sont 
ceux dont la voix douce et harmonieuse salue par des 
accents d'amour le retour du printemps. Ils se répandent 
dans les bois, les champs, les haies et les jardins; ils se 
nourrissent de baies, de vers et d'insectes; leur corps 
est svelte; la queue est longue, et ils la portent horizon- 
talement, large et a pennes égales; le bec est droit, grêle, 
comprimé à la pointe. 

12. Bec-Fin rossignol, Sylvia luscinia, Lath.; en catalan 
Rossini/ol (prononcez roussignol). 

On dirait, que le Rossignol est jaloux de faire entendre sa belle 
voix, douce, large, flexible et accentuée; car c'est le chantre de 
nos bocages qui aime le plus à venir fixer sa demeure d'été dans 
les endroits les plus rapprochés de l'habitation de l'homme ; il 
vient saisir sa proie presque à nos pieds. C'est l'oiseau qui se 
familiarise le mieux; il prend des doigts, une mouche, un ver, 
qu'on lui offre, et dont il est très-friand. Il est peu de cantons 
de nos campagnes, où il ne soit répandu : la nature a voulu 
que son chantre le plus mélodieux animât tous les lieux par ses 
amoureux concerts. 11 s'habitue facilement en cage; seulement, 
il devient importun à cause de sa nourriture, difficile à pré- 
parer, et qu'il faut renouveler tous les jours. C'est pour ce motif 



OISEAUX. 139 

qu'il n'est pas aussi commun dans nos volières que les Oiseaux 
granivores. 

45. Bec-Fin philomèle, Sylvia philomela, Bech.; en cat, 
Rossinyol dels grossos. 

Quoique plus gros que le Lucinia, son plumage, presque le 
même, le ferait facilement confondre avec le précédent, si toutes 
ses teintes n'étaient pas plus claires; il a les mêmes habitudes; 
il fréquente les endroits très-ombragés et humides, et sa voix, 
aussi harmonieuse et plus forte, le fait préférer pour l'élever en 
captivité. 

14. Bec-Fin orphée, Sylvia orphea, Temm.; en catalan 

Rossinyol mascarat. 

Comme toutes les Fauvettes, l'Orphée arrive dans nos contrées 
vers le mois d'avril, et se répand dans les bois des parties basses; 
mais il quitte bientôt, la plaine pour aller se fixer au pied des 
montagnes, sur le bord des ravins et sur les lisières des bois 
touffus qui les garnissent : il se cache sous l'épais feuillage des 
arbres, en faisant entendre sa voix, toujours mélodieuse. Sa 
nourriture consiste en insectes et baies sauvages; il niche sur 
les arbres bas et touffus; mais le plus souvent dans les buissons 
épais; quelquefois sous les toits des habitations isolées. 

15. Bec-Fin rayé, Sylvia nisoria, Bech.; rare. 

De passage très-accidentel. Cette jolie Fauvette se voit très- 
rarement. On ne connaît pas ses habitudes; on la prend quelque- 
lois aux filets, à l'époque du passage des oiseaux, au printemps. 

16. Bec-Fin rubigineux, Sylvia rxbiginosa, Temm. 

Nous avons vu ce Bec-Fin une seule fois, il y a déjà longtemps, 
en 1835; il avait été pris au filet, à Collioure. ( T n de mes parents 
me l'envova; et, malgré ma recommandation, il n'a pu m'en 



14(1 HISTOIRE NATURELLE. 

procurer d'autres depuis lors. On ne peut donc considérer cet 
oiseau que comme de passage très-accidentel. 

17. Bec-Fin à tête noire, Sylvia atracapilla, Lath.; en 

catalan Cap nègre. 

Commune dans toute la contrée , cette Fauvette , dès qu'elle 
arrive, se tient dans nos jardins potagers; mais, bientôt après, 
elle s'éloigne de la plaine , pour prendre domicile dans les bois 
écartés des habitations qui couvrent nos premiers contreforts des 
montagnes; elle est très-farouche, et se multiplie dans les lieux 
déserts. On en prend beaucoup dans les deux passages de mai et 
de septembre; dans l'arrière saison, elle est très-grasse , et c'est 
un manger délicat. 

18. Bec-Fin mélanocéphale, Sylvia melanocepjiala, Lath.; 
en catalan Cap nègre à ull rotj. 

Cette jolie petite Fauvette est fort commune dans ce pays. Nous 
la voyons , toute l'année , sur le bord des haies des ravins et des 
propriétés où elle se tient cachée dans les fourrés, à Mailloles, à 
Orle, aux côtes de Chàteau-Roussillon. La nudité qui entoure ses 
yeux est d'un rouge-cramoisi, qui se ternit aussitôt que l'animal 
est mort ; sa queue est légèrement étagée ; sa robe est d'un gris- 
d'ardoise très-sombre , et elle a une couronne noire sur la tète ; 
elle fait son nid dans les buissons fourrés des localités où elle vil. 

19. Bec-Fin fauvette, Sylvia hortensis, Bech.; en catalan 

Russeta, Piula. 

Fort commune dans toute la contrée, cette espèce s'établit dans 
les parties basses de nos montagnes, où elle élève sa famille, niche 
dans les buissons, pond cinq à six œufs blanchâtres, parsemés 
de taches verdàtres. Elle est très-estimée en septembre, parce 
qu'elle est grasse. Nos paysans l'appellent Piula, à cause de son 
cri, qu'elle fait souvent entendre. 



OISEAUX. I il 

20. Bec-Fin grisette, Sylvia cinerea , Latli.; en catalan 

Busqaeta, Pica cireres. 

On lui a donné son nom de Busqueta, en Roussillon , parce, 
qu'elle se plait dans les bois clair-semés , et qu'elle sautille tou- 
jours d'une branche à l'autre, sans jamais rester en place. Elle 
se plait près des maisons rurales; elle établit son nid dans les 
haies des jardins ou dans les buissons touffus qui entourent les 
propriétés. 

21. Bec-Fin babillard, Sylvia curraca, Lath.; en catalan 

Charrayre (Babillard). 

Cette espèce est aussi commune que la Grisette ; mais elle se 
tient constamment dans les bois taillis très-fourrés, près des cours 
d'eau où les plantes aquatiques abondent. Autant la Grisette 
parait rechercher les habitations, autant celle-ci, très-farouche, 
les fuit et se tient toujours cachée dans les buissons épais. On 
voit quelquefois le mâle sortir de sa retraite, s'élever dans les 
airs en faisant entendre son chant qui n'est pas du tout agréable ; 
il sautille de branche en branche dans les buissons, en babillant 
continuellement, et, c'est pour cela, sans doute, que Brisson lui 
imposa le nom de Fauvette-Babillarde. Elle construit son nid 
entre les plantes aquatiques ou entre les Arundo phragmites qui 
abondent près des eaux; elle le soigne très-peu. On en prend 
considérablement au passage du printemps. 

22. Bec-Fin à lunettes, Sylvia conspicillata , Mann.; en 

catalan Tric-Tric ou Trauca mates. 

En avril, avec tous les Sylvains, arrive le Bec-Fin à Lunettes. 
Il s'établit d'ordinaire sur les collines couvertes de bois taillis et 
de buissons, qui paraissent lui plaire de préférence; il se tient 
constamment sur les branches les plus élevées, en faisant entendre 
son cri de prédilection : trie, trie, trie, plusieurs fois répété, et 
appuyant sur Vr, Pendant l'incubation , le mâle ne s'éloigne pas 



14-2 HISTOIRE NATURELLK. 

du buisson où est la famille, et il fait entendre un joli petit 
ramage, où il mêle son trie, trie. Son nid est construit avec des 
graminées, artistement arrangées, dont l'intérieur est garni de 
brins très-fins; la femelle pond de cinq à six œufs d'un blanc 
azuré, garnis détaches brunes, irrégulièrement distribuées. 

23. Bec-Fin pitchou, Sylvia provincialis, Geml.; en cata- 

lan Busqueta. 

En arrivant, au printemps, avec les autres Sylvains, le Pitchou 
va, de suite, s'établir dans les bois qui couvrent les premiers con- 
treforts de nos montagnes, au milieu des buissons et des bruyères. 
Cet oiseau, très-vif, ne reste jamais en place ; il se cache dans les 
fourrés, et disparaît sans qu'on s'en aperçoive, parce qu'il file 
facilement; et, volant ras de terre, va bientôt se loger dans un 
autre buisson ; mais sa voix le trahit aussitôt. Il construit son nid 
au milieu d'un épais buisson , et la femelle pond cinq à six œufs 
d'un blanc sale, avec de petits points bruns, plus grands vers le 
gros bout. Il se nourrit de petits insectes et de baies sauvages. 

24. Bec-Fin passerinette, Sylvia passerina, Lath.; en 
catalan Busqueta. 

Cette Fauvette préfère les bois touffus des montagnes, où 
d'abondantes bruyères couvrent le sol, où de grosses broussailles 
et des ronces forment des amas considérables. Elle est très-farou- 
che, et, dès qu'elle entend le moindre bruit, elle s'élève dans les 
airs, en poussant un cri désagréable; puis, elle retombe comme 
un trait, et disparaît dans le plus épais des buissons, où elle niche 
et cache sa demeure. 

25. Bec -Fin rouge-gorge, Sylvia rubecula, Lath.; en 

catalan Pit-Rotj. 

Le Rouge-Gorge ne quitte jamais le département; on le voit 
dans toutes les saisons. En hiver, il abandonne les bosquets de 



OISEAUX. 143 

nos montagnes, et vient se rapprocher des maisons rustiques, 
où il entre même ramasser les miettes ; il est très-familier, et sa 
voix est douce et agréable. 

26. Bec-Fin gorge-bleue, Sylvia cyanecula, Meyer; en 

catalan Blaveta. 

Cette jolie Fauvette arrive dès les premiers jours du printemps; 
elle est assez abondante, et se tient de préférence vers la Salanque, 
près des mares et des prairies humides; mais elle disparaît bientôt 
pour aller se reproduire ailleurs. Elle présente plusieurs varié- 
tés, dont les caractères me paraissent ne devoir être attribués qu'à 
l'Age : ainsi, les unes ont une zone sur le jabot, bien caractérisée 
en bleu-de-ciel, encadrée de noir et de fauve, la tache du centre 
d'un blanc-argenté; tandis que chez d'autres individus, cette tache 
est marron-clair, et la zone de diverses nuances. D'après les nou- 
velles observations de M. Temminck, ces diverses nuances seraient 
constantes, et constitueraient , alors, deux espèces différentes: 
l'une, Bec-Fin gorge-bleue, à miroir du centre blanc, Sylvia 
cyanecula; l'autre, Bec-fin gorge-bleue, à miroir roux, Sylvia 
suecica, Temm. Toutes les deux se prennent dans les filets, au 
printemps. 

27. Bec-Fin rouge-queue, Sylvia tithys, Scop.; en cata- 

lan Cua-Rotj (prononcez coua rotj). 

28. Bec-Fin des murailles, Sylvia phœnicurus, Lath.; en 

catalan Carboner. 

Ces deux espèces, qu'on pourrait confondre facilement par 
leurs couleurs générales, mais que l'observation fait bientôt distin- 
guer, ont à peu près les mêmes habitudes ; elles aiment les lieux 
isolés et escarpés. Lorsqu'elles arrivent, au printemps, on les voit 
dans les haies, sur les buissons, sur les arbres et sur les maisons 
de campagne isolées, où elles s'attachent aux murs, se posent 
sur les toits et sur les cheminées. Mais ces Fauvettes nous quit- 
tent bientôt pour aller à la montagne se reproduire; elles repas- 



144 HISTOIRE NATURELLE. 

sent en septembre; elles sont alors Tort grasses, et leur chair, 
très-délicate, les fait rechercher des gourmets. 

Nous n'avons jamais observé, dans ce département, 
les trois Becs-Fins Soyeux, de Ruppel et Sarde. Il serait 
possible qu'ils eussent Réchappé à nos observations; car 
ces petites espèces peuvent souvent passer inaperçues. 

3 me Section. — Muscivores; en catalan Mosquetas. 

29. Bec-Fin à poitrine jaune, Sylvia hippolais, Lath. 

50. Bec-Fin siffleur, Sylvia sibïlatrix, Bech. 

Ces deux Fauvettes ont à peu près les mêmes mœurs et les 
mêmes habitudes. Nos arbres en sont couverts aux premiers jours 
du printemps ; elles se plaisent surtout le long des ruisseaux où se 
trouvent de grands arbres ; elles voltigent d'une branche à l'autre 
pour attraper les mouches, leur principale nourriture. Elles font 
leur nid dans les buissons, et sont très-attachées à leurs couvées. 
Quand on déniche leurs petits, elles suivent pendant longtemps 
l'individu qui leur enlève la famille , en faisant entendre un cri 
qui dénote toute leur colère. Elles disparaissent aux approches 
de l'hiver. 

51. Bec-Fin ictérine, Sylvia icterina, Vieill. 
32. Bec-Fin pouillot, Sylvia trochilus, Lath. 

Ces deux espèces, que l'on confond souvent à cause de leur 
grande ressemblance, sont assez communes, au printemps, dans 
nos prairies basses entourées de saules, arbre sur lequel elles se 
tiennent de préférence. Elles habitent aussi les taillis qui se 
trouvent au bord des cours d'eau; elles font entendre un cri 
plaintif, tout en sautant ou pour mieux dire tout en grimpant 
le long des branches. On les prend, avec le filet, dès qu'elles 
arrivent, et c'est toujours en très-grand nombre. 

55. Bec-Fin véloce, Sylvia rufa, Lath.; très-rare. 



OISEAUX. I 15 

Celte Fauvette aime le voisinage de l'homme; elle se rapproche 
des habitations dès que le mauvais temps arrive. On la voit sau- 
tiller sur les arbres de nos parterres, sur les touffes des rosiers, 
et surtout au milieu des orangers, où elle trouve beaucoup 
d'insectes, qui sont sa seule nourriture; elle pénètre dans nos 
séries, où elle cherche, sur les plantes et les arbustes, les insectes 
qui s'y tiennent cachés. Au printemps, chaque couple s'éloigne de 
nous pour aller, sur nos collines et près des ravins, établir sa 
nichée. 

Nous n'avons jamais vu le Bec-Fin Natterer dans notre 
voisinage. 

GENRE VINGTIÈME. 

Roitelet, Régulas, Teinm. 

Caractères. — Bec très-grêle, très-comprimé, même à 
sa base , très-aigu ; les narines sont couvertes de poils 
dirigés en avant. Ce sont les plus petits Oiseaux d'Europe. 
Leur conformation et leurs habitudes les rapprochent des 
Mésanges. M. Temminck dit qu'ils forment le passage 
gradué des vrais Sylvains avec les Mésanges. 

1. Roitelet ordinaire, Regulus cristatus, Lath.; en catalan 

Rey petit. 

Habite, tout l'été, nos fraîches vallées des montagnes, et niche 
sur les arbres, qui sont auprès des habitations. Dès que les frimats 
arrivent, il descend dans la plaine; et, mêlé cà la Mésange-Bleue, 
il se rabat sur nos plantations d'oliviers et dans nos vergers pour 
y faire la chasse aux insectes. Ces Oiseaux sont très-nombreux, 
car leur reproduction est énorme : chaque femelle pond douze à 
quatorze œufs, et fait ordinairement trois nichées. 

2. Roitelet triple bandeau, Regulus ignicapiMus, Brehm. 

TOME III. 10 



146 HISTOIRE NATURELLE. 

Nous avions pris cette espèce pour une variété du Cristatas, 
ou pour de jeunes sujets qui n'étaient pas encore avec toute leur 
livrée; mais les observations de M. Brehm ne laissent plus de 
doute: c'est une espèce distincte, à laquelle il a donné le nom 
de Regulus ignicapillus. Ces Oiseaux se trouvent mêlés avec le 
Cristatus, sur les mêmes arbres; ont les mêmes mœurs et les 
mêmes habitudes ; ils nichent dans les mêmes localités. 

GENRE VINGT ET UNIÈME. 

Troglodyte, Troglodytes, Cuvier. 

Caractères. — Bec très-grêle, légèrement arqué, pointu; 
la queue et les ailes courtes; la queue toujours relevée. 
Ce genre vit, le plus souvent, caché dans les buissons 
près des ruisseaux, et se montre rarement h découvert 
sur les arbres. 

La dénomination de Troglodyte, explique parfaitement 
l'habitude que ces Oiseaux ont de pénétrer dans les 
cavernes et les vieux murs, dans les trous desquels ils 
aiment à s'enfoncer. 

1. Troglodyte ordinaire, Troglodytes vulgaris , Temm.; 
en catalan Rey menut, Car goulet. 

Il est dans le département toute l'année. Au printemps, il va 
habiter les gorges des basses montagnes, où il se reproduit, se 
rapprochant toujours des habitations, où il construit son nid 
dans les trous des murs ou sous la moindre crevasse des solives 
des toits. L'hiver, il se rapproche de nos habitations de la plaine, 
des jardins, des haies des champs, des parterres situés même au 
milieu des villes. 11 aime à fouiller dans les lieux obscurs; il tient 
constamment la queue relevée, et saute de branche en branche 
dans les buissons; il fait entendre, tout en faisant ces exercices, 
un petit cri saccadé ; le mâle a un tout petit et joli ramage, qu'il 
fait entendre dans toutes les saisons. 



OISEAUX. 147 

GENRE VINGT-DEUXIÈME. 

ïraquet, Saxicola, Bech. 

Caractères.— Bec plus large que haut; arête saillante 
s'avançant sur le front ; mandibule en alêne, la supérieure 
courbée à la pointe; quelques poils à la racine du bec; 
narines basales, ovoïdes, à moitié fermées par une mem- 
brane. 

Le nom de Saxicola a été donné à ce genre, parce que 
ces Oiseaux sont toujours au milieu des roches et des ter- 
rains pierreux, stériles; on ne les trouve jamais dans les 
grands bois. Ils sont vifs, remuants, méfiants, difficiles 
à tuer, parce qu'ils vivent le plus souvent cachés par les 
pierres et les crevasses des rochers, où ils nichent dans 
les trous , souvent aussi à terre , entre les racines des 
buissons. Leur nourriture se compose uniquement d'in- 
sectes, qu'ils saisissent le plus souvent en courant avec 
célérité. 

1. Traquet rieur, Saxicola cachinnans, Tem.; en catalan 
Passera de las negras, Cua blanc. 

Le Traquet-Rieur est peu commun; on ne le voit jamais en 
plaine. Agile et très-méfiant, il se tient ordinairement sur les 
rochers, au milieu des ravins et des rivières de nos montagnes. 
Il vient jusqu'à Villefranche, jamais plus bas; il habite les gorges 
de Saint-Marlin-du-Canigou, les ravins de la vallée d'Évol, le long 
de la rivière et aux Graus d'Olette; mais, son pays de prédilection 
est le plateau escarpé de la Mouga , près de Costujes. Il se livre, 
dans ce pays sauvage et rocailleux, à toutes sortes d'évolutions; 
il y niche, et construit son nid à terre, entre les rochers, avec 
des brins de fines graminées; il le garnit en dedans de matières 
cotonneuses. La femelle pond quatre à cinq œufs blancs et 
claif-semés de tnrhos roussâtfês. 



148 HISTOIRE NATURELLE. 

2. Traquet motteux, Saxicola œnanthe, Bech.; en catalan 

Cul blanc. 
5. Traquet stapazin, Saxicola stapazina, Temm. 

4. Traquet oreillard, Saxicola aurita, Temm. 

Ces Oiseaux arrivent au printemps. Ils choisissent leur demeure 
dans les steppes et les lieux incultes de nos montagnes, voisins 
des bois; ils se reproduisent dans ces lieux solitaires, et vivent 
isolés. Dès le mois d'août, ils se répandent dans nos champs 
labourés de la plaine, pour y saisir les insectes, dont ils font 
leur nourriture. Ils aiment à se poser sur une motte élevée; font 
quelques mouvements de tête et de queue, et recommencent leur 
course, ne restant jamais une minute tranquilles. A cette époque 
de Tannée, ils sont très-gras; leur chair est très-fine et bonne à 
manger; aussi leur fait-on une chasse acharnée. 

5. Traquet tarier, Saxicola rubelra, Bech.; en catalan 

Ric-Chec, Cague manecs. . 

Les deux syllabes ric-chec, souvent répétées, lorsque cet Oiseau 
se pose, lui ont valu dans le pays cette dénomination; celle de 
Cague manecs, lui vient de l'habitude qu'il a de se planter sur le 
manche des outils de nos travailleurs, délaissés pendant leur repos. 
Ces Oiseaux sont attirés par la présence des vers qui se trouvent 
sur la terre fraîchement remuée. Ils ne quittent pas le départe- 
ment, où nous les voyons dans toutes les saisons; ils nichent dans 
les buissons des pays montagneux , et s'y retirent au printemps ; 
ils rentrent dans la plaine après avoir élevé leur famille. Ils ont 
toujours l'habitude de se poser sur les rameaux les plus élevés. 

0. Traquet rubicole, Saxicola rubicola, Bech. 

Cette espèce habite les monts peu élevés de nos basses mon- 
tagnes; y niche, et vient aussitôt se répandre dans nos plaines. 
D'un naturel vif et gai, on voit toujours cet Oiseau sautiller, 



OISEAUX. 149 

s'élever dans l'air, en Taisant entendre une petite voix rauque ; 
il revient ensuite se percher sur l'extrémité des brins secs d'un 
buisson. 

Le Traquet-Leucomèle n'a pas été observé dans le 
département. 

GENRE VINGT-TROISIÈME. 

Accenteur, Accentor, Bech.; en catalan Cerca boras. 

Caractères. — Bec plus haut que large à sa base, droit, 
pointu, à bords recourbés en dedans; mandibule supé- 
rieure un peu fléchie à son extrémité; narines basales, 
percées au milieu d'une membrane. 

Les Accenteurs sont assez répandus dans ce départe- 
ment; ils se reproduisent dans nos montagnes, et, en 
hiver, ils se rapprochent des plaines, toujours sur les bords 
des champs, près des haies; leur nourriture consiste en 
insectes et en graines ; ils ne sont pas farouches ; leur 
voix est mélodieuse. 

1. Accenteur pegot ou des Alpes, Accentor alpinus, Bech. 

C'est la plus grosse espèce. Elle est de la grosseur de la Calandre. 
Elle vit ordinairement dans les régions élevées et dans les lieux 
escarpés, où elle fait ses nichées; les pays coupés par des vallées 
et des torrents sont ceux qu'elle préfère. En hiver, elle descend 
vers les basses montagnes; elle se traîne de buisson en buisson, 
comme tous les oiseaux du genre, ce qui lui a fait donner par 
nos paysans le nom de Cerca boras. 

2. Accenteur calliope, Accentor calliope, Lin. 

C'est la seule espèce qui n'habite pas le département; elle y est 
de passage Irès-accidentel. 



150 HISTOIRE NATURELLE. 

5. Accenteur mouchet, Accentor modularis, Cuv. 

Cet Accentew habite, pendant la belle saison, les vallées infé- 
rieures, où il se reproduit. Il se répand dans la plaine dès que 
les froids se font sentir; il est plein de confiance, ne redoute 
point l'approche de l'homme, et se rapproche des travailleurs 
pendant leur repas : si on lui jette quelque miette, il vient la 
saisir. Il fait entendre, dans les buissons, sa petite voix, qui ne 
manque pas d'agrément. 

4. Accenteur montagnard, Accentor montanellus, Temm. 

Très-rare et de passage très-accidentel. J'en ai vu deux : l'un 
tué par M. Canta, en septembre 1838; l'autre, au marché de la 
ville de Perpignan, en 1842. 

GENRE VINGT-QUATRIÈME. 

Bergeronnette, Motacilla, Lin.; en catalan Cua llarg. 

Caractères. — Bec grêle, cylindrique, en forme d'alêne; 
narines sur le bord d'une membrane nue; pieds a tarses 
élevés, minces; queue longue, qu'elle agite constam- 
ment; ailes médiocres. 

Ces Oiseaux se plaisent dans les lieux découverts, dans 
les champs labourés, où ils se posent sur les mottes: 
jamais dans les forêts. Quand on arrose une propriété, ils 
suivent l'eau en faisant entendre leur petit cri d'appel ; ils 
aiment aussi à suivre le bétail, et se posent sur le dos des 
moutons pour y saisir les insectes qui y sont attachés; 
lorsqu'on laboure un champ, ils ne manquent pas de 
suivre le sillon nouvellement fait. 

1. Bergeronnette lugubre, Motacilla lugubris, Pallas. 

2. Bergeronnette grise, Motacilla alba, Lin. 



OISEAUX. 151 

5. Bergeronnette jaune ou boarule, Motacilla boanda, Lin. 

Ces trois espèces sont sédentaires. On les voit toute l'année 
dans les champs : elles ont les mêmes habitudes ; se posent sur 
les bestiaux, et suivent les troupeaux et les laboureurs. Elles 
aiment les bords des mares ; elles s'y promènent sur la vase et 
le limon, pour y rechercher les insectes et les vermisseaux. Elles 
nichent dans les herbes, près des mares ou des cours d'eau. 

I. Bergeronnette citrine, Motacilla cilreola, Pallas. 

De passage très-accidentel ; elle se lient sur les bords de la mer. 
Nous n'avons vu cette rare espèce que deux fois, prise au filet, à 
l'époque du grand passage d'avril, en 1835 et 1840. Depuis lors, 
malgré nos recommandations, nous n'avons pu nous la procurer 
de nouveau. 

5. Bergeronnette printanière, Motacilla flava, Lin. 

6. Bergeronnette flaveole, Motacilla flaveola, Gérai.; en 

catalan Cugnic. 

Ces deux espèces arrivent au printemps, et se répandent dans 
les champs découverts et près des eaux, dans les pâturages, pour 
v chercher leur nourriture, qui consiste en insectes et vermisseaux. 
Ces Oiseaux sont familiers, et se posent tout près des hommes 
qui travaillent à la campagne; ils arrivent, par bandes consi- 
dérables, en poussant un cri aigu, qui est leur cri d'appel. Ils 
nichent dans les prairies et les terres qui ont été inondées. Ces 
deux Oiseaux vivent dans la plus grande intelligence ; et, pendant 
longtemps, nous les avions confondus. Nous pensions que les 
légères différences qui existent dans leur plumage, dépendaient 
des sexes ou de l'âge; mais les justes observations de M. Gould 
ont levé tout doute, et nous nous sommes convaincu que ce sont 
deux espèces tout-à-fait distinctes. Leurs habitudes sont les 
mêmes. 



\Ô2 HISTOIRE NATURELLE. 

GENRE VINGT-CINQUIÈME. 

Pipit, Anthus, Bech.; en catalan Piula grosse. 

Caractères. — Bec droit, grêle, en forme d'alêne, à bords 
fléchis en dedans, vers le milieu; base de la mandibule 
supérieure en arête, pointe légèrement échancrée; narines 
à demi cachées; tarses nus; ongle postérieur plus ou 
moins arqué, quelquefois très-long; ailes à grandes cou- 
vertures; point de pennes bâtardes. 

Ces Oiseaux ont été rangés, pendant longtemps, par les 
ornithologistes, avec les véritables Alouettes. Ils en dif- 
fèrent essentiellement par leur manière de vivre, et par 
leurs caractères particuliers. Ils ont tous la tête longi- 
cône, et la queue très-longue, caractères qu'on ne trouve 
dans aucune espèce d'Alouette. Us se rapprochent plus 
des Bergeronnettes, par leurs habitudes et leur nour- 
riture, qui leur sont communes. On serait tenté de les 
ranger parmi ces dernières, si la forme des ongles, celle 
des ailes, ainsi que la distribution des couleurs du plu- 
mage, ne les rapprochaient des Alouettes. 

\. Pipit Bichard, Anthus Richardi, Vieill. 

Le Pipit-Richard est le plus gros Oiseau du genre ; il ne paraît 
pas au passage du printemps. C'est vers le mois de septembre qu'il 
commence à se présenter, et il reste dans nos basses prairies et 
dans les luzernes pendant tout l'hiver. Il vit, comme toutes les 
autres espèces du genre, toujours à terre, courant pour chercher 
sa nourriture ; il ne perche pas. 

2. Pipit spioncelle, Anthus aquaticus, Bech.; en catalan 

(irasset. 



OISEAUX. 153 

Toujours dans nos prairies, cette espèce passe toute la belle 
saison dans la plaine, où elle se reproduit. Elle est très-grasse 
dès le mois d'octobre, et. sa chair est fort délicate. Quand on la 
(liasse, elle se lève de terre en poussant un cri plaintif, et se pose 
sur un saule, arbre qui est ordinairement abondant autour des 
propriétés où cet Oiseau se tient de préférence. Il est alors si gras, 
qu'il ne bouge pas de l'arbre, et on le tire avec la plus grande 
facilité. 

o. Pipit rousseline, Anthus rufescens, Tem.; en catalan 
Calandrina. 

La Rousseline arrive en avril par bandes très-nombreuses, et 
se répand dans les terres marécageuses de la Salanqne et sur les 
dunes qui y sont contiguës. Elle y passe la belle saison , et s'y 
reproduit; elle disparaît après, et nous ne la voyons plus de tout 
l'hiver. Lorsqu'elle arrive, elle est grasse, et on en prend en 
quantité; sa chair est très-bonne et recherchée. 

4. Pipit farlousse, Anthus yratensis, Bêches.; en catalan 
Coturliu. 

Cette espèce habite le pays toute l'année; elle se reproduit sur 
les garrigues montagneuses du centre du département, et sur les 
plateaux découverts. En automne, elle vient dans la plaine, et c'est 
toujours par petites troupes qu'on la trouve dans les prairies, 
les luzernes et les vignes. Quand on approche, elle se lève, en 
poussant un cri d'appel, par bandes, qui vont se poser un peu 
plus loin; elle paraît ne pas craindre l'approche de l'homme. 
On en prend beaucoup quand on chasse les Alouettes à la lumière; 
sa chair, fine et grasse, est très-estimée. 

o. Pipit à gorge rousse, Anthus rufugularis, Temm. 

Cette espèce ne se montre qu'accidentellement. Nous n'avons 
vu la Gorge-Rousse que trois fois, au passage du printemps; elle 



454 HISTOIRE NATURELLE. 

avait été prise au iilet, avec divers autres oiseaux. Nous ne con- 
naissons pas ses habitudes, ni l'endroit où elle se reproduit. 

6. Pipit des buissons, Anthus arboreus, Bech.; en catalan 

Cuï-Cuï. 

Ce petit Oiseau est très-commun au passage d'automne dans 
toutes les prairies basses, les luzernes et les champs nouvelle- 
ment travaillés et humides. Il devient très-gras; aussi est-il très- 
recherché, à cause de la saveur de sa chair, qui est très-estimée. 



QUATRIÈME ORDRE. 

GRANIVORES. 

Caractères. — Bec fort, court, gros, plus ou moins allongé; 
arête plus ou moins aplatie, s'avançantsur le front; narines 
à la base du bec, demi closes par une membrane; pieds à 
trois doigts devant et un derrière; l'ongle de celui-ci plus 
ou moins long et arqué. 

Ils vivent ordinairement par couples et se rassemblent 
en grandes bandes pour leurs voyages. Ils restent ainsi 
pendant tout l'hiver; mais, dès que le temps des amours 
se fait sentir, ils se divisent, et chaque couple travaille aux 
soins à donner a sa famille. Leur nourriture consiste en 
graines et en semences, dont ils écartent l'enveloppe ; les 
insectes leur servent d'aliment dans le temps destiné à la 
nourriture de leur progéniture. Leur chair est estimée. 

GENRE VINGT-SIXIÈME. 

Alouette, Alauda, Lin.; en catalan Llauseta, Alova. 

Caractères. — Bec cylindrique, plus ou moins long, plus 
ou moins arqué ou droit; de petites plumes raides, ser- 



OISEAUX. 1 55 

rées, à la base du bec; pieds nus; le doigt du milieu 
soudé, a sa base, avec l'extérieur; ongle du doigt de 
derrière, droit, plus long que le doigt. 

Les Alouettes qui font partie de cet ordre, nichent dans 
les terres asprcs, dans les vignes, etc.; elles sont très- 
matinales : dès la première aurore, elles s'élèvent dans les 
airs, et commencent a faire entendre leur chant, qui est 
doux et varié. Toutes les Alouettes peuvent être élevées 
en cage; elles vivent de graines. 

l re Section. 

Bec aussi long ou plus long que la tète, faiblement 
arqué. 

1. Alouette Dupont, Alauda Duponti, Vieil. 

2. Alouette bifasciée, Alauda bifasciata, Lin. 

Ces deux espèces, de passage très -accidentel, se trouvent 
quelquefois parmi le grand nombre dWlouettes-des-Champs, 
qu'on prend au filet et à la lumière. Nous les avions considérées 
comme une nombreuse variété de la même espèce; mais les 
descriptions de M. Temminck sont si exactes qu'on ne peut plus 
les confondre. 

Les Alouettes à hausse-col noir et Kolly, n'ont pas été 
observées dans ce département. 

2me Section. 

Bec un peu plus grêle, a peu près droit, de forme 
longicône. 

5. Alouette des champs, Alauda arvensis, Lin. 

Cette espèce est la plus commune. Elle arrive au commence- 
ment d'octobre, par bandes très-nombreuses, qui s'étendent dans 



1 56 HISTOIRE NATURELLE. 

les champs de la plaine; elle devient très-grasse; on lui t'ait 
une chasse acharnée au fusil, au filet, au miroir, à la lumière : 
on en tue considérablement. Au printemps, ces Oiseaux se sépa- 
rent par couples, et vont nicher dans les vignes des plateaux un 
peu élevés et dans les basses montagnes du centre du déparlement. 
Leur voix est douce et mélodieuse ; ils aiment à s'élever à une 
grande hauteur dans les airs, surtout dès que le jour paraît, et c'est 
de cette région élevée qu'ils donnent plus d'éclat à leur ramage. 

4. Alouette lulu, Alauda arborea, Lin.; en catalan Llau- 

setina. 

La Lulu se tient ordinairement dans les parties arides du 
département. Elle aime à se poser dans les broussailles, dans les 
endroits où les herbes sont fourrées, les garrigues, les vignes; 
on la voit par petites troupes, qui font entendre, en volant, leur 
cri d'appel, qui est triste. Au temps des couvées, on se sépare 
pour se livrer à l'éducation de la nichée, et le nid est fait à terre, 
entre les broussailles, et au pied des souches des vignes. 

5. Alouette cochevis, Alauda cristata; en catalan Cugu- 

llada (prononcez cougouillade). 

Cette Alouette ne quitte jamais le pays; elle ne se réunit jamais 
en famille, et vit toujours isolée par couples; elle est très-méfiante; 
elle se répand dans les champs et les vignes, où elle fait son nid. 
Sa petite voix est fort agréable, et lorsqu'on l'apprivoise elle est 
susceptible d'apprendre les airs qu'on lui joue avec une serinette. 
La Cochevis se promène sur les grand'routes, éparpillant la fiente 
du bétail, pour y chercher les graines non digérées. 

6. Alouette calandrelle, Alauda brachidactyla , Temm.; 

en catalan Calandreta. 

C'est la plus petite espèce du genre. Elle vient au printemps, 
par troupes nombreuses, le long du littoral, sur les sables des 



OISEAUX. I">7 

dunes; elle y élève sa famille, et construit son nid à terre, dans 
les broussailles; dès que le mois d'août arrive, elle disparait, et 
reste absente pendant tout l'hiver. 

3 me Section. 
Bec gros, fort, plus haut que large. 

1. Alouette calandre, Alauda calcmdra, Lin.; en catalan 

Calandra. 

La Calandre est fort répandue dans les parties basses du dépar- 
tement, où elle vit en troupes très-nombreuses. Pendant l'hiver, 
nos marchés en sont pourvus, et sa chair très-fine et délicate, la 
fait rechercher. Au printemps, la troupe se sépare, et l'accou- 
plement se fait. Toutefois, cette espèce est très -nombreuse 
dans les parties qu'elle choisit pour y élever sa famille : ce sont 
ordinairement les plateaux un peu élevés, couverts de vignes. 
La Calandre est un oiseau chanteur par excellence ; sa voix est 
forte, sonore, et imite le chant d'un grand nombre d'oiseaux; 
elle s'apprivoise facilement, retient les airs qu'on veut lui 
apprendre, imite ceux qu'elle entend. Nous avons possédé un 
individu entièrement blanc, ayant les yeux roses. 

GENRE VINGT-SEPTIÈME. 

Mésange, Parus, Lin.; en catalan Marllengua , Xinxerra 
( prononcez Chincherra ) . 

Caractères. — Bec court, fort, conique, droit, pointu, 
tranchant, base garnie de petits poils; narines arrondies, 
cachées par des plumes ; pieds forts ; doigts divisés ; ongle 
postérieur plus fort; ailes à pennes bâtardes ou de moyenne 
longueur. 

Les Mésanges recherchent la société de leurs semblables. 
Leurs mouvements sont lestes et pleins de grâce; vives et 



I5S HISTOIRE NATURELLE. 

légères, elles sont sans cesse en action, parcourant, par 
petites volées, brusques et courtes, les branches des ar- 
bres ; furetant dans toutes les gerçures de l'écorce , pour 
y chercher des araignées, des chenilles et des insectes, 
ce qui ne les empêche point de manger des graines et des 
semences; elles attaquent aussi les bourgeons des arbres. 
Les espèces qui composent la première section , nichent 
dans les trous naturels des vieux troncs d'arbres; celles 
qui font partie de la seconde section, construisent avec 
art des nids entrelacés dans les roseaux et les joncs , ou 
à l'extrémité des branches des arbres : toutes pondent 
un grand nombre d'œufs, et nourrissent leur nombreuse 
famille avec un zèle et une activité infatigables. Passé le 
temps de l'incubation, on les voit par petites troupes. 
La Mésange a une si grande force dans son bec, qu'elle 
perce les noix et les amandes pour en extraire la subs- 
tance. Ce sont des oiseaux hargneux, courageux et grands 
destructeurs d'insectes. 

l re Section. — Sylvains. 

La première rémige de l'aile de moyenne longueur. 
Cette espèce vit dans les bois, les buissons et les haies, 
et niche dans les trous naturels des grands arbres ; elle 
émigré en hiver. 

1. Mésange charbonnière, Parus major, Lin.; en catalan 

Carboner. 

Elle est fort commune dans nos bois; elle se répand aussi sur 
les arbres des jardins et des promenades; elle n'est pas craintive; 
on la voit escaladant, dans fous les sens, les troncs et les branches, 
pour y rechercher les insectes, en faisant entendre son cri d'appel. 



OISEAUX. 159 

"2. Mésange petite charbonnière, Parus citer, Lin. 

A les mêmes habitudes que la précédente, et fréquente les 
mêmes lieux; elle n'a aucune méfiance, et vient sur les arbustes 
les plus rapprochés des travailleurs. 

5. Mésange bleue, Parus cœruleus, Lin. 

La Mésange-Bleue se voit par troupes considérables dans nos 
bois d'oliviers, dès que les froids commencent à se faire sentir. 
Elle descend des montagnes avec les Roitelets, et parait vivre 
avec eux en bonne intelligence. On la voit se cramponner aux 
branches des arbres pour y chercher les insectes cachés dans 
l'écorce et sur les feuilles, et cela sans la moindre méfiance. 
Elle se reproduit sur nos montagnes. 

4. Mésange buppée, Parus cristatus, Lin. 

Cette espèce reste constamment sur les montagnes. Nous ne 
la voyons jamais dans la plaine; elle est commune dans les envi- 
rons de Mont-Louis. 

5. Mésange nonnette, Paras palustris, Lin. 

Elle habite indifféremment les bois, les vergers et les lieux 
marécageux; s'accroche parles pieds aux rameaux flexibles des 
arbres et des buissons; grimpe le long des roseaux: elle parait 
ne venir ici qu'accidentellement et dans les hivers rigoureux. 
On l'a tuée dans les joncées du Cagareïl, près de Canet 

6. Mésange azurée, Parus cyaneus, Pall. 

Elle n'est pas très-commune; elle vit avec la Mésange-Bleue. 

7. Mésange à longue queue, Parus caudatus, Lin. 

La Mésange à longue queue habile nos montagnes, où elle se 
reproduit. Dès que les froids se font sentir, elle se répand dans 
la plaine, mais, toujours, le long des grands cours d'eau: c'est 



160 HISTOIRE NATURELLE- 

sur les grands arbres qui bordent nos rivières qu'elle se plait. 
Elle a les mêmes habitudes que les autres espèces; elle se sus- 
pend aux branches. Les bords du Tech, dans les parties basses 
du territoire d'Elne, sont les lieux où je l'ai vue le plus souvent. 

2 n,e Section. — Riverains. 

La première rémige nulle ou presque nulle ; mandibule 
supérieure un peu recourbée sur l'inférieure. 

Cette espèce vit dans les roseaux, dans les joncs et dans 
les buissons proches des eaux, on elle pratique des nids 
artistement construits. 

8. Mésange à moustaches, Parus biarmicm, Lin. 

Cette jolie Mésange se tient constamment dans les marais qui 
bordent le littoral et où croissent beaucoup de plantes aquatiques : 
elle y vit isolée, et n'est pas très-abondante. On en prend quelque- 
fois dans les lacets que l'on tend pour la Bécassine : c'est la seule 
manière de se la procurer, ou bien il faut la tirer au fusil, ce 
qui est assez difficile, parce qu'elle se tient toujours au milieu 
des grandes pièces inondées. Le Cagarell, près Canet, est le lieu 
où on la prend le plus communément. Elle est très-agile, et 
grimpe sur les joncs et sur les roseaux. 

3 me Section. — Pendulines. 
Bec droit, effilé et très-aigu. 

9. Mésange remis, Parus pendulinus, Lin.; en catalan 

MUxayre. 

La Penduline devient très-rare dans ce département; la cons- 
truction de son nid en est la principale cause. Ce nid, chef-ttfœuvie 
d'adresse et de patience, est admirablement tissé avec des (ils de 
chanvre, du crin et de la laine; il a la forme d'une grande bourse 



OISEAUX. 161 

un peu allongée, dont le sommet présente ordinairement deux 
ouvertures, préservées de la pluie par un petit bourrelet, qui leur 
sert d'auvent. C'est au fond de ce berceau moelleux, suspendu 
sur les eaux et fixé à l'extrémité la plus flexible d'une branche 
de saule ou de peuplier, que repose la couvée, à l'abri de 
l'atteinte des Couleuvres et des Lézards, mais non de la rapacité 
de ces petits vauriens qui hantent les bocages j*ur dénicher les 
oiseaux. En effet, ce nid, par sa forme et son volume, est très- 
facilement découvert, et les petits qu'il contient sont mis à mort. 
La Penduline se plait sur les arbres qui bordent les rivières et les 
ruisseaux. 

GENRE VINGT-HUITIÈME. 

Bruant, Emberiza, Lin. 

Caractères. — Bec fort, conique, un peu comprimé latéra- 
lement; mandibules ayant leurs bords rentrés en dedans, 
la supérieure moins large que l'inférieure, un tubercule 
saillant intérieurement à la mandibule supérieure; narines 
arrondies, cachées en partie par les plumes du front; 
doigts divisés, l'ongle postérieur court et fléchi; queue 
fourchue. 

Les Bruants se nourrissent de semences farineuses; 
ils ajoutent aussi des insectes à cet aliment; la plupart 
vivent dans les bois et les jardins, et nichent dans les 
broussailles; les sexes offrent, dans presque toutes les 
espèces, des différences très-caractérisées, les mâles sont 
parés de couleurs que les femelles ne partagent pas; leur 
chant, quoique agréable, n'est pas varié ; ils font entendre 
leur voix pendant la nuit, surtout lorsqu'il fait clair de 
lune. 

TOME III. -i t 



162 HISTOIRE NATURELLE. 

1» Seclion. — Bruants proprement dits. 

L'ongle postérieur court et courbé; ils vivent dans les 
bois, dans les champs, dans les jardins et autour des 
habitations rurales. Le plumage des mâles, au printemps, 
prend les teintes les plus vives, qu'il perd après la mue 
d'été. « 

1. Bruant crocote, Emberiza melanocephala, Scopol. 
Cette espèce n'est pas très-répandue dans ce département; 

elle est de passage accidentel; on la prend au filet lors des 
grandes passes du printemps. 

2. Bruant jaune, Emberiza citrinella, Lin.; en catalan 

Barduell. 
Cette jolie espèce se reproduit sur les montagnes de ce dépar- 
tement. Elle vient, en hiver, par bandes très-considérables, dans 
nos plaines, et se rabat dans les champs nouvellement fumés; au 
moindre bruit, la volée se lève, voltige en décrivant un cercle et 
revient sur la même place. Si on se trouve à portée pour tirer 
ces oiseaux, on en fait tomber une grande quantité, tant ils se 
tiennent serrés ; on en prend aussi beaucoup au filet. 

5. Bruant proyer, Emberiza miliaria, Lin.; en catalan 

Santa-Catharina, Durdulla . 
Cet Oiseau, qui est assez abondant toute l'année, se reproduit 
dans nos plaines, et fait son nid parmi les herbes épaisses de nos 
prairies humides. Le" mâle se perche sur une branche de saule, 
où il répète son chant particulier pendant des heures entières; 
c'est surtout lorsque la femelle est occupée à l'incubation et à 
soigner sa couvée. En hiver, on le voit par troupes; mais il ne 
s'éloigne guère des lieux qu'il a habités pendant l'été ; sa chair 
est bonne. Nous possédons un individu tout-à-fait albinos; un 
autre dont les ailes seulement sont blanches. 

i. Bruant des roseaux, Emberiza schœmcuhis, Lin. 



OISEAUX. 168 

Le Bruant des roseaux niche dans les parties élevées du dépar- 
tement. A rapproche de l'hiver, il nous arrive par bandes consi- 
dérables, et s'étend dans les haies des champs et des jardins. 
Ce Bruant est peu méfiant; on l'approche d'assez près sans qu'il 
cherche à fuir. Ses mouvements sont gracieux et animés; son 
cri est triste, et il le répète souvent. Les couleurs de sa robe sont 
très-variées. f 

5. Bruant des marais, Emberiza palustris, Savi. 

Je crois, avec M. Temminck, que cette espèce et la précédente 
doivent être réunies; elles sont constamment ensemble, et la 
couleur de leur plumage ne diffère pas beaucoup. 

Le Bruant à couronne lactée, ne vient pas dans ce 
département. 

6. Bruant ortolan, Emberiza hortulana, Lin.; en catalan 

Bardaula, Hortolana. 

Cette espèce est très-répandue dans notre département : les 
vignes sont les lieux qu'elle fréquente le plus, surtout lorsqu'il y 
a beaucoup d'arbres. Les Ortolans se reproduisent dans le pays; 
leur nid est construit sur les arbres et sur les souches des vignes; 
ils arrivent au commencement d'avril, par bandes nombreuses; 
on leur fait une chasse à outrance avec le filet, et on en prend 
considérablement; on les engraisse en les tenant dans un appar- 
tement étroit et obscur; on les nourrit avec du millet et de la 
salade. Collioure et Port-Yendres ont le monopole de ce com- 
merce : on les vend de 1 à 2 francs pièce. 

7. Bruant cendrillard, Emberiza cœsia, Temm. 

De passage accidentel et très-rare; on le prend au filet, avec 
les autres Bruants, au passage du printemps. 

8. Bruant zizi ou de haie, Emberiza cirhis, Linné; en 

catalan Chic-CIiic, par imitation de son cri. 



164 HISTOIRE NATURELLE. 

Très-répandu pendant l'hiver dans tout le département, il 
disparaît à l'époque du printemps, pour aller se reproduire 
dans les forêts des montagnes. 

9. Bruant fou ou de pré, Emberiza cia, Lin. 

Assez commun pendant l'hiver. Nous en avons trouvé un sujet 
tout-à-fait blanc. Il se plait dans les endroits fourrés, les lisières 
des bois, les pentes des ravins plantés de vignes. 

10. Bruant rustique, Emberiza rustica, Pall. 

41. Bruant gavoué, Emberiza provincialis, Lin. 

Ces deux espèces sont très-rares et ne passent que très- 
accidentellement dans le pays. Je ne les ai vues qu'une seule fois 
prises par les filets, au moment du passage. 

t 

2 me Section. — Bruants Eperonniers. 

Les deux espèces qui constituent cette section, n'ont 
pas été observées dans ce département. 

GENRE VINGT-NEUVIÈME. 

Bec-Croisé, Loxia, Briss.; en catalan Pica pînyas, 
Trenca pinyas. 

Caractères. — Bec fort, très-comprimé latéralement ; les 
deux mandibules également courbées, crochues, leur bout 
allongé, se croisant; narines étroites, cachées sous de pe- 
tites plumes serrées; ongles très-crochus; ailes médiocres. 

Les Bec-Croisés sont peu nombreux en espèces ; ils se 
nourrissent de semences d'arbres et d'arbustes alpestres; 
le bec, de forme très-extraordinaire, leur sert à arracher 
les semences de dessous les écailles des pommes de pin. 
Les deux espèces, qui vivent sur nos montagnes, toujours 



OISEAUX. 165 

dans les régions des neiges, dans les forêts de pins, nichent 
an milieu de l'hiver; c'est en janvier qu'elles font leur 
ponte, ce qui est une anomalie dans l'ordre de la nature. 

1. Bec-Croisé perroquet, Loxia pytiopsittacus, Bech. 

2. Bec-Croisé des pins, Loxia curvirostra, Lin. 

Ces deux espèces, fort communes dans les bois de pins et de 
sapins de nos hautes montagnes, sont très-farouches ; et, lors- 
qu'on parcourt les forêts, elles fuient de très-loin, en faisant 
entendre un cri très-aigu. 

GENRE TRENTIÈME. 

Bouvreuil, Pyrrhula, Briss. 

Caractères. — Bec fort et court, dur, conico-convexe , 
bombé sur les côtés, comprimé à la pointe ; arête s'avan- 
çant un peu sur le front; narines latérales arrondies ; ailes 
courtes. 

Les Bouvreuils ont beaucoup de ressemblance , par la 
taille et par leurs habitudes , avec les Bec-Croisés. Les 
semences les plus dures leur servent de nourriture ; ils en 
brisent aisément l'enveloppe. Sont faciles à reconnaître. 

1. Bouvreuil commun, Pyrrhula vulgaris, Briss. 

Les hivers rigoureux nous amènent les Bouvreuils. Ces Oiseaux, 
de passage au printemps, font beaucoup de mal aux arbres frui- 
tiers, en détruisant les bourgeons. C'est la seule espèce que nous 
ayons observée dans ce département où elle est de passage régu- 
lier. Ce charmant Oiseau joint à la beauté de son plumage, les 
plus aimables qualités : il apprend à prononcer quelques mots 
et à retenir les airs qu'on lui siffle ; il montre beaucoup d'atta- 
chement à ceux qui le soignent, dont il reconnaît la voix. 

Le sommet de la tête , le tour du bec , la gorge , les ailes et la 



160 HISTOIRE NATURELLE. 

queue sont d'un noir lustré de violet; la nuque et le menton, 
cendrés; les joues, le cou, la poitrine, les flancs et le ventre 
sont rouges; le croupion et l'abdomen sont d'un blanc pur; 
une large bande transversale, d'un blanc-grisâtre, sur les ailes; 
les pieds bruns, et le bec d'un brun-noirâtre. 

GENRE TRENTE-UNIÈME. 

Gros-Bec, Fringilla, Illiger. 

Caractères. — Bec robuste, bombé, épais, conique; 
mandibule supérieure droite ou inclinée à la pointe , en- 
tière ou munie vers le milieu d'une dent obtuse, souvent 
s'avançant dans les plumes du front; narines rondes, en 
partie cachées par les plumes du front; ailes courtes; 
pieds à trois doigts devant et un derrière. 

Ces Oiseaux se nourrissent de toutes sortes de graines 
et de semences, qu'ils ouvrent avec le bec pour en rejeter 
l'enveloppe. Ils sont très-nombreux en espèces, et habitent 
tous les pays du globe : les uns vivent sédentaires dans nos 
contrées, d'autres n'y sont que de passage en hiver; ils 
s'attroupent en nombre assez considérable, et leur voyage 
s'exécute par bandes nombreuses. Plusieurs de ceux qu'on 
trouve en Europe, sont doués d'une voix agréable et variée ; 
ils sont très-faciles à apprivoiser. 

l ,e Section. — Laticônes. 

Bec gros, bombé, plus ou moins renflé sur les côtés. 

i. Gros-Bec vulgaire, Fringilla cocothraustes , Tem.; en 
catalan Bec de ferru (prononcez ferrou). 

Le bec, dont l'extrémité ressemble à l'acier bronzé, est d'une 
srande force. Cet Oiseau vient dans notre pays au commencement 



OISEAUX. 167 

de l'hiver, et passe toute la mauvaise saison répandu dans nos 
olivettes; il est plus nombreux au printemps, lorsque les arbres 
commencent à bourgeonner, et c'est à cette époque qu'on peut 
se le procurer facilement. 

2. Gros-Bec verdier, Fringilla chloris, Tem.; en catalan 

Bardarol. 
Le Verdier se voit dans nos parages pendant toute l'année. Il 
se reproduit dans nos jardins, dans les bois de la plaine et des 
coteaux de nos montagnes ; il s'apprivoise facilement, et devient 
utile à ceux qui élèvent de jeunes oiseaux, car il a la bonhomie 
de nourrir toute sorte de petits, comme s'ils étaient les siens. 
Son chant est peu agréable. 

3. Gros-Bec incertain, Fringilla incerta, Biss. 

Cette espèce est de passage accidentel; elle se fait remarquer' 
très-rarement. 

4. Gros-Bec soulcie, Fringilla petronia, Lin.; en catalan 

P ardai de montanya. 
En hiver, il se répand par bandes très-nombreuses dans nos 
plaines et dans nos bois. On en prend beaucoup avec les Bruants; 
mais, dès que le beau temps arrive, il se retire dans les bois des 
montagnes, où il se reproduit. 

5. Gros-Bec moineau, Fringilla domestica. Linné; en 

catalan Fardai. 
Les Moineaux sont toujours réunis par troupes très-nombreuses, 
soit dans les villes, soit à la campagne, plus particulièrement dans 
les villes au milieu de nous , et malgré nous ils partagent notre 
domicile; ils sont très-pillards, mangent nos premiers fruits, et 
dévorent nos récoltes. Ils se réunissent, le soir, sur les grands 
arbres des cours, des jardins, des promenades, et là, ils font 
entendre un piaillement peu agréable et assourdissant. 



168 HISTOIRE NATURELLE. 

6. Gros-Bec cisalpin, Fringilla cisalpina, Temm. 

On le prend quelquefois, mais rarement, dans le mois d'octobre. 
Ce Moineau, qui se réunit à notre Moineau commun, est de pas- 
sage accidentel. C'est aux observations judicieuses de MM. Vieillot 
et Temminck que l'on doit la connaissance de cette espèce. 

7. Gros-Bec espagnol, Fringilla hispaniolensis ; Temm. 

Ces deux dernières espèces diffèrent si peu de celles qu'elles 
avoisinent, qu'il est fort aisé de les confondre. Nous avons pensé 
longtemps que ce n'étaient que des variétés; mais, après un 
examen très-attentif et suivant les observations si concluantes 
de M. Temminck, nous avons pu nous convaincre qu'elles doivent 
être séparées et former deux espèces distinctes. Elles sont toutes 
deux de passage accidentel; nous restons plusieurs années sans 
les voir. 

8. Gros-Bec friquet, Fringilla montana, Lin.; en catalan 

P ardai roquer. 

Le Friquet, toujours actif et pétulant, est très-nombreux dans 
toute la contrée. Il ne vient pas dans les villes; tient toujours la 
campagne, et fait son nid au sommet des plus grands arbres. 

0. Gros-Bec serin ou Sini, Fringilla serinus, Lin.; en 
catalan Canari bourcl, Canari de montanya. 

Sédentaire dans nos montagnes où il se reproduit, le Sini 
approche de la plaine lorsque les grands froids le chassent des 
parages qu'il habite. C'est par troupes nombreuses qu'il visite 
nos plaines; mais il n'y séjourne pas longtemps; son ramage 
est fort agréable. Si on accouple le mâle avec une femelle du 
Serin des Canaries, ils produisent des métis qui sont très-variés 
de couleurs et qui sont d'excellents chanteurs. Le plumage du 
Sini est d'un jaune-verdâtre, nuancé de grisâtre, ventre d'un 
blanc-jaunâtre. 



OISEAUX. 169 

2 me Section. — Brevicônes. 

Le bec est en cône plus ou moins court, droit et cylin- 
drique, souvent conique partout. 

10. Gros-Bec pinson, Fringilla cœlebs, Lin.; en catalan 

Pinsâ. 

Les Pinsons sont répandus dans nos basses montagnes pendant 
toute la belle saison, et s'y reproduisent. Ils viennent, en octobre, 
occuper la plaine, se mêlent aux Yerdiers, aux Bruants et aux 
Linottes; ils arrivent en grandes bandes, se répandent sur nos 
champs entourés d'arbres, dans nos vignes et surtout dans nos 
olivettes; ils sont peu méfiants et se laissent prendre au filef. 
Le ramage que fait entendre le mâle est plein d'agrément; on le 
prive avec facilité, il sert d'appeau, et attire les Oiseaux dans les 
pièges qui leur sont tendus. 

11. Gros-Bec dardennes, Fringilla montifringilla, Lin.; 

en catalan Pinsâ mec. 

Le Pinson-Dardennes se reproduit sur les parties élevées de 
ce département. Nous ne le voyons dans la plaine, que lorsque le 
froid très-vif l'oblige de quitter les parages couverts de neige; 
il arrive alors par grandes bandes, et les chasseurs en font une 
grande destruction. Le chant de ce Pinson est faible et peu varié. 
Cette espèce est moins farouche que la précédente. 

12. Gros-Bec niverole, Fringilla nivalis, Lin. 

Cette espèce ne vient jamais dans la plaine ; elle habile les 
régions élevées et froides de nos montagnes , près des neiges. 

15. Gros-Bec linotte, Fringilla canabina, Lin.; en catalan 
Possarell vermeil. 

Ce petit et joli Oiseau est très-répandu dans tout le pays. 



170 HISTOIRE NATURELLE. 

Il abonde partout, dans les bois, les jardins, les olivettes, et 
surtout dans les vignes; il fait son nid dans les souches des 
vignes, clans les charmilles, sur les arbustes, où on le voit en 
tout temps. Le chant du mâle est des plus agréables; il est faible, 
mais il se compose d'une suite de tons soutenus , de cadences et 
de modulations variées. On le prive facilement, et, en cage, il 
chante presque toute l'année. 

14. Gros-Bec de montagne, Fringilla montium, Geml.; 

en catalan Passarell par do. 

Mêmes habitudes que la précédente espèce, avec laquelle il 
vit dans les mêmes localités et en parfait accord. 

3 rae Section. — Longicônes. 

Bec en cône droit, long et comprimé, terminé en pointe 
très-aiguë. 

15. Gros-Bec venturon, Fringilla citrinella, Lin. 

Il faut de grands froids pour forcer cet Oiseau à quitter ses 
lieux de prédilection. On ne le voit dans nos plaines, que dans 
les hivers les plus rigoureux ; encore s'y trouve-t-il en petit 
nombre. 

16. Gros-Bec tarier, Fringilla spinns, Lin,; en catalan 

Llucaret. 

Le Tarier demeure toujours sur nos montagnes, où il se repro- 
duit, et ne descend dans les vallées inférieures qu'au moment des 
grands froids. Alors, on en prend avec le filet ou avec la glu; il 
se prive facilement, et, en cage, il chante beaucoup; son chant 
est fort agréable; c'est le boute-en-train de la volière. 

17. Gros-Bec boréal, Fringilla borealis, Temm. 

Cette espèce se fait remarquer à des intervalles très-éloignés. 



OISEAUX. 171 

J8. Gros-Bec sizerain, FHngilla linaria, Lin.; en catalan 
Gaffarou. 

Ce tout petit et fort joli Oiseau est assez commun dans tout le 
pays; il se reproduit dans nos jardins, nos vignes et nos olivettes; 
il construit son nid dans les souches des vignes, sur les arbres 
très-'élevés et à l'extrémité des branches. C'est un excellent chan- 
teur, et s'apprivoise sans peine; il est plus ou moins abondant 
selon l'époque, mais on le voit en toute saison. 

19. Gros-Bec chardonneret, FringiUa carduelis, Lin.; 
en catalan Cardina. 

Le Chardonneret est très-répandu dans le département; il s'y 
reproduit et y passe l'année. Son nom lui vient des semences de 
chardon qu'il recherche en automne. C'est un des plus beaux 
Oiseaux d'Europe. S'il était plus rare, il serait plus apprécié: 
il se prive facilement; il est très-doux, et, en cage, il apprend 
diverses choses si on a la patience de les lui enseigner. 

Nous avons possédé un Chardonneret ordinaire, qui, à la suite 
d'an accident dont nous allons parler, changea tout-à-coup son 
plumage. Cet Oiseau vivait depuis deux ans en captivité; il était 
très-apprivoisé. Un jour, un Chat, qui le guettait, sauta sur la 
cage suspendue à une croisée. Chat et cage tombèrent dans la 
rue. L'Oiseau ne prit aucun mal; mais, quelques jours après, ce 
Chardonneret mua , et, à notre grande surprise, se revêtit d'un 
plumage tout blanc, excepté le tour de la tête qui, au lieu d'être 
rouge-cramoisi, devint orange-clair. Ce fait, assez singulier, nous 
porterait à croire que la frayeur contribue à ce changement subit; 
et on pourrait attribuer à quelque accident pareil, la couleur 
blanche de divers oiseaux qu'on trouve dans la campagne. 

M. Ganta et moi, avons eu plusieurs oiseaux de diverses espè- 
ces, dont les plumes étaient blanches ou café-au-lait; tous étaient 
dans un état maladif, ou bien un de leurs membres offrait la trace 
de quelque blessure. 



172 HISTOIRE NATURELLE. 

CINQUIÈME ORDRE. 

ZIGODACTYLES. 

Caractères. — Bec de forme variée, plus ou moins arqué, 
quelquefois très-crochu, souvent droit et angulaire; pieds, 
deux doigts devant et deux derrière , le doigt extérieur de 
derrière souvent réversible. 

M. Temminck a créé cet Ordre d'Oiseaux pour y faire 
entrer les espèces dont le doigt externe peut se diriger 
à volonté en arrière ou en avant, et un grand nombre 
d'autres qui ont habituellement les doigts par paires. Il 
résulte de cette conformation, un appui plus solide que 
quelques genres mettent à profit pour se cramponner et 
pour escalader le tronc et les branches des arbres, tandis 
que d'autres s'en servent encore avec avantage comme 
moyens de préhension. 

l re Famille. 

Caractères. — Bec plus ou moins arqué; pieds, deux 
doigts devant, et plus habituellement deux derrière; 
quelquefois, le doigt extérieur de derrière réversible. 

GESRE TREINTE- DEUXIÈME. 

Coucou, Cuculus, Lin. 

Caractères. — Bec de la longueur de la tête, comprimé, 
faiblement arqué; mandibules sans échancrures; narines 
basales, percées dans le bord de la mandibule; pieds 
emplumés au-dessous du genou, deux doigts devant, 
deux derrière, entièrement divisés; queue longue, plus 
ou moins étagée; ailes médiocres. 



OISEAUX. 173 

Ces Oiseaux sont farouches; ils vivent solitaires dans 
les vallées de nos montagnes; ils arrivent au printemps 
pour pondre, et nous quittent en automne. Ils ne cons- 
truisent pas de nids : la femelle dépose ses œufs dans le 
nid de différentes espèces de petits Oiseaux, d'ordinaire 
dans celui des Fauvettes, et laisse ainsi a d'autres mères 
le soin d'élever sa progéniture. 

1. Coucou gris, Cuculus canorus, Lin.; en catalan Cucut, 

Cuyul. 

Dans les premiers jours d'avril, ces Oiseaux arrivent et se 
répandent dans les vallées de nos montagnes inférieures couvertes 
de bois et de prairies. Leur voix forte s'entend de loin. Méfiants 
à l'excès, on les aborde difficilement. On trouve les Coucous avec 
deux robes, dont les couleurs sont très-différentes, ce qui avait 
donné lieu à l'établissement d'une seconde espèce que les 
auteurs désignaient par Coucou-Roux : les observations judi- 
cieuses de M. Temminck les a fait réunir dans la même espèce. 
S'ils diffèrent quelquefois, cela ne peut être attribué qu'à 
l'âge de l'oiseau. 

2. Coucou geai ou tacheté, Cuculus glandarius, Lin. 

Nous avons remarqué, à des époques très-éloignées, l'appa- 
rition de cette espèce dans nos contrées montagneuses, ce qui 
nous porte à croire qu'elle n'est ici que de passage très-accidentel. 
Le premier qui nous fut apporté, fut tué dans les bois des envi- 
rons de Cortsavi, par M. Do, aîné, de Céret; il reconnut de 
suite que c'était un Oiseau étranger, et nous l'envoya. Depuis 
lors, nous avons vu cet Oiseau au marché de Perpignan, mais 
très-rarement. 

Le Coucou-Cendrillard n'a pas été observé dans notre 
département. 



174 HISTOIRE NATURELLE. 

2 me Famille. 

Caractères. — Bec long, droit, conique, tranchant; pieds, 
deux doigts devant, deux derrière ; ongles très-crochus ; 
queue a pennes raides , les deux du milieu dépassant en 
longueur toutes les autres. 

GENRE TRENTE-TROISIÈME. 

Pic, Picus, Lin. 

Caractères. — Bec long, droit, anguleux, comme com- 
primé, en coin à son extrémité ; narines cachées par des 
poils dirigés en avant; pieds forts; ongles aigus, arqués; 
ailes courtes; queue à pennes raides et élastiques, étagées. 

En général, les Oiseaux qui composent ce genre, habi- 
tent les grandes forêts ou les lieux peuplés d'arbres à haute 
futaie. Ils sont sans relâche occupés au travail pénible qui 
pourvoit à leur existence. Ils grimpent sur les troncs et 
sur les branches qu'ils frappent à coups redoublés, afin 
d'en faire sortir les insectes qui se nichent sous l'écorce; 
ils font ainsi le tour de la souche et prennent les insectes 
que leurs coups de bec ont fait déplacer. Ce manège a 
donné lieu à une croyance populaire qui est assez accré- 
ditée : nos paysans prétendent que cet Oiseau, après avoir 
frappé à coups redoublés sur la souche, va aussitôt derrière 
l'arbre, voir s'il l'a percé de part en part. 

1. Pic noir, Picus martius , Lin.; en catalan Picot cap 
rutg. 

Ce bel Oiseau est fort rare. Il habite les grandes forêts du 
Capcir et de la Cerdagne; il ne vient jamais dans la plaine. 
M. Estève, de Bourg-Madame, m'a envoyé deux fois cette belle 
espèce. 



OISEAUX. \1~> 

2. Pic vert, Picus viridis, Lin.; en catalan Picot vert. 

Beaucoup plus commun que le précédent, ce Pic habite aussi 
les grandes forêts de nos montagnes; mais, en hiver, il visite 
quelquefois la plaine, se tenant toujours sur les lieux où les 
arbres abondent. 

5. Pic cendré, Picus canus, Geml. 

Nous le voyons très-accidentellement, et nous l'avions confondu 
avec le Pic-Vert; mais les savantes observations de M. Temminck 
ont levé tout doute. 

4. Pic épeiche, Picus major, Lin. 

L'Epeiche, quoique habitant aussi les forêts, se rapproche 
plus des parties basses de nos vallées que les autres espèces; on 
le voit souvent dans nos grands jardins, grimpant sur les arbres. 
Nos marchés en sont plus souvent pourvus que des autres. 

5. Pic leuconote, Picus leuconotus, Bech. 
Très-accidentellement de passage. 

6. Pic mar, Picus médius, Lin. 

On a souvent confondu cette espèce avec le Pic-Épeiche. Leur 
robe est à peu près la même; mais ils ont des caractères que 
M. Temminck a parfaitement saisis et démontrés, ce qui ne laisse 
plus de doute à cet égard. 

7. Pic épeichette, Picus minor, Lin. 

Celte espèce est assez rare, et habite les hautes forêts des 
régions froides; mais, lorsque la neige couvre nos montagnes, 
elle descend dans les bois inférieurs et plus tempérés, et alors 
on en porte quelquefois au marché : c'est la seule manière de se 
la procurer. 

8. Pic tridactyle, Picus tridactylus, Lin. 



176 HISTOIRE NATURELLE. 

Excessivement farouche, se tenant toujours dans les grandes 
forêts des régions les plus élevées, il vient très-accidentellement 
dans les forêts de chênes des vallées inférieures. On le porte au 
marché très-rarement. 

GENRE TRENTE-QUATRIÈME. 

Torcol, Yunx, Lin. 

Caractères, — Bec court, droit, en cône déprimé, effilé 
vers la pointe; arête arrondie; mandibules sans échan- 
crures; narines percées dans les bords concaves de l'arête, 
nues, en partie fermées par une membrane ; pieds, deux 
doigts devant, soudés à leur origine, deux derrière divisés; 
ailes médiocres; queue à pennes larges, flexibles, arron- 
dies à leur bout. 

Les Torcols n'ont point, comme les Pics, l'habitude 
de grimper en s'élevant contre les arbres. Le peu de fer- 
meté des pennes de la queue, rend ce mouvement d'ascen- 
sion impossible : ils se contentent de se cramponner aux 
troncs pour saisir entre les fentes de l'écorce, les Fourmis 
et autres insectes dont ils se nourrissent. Leur langue 
très-extensible et glutineuse, posée à terre ou sur l'écorce, 
attire les Fourmis, et dès qu'elle en est couverte, ils la 
retirent et avalent celles qui s'y trouvent attachées; ils 
se tiennent le plus souvent à terre, sur le passage des 
Fourmis, dont ils font une grande destruction. 

1. Torcol ordinaire, Yunx torquilla, Lin.; en catalan 

Formigué. 

L'habitude de cet Oiseau de présenter sa longue langue, enduite 
d'une liqueur visqueuse auprès des trous des Fourmis pour les 
manger ensuite, lui a fait donner le nom catalan de Formigué; 



OISEAUX. 177 

il est ici dans la belle saison où il se reproduit. D'un naturel 
lent et peu farouche, cet Oiseau se laisse facilement approcher. 
S'il s'envole, c'est pour se poser à peu de distance, et, quelque- 
fois, même on le prend, sans effort, à la main. Lorsqu'on est 
près de lui, il se baisse, et porte sa tète en arrière, qu'on dirait 
' pouvoir tourner dans tous les sens , ce qui lui a fait donner le 
nom de Torcol. Dans le temps des amours, le mâle se pose sur 
une branche basse ; fait entendre un son plaintif, et étale sa 
queue en rond, comme les Paons, en écartant ses ailes, et faisant 
beaucoup de contorsions avec sa tête. Il se tient longtemps dans 
cette attitude, si on ne l'inquiète point. 

SIXIÈME ORDRE. 

ANISODACTYLES. 

Caractères. — Bec plus ou moins arqué, souvent droit, 
toujours subulé, effilé et grêle, moins large que le front; 
pieds, trois doigts devant et un derrière, l'extérieur soudé 
à sa base au doigt du milieu, le postérieur le plus souvent 
long; tous pourvus d'ongles assez longs et courbés. 

M. Temminck a cru devoir réunir à cet ordre tous les 
genres d'Oiseaux , tant indigènes qu'exotiques , qui parti- 
cipent plus ou moins des habitudes et des mœurs des 
Zigodactyles grimpeurs. Comme eux, la plupart escaladent 
les troncs et les branches des arbres ou les pans verticaux 
des roches, ou bien, ils se cramponnent fortement à ceux-ci. 
Presque tous sont insectivores, et se nourrissent, quoique 
avec d'autres moyens, à la manière des Pics. 

GENRE TRENTE-CINQUIÈME. 

Sitelle, Sitta, Lin. 
Caractères.— Bec droit, cylindrique, conique, tranchant 

TOME III. 4- 



178 HISTOIRE NATURELLE. 

à la pointe; narines recouvertes à claire-voie par des poils 
dirigés en avant; pieds, trois doigts devant, l'extérieur 
soudé à sa base à celui du milieu ; doigt postérieur très- 
long, l'ongle arqué; queue à baguettes faibles. 

Les Sitelles ne sont pas nombreuses en Europe. Elles 
s'attachent aux arbres, et montent et descendent le long 
des troncs, avec la même facilité; elles diffèrent, en 
cela, des Pics, qui ne peuvent grimper qu'en montant 
sur l'arbre : une seule espèce vit dans le département. 

1. Sitelle torchepot, Sitta Europea, Lin.; en catalan Pic 

bastard. 

Habite les forêts de nos montagnes , et ne vient jamais dans la 
plaine; elle est très-commune dans les environs de Saint-Laurent- 
de-Gerdans. Nous avons admiré longtemps les habitudes de ces 
oiseaux. Ils grimpent sur les troncs et les branches des arbres, 
en faisant entendre leur cri d'appel; alors, plusieurs accourent, 
et suivent les évolutions du premier, qui monte et descend avec 
une rapidité étonnante, comme s'il rampait; toute la troupe suit 
à la file en faisant le même manège, en courant ainsi d'un arbre 
à l'autre pendant longtemps. 

La Sitelle Syriaque ou des Rochers n'a pas été observée. 

GENRE TRENTE-SIXIÈME. 

Grimpereau, Certhia, Temminck. 

Caractères. — Bec long, plus ou moins arqué, triangu- 
laire, effilé, aigu ; narines à moitié fermées par une mem- 
brane voûtée; ailes médiocres; queue étagée, à baguettes 
piquantes; pieds, trois doigts devant, l'extérieur soudé 
a sa base au doigt du milieu, un doigt derrière; ongles 
très-courbés , celui de derrière le plus long. 



OISEAUX. 179 

Les Grimpereaux escaladent les arbres, en s'appuyant 
sur les pennes fortes et élastiques de leur queue. 

1. Grimpereau familier, Certhia familiaris, Lin. 

Le Grimpereau-Familier se reproduit dans ce département. 
Il vit dans les forêts des montagnes moyennes; après la ponte, il 
vient dans nos champs, jardins et vergers, où il se livre à ses 
évolutions ordinaires, grimpant tout autour des arbres, ne restant 
jamais en place. Très-actif sans être farouche, on peut admirer 
tous ses mouvements, dans lesquels il est d'une agilité peu com- 
mune ; il n'est pas rare au mois de septembre dans nos vastes 
plantations d'oliviers. 

GENRE TRENTE-SEPTIÈME. 

Tichodrome, Tichodroma, Illiger. 

Caractères. — Bec très-long, faiblement arqué, grêle, 
cylindrique, base angulaire, pointe déprimée; narines 
nues, percées horizontalement, à moitié fermées par une 
membrane voûtée; pieds, trois doigts devant, un doigt 
derrière, portant un ongle très-long; queue arrondie, à 
baguettes faibles; ailes larges. 

Tout ce que le Grimpereau fait sur les arbres, le Ticho- 
drome le fait sur les pans verticaux des roches ou des murs, 
sur lesquels il se cramponne pour y découvrir les insectes 
dont il se nourrit. 

\ . Tichodrome échelette, Tichodroma phenicoptera, Tem.; 
en catalan Pica aranyas, Menja aranyas. 

Habite les rochers escarpés des hautes régions. Aux approches 
du mauvais temps, lorsque la neige le chasse de ses demeures de 
prédilection, il vient exécuter ses évolutions sur les murs des 



181) HISTOIRE NATURELLE. 

édifices et des clochers des villes ou des villages les plus voisins 
des montagnes, Villefranche , Prades, Rigarda, Prats-de-Mollô , 
Arles, Géret. Nous en possédons un superbe individu que nous 
devons à l'obligeance de notre ami, M. Coder, pharmacien et 
botaniste distingué. M. Xatart, de Prats-de-Mollô, nous en avait 
aussi envoyé un. Quoique assez rare, cet Oiseau se voit tous les 
ans dans les localités que nous avons signalées. 

GENRE TRENTE-HUITIÈME. 

Huppe, Upupa, Lin. 

Caractères. — Bec très-long , faiblement arqué , grêle , 
triangulaire, comprimé; narines placées à la base du 
bec, couvertes par les plumes du front; doigt inter- 
médiaire réuni à la base avec l'externe; ongles courts 
et peu courbés; queue carrée; ailes à pennes bâtardes 
très-courtes. 

La Huppe vit solitaire; on la voit toujours par couples, 
plutôt à terre que perchée; elle court sur lé niveau du 
terrain, dans les champs et les prairies humides, pour 
s'y procurer les larves des insectes dont elle fait sa 
nourriture ; elle fait son nid dans les crevasses des vieux 
murs ; elle le fait mal , et le construit avec la bouse des 
bestiaux. 

i. Huppe puput, Upupa epops, Lin.; en catalan Gall fabè, 
Puput, Paput (prononcez poupout). 

Cette espèce se reproduit dans les vallées de nos basses mon- 
tagnes, près des habitations isolées; elle établit son nid dans les 
vieilles masures, dans les trous ou sous les toits, quelquefois 
dans les troncs des vieux arbres ; elle nous quitte en septembre, 
pour aller vivre dans des contrées plus chaudes. 



OISEAUX. 181 

SEPTIÈME ORDRE. 

ALCYONS. 

Caractères. — Bec médiocre ou long, pointu, presque 
quadrangulaire, faiblement arqué ou droit; pieds à tarse 
très-court; trois doigts devant réunis, un doigt derrière. 

M. Temminck a cru, avec raison, nécessaire d'établir 
cet Ordre d'Oiseaux, parce qu'ils se rapprochent beaucoup, 
par leurs caractères habituels, des genres qui composent 
l'ordre suivant ou les Chélidons. Comme eux, les Alcyons 
volent avec une grande célérité ; leurs mouvements sont 
prompts et brusques; ils ne peuvent, par la forme de 
leurs pieds, ni marcher ni grimper; ils saisissent leur 
nourriture en plein vol, ou à la surface des eaux, se 
posent rarement à terre; ils nichent dans les trous pra- 
tiqués dans la terre, le long des rives. 

GENRE TRENTE-NEUVIÈME. 

Guêpier, Merops, Lin. 

Caractères. — Bec médiocre, tranchant, pointu, légè- 
rement courbé, arête élevée, sans échancrure; narines 
ouvertes, cachées a claire-voie par des poils dirigés en 
avant; pieds à tarse court, trois doigts devant, l'extérieur 
soudé jusqu'à la seconde articulation au doigt du milieu, 
et celui-ci avec l'intérieur jusqu'à la première articulation; 
doigt de derrière large a sa base ; ongles, celui de derrière 
plus petit. 

Ces oiseaux vivent d'Abeilles et de Guêpes, qu'ils sai- 
sissent au vol. C'est de ces dernières que dérive leur nom; 



18"2 HISTOIRE NATURELLE. 

ils construisent leur nid sur les bords escarpés des fleuves, 
les coteaux de terres et de sables ; ils y pratiquent des trous 
obliques et profonds qu'ils tapissent intérieurement avec 
de la mousse. Leur robe est parée de belles couleurs. 

1. Guêpier vulgaire, Merops apiaster, Lin.; en catalan 

Abellerola, Sirena de mar. 

Nous voyons cet Oiseau au moment de son passage , en avril ; 
en général, il séjourne très-peu dans le pays. Si le temps est 
favorable , on en prend assez au filet , à Collioure ; on en tue 
aussi dans nos campagnes. Il s'arrête près des ruches où il fait 
une grande destruction d'Abeilles. En 1845, il y en eut une 
passe considérable : un couple s'établit dans les escarpements 
des falaises de Chàteau-Roussillon , près la*métairie Anglada. 
Nous le vîmes, tout l'été, voler le long de ces rives avec ses 
petits ; il disparut à la fin d'août. 

Nous avons vu ces Oiseaux en grand nombre en Espagne, dans 
une vallée , après Salamanca , vers les frontières du Portugal ; ils 
y vivent en famille, et, comme les Hirondelles, ils volent conti- 
nuellement. Nos soldats en avaient élevé déjeunes, qu'ils nour- 
rissaient avec de la viande hachée. 

GENRE QUARANTIÈME. 

Martin-Pêcheur, Alcedo, Temm. 

Caractères. — Bec long, quadrangulaire, droit, pointu, 
à bords tranchants, k mandibules égales ; narines basales, 
latérales, presque fermées par une membrane nue; pieds 
courts, nus au-dessous du genou. 

Le vol du Martin-Pêcheur est extrêmement rapide; il 
est toujours sur le bord des rivières et des ruisseaux, 
dans les endroits les plus cachés, épiant sa proie, sur 
laquelle il se jette comme une flèche , en effleurant 



OISEAUX. 183 

l'eau; il est très-rusé, et on l'approche avec beaucoup 
de peine; il ne vit jamais en famille, on le voit toujours 
isolé, près des eaux ; il est orné de belles couleurs vives, 
où le bleu domine. 

1. Martin-Pêcheur alcyon, Alcedo ispida, Lin.; en catalan 

Amé, Blabet. 

On prend beaucoup d'Alcyons à la chasse à la lumière, pendant 
le mois de septembre. On les vend communément an marché, 
et à un très-bon prix, à cause d'une tradition populaire qui 
prétend que ces Oiseaux, desséchés et conservés dans une armoire, 
ont la propriété de garantir les objets en drap de la piqûre des 
teignes. Si ce fait était vrai, cet Oiseau ne serait pas lui-même 
dévoré par ces insectes destructeurs des collections. C'est de 
cette prétendue propriété, que lui est venu le nom catalan Amé; 
celui de Blabet, de la couleur bleue-aigue-marine dont ses plumes 
sont parées. 

HUITIÈME ORDRE. 

CHÉLIDONS. 

Caractères. — Bec très-court, déprimé, très-large à sa 
base; mandibule supérieure courbée à sa pointe; pieds 
courts, trois doigts devant, entièrement divisés, ou unis à 
la base par une courte membrane; le doigt de derrière 
souvent réversible; les ongles très-crochus; ailes longues. 

Le vol de ces Oiseaux est rapide et brusque ; leur vue 
est perçante, leur cou court, le gosier large; leur large 
bec, que, le plus habituellement, ils tiennent entr'ouvert 
ou bâillant, sert à engloutir les insectes qui se présentent 
autour d'eux; leur nourriture consiste purement en insectes; 
ils ne touchent a aucun autre aliment. 



184 HISTOIRE NATURELLE. 

GENRE QUARANTE-UNIÈME. 

Hirondelle, Hirundo, Lin.; en catalan Aurcndola, 
Aulendra. 

Caractères. — Bec court, large à sa base, déprimé, fendu 
jusque près des yeux; mandibule supérieure entaillée, un 
peu crochue à sa pointe; narines basales, closes en arrière 
par une membrane; pieds nuds, courts, quelquefois emplu- 
més; ongles faibles; ailes longues; queue souvent fourchue. 

Les Hirondelles aiment à vivre près des eaux où les 
mouches et les autres insectes volants, qu'elles saisissent 
avec une grande dextérité, sont les plus multipliés; leur 
vol est longtemps soutenu, très-rapide; leurs mouvements 
sont brusques et promps à les rendre maîtresses d'une 
proie également agile. C'est en rasant la surface de l'eau 
qu'elles étanchent leur soif, et c'est même en plein vol 
qu'on les voit se baigner. Les nids formés par toutes les 
espèces qui composent ce genre , ont à l'extérieur une 
construction solide, formée de matières dures; mais 
l'intérieur, sur lequel les œufs sont déposés, est toujours 
composé de matières molles. 

1. Hirondelle de cheminée, Hirundo rustica, Lin. 

Cette espèce arrive dans notre pays presque à jour fixe ; il est 
rare de ne pas la voir dans nos maisons le jour de Notre-Dame 
de mars. Posée sur nos croisées ou dans nos basses-cours, elle 
souhaite sa bienvenue par ses chants mélodieux; elle recherche 
la société de l'homme jusqu'à construire son nid dans sa demeure. 
Fidèle à ses souvenirs, cette Hirondelle retourne dans le même nid 
qu'elle avait occupé l'année précédente, ou en construit un autre 
à côté si quelque accident a dérangé le premier. Cet Oiseau est 
inolfensif et timide. 



OISEAUX. 185 

2. Hirondelle rousseline, Hirundo rufula, Levaillant. 

Cette rare espèce ne parait qu'accidentellement et à des épo- 
ques très-éloignées. Elle vit dans V Afrique-Méridionale ; on la 
trouve néanmoins en Egypte, et c'est probablement de ce pays 
que nous viennent quelques sujets, mêlés avec les Hirondelles 
ordinaires. 

5. Hirondelle de fenêtre, Hirundo urbica, Lin. 

Elle arrive à la même époque, et se fait aussitôt remarquer 
par ses cris, en volant autour de nos demeures, où elle ne pénètre 
pas; mais elle construit son nid sous les corniches des toits des 
maisons et des grands édifices. Ce n'est pas seulement sur les 
habitations de l'homme, qu'elle fait sa demeure; elle bâtit égale- 
ment son nid contre les pans des rochers taillés à pic, situés sur 
les bords des rivières et des vallées exposées au midi; elle se 
dispute souvent avec le Moineau, qui s'empare de son nid. Cette 
Hirondelle a le croupion blanc. 

4. Hirondelle de rivage, Hirundo riparia, Lin. 

Cette petite Hirondelle arrive à peu près aux mêmes époques. 
Elle s'établit aussitôt sur les rochers et sous les ponts de nos 
grands cours d'eau, un peu en amont dans nos vallées; elle vit 
sur le bord des eaux, sur les terrains sablonneux, dont elle rase 
continuellement la surface d'un vol rapide, pour y saisir les 
insectes ailés dont elle fait son unique nourriture; elle se pose 
sur les rochers où elle s'accroche au moyen de ses ongles aigus. 
Elle nous quitte, comme les autres, à la fin de septembre. 

o. Hirondelle de rocher, Hirundo rupestris, Lin.; en 
catalan Aurendola roquera. 

Cette espèce, moins commune que les autres, s'établit dans 
les gorges supérieures de nos montagnes, sur les grands rochers 
les plus escarpés; on la voit rarement dans les champs. Son vol 



186 HISTOIRE NATURELLE. 

est moins rapide que celui des autres espèces ; on dirait qu'elle 
se balance dans les airs sans gagner du chemin. Elle se pose sur 
les corniches des roches où elle construit son nid dans les fentes; 
et c'est sur les crêtes au-dessus des grands abîmes, qu'on la voit 
en filière avec ses petits, qui commencent à exercer leurs ailes, 
jusqu'à ce qu'ils soient assez forts pour aller chercher eux-mêmes 
leur nourriture. Cette Hirondelle quitte nos vallées plus tard que 
les autres espèces. 

GENRE QUARANTE-DEUXIÈME. 

Martinet, Cypselns, Illi. 

Caractères. — Bec très-court, triangulaire, large à sa 
base, fendu jusqu'au-dessous des yeux; narines ouvertes, 
le bord garni de petites plumes ; pieds très-courts, à demi 
emplumés; quatre doigts, dirigés en avant, entièrement 
divisés; ongles très-crochus; queue fourchue; ailes très- 
longues. 

Les Martinets sont continuellement en mouvement dans 
les airs ; ils remuent peu les ailes et semblent voguer dans 
cet élément; ils ne se posent jamais à terre, et rarement 
sur des lieux élevés. Il n'est pas d'oiseau plus favorisé 
pour le vol : la structure de son squelette, la longueur 
de ses ailes, contribuent à lui procurer une locomotion 
aérienne des plus rapides et des plus soutenues. C'est 
dans les trous des vieux édifices ou dans les fentes des 
hauts rochers, qu'il construit son nid et qu'il élève sa 
famille. 

1. Martinet à ventre blanc, Cypselns alpinus, Temm.; en 
catalan Ballasté, Martinet. 

Cette espèce est assez rare, el ne niche pas dans nos villes. 



(USKAUX. î 87 

Elle s'établit toujours sur les roches les plus escarpées de nos 
vallées supérieures, et on la voit peu dans la plaine. 

2. Martinet de muraille, Cypselus murarius, Temm. 

Très-commun sur les édifices des villes, où il niche, on le voit 
en mouvement continuel dans les airs, faisant entendre un cri 
d'appel, soit en volant, soit lorsqu'il se pose contre les trous des 
murs où il a établi son nid. A l'approche de quelque orage, il 
paraît plus agité que jamais, et ses cris redoublent; plusieurs se 
suivent alors à la file, en criant tous à la fois. Il nous quitte vers 
le mois de septembre. 

GENRE QUARANTE-TROISIÈME. 

Engoulevent, Caprimulgus, Linné. 

Caractères. — Bec très-court, flexible, déprimé, légère- 
ment courbé, peu apparent, fendu jusqu'au-delà des yeux; 
mandibule supérieure crochue à la pointe , garnie de poils 
raides dirigés en avant; narines larges, fermées par une 
membrane, surmontées par les plumes du front; pieds, 
trois doigts devant, tous réunis par une membrane jus- 
qu'à la première articulation; le doigt de derrière réver- 
sible; ongles courts, celui du milieu long, édenté en scie; 
queue arrondie; ailes longues. 

Les Engoulevents ont de grands yeux et de grandes 
oreilles; ils ont la vue offusquée par la clarté du soleil. 
Ce sont des oiseaux nocturnes, qui sortent de leur retraite 
au crépuscule du soir et du matin ; ils chassent aussi pen- 
dant la nuit, lorqu'elle est éclairée par la lune; ils vivent 
de Papillons et des Insectes de nuit, qu'ils saisissent au 
vol; leur large bouche, qu'ils tiennent ouverte pendant 
leur vol, permet l'entrée de la proie, qui reste collée 



188 HISTOIRE NATURELLE. 

contre les parois de leur ample œsophage, à une liqueur 
gluante, dont il est imbibé; leur vol est peu bruyant; 
leurs plumes sont douces et soyeuses. Si, dans le jour, 
ils sont obligés de quitter leur retraite , ils se posent à 
peu de distance , parce que leur vue ne peut supporter 
la lumière. 

1. Engoulevent ordinaire, Caprimulgus Europeus, Tem.; 
en catalan Teta cabra, Enganya pastors. 

Désirant connaître le motif qui induisait nos paysans à donner 
le nom de Engamja Pastors à cet Oiseau , ce qui veut dire iïompe 
bergers, j'ai questionné plusieurs campagnards de la contrée 
où l'Engoulevent se reproduit, et où il est très-abondant, les 
garrigues de Thuir, par exemple. Tout le monde, dans le pays, 
s'accorde à dire que cet Oiseau, qui ne soigne pas son nid , pond 
ses œufs à terre sans la moindre précaution; et que s'il advient 
que ce nid soit découvert, il ne manque point de changer les 
œufs de place en les transportant dans un autre lieu, et dans 
une direction tout opposée, pour les dérober à la rapine des 
bergers, qui, par état, parcourant sans cesse la campagne, sont 
plus à même de découvrir ses couvées. La conformation de la 
bouche et du bec, est propre à faire croire que cet Oiseau a un 
pareil instinct. Du reste, ce fait m'a été confirmé par des per- 
sonnes dignes de foi. 

Cet Oiseau n'est pas gracieux. La couleur sombre de son plu- 
mage, ses courtes jambes, qui le, forcent à être toujours accroupi ; 
ses grands yeux et sa large bouche, lui donnent un air très- 
singulier. Il est toujours seul ou par paires; il ne vole jamais 
pendant le jour, à moins que quelque accident ne l'y force; 
mais, dès que le crépuscule arrive, il sort de sa retraite pour 
chercher sa nourriture. Cet Oiseau devient très-gras en au- 
tomne; sa chair est alors très-savoureuse, et il quitte notre pays 



OISEAUX. 189 

pour aller chercher une température plus douce dans les terres 
d'Afrique. 

L'Engoulevent à collier roux, se voit quelquefois dans nos envi- 
rons; il a les mêmes habitudes que l'Engoulevent ordinaire, dont 
nous l'avions toujours considéré comme une variété. M. Tem- 
minck, d'après les observations de M. Natterer, en a fait une 
espèce distincte; nous ne pouvons nous empêcher de nous 
ranger à cet avis. 



NEUVIEME ORDRE. 

PIGEONS. 

Caractères. — Bec voûté; base de la mandibule supé- 
rieure couverte d'une peau molle, dans laquelle les nari- 
nes sont percées, pointe plus ou moins courbée; pieds, 
trois doigts devant, entièrement divisés; un doigt derrière. 

Les Pigeons, par leurs mœurs douces et familières, ont 
beaucoup de rapport avec les Gallinacés. Leur nourriture, 
qui consiste en graines et semences, obtient préalablement 
une espèce de macération dans le jabot avant de passer 
dans l'estomac: ce sont ces aliments, ainsi macérés, 
qu'ils dégorgent dans le bec de leurs petits. Les jeunes 
ne quittent le nid que lorsqu'ils sont en état de voler, et 
reçoivent jusqu'à cette époque les aliments que leurs 
parents leur apportent. Tous les Pigeons ont l'habitude 
de boire d'un trait en plongeant leur bec dans l'eau. 
L'acte de l'accouplement est précédé de caresses et de 
roucoulements uniquement propres aux Oiseaux de cet 
Ordre, quon peut diviser en deux genres. Dans quelques 
pays de l'Europe, ce sont des Oiseaux de passage; dans 
d'autres, ils sont sédentaires. 



190 HISTOIRE NATURELLE. 

GENRE QUARANTE-QUATRIÈME. 

Pigeon, Columba, Lin.; en catalan Colom. 

Caractères. — Bec médiocre, droit, comprimé, voûté, 
pointe courbée; base de la mandibule supérieure couverte 
d'une peau molle, plus ou moins renflée; narines au milieu 
du bec, percées en fente longitudinale dans la peau molle 
qui les recouvre; pieds, le plus souvent rouges, à trois 
doigts devant, entièrement divisés; un doigt postérieur, 
s'articulant à niveau de ceux de devant; ailes médiocres 
ou courtes. 

Les Pigeons vivent par couples; les deux époux, une 
fois unis, se séparent rarement. Les bois et les buissons 
sont leurs demeures habituelles. Ils font deux pontes par 
an, composées de deux œufs; les Pigeons réduits à l'état 
de domesticité font plusieurs pontes, mais toujours aussi 
composées de deux œufs, qui produisent ordinairement 
un mâle et une femelle. Le mâle et la femelle couvent 
alternativement, et montrent un grand attachement l'un 
pour l'autre. 

Le genre Pigeon se divise en deux sections, dont on 
trouve en Europe seulement les espèces qui appartiennent 
à la première division, sous le nom de Colombes. 

4. Colombe ramier, Columba palumbus, Lin. 

Les Ramiers passent en octobre par masses considérables dans 
notre départemeut; on leur fait une chasse à outrance. Dans 
certaines vallées de nos montagnes, on en tue beaucoup au fusil. 
En février, ils repassent de nouveau; quelques-uns restent isolés 
sur nos hautes montagnes, où ils se reproduisent, mais c'est 
chose rare. Nous avons vu dans certaines contrées de la Vieille- 
Castille, dans des tours isolées, bâties exprès, les Ramiers s'y 



OISEAUX. 191 

réunir en grandes troupes, s'y reproduire, et disparaître, ne 
laissant que les jeunes, qui ne pouvaient suivre la bande dans 
ses migrations; puis revenir quelque temps après sur les mêmes 
lieux. 

2. Colombe colombier, Columba œnas, Lia.; en catalan 

Todo. 

Cette espèce passe aussi en octobre ; mais elle n'est pas aussi 
abondante que la première; elle se répand dans nos bois, et 
quelques couples s'y reproduisent. Nos paysans l'appellent Todo 
ou Toudou , à cause de son roucoulement , qui exprime ce mot , 
en appuyant sur la dernière syllabe. 

3. Colombe bizet, Columba livia, Bristh.; en catalan 

Xixell, Bizet. 

Le Bizet passe habituellement en septembre et octobre; on lui 
fait la chasse dans quelques endroits privilégiés ; on en tue aussi 
beaucoup dans les moyennes vallées. 

Le Bizet vit parmi nous en une sorte de captivité volontaire, 
dans les gîtes que nous lui préparons, et que nous appelons 
Colombiers. Il se répand dans les campagnes; mais il rentre au 
Pigeonnier: quelques-uns s'établissent dans les tours des édilices, 
mais ils y sont rares aujourd'hui. 

Les variétés des Pigeons qu'on élève en domesticié, proviennent 
d'une seule et même souche. S'il en était autrement, les espèces 
mêlées ne se reproduiraient pas, et suivraient la loi commune 
des Mulets. 

D'après un travail très-consciencieux, publié par M. Lesson, 
on attribue à l'accouplement du Bizet avec le Pigeon-Boussard , 
Columba guinea, Lath., et à celui du Pigeon à Taches d'Edwrards 
avec le Bizet, les nombreuses variétés de Pigeons domestiques 
que se plaisent à élever les amateurs. Il parait prouvé que l'ac- 
couplement de ces trois Pigeons entre eux, a donné lieu à quatorze 



192 HISTOIRE NATURELLE. 

races principales, qui se .subdivisent en quarante-huit variétés, 
lesquelles peuvent s'augmenter encore par de nouveaux accou- 
plements. 

4. Colombe tourterelle, Columba turtar, Un.; en catalan 
Turtre (prononcez tourtre). 

Les Tourterelles, à leur arrivée d'Afrique, ne restent pas 
longtemps dans nos environs; elles cherchent à gagner les vallées 
fraîches et ombragées des montagnes. On entend de loin leur 
monotone roucoulement; elles sont très-sauvages, et on les appro- 
che avec difficulté , car elles se posent toujours sur les arbres les 
plus touffus. En août, elles ont fini leur ponte; elles se répandent 
alors dans nos vallées de la plaine, toujours près des cours d'eau 
où existent ordinairement beaucoup de grands arbres. A cette 
époque, elles sont très-grasses, et leur chair est fort bonne. 

La Tourterelle à collier et la Tourterelle blanche , qu'on élève 
très-privées dans les maisons, nous viennent de l'Inde et du 
Sénégal; elles se reproduisent beaucoup en captivité. Les deux 
sexes ont, l'un pour l'autre, un grand attachement et une grande 
fidélité, ce qui est passé en proverbe. 



DIXIÈME ORDRE. 

GALLINACÉS. 

Caractères. — Bec court, convexe; dans le plus petit 
nombre des genres, couvert d'une cire ; mandibule supé- 
rieure voûtée, courbée depuis sa base, ou seulement à 
la pointe ; narines latérales recouvertes d'une membrane 
voûtée, nue, ou bien garnie de plumes; pieds a tarse 
long; trois doigts devant, réunis par une membrane; le 
doigt de derrière s'articulant plus haut sur les tarses, 



OISEAUX. 193 

au-dessus des articulations des doigts de devant; rare- 
ment trois doigts, divisés ou réunis, sans doigt posté- 
rieur, ou celui-ci très-petit. 

Les Oiseaux de différents genres qui composent cet 
Ordre , sont lourds et ont le corps très-charnu : le plus 
grand nombre ont les ailes courtes ; tous grattent la terre 
et se roulent dans la poussière; ils se nourrissent 
principalement de graines et de semences; un petit 
nombre d'espèces ajoutent à cet aliment des baies et 
des bourgeons ; la plupart mangent aussi des insectes , et 
les aliments subissent dans leur gésier une première 
macération. Ils construisent à terre, sans aucun apprêt, 
un nid caché dans les buissons; ils font plusieurs 
pontes par an, et toutes très -nombreuses; les petits 
courent et mangent au sortir de l'œuf; la mère les 
conduit, et ils continuent à vivre en famille jusqu'au 
renouvellement de la saison des amours; les mâles ne 
couvent point. 

GENRE QUARANTE-CINQUIÈME. 

Faisan, Phasianus, Lin. 

1. Faisan vulgaire, Phasianus colchicus, Lin. 

Les seuls Faisans que nous ayons vu dans le département, 
furent apportés de Paris par M. Villanova , de Thuir, qui voulait 
les naturaliser dans son domaine de Cortsavi. Certes le lieu était 
bien choisi. Ce domaine, entouré de forêts considérables de 
chênes et de châtaigniers, donnait toute liberté à ces oiseaux. 
L'épreuve ne fut pas heureuse. Il est probable qu'on ne sut pas 
leur donner les soins que réclame le premier âge ; car le Faisan 
peut se propager aussi bien en Roussillon qu'à Paris. 

TOME III. ^5 



194 HISTOIRE NATURELLE. 

GENRE QUARANTE-SIXIÈME. 

Dindon, Meleagris, Lin. 

1 . Dindon commun , Meleagris gallo pavo , Linné ; en 
catalan Pioc. 

Tout le monde connaît la Dinde et la bonté de sa chair. Sa 
grande multiplication fait qu'on en élève partout; car elle est 
naturalisée dans presque toutes les contrées du globe. La domes- 
ticité agit sur elle comme chez tous les autres oiseaux : on voit des 
Dindes de toutes les couleurs. Elle est originaire de l'Amérique- 
Méridionale, et fut apportée en Europe par les Jésuites. 

GENRE QUARANTE-SEPTIÈME. 

Pintade, Numida, Lin. 

1. Pintade domestique, Numida meleagris, Linné; en 
catalan Pintada. 

Gomme la Dinde, la Pintade a été naturalisée dans nos basses- 
cours; mais elle conserve toujours une tendance à l'indépen- 
dance, car on n'a pu l'assujettir à pondre comme les Poules. 
Elle vit bien en leur société; mais elle va toujours pondre dans 
un buisson écarté de la maison rurale , et souvent elle cache si 
bien ses œufs, qu'on ne la voit apparaître que lorsqu'elle est 
suivie par vingt ou vingt-quatre petits. Les jeunes Pintades ont 
besoin de beaucoup de soin dans leur bas-âge. Sa chair est fort 
bonne et très-recherchée. 

GENRE QUARANTE-HUITIÈME. 

Paon, Pavo, Lin. 

1. Paon domestique, Pavo cristatus, Lin.; en cat. Pago. 

Ce superbe Oiseau, originaire des Indes-Orientales, est natu- 
ralisé dans quelques-unes de nos fermes. Il serait plus commun , 



oiseaux. 495 

s'il était plus docile, et s'il faisait moins de dégâts dans les jardins 
et aux toits des maisons. Il conserve son indépendance, et couche 
sur les endroits les plus élevés des toits ou sur les plus hauts 
arbres du voisinage. Sa chair est excellente. On en élèverait 
davantage s'il était moins délicat dans son bas-âge. C'est le plus 
bel ornement de nos basses-cours. 

GENRE QUARANTE-NEUVIÈME. 

Coq, Gallus, Briss. 

1. Le Coq et la Poule ordinaire, Phasianus gallus, Lin.; 
en catalan le mâle s'appelle Gall; la femelle, Gallina; 
les jeunes, Pullastres. 

Les Coqs et les Poules sont, sans contredit, le plus précieux 
gibier qu'on ait pu rendre domestique. Tout le monde connaît 
leur utilité ; chacun connaît les nombreuses variétés qui peuplent 
nos basses-cours. Le mâle chante la nuit et de très-grand matin; 
il est l'horloge de la ferme, est belliqueux et très-lascif, et peut 
féconder un très-grand nombre de femelles, tout en montrant 
pour toutes une égale prévenance. L'on est à peu près d'accord 
sur leur origine, et l'on pense que la souche sauvage nous vient 
de la Perse. M. Lesson croit que c'est l'Inde qui nous les a four- 
nis; car il dit avoir trouvé des Poules et des Coqs pareils aux 
nôtres, dans toutes les îles de la mer du Sud, et chez les peu- 
plades avec lequelles les Européens n'ont jamais eu la moindre 
relation. 

L'esclavage de ce gallinacé, qui remonte au temps les plus 
reculés, a produit une immense quantité de variétés, plus belles 
les unes que les autres. 

GENRE CINQUANTIÈME. 

Tétras, Telrao, Lin. 
Caractères.— Bec fort, base nue, mandibule supérieure 



196 HISTOIRE NATURELLE. 

voûtée, convexe, courbée depuis son origine. Narines 
basales, à moitié fermées par une membrane voûtée, 
cachées par les plumes avancées du front. Sourcils nus , 
garnis de papilles rouges. Pieds, trois doigts devant, 
réunis jusqu'à la première articulation, un doigt derrière, 
tous garnis sur les bords d'aspérités ; tarse emplumé jus- 
qu'aux doigts, et souvent jusqu'aux ongles; ailes courtes. 

Ces Oiseaux vivent en polygamie et habitent particu- 
lièrement les grandes forêts de nos montagnes. Quant aux 
Gelinottes, elles fréquentent plus souvent les forêts de la 
plaine, et les Lagopèdes sont plus spécialement confinés 
dans les régions glaciales du déparlement. Ces derniers 
se tiennent habituellement dans les broussailles, dans les 
amas de bouleaux ou de saules. 

Leur nourriture consiste presque uniquement en feuilles 
ou en baies ; les graines sont pour eux des accessoires, 
dont ils ne font usage que dans la plus grande disette. 
Ce sont de grands oiseaux , pesants et lourds , dont le 
corps est très-charnu; leur voix est très-sonore. 

Dès que les femelles sont fécondées, le mâle s'en éloi- 
gne pour vivre solitairement; les jeunes restent avec la 
mère jusqu'au renouvellement de la saison des amours. 
Les seuls Lagopèdes vivent en bandes très-nombreuses. 

1. Tétras auerhan ou Coq de bruyère, Tetrao urogallus, 
Lin.; en catalan Gall salvatge. 

Habite les grands bois des régions les plus élevées du dépar- 
tement, qu'il ne quitte jamais; il se reproduit dans la Cerdagne 
et le Capcir. Lorsque la saison des amours arrive, le mâle se 
pose sur le tronc d'un arbre, au milieu d'une clairière, et par 
sa voix sonore, fortement répétée, fait venir les femelles, qui 






OISEAUX. 197 

accourent à son appel; quand elles sont réunies, il descend de 
l'arbre, et l'accouplement a lieu. C'est lorsque le mâle est ainsi 
occupé à appeler les femelles, qu'on peut l'approcher pour le 
tirer; autrement il est toujours dans des fourrés impénétrables. 
Il est d'un tiers plus gros que la femelle. Sa robe est parée de 
très-belles couleurs métalliques et brillantes; les plumes du 
sommet de la tête et de la gorge se relèvent; les sourcils sont 
d'un rouge-cramoisi. La femelle a les couleurs ternes, et ne 
porte pas sur la tête les agréments du mâle. Elle couve seule, et 
a soin de sa famille. 

Ces Oiseaux vivent de chatons de pin. Leur chair est un manger 
détestable lorsqu'on ne connaît pas le moyen de la dégager de 
l'odeur de la térébenthine qui la pénètre. Ce moyen consiste à 
faire rougir au feu cinq à six cailloux de rivière, gros comme une 
pomme moyenne, et lorsque l'animal est plumé et vidé, à les 
mettre tout brûlants dans le ventre et la poitrine ; on arrose ces 
cailloux d'un demi verre de vinaigre, et l'on roule immédia- 
tement le tout dans une toile propre. La chaleur et la vapeur 
du vinaigre pénètrent les chairs, la térébenthine s'évapore et 
vient s'attacher à la toile. On laisse ainsi vingt-quatre heures, 
et on peut être assuré qu'on mange alors un morceau exquis. 

2. Tétras rakkelhan , Tetrao médius, Meyer. 

Cette espèce est moins abondante ; vit presque dans les mêmes 
parages, et ne descend jamais dans les bois des basses montagnes. 
Sa chair est estimée; et, comme elle se nourrit de la même façon 
que l'espèce précédente, on est obligé d'avoir recours au même 
moyen pour pouvoir la manger. Nous l'avons vue dans les taillis 
du Llaurenti. 

5. Tétras birkhan, Tetrao tetrix, Lin.; en catalan Cua 
furxude (queue fourchue). 

Cette petite espèce est plus répandue que les autres ; elle vit 



198 HISTOIRE NATURELLE. 

dans les bois et les bruyères des hautes Corbières ; se plaît dans 
les régions fraîches, visite les champs de sarrazin, niche dans 
les taillis ou les bruyères épaisses, parmi le genêt à balais, plante 
très-commune dans cette contrée. La chair de cet Oiseau est 
tendre et fort bonne; elle n'est pas sujette à sentir la résine, 
parce qu'il ne se nourrit pas exclusivement de chatons de sapin. 

4. Tétras gelinotte, Tetrao bonasia, Lin.; en cat. Grebul. 

Ce Tétras ne se reproduit point sur nos montagnes; mais il 
visite tous les ans notre département en automne. C'est toujours 
à l'époque des vendanges qu'il exécute ses voyages , et c'est alors 
qu'on en apporte sur nos marchés. Sa chair est très-délicate, 
et cet Oiseau, toujours bien recherché, se vend très-cher. 

Pendant notre occupation en Espagne, dans la province de 
Valladolid, nous allions chasser la Gelinotte dans les bois de 
fuentés qui bordent le Duero. Elle s'y reproduit, et lorsque, 
vers la fin d'août, nous trouvions une compagnie de ces oiseaux, 
nous étions sûr d'en abattre un grand nombre, de jeunes surtout. 

5. Tétras rouge, Tetrao scoticus, Lath. 
N'a jamais été observé dans ce département. 

6. Tétras ptarmigan, Tetrao lagopus, Lin.; en catalan 

Perdiu blanca. 

Cette espèce ne quitte jamais les hautes régions du dépar- 
tement; elle se plaît parmi les neiges, où elle se vautre 
à la manière des Poules sur le sable. On la voit toujours 
par compagnies nombreuses , excepté à l'époque de la ponte. 
Lorsque le froid est trop rigoureux, elle descend dans les vallées 
plus tempérées, jamais dans la plaine. Elle perd au printemps 
la belle couleur blanche qu'elle avait conservée pendant tout 
l'hiver; elle revêt alors une couleur grisâtre, jaspée de jaune, 
qu'elle garde tout l'été. De sorte qu'on peut avoir cet Oiseau de 



OISEAUX. 199 

trois robes différentes, selon l'époque où on le tue: en hiver, 
plumes blanches, excepté les rémiges extérieures de la queue et 
des ailes qui sont noires; au printemps et en automne, plumes 
bariolées, sur un fond blanc plus ou moins prononcé, et en été, 
plumes grises, jaspées de jaune. Sa chair est coriace et conserve 
une odeur qui tient probablement à sa nourriture. 

7. Tétras des saules, Tetrao saliceti, Temm. 
Cette espèce n'a jamais paru dans notre département. 

GENRE CINQUANTE-UNIÈME. 

Ganga, Pterocles, Temm. 

Caractères. — Bec médiocre, comprimé, grêle dans 
quelques espèces; mandibule supérieure droite, courbée 
vers la pointe ; narines basales, à moitié fermées par une 
membrane couverte par les plumes du front, ouvertes en 
dessous ; pieds à doigts courts , celui de derrière pres- 
que nul, s'articulant très -haut sur le tarse, les trois 
doigts de devant réunis jusqu'à la première articulation 
et bordés de membranes , le devant du tarse couvert de 
petites plumes très-courtes, le reste nu. Ongles très- 
courts, celui de derrière acéré, ceux de devant obtus; 
queue conique , dans quelques espèces , les deux plumes 
du milieu allongées en fils; ailes longues, acuminées. 

Les Gangas vivent dans les plaines et dans les déserts 
sablonneux des contrées chaudes; ils ne sont pas com- 
muns en Europe. Ce sont des oiseaux voyageurs, aimant 
à se déplacer; ils parcourent d'un vol soutenu.de vastes 
solitudes; ils nichent à terre dans les sables et les 
bruyères. 



200 HISTOIRE NATURELLE. 

1. Ganga unibande, Pterocles arenarius, Temm. 

Cette espèce est excessivement rare dans ce département. Une 
seule fois, depuis que je m'occupe d'ornithologie, j'ai vu cet 
Oiseau au marché de Perpignan. On peut dire qu'il y vient très- 
accidentellement, et par des causes fortuites que je ne puis 
apprécier. 

Au moment où je mets en ordre cet article, 18 octobre 1859, 
on m'apporte un second individu du Ganga-Unibande. C'est 
une femelle fort jolie et adulte ; on l'a tuée dans les garrigues 
de Saint-Nazaire , et la femme qui me l'a remise n'a pas manqué 
de dire : « Voici un Oiseau que vous n'avez jamais vu. Mon 
mari, qui est braconnier, dit qu'il n'en avait jamais tué de pareil, 
quoiqu'il ait chassé beaucoup de Gangues. » 

J'ai observé ce Ganga dans la province de Valladolid , lorsque 
nous occupions l'Espagne pendant les guerres du premier Empire; 
il se reproduit dans les vastes steppes de cette contrée. Toujours 
solitaire et fuyant de très-loin, il était très-rare de pouvoir le 
tuer, à moins qu'il ne vint passer à portée du chasseur. Je l'ai 
aussi vu dans les garrigues de Miranda de Ebro. 

2. Ganga cata, Pterocles setarius, Temm.; en catalan 

Ganga, Perdiu d'Angleterre, Perdiu de garriga. 

Cette espèce abonde dans ce département où elle se reproduit. 
Toujours farouche et méfiante, il est très-difficile de l'approcher. 
Cet Oiseau se tient constamment dans les plaines découvertes ou 
dans les garrigues; il est très-rare qu'on puisse le tirer à portée. 
On le tue à l'abreuvoir. Lorsqu'on a découvert l'endroit où il vient 
boire, on s'embusque dans les taillis; on saisit le moment où il 
plonge la tête dans l'eau à la manière des Pigeons : c'est le seul 
moyen de s'en procurer quelques-uns. En hiver, lors de la chasse 
aux Alouettes à la lumière, on rencontre quelques Gangas qu'on 
prend endormis. Ces Oiseaux ne se réunissent jamais en grand 
nombre; ils vivent par groupes de trois à quatre. 






OISEAUX. 201 

Le mâle, en amour, fait entendre un cri grave et rauque; il 
épanouit la queue en éventail, en la portant par côté et la laissant 
traîner à terre, pour la relever ensuite comme le Paon; laissant 
alors tomber ses ailes, il fait la roue, piaffe et s'agite beaucoup 
pendant quelques instants. 

La femelle pond trois à cinq œufs sur quelques brins de paille, 
rassemblés entre des pierres ou des mottes de terre, en rase 
campagne. Les œufs sont gros comme ceux de la Perdrix-Rouge, 
moins pointus vers le petit bout, d'un blanc sale, tachés de noir 
et de jaune; ces taches sont irrégulièrement parsemées, et plus 
grosses vers le gros bout. La chair du Ganga est coriace ; les 
jeunes sont plus estimés. 

M. Boubée, dans son Bulletin de Voyages, parle d'un Ganga 
noir qui se trouve dans les environs de Perpignan. Nous pensons 
qu'il a été induit en erreur par la personne qui lui a donné ce 
renseignement. Nous n'avons jamais observé cette prétendue 
espèce ; nous pensons du moins que, si elle existait, ce serait un 
phénomène qu'on devrait attribuer à quelque cause acci- 
dentelle, comme cela arrive à d'autres oiseaux qui souvent ont 
des couleurs différentes de leur plumage ordinaire sans qu'on 
puisse l'expliquer. 

Nous avons vu beaucoup de ces Oiseaux. On en porte tous les 
jours à notre marché de Perpignan, et nous n'avons jamais 
observé d'autres changements à leur robe que ceux occasionnés 
par la mue, et qui consistent à avoir les plaques de leur robe 
plus ou moins variées; le noir n'y domine jamais. 

GENRE CINQUANTE-DEUXIÈME. 

Perdrix, Ver dix, Lath. 

Caractères. — Bec court, comprimé, fort, nu à sa base; 
mandibule supérieure fortement voûtée, courbée vers la 
pointe, couvrant l'inférieure; narines à moitié fermées 



202 HISTOIRE NATURELLE. 

par une membrane nue; trois doigts devant et un derrière, 
les antérieurs réunis par une membrane jusqu'à la pre- 
mière articulation ; queue composée de quinze à dix-huit 
pennes; ailes courtes. 

Les Perdrix sont abondantes dans certaines contrées; 
elles sont très-multipliées dans les climats tempérés et 
chauds. Elles passent toute leur vie à terre, et ne volent 
que lorsqu'on les surprend ; elles vivent par couples ; une 
fois unis, le mâle ne quitte point la femelle; il est rare 
qu'un autre accident que la mort les sépare ; lorsque les 
jeunes sont éclos, la mère les conduit, les avertit par ses 
cris des dangers qui les menacent, et les rappelle quand 
ils se sont séparés; ils restent ainsi réunis en famille 
jusqu'au printemps. 

l re Section. — Francolins à collier roux. 
Cette espèce n'a pas été observée dans le département. 

2 rae Section. — Perdrix proprement dites. 

Les tarses munis d'une callosité ou entièrement lisses; 
elles vivent dans les champs et ne se perchent point sur 
les arbres. 

2. Perdrix bartavelle, Perdix saxatilis, Mey.; en catalan 

Perdiu de roca. 

Celte espèce est assez rare dans le département; nous ne la 
voyons jamais dans la plaine; elle se tient dans les montagnes 
calcaires des hautes Corbières. Les paysans qui portent le charbon 
deTuchan et deVingrau,nous en apportent quelquefois. On confond 
cette Perdrix avec la Rouge ; elle est cependant un peu plus grosse. 

3. Perdrix rouge, Perdix rubra, Lath.; en catalan Perdiu 

roja; les jeunes, Perdigalls. 



OISEAUX. 203 

La Perdrix-Rouge est très-commune dans la plaine, dans les 
basses montagnes, dans nos vallées, nos vignes et nos olivettes; 
elle se plaît et se multiplie partout. Elle fait deux couvées, quel- 
quefois trois, qui sont ordinairement de quinze à vingt œufs. 
La mère conduit les petits, et a pour sa progéniture un 
amour vraiment admirable; car, si l'on vient à surprendre sa 
jeune famille, elle emploie toute sorte de moyens ingénieux pour 
la sauver; elle ne craint pas même de braver le péril pour atteindre 
ce but. La chair de la Perdrix est très-estimée ; elle a un goût 
particulier qu'on ne trouve point aux autres oiseaux; les jeunes 
Perdreaux surtout sont très-recherchés, aussi leur fait-on une 
chasse à outrance. 

La robe de la Perdrix varie accidentellement. Nous possédons 
des individus dont le poitrail est blanc, ainsi qu'une partie des 
ailes et du croupion; la tête est toute jaspée de blanc. Un autre 
individu a la robe marron-clair, et la partie supérieure de la tête 
de la même couleur que la Perdrix-Rouge ; les mailles des flancs 
à peine marquées d'une teinte légère. Un autre individu entiè- 
rement blanc : celui-ci faisait partie d'une volée de dix-huit ou 
vingt; il habitait le bois des Abeilles, dans la vallée de Ranyuls. 
Un chasseur le remarqua parmi les Perdrix de cette compagnie, 
et il le poursuivit pendant plusieurs jours sans pouvoir l'ajuster, 
car il partait le premier et était toujours en avant des autres. 
Ce sujet figure dans les collections du Cabinet d'Histoire natu- 
relle de la ville de Perpignan. 

4. Perdrix gambra, Perdix petrosa, Lath. 

Nous ne l'avons pas encore vue dans ce département. 

5. Perdrix grise, Perdix cinerea, Lath.; en catalan Perdiu 

xerri, Perdiu grise. 

Cette espèce est très-abondante dans les parties élevées de nos 
montagnes , les environs de Mont-Louis , le Capcir, la Cerdagne , 



204 HISTOIRE NATURELLE. 

Prats-de-Mollô ; elle se tient dans les champs de blé et de sarrazin, 
de préférence aux bois; elle est toujours par bandes. Moins esti- 
mée que la Perdrix-Rouge, elle se reproduit dans ces localités 
et s'en éloigne rarement. Nous ne la voyons jamais dans la plaine. 

3 me Section. — Cailles. 

Caractères. — Queue courte, penchée en bas et cachée 
par les plumes du croupion ; la première rémige des ailes 
la plus longue. 

Les Cailles sont voyageuses; elles se réunissent en 
grand nombre pour leurs migrations. 

6. Caille ordinaire, Perdix columix, Lath.; en catalan 
G ailla. 
Les Cailles nous arrivent au printemps des côtes d'Afrique. 
Plus le vent du nord est violent, plus elles sont abondantes ; elles 
se répandent par nuées dans nos vastes plaines. On leur fait 
diverses chasses et on en prend considérablement. Nous possé- 
dons plusieurs variétés, qui diffèrent par la couleur du plu- 
mage. Nous citerons parmi les plus précieuses, un individu dont 
le plumage est vert ; un autre dont le plumage est noir avec des 
taches jaunes, le bec, les jambes et les pieds sont très-noirs; ce 
sujet fut tué en août 1830. M. Temminck prétend que la couleur 
noire des Cailles en captivité , vient de la graine de chanvre pro- 
diguée comme nourriture. La nôtre fut prise dans les champs; 
c'est donc ù une autre cause que doit être attribuée cette couleur. 
Enfin, d'autres individus, par opposition, sont blancs. M. Canta 
possédait une Caille couleur café-au-lait, et une autre qui avait 
les rémiges des ailes toutes blanches. 

GENRE CINQUANTE-TROISIÈME. 

Turnix, Hemipodius, Temm. 
1. Turnix à croissant, Hemipodius lunatus, Temm. 



1 

OISEAUX. 205 

2. Turnix tachydrorae, Hemipodius taclujdromus, Temm. 

Je n'ai pas vu ces deux espèces d'Oiseaux; mais, feu M. Xatart, 
de Prats-de-Mollô , naturaliste distingué , m'avait assuré qu'elles 
vivaient sur les pelouses des parties basses de nos Pyrénées. 
Je n'ai pu me les procurer pour les examiner. 



ONZIEME ORDRE. 

ALECTORIDES. 

Caractères. — Bec plus court que la tête ou de la même 
longueur, robuste, fort et dur; mandibule supérieure 
courbée, convexe, voûtée, souvent crochue à la pointe; 
pieds à tarses longs, grêles; trois doigts devant, un 
derrière; le postérieur articulé plus haut sur le tarse 
que ceux de devant. 

Cet Ordre a été divisé par M. Temminck, en Campes- 
tres et en Riverains, et se compose tout entier d'Oiseaux 
étrangers à l'Europe , à l'exception d'un seul , le Genre 
Glaréole, qui vit sur notre littoral. 

GENRE CINQUANTE-QUATRIÈME. 

Glaréole, Glareola, Briss. 

Caractères. — Bec court, convexe en dessus, très-fendu; 
mandibule supérieure crochue à son extrémité; le doigt 
postérieur ne portant a terre que sur le bout; les ailes 
longues et pointues. 

Les Glaréoles ont été rangés dans différents Genres; 
ce sont des Oiseaux des climats tempérés. M. Temminck, 



206 HISTOIRE NATURELLE. 

dit : « Ils fréquentent les bords des eaux douces et lim- 
« pides ; leur apparition sur les bords de la mer est très- 
« rare. » Nous sommes loin de vouloir critiquer les obser- 
vations d'un savant aussi distingué que M. Temminck; 
cependant , notre province ne manque point de cours 
d'eaux douces et limpides , puisque le bassin du 
Roussillon, qui n'a pas une forte étendue, est traversé 
par quatre rivières assez importantes, qui vont aboutir à 
la mer, et les Glaréoles ne se voient jamais sur les bords 
de nos rivières ; on les voit constamment le long du lit- 
toral, toujours sur le bord de la mer, cherchant les 
insectes qui sont rejetés par les vagues. Us nichent sur 
les sables maritimes , et leurs petits , en sortant du nid , 
suivent la mère sur ces mêmes sables. Nos paysans ne 
connaissent ces oiseaux que sous le nom de Perdrix-de- 
Mer; dénomination que leur avait déjà donnée Buffon, en 
l'accompagnant d'une figure très-exacte. 

Les Glaréoles ont le vol très-rapide ; s'élèvent haut et 
se soutiennent longtemps dans l'air, en faisant entendre 
leur cri d'appel, qu'ils répètent aussi lorsqu'ils cou- 
rent sur la grève avec une rapidité étonnante ; ils nichent 
sur le sable , sans s'occuper beaucoup de la préparation 
de leur nid. 

1. Glaréole à collier, Glareola torquata, Mey.; en catalan 
Perdiu de mar, Pica palsol. 

Ces Oiseaux viennent sur nos plages au commencement 
d'avril, y séjournent tout l'été; et, lorsque l'éducation de leurs 
petits est complète, ils quittent le département. Nous n'en voyons 
aucun en hiver; ils sont de passage régulier. 



OISEAUX. 201 

DOUZIÈME ORDRE. 

COUREURS. 

Caractères. — Bec médiocre ou court; tarses longs, nus 
au-dessus du genou ; les yeux grands ; point de pouce , 
seulement deux ou trois doigts dirigés en avant. 

Les Oiseaux qui composent cet Ordre, vivent toujours 
dans les champs et dans les lieux déserts , évitant les bois 
et les taillis; ils se nourrissent de graines, d'insectes et 
d'herbes. Quelques espèces ont les ailes impropres au 
vol ; les autres volent peu et près de terre ; aussi courent- 
ils avec une grande célérité, non-seulement lorsqu'ils sont 
poursuivis, mais aussi d'habitude. Tous les Coureurs 
doués de la faculté de s'élever de terre , étendent leurs 
jambes en arrière lorsqu'ils volent; ils sont très-farouches, 
rusés pour se soustraire aux poursuites des hommes, et 
par là difficiles à observer. 

GENRE CINQUANTE-CINQUIÈME. 

Outarde, Otis, Lin. 

Caractères. — Bec de la longueur de la tête ou plus court, 
droit, conique, comprimé ou légèrement déprimé à la base; 
pointe de la mandibule supérieure un peu voûtée; narines 
ovales, ouvertes, rapprochées, éloignées de la base; pieds 
longs, nus au-dessus du genou, trois doigts devant, courts, 
réunis à leur base, bordés par des membranes; ailes mé- 
diocres. 

Les Outardes sont des oiseaux lourds, qui se tiennent 
plus à terre qu'ils ne volent; et lorsque par la course elles 



208 HISTOIRE NATURELLE. 

ne trouvent plus moyen de se soustraire aux poursuites, 
on les voit raser la terre par un vol rapide et soutenu. 
Elles vivent dans les campagnes couvertes de broussailles, 
dans les champs ensemencés de blé et découverts; elles 
se nourrissent d'herbes , d'insectes , de graines et de 
semences. Un mâle suffit à plusieurs femelles, qui vivent 
solitaires après avoir été fécondées. Leur chair est déli- 
cate; c'est un mets très-recherché. 
Ces Oiseaux sont divisés en deux sections : 

l re Section. — Les mandibules comprimées à la base. 

1. Outarde barbue, Otis tarda, Lin.; en catalan Pioc 

salvatge. 
Ce n'est que pendant les hivers les plus rigoureux que les 
Outardes, surtout la Barbue, viennent visiter nos plaines: elles 
n'y sont jamais communes. Ce fut dans l'hiver exceptionnel de 
1829 à 1830, qui fit descendre dans notre département le ther- 
momètre centigrade à 9°-0, que nous vîmes cette Outarde en 
grand nombre. Notre marché de Perpignan en fut bien pourvu, 
mais on y vit fort peu de mâles. La chair de cette Outarde est 
fort recherchée, et, comme on la voit rarement dans le pays, elle 
est toujours très-chère. 

2. Outarde canepetière, Otis tetrax, Lin. 

Cette dernière passe régulièrement en mars et en septembre. 
C'est dans cette dernière saison qu'on en tue beaucoup, et qu'on 
la voit abondamment sur nos marchés ; elle est plus rare en mars. 
Si les hivers sont bien rigoureux, on la voit en grand nombre 
dans nos plaines de la Salanque, sur les bords des étangs salés et 
sur la plage de la mer. On ne voit ordinairement que des femelles; 
un seul mâle a été apporté au marché de Perpignan depuis que 
je m'occupe d'ornithologie; ce fut pendant le grand hiver de 1 829 : 
depuis lors je n'ai plus vu cet Oiseau. 



OISEAUX. 209 

2 me Section. — Les mandibules déprimées à la base. 

5. Outarde houbara, Otis houbara, Lin. 

Nous avons vu une seule fois cet Oiseau. On l'avait apporté au 
marché de Perpignan; mais il était tellement mutilé, qu'il nous 
fut impossible de le préparer. Nous en constatâmes l'espèce par 
la description qu'en donne M. Temminck. 

GENRE CINQUANTE-SIXIÈME. 

Court- Vite, Cursorius, Lath. 

Caractères. — Bec plus court que la tête, déprimé à la 
base, un peu voûté à la pointe, faiblement courbé, pointu; 
narines ovales, surmontées par une petite protubérance; 
pieds longs, grêles, trois doigts très -courts, presque 
entièrement divisés , doigt intérieur, de moitié plus court 
que celui du milieu; ongles très-petits; ailes médiocres, 
grandes couvertures aussi longues que les rémiges. 

Ce Genre ne comprend que trois espèces connues; 
une seule espèce se montre très-accidentellement dans 
les pays les plus méridionaux de l'Europe : nous la 
voyons fort rarement dans les terrains sablonneux de 
ce département. Ces Oiseaux courent avec une vitesse 
extrême sur les sables de la plage. 

1. Court- Vite isabelle, Cursorius isabellinus, Mey. 

Cet Oiseau étant très -rare, et son apparition ne se faisant 
remarquer qu'à des intervalles trés-éloignés, je crois essentiel 
d'en donner la description. L'individu qui est sous nos yeux, 
diffère en quelques points de la description qui en a été donnée 
par Buffon et Temminck. 

Description. — Bec plus court que la tête, noir, déprimé à sa 
base, un peu voûté à la pointe, qui est très-aigu ë, légèrement 



210 HISTOIRE NATURELLE. 

courbée; narines ovales, surmontées d'une petite protubérance; 
pieds longs, grêles, trois doigts très-courts, presque entièrement 
divisés, l'extérieur uni par une membrane jusqu'au tiers de sa 
longueur, l'intérieur de moitié plus court que celui du milieu ; 
ongles très-petits , noirs et fort acérés ; ailes médiocres , la pre- 
mière rémige presque aussi longue que la deuxième , qui est la 
plus longue ; grandes couvertures, aussi longues que la quatrième 
rémige. Front, parties inférieures, cou, dos, queue et couvertures 
alaires d'un roux-isabelle ; quelques taches d'un noir-brunâtre 
parsemées sur les plumes, beaucoup plus nombreuses vers 
l'extrémité des grandes couvertures; rémiges noires, bordées 
de cendré; quelques taches noires, disposées en zig-zag, se font 
remarquer à l'extrémité des plumes du manteau; plumes atta- 
chées à la mandibule inférieure et gorge blanchâtres; un trait 
noir part des yeux et se dirige vers la nuque, et en s'unissant avec 
celui du côté opposé, ils forment une pointe. Les plumes qui 
forment celte raie sont couleur isabelle à leur origine, noires 
vers leur extrémité et très-serrées, ce qui forme la raie noire. 
Cette raie, qui a environ m 006 de large, est surmontée 
d'une raie blanche, encadrée par une seconde raie noire, moins 
étendue, qui se termine aussi en pointe, et forme un triangle 
dont la pointe est dirigée vers la nuque. Les plumes du front, 
sont couleur isabelle, légèrement pointillées de noir. Le sommet 
de la tête est couleur ardoise-clair, qui devient plus foncée en se 
rapprochant de la raie noire; ces plumes sont assez longues 
pour recouvrir une partie de la seconde raie noire; elles sont 
disposées de manière à faire croire que l'Oiseau les relève à 
volonté. Les pennes de la queue sont de couleur isabelle; les trois 
latérales, de chaque côté, ont une tache noire à leur extrémité; 
les deux suivantes, la quatrième et la cinquième, sont légèrement 
tachées; les autres n'ont point de taches. Nous n'avons pas 
remarqué la tache blanche au centre, que lui donnent Buffon 
et Temminck. Abdomen et couvertures inférieures de la queue, 
blanchâtres; iris noir; jambes et pieds couleur de chair-pâle. 



OISEAUX. 211 

L'Oiseau que nous venons de décrire est un mâle ; il a 27 centi- 
mètres de long. 

On lit dans la deuxième édition du Manuel d'Ornithologie de 
M. Temminck (1840): « Ce n'est qu'accidentellement que des 
« individus égarés de l'une de ces espèces , se montrent dans 
« les pays les plus méridionaux de l'Europe ; leur apparition 
« dans nos contrées, est extraordinairement rare ; on n'en peut 
« citer que quatre exemples positifs. » Il n'est donc pas étonnant 
que son apparition, dans notre département, se fasse à des épo- 
ques très-éloignées. 

Nous n'avons vu cet Oiseau que trois fois : la première fois, 
en octobre 1816. La seconde fois, le 3 novembre 1837. M. Viaud, 
ornithologiste, l'avait acheté au marché de Perpignan, et nous le 
communiqua pour en faire la description, que nous présentâmes 
à la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées- 
Orientales. La troisième fois, fin octobre 1849. Voilà donc 
trois sujets pris dans le département, toujours avec la robe 
d'automne. Il serait à désirer qu'on en prît un au passage de 
mars, pour voir s'il différerait des autres par son plumage. On 
saurait alors s'ils ont une double mue, ce qu'on ignore jusqu'à 
présent. 



TREIZIEME ORDRE. 

GRALLES. 

Caractères. — Bec de forme variée, le plus souvent droit, 
en cône très-allongé, comprimé, rarement déprimé ou plat; 
pieds grêles, longs, plus ou moins nus au-dessus de genou, 
trois doigts devant et un derrière, le doigt postérieur arti- 
culé à niveau de ceux de devant ou plus élevé. 

Ces Oiseaux , dont les espèces sont très-nombreuses , 
sont presque tous demi-nocturnes; tous ont les ailes Ion- 



Î12 HISTOIRE NATURELLE. 

gues et propres à fournir au voyage lointain qu'ils exé- 
cutent périodiquement, et pour lequel ils se réunissent en 
bandes ; plusieurs volent de nuit comme de jour ; ils fré- 
quentent les bords de la mer, des lacs, des fleuves, des 
marais; ils sont très-rusés et farouches. Leur nourriture 
varie avec les lieux et les saisons ; ils mangent indistinc- 
tement des poissons, du frai, des reptiles et des insectes 
aquatiques ou de terre, selon la forme ou la solidité de 
leur bec. Les jeunes, dans leurs migrations, ne suivent 
pas la même route que les vieux. 

l re Division. — Grattes à trois doigts. 
Ils manquent toujours de doigt postérieur. 

GENRE CINQUANTE-SEPTIÈME. 

JEdicnème, JEdienemus, Temminck. 

Caractères. — Bec plus long que la tête, droit, fort, 
très-fendu, renflé à l'extrémité ; narines placées au milieu 
du bec, longitudinalement fendues, percées de part en 
part; pieds longs, grêles; trois doigts devant, réunis par 
une membrane qui se prolonge le long des doigts; queue 
fortement étagée; ailes médiocres. 

L'Europe ne fournit qu'une seule espèce d'iEdicnème, 
qui vit par couples sur les guérets ou les terres incultes. 
Partout sa course est d'une grande célérité; elle voyage 
plus la nuit que le jour, et toujours en poussant un cri 
qui s'entend de très-loin. 

1. iEdicnème criard, JEdienemus crepitans, Temm.; en 
catalan Galdrie , Toru de garriga. 






OISEAUX. 213 

Cet Oiseau habite le département toute l'année; on le trouve 
dans les grandes plaines des Aspres, sur les grands plateaux 
de vignes, et sur les bords des étangs salés. Pendant la nuit, 
il voyage pour chercher sa nourriture, en faisant entendre son 
cri; dans le jour, il reste blotti sous quelque touffe, et n'en 
sort que si on le surprend. Il dépose ses œufs dans quelque 
enfoncement sur la terre, sans la moindre précaution ; sa couvée 
n'est ordinairement que de deux œufs. La chair de cet Oiseau 
n'est pas estimée; elle est coriace. 

GENRE CINQUANTE-HUITIÈME. 

Sanderling, Calidris, Illig. 

Caractères. — Bec médiocre, grêle, droit, mou, flexible 
dans toute sa longueur, comprimé depuis sa base, 
déprimé à la pointe, aplati, plus large que dans le 
milieu, sillon nasal très-prolongé vers la pointe; narines 
latérales, longitudinalement fendues; pieds grêles, trois 
doigts dirigés en avant, presque entièrement divisés; 
ailes médiocres. 

Le genre Sanderling ne compte qu'une seule espèce, 
qui avait toujours été confondue avec le genre Bécasseau. 
Des caractères extérieurs l'en distinguent; ses mœurs 
offrent également des disparités. 

\. Sanderling variable, Calidris arenaria, Lin.; en cata- 
lan Courriol dels grosses. 

Cet Oiseau arrive par grandes bandes ; il séjourne le long des 
côtes maritimes , d'où il ne s'écarte guère que pour aller sur les 
bords des étangs salés; il hiverne dans le département, et disparait 
aussitôt que les beaux jours arrivent. On en porte beaucoup au 
marché de Perpignan. 



214 HISTOIRE NATURELLE. 

GENRE CINQUANTE-NEUVIÈME. 

Échasse, Himantopus, Briss. 

Caractères. — Bec grêle, long, pointu; mandibules can- 
nelées latéralement jusqu'à la moitié de leur longueur; 
narines latérales, linéaires, longitudinales; pieds très- 
longs, grêles, flexibles, trois doigts dirigés en avant, 
réunis à leur base; ongles très-petits, plats; ailes très- 
longues. 

1. Échasse à manteau noir, Himantopus melanopterus , 
Mey.; en catalan Camas llargas (jambes longues). 

Les Échasses arrivent par petites bandes au commencement 
du printemps, et se réunissent près des marais salés et dans les 
parties basses de la Salanque. Elles fréquentent aussi les bords 
de la mer qui ne sont pas éloignés de ces étangs ; nichent sur de 
petits monticules de terre, au milieu de ces vastes terrains sub- 
mergés, et trouvent dans ces lieux une nourriture abondante. 

Ces Oiseaux nous quittent en septembre; il est très-rare d'en 
voir en hiver. 

GENRE SOIXANTIÈME. 

Huîtrier, Hœmatopus, Linné. 

Caractères.— Bec droit, fort, comprimé, taillé en ciseaux; 
narines latérales, longitudinales; pieds forts, réticulés, 
trois doigts dirigés en avant, bordés par un rudiment 
membraneux, les extérieurs réunis à leur base par une 
membrane ; ailes moyennes , première rémige la plus 
longue. 

Les Huîtriers vivent toujours le long de la mer, sur 
les falaises ou sur la grève ; suivent la lame pour saisir 
les insectes marins qu'elle entraîne sur le rivage; se ras- 



OISEAUX. 215 

semblent en grandes troupes pour leurs voyages, mais 
vivent solitairement pendant le temps de la reproduction. 

1. Huîtrier pie, Hœmatopus ostralegus, Lin.; en catalan 
Garsa de mar. 
L'Huîtrier fréquente nos rivages pendant l'hiver; il ne s'éloigne 
pas des bords de la mer et des étangs salés qui sont près des dunes. 
On en remarque peu au passage du printemps. Je ne pense point 
qu'il se reproduise dans le pays. 

GENRE SOIXANTE-UNIÈME. 

Pluvier, Charadrms, Lin. 

Caractères. — Tête ronde; bec droit, médiocre, presque 
rond, un peu obtus à son extrémité; narines longitudi- 
nales placées au milieu d'une membrane; pieds-grêles, 
longs ou médiocres; le doigt extérieur réuni à sa base à 
celui du milieu par une petite membrane; ailes moyennes, 
première rémige la plus longue. 

Les Pluviers sont nombreux en espèces; on en trouve 
dans toutes les contrées du globe; ils fréquentent les 
bords des étangs, des marais, des fleuves et les plaines 
bumides; ils se nourrissent d'insectes et de vers. 

1. Pluvier doré, Charadrius pluvialis , Lin.; en catalan 

Daurada. 
Cet Oiseau nous arrive par grandes bandes au commencement 
d'octobre , et reste sur nos terres basses pendant toute la saison 
d'hiver. Beaucoup ne restent pas probablement dans ce pays, 
puisqu'il y a aussi en mars un passage considérable qui paraît 
se diriger en sens inverse de celui de l'automne. Cet Oiseau est 
très-estimé; sa chair délicate et fine le fait rechercher. On en 
tue et on en prend beaucoup à la chasse à la lumière, dans les 
nuits très-obscures. 



216 HISTOIRE NATURELLE. 

2. Pluvier guinard, Charadrius morinettus, Lin. 

Celle espèce séjourne tout l'hiver dans les parties basses du 
département, le long des rivières, des étangs salés et de la grève. 
On en porte beaucoup au marché ; on la prend aux lacets tendus 
pour les Bécassines; sa chair est estimée. Elle niche dans le 
Nord de la Russie. 

5. Grand Pluvier à collier, Charadrius hiaticula, Lin.; 
en catalan Courriol. 

On voit ce petit et joli Oiseau se répandre par petites bandes 
sur les bords de la mer, des cours d'eau et dans les lieux où le 
sable abonde, courant avec une rapidité étonnante, se poursui- 
vant, faisant de petites volées et. criant toujours. Il reste 
dans le département toute la belle saison, et s'y reproduit; il nous 
quitte dès que le mauvais temps arrive. Il ne prend pas de grandes 
précautions pour établir son nid; c'est entre les pierres ou les 
coquillages, sur le sable nu, qu'il dépose quatre ou cinq œufs, que 
la femelle couve, et qui ne s'éloigne guère de l'endroit où elle 
a déposé sa couvée, si on l'inquiète, et pousse des cris très- 
aigus qu'elle ne cesse de répéter tant qu'on est près de son nid. 

4. Petit Pluvier à collier, Charadrius minor, Mey. 

Cette espèce vit plus particulièrement sur les bords des che- 
mins sablonneux, le long des torrents et des rivières; ne va 
presque pas sur les bords de la mer. Elle est, comme les autres 
espèces, très-vive, ne restant jamais tranquille , et poussant pen- 
dant son vol et sa course un cri de détresse très-aigu. Elle pond 
aussi sur le sable, auprès de quelque touffe de graminée. 

5. Pluvier à collier interrompu, Char, cantianus, Lath. 

Plus rare que les autres espèces , ce Pluvier ne quitte pas les 
bords de la mer et des étangs salés; y passe toute la belle saison 
et s'y reproduit. Son nid n'est pas mieux soigné que celui des 



OISEAUX. 217 

autres espèces; c'est aussi dans un trou de sable qu'il dépose ses 
œufs. Les trois espèces visitent tous les ans le département; s'y 
reproduisent, et y passent la belle saison. La vitesse avec laquelle 
il parcourt les sables des parties marécageuses et des petits 
ruisseaux de l'intérieur des terres, lui a fait donner le nom 
catalan de Courriol, qui veut dire coureur. 

2 me Division. — Gralles à quatre doigts. 

Le pouce est toujours distinct; mais il varie en lon- 
gueur. 

GENRE SOIXANTE-DEUXIÈME. 

Vanneau, Vanellus, Briss. 

Caractères. — Bec court, grêle, droit, comprimé, pointe 
des deux mandibules renflée ; fosse nasale de la longueur 
des deux tiers du bec; narines longitudinales; tarses grêles; 
trois doigts devant, un derrière, celui-ci n'appuyant pas à 
terre; ailes acuminées ou amples. Quelques espèces étran- 
gères ont le poignet de l'aile armé d'un éperon long et 
acéré. 

Les Vanneaux sont, comme tous les oiseanx vermivores, 
de passage régulier à deux époques de l'année. Ils voya- 
gent en famille; ont le vol élevé et soutenu; habitent les 
lieux humides et inondés où ils cherchent les vers, les 
insectes aquatiques, les petits limaçons, dont ils font leur 
nourriture. 

l rc Section. — La première rémige de l'aile la plus longue. 

4. Vanneau pluvier, Vanellus melanog aster, Bech.; en cat. 
Pigre ciels grisos. 

Ce Pluvier vit dans le pays pendant toute la mauvaise saison. 



218 HISTOIRE NATURELLE. 

Il fréquente les parties basses de laSalanque, près des prairies 
inondées; on le voit par petites bandes. On le prend facilement, 
parce qu'il n'est pas d'un naturel farouche et qu'on peut l'appro- 
cher pour le tirer. La mue change beaucoup sa robe, de sorte, 
qu'en automne, on croit voir un tout autre oiseau. Dès que le 
mois de mars arrive, cet Oiseau quitte le pays pour aller se 
reproduire vers le nord. 

2 me Section. — Les trois rémiges extérieures également étagées; 
la quatrième et la cinquième les plus longues. 

2. Vanneau huppé, Vanellus cristatus, Mey.; en catalan 
Pigre upat. 

Ces Vanneaux nous visitent vers la fin d'octobre; se répandent 
sur nos prairies basses et nos champs humides par troupes assez 
nombreuses; restent toute la mauvaise saison dans le pays, et, 
comme tant d'autres espèces, l'abandonnent en mars pour aller 
se reproduire dans un autre climat. Nous les voyons souvent 
mêlés à des bandes d'Étourneaux avec lesquels ils vivent d'assez 
bonne intelligence. Ce Vanneau est très-méfiant; il est très- 
difficile à tirer, parce qu'il ne se laisse pas approcher. Toutefois 
on en prend beaucoup , soit au lacet, soit à la chasse à la lumière 
pendant la nuit. Sa chair est un mets si délicat, que son nom est 
passé en proverbe. 

GENRE SOIXANTE-TROISIÈME. 

Tourne-Pierre, Strepsilas, Illig. 

Caractères. — Bec médiocre, dur à la pointe, fort, droit, 
en cône allongé, légèrement courbé en haut, arête aplatie; 
pointe droite, tronquée; narines longues, latérales, à 
moitié fermées par une membrane, percées de part en 
part; pieds médiocres, trois doigts devant et un derrière, 
ce dernier articulé sur le tarse; ailes acuminées. 



OISEAUX. 219 

\. Tourne-Pierre à collier, Strepsilas collaris, Temm.; 
en catalan Ramena rocs (remue pierres). 

On le trouve constamment sur la grève ou sur les bords des 
étangs, jamais en grand nombre; il passe ici toute la mauvaise 
saison. L'habitude propre à cet Oiseau de chercher sa nourriture 
sous chaque pierre, qu'il tourne avec beaucoup de dextérité au 
moyen de son bec, dur, court et comprimé vers le bout, lui a valu 
le nom qu'il porte en catalan. On le voit souvent examiner 
soigneusement un petit emplacement, retourner chaque pierre, 
et y saisir les vers et les insectes qui s'y sont réfugiés. Lorsqu'il 
est gras , sa chair est de bon goût. 

GENRE SOIXANTE-QUATRIÈME. 

Grue, Gras, Pallas. 

Caractères. — Bec de la longueur ou plus long que la 
tête, fort, droit, comprimé, pointe en cône allongé , obtus 
vers le bout; base latérale de la mandibule profondément 
cannelée; arête élevée; narines au milieu du bec, percées 
de part en part dans la rainure, fermées par derrière par 
une membrane; région des yeux et base du bec souvent 
nues ou couvertes de mamelons; pieds longs, forts, un 
grand espace nu au-dessus du genou sur les trois doigts 
de devant, celui du milieu est réuni à l'extérieur par un 
rudiment de membrane, l'intérieur divisé, le doigt pos- 
térieur s'articulant plus haut sur le tarse; ailes médio- 
cres, la première rémige plus courte que la deuxième, 
et celle-ci presque aussi longue que la troisième qui est 
la plus longue; pennes secondaires les plus proches du 
corps arquées, ou très-longues et subulées chez quelques 
espèces étrangères. 

Ces Oiseaux voyageurs , dont une seule espèce est 



220 HISTOIRE NATURELLE. 

connue en Europe, cherchent en hiver les climats doux et 
tempérés. Nous les voyons arriver en octobre par bandes 
considérables, rangés à la file l'un de l'autre, formant 
ordinairement un triangle et à une élévation telle qu'à 
peine on peut les distinguer. Un cri très-sonore qu'ils 
répètent souvent, avertit de leur passage. Si le temps est 
beau ils ne font que traverser le département; mais, si le 
mauvais temps se déclare au moment de leur passage, 
ils se rabattent sur nos champs ensemencés ou dans les 
immenses prairies de nos contrées basses, où d'ordinaire 
ils ne séjournent pas longtemps; ils vont passer l'hiver 
plus au midi. En mars, nous les voyons passer de nouveau, 
gagnant le nord pour aller s'y reproduire. 

1. Grue cendrée, Grus cinerea, Bech.; en catalan Grua, 
Gabilan. 

La Grue ne fait que passer au printemps et en automne. Si elle 
est contrainte par le mauvais temps de s'arrêter dans nos parages, 
on en tue alors quelques-unes qu'on porte sur notre marché. 
Il y a quelques années qu'un métayer des environs de Céret vit 
une compagnie de Grues s'abattre dans une prairie de sa ferme: 
un violent orage avait forcé ces oiseaux à s'arrêter; c'était à la 
chute du jour. Dès que la nuit fut bien sombre, il se dirigea, muni 
d'une lanterne, vers l'endroit où étaient les Grues, en saisit deux 
par le cou et les emporta vivantes. 

Les Grues sont des oiseaux connus de la plus haute antiquité ; 
il en est question dans les livres les plus anciens ; il est vrai que 
la fiction et le merveilleux se trouvent dans leurs récits tenir lieu 
de la vérité. Cependant, l'observation constante de la périodicité 
de leur migration, la direction de leurs courses, l'époque de leur 
arrivée, ainsi que celle de leur départ, la concordance de leur 
apparition avec telle époque de l'année, et la variation de ces 






OISEAUX. ±21 

apparitions, suivant que les saisons avaient suivi leurs cours 
régulier, ou avaient éprouvé quelque perturbation , tout cela est 
un témoignage certain de l'intérêt que ces oiseaux avaient inspiré 
aux anciens peuples. Ces admirables observations avaient porté 
les anciens à tirer des pronostics qu'ils avaient appliqué à 
l'agriculture;, mais tout cela est mêlé d'un merveilleux dont 
il est difficile d'apprécier les motifs. 

Généralement, on méprise la chair de la Grue. Cette opinion 
tient sans doute à la manière de l'apprêter : tel mets paraît 
souvent détestable, qui, approprié avec soin, serait très-bon à 
manger. Nous avons l'ait préparer des Grues, qui ont été trouvées 
excellentes par tous ceux qui en ont goûté. Il faut dire aussi 
que nous avions eu le soin de faire enlever la peau de l'oiseau, et 
laissé ignorer aux convives le mets qu'ils avaient devant les yeux. 

GENRE SOIXANTE-CINQUIÈME. 

Cigogne, Ciconia, Briss. 

Caractères. — Bec long, fort, uni, droit, cylindrique, en 
cône allongé, aigu, tranchant; arête arrondie, d'égale 
hauteur avec la tête ; mandibule inférieure se recourbant 
un peu en haut; narines longitudinalement fendues, pla- 
cées près du front; tour des yeux nu; jambes longues, 
nues; les doigts de devant réunis par une membrane à 
leur base; ongles courts, déprimés, sans dentelures; ailes 
médiocres. 

Les Cigognes ont, de tout temps, attiré l'attention des 
peuples qui les ont connues; elles sont au nombre des 
espèces privilégiées. Dans tous les pays du monde on 
s'abstient de les tuer, à raison des grands services qu'elles 
rendent en détruisant une multitude d'animaux nuisibles, 
comme les reptiles, rainettes et leur frai; elles se nour- 



222 HISTOIRE NATURELLE. 

rissent aussi de poissons et de petits mammifères. Elles 
émigrent par grandes bandes, mais ne séjournent pas 
dans les Pyrénées-Orientales. 

1. Cigogne blanche, Ciconia alba, Bellon; en catalan 

Ganta, Cigonya. 

De passage en automne et au printemps, cet Oiseau ne 
séjourne pas dans nos contrées ; il s'arrête peu de temps 
dans nos marécages pour y prendre quelque nourriture, et 
il continue son voyage. Nos paysans en tuent toutefois quel- 
qu'un. Il n'en est pas ainsi dans les pays où il se reproduit. 
Je l'ai vu en Pologne et dans la province de Valladolid, en 
Espagne, nicher sur les toits des maisons et des clochers; 
confiant, et sans nulle crainte de l'homme, il va jusque dans 
les jardins, chercher à côté de lui la nourriture destinée à sa 
couvée. On le voit passer, entraînant avec son bec, de longs 
serpents qu'il apporte à ses petits. Des peines sévères au- 
raient été infligées à celui qui aurait tué un de ces Oiseaux. 
Les jeunes Cigognes font entendre continuellement un cliquetis 
désagréable avec leur bec, qui finit par importuner cejui qui loge 
auprès d'une nichée. 

La Cigogne choisit toujours la partie la plus élevée d'un édifice 
pour y construire son nid, qui est fait de bûchettes entrelacées 
avec du gramen et autres matières végétales. J'ai été témoin d'un 
fait curieux, à Astorga, pays des Maragatos. Sur le clocher de 
l'église principale, est placé, sur une tige en fer d'une certaine 
élévation, un mannequin en fer ou en tôle, qui sert de girouette. 
Ce mannequin, dont les proportions sont colossales, est en cos- 
tume du pays , le chapeau qui couvre sa tête est à larges bords ; 
c'est sur le chapeau de ce mannequin qu'une paire de Cigognes 
avaient établi leur nid. J'ai pu les contempler toute une année, des 
fenêtres de mon logement, très-voisin de cette église ; et lorsqu'il 
faisait du vent, ces Oiseaux étaient balancés par les mouvements 



OISEAUX. 223 

de la girouette qui tournait sans cesse sans les déranger. Les 
habitants assurent que cela existe de temps immémorial, et que 
tous les ans une famille élève ses petits sur la tête du Muragato. 

2. Cigogne noire, Ciconia nigra, Bellon; en catalan 

Ganta negra. 

Cette Cigogne paraît, à de rares intervalles, dans ce dépar- 
tement. Je n'en ai vu que deux au marché de notre ville, et 
toujours au printemps. Elles furent tuées dans les marais du 
Cagarell, près Canet. 

Cette année (16 septembre 1861) un chasseur a surpris, de 
très-grand matin , dans les garrigues de Pézilla , une famille de 
Cigognes-Noires. Elles étaient au nombre de cinq, quand elles 
se sont levées; un coup de fusil en a abattu deux, précisément 
mâle et femelle adultes. Je les ai préparées pour la collection de 
la ville. C'est la seule fois que je vois cet Oiseau au passage 
d'automne. 

GENRE SOIXANTE - SIXIÈME . 

Héron, Ardea, Lin. 

Caractères. — Bec long, fort, droit, comprimé, en cône 
allongé, tranchant, aigu; mandibule supérieure faible- 
ment cannelée; arête arrondie; narines latérales, presque 
à la base du bec; yeux entourés par une nudité qui com- 
munique avec le bec; jambes et doigts longs; l'extérieur 
et celui du milieu réunis à leur base; le doigt postérieur 
s'articulant intérieurement et à niveau des autres; ongles 
longs, comprimés, aigus, celui du milieu dentelé inté- 
rieurement; ailes médiocres. 

Les Hérons vivent sur les bords des lacs, des rivières 
ou dans les marais. Leur nourriture consiste en poissons 
et leur frai, en grenouilles, moules d'eau douce, en cam- 



224 HISTOIRE NATURELLE. 

pagnols, musaraignes, ainsi qu'en toute sorte d'insectes, 
de limaçons et de vers. Ils se posent rarement sur les 
arbres, et y nichent quelquefois. 

l re Section. — Hérons proprement dits. 

Bec plus long que la tête; une portion du tibia nue; 
ils se nourrissent de poissons. 

1. Héron cendré, Ardea cinerea, Lath.; en catalan Barnad 
pescayre, Capô d'aygua, Agro. 

Cet Oiseau est sédentaire dans ce département; il vit isolé dans 
nos grands marais; il en vient souvent de l'extrême nord, qui 
ne sont que de passage. Cet Oiseau est très-rusé; il se place au 
milieu de l'eau, et reste immobile pendant longtemps, attentif, 
attendant qu'une proie passe à sa portée, pour s'en emparer 
avec son long bec , qu'il dirige comme un trait , avec une 
dextérité surprenante. 

Le nom générique de tous les Hérons est, en langue catalane, 
Capô d'aygua (chapon d'eau), ou Barnad pescayre (sot pêcheur); 
seulement quelques espèces ont des noms particuliers que j'indi- 
querai. 

Les couleurs du plumage de cet Oiseau varient beaucoup selon 
l'âge, ce qui avait donné lieu à une multitude d'espèces que 
M. Temminck a réduites avec juste raison. 

Nous possédons dans le pays plusieurs espèces de Hérons, qui 
sont fort remarquables par la variété de leur taille et par les 
couleurs de leur plumage. 

Plusieurs de ces espèces quittent les bords de la mer 
et des marais, et s'aventurent dans l'intérieur des terres. Nous 
possédons, au Cabinet, un Crabier (Ardea ralloïdes) adulte et 
très-beau, tué à Caudiès, en 1816. M. Palégri, chasseur intré- 
pide, étonné de voir cet oiseau dans ce territoire, le poursuivit et 
parvint à le tuer. Le voyant si beau, il l'envoya à M. Duvilliers 



OISEAUX. 255 

du Terrage, alors préfet de ce déparlement, que les travaux 
administratifs n'empêchaient pas de se livrer avec succès à 
l'histoire naturelle. Ce magistrat me pria de le monter et de le 
joindre à ma collection. C'est un superbe individu, dont la nuque 
est ornée d'une admirable touffe de plumes, belles et effilées. 

Un fait curieux, relatif aux voyages du Héron-Cendré, est digne 
d'être rapporté dans cet article. Un Oiseau de ce genre, mâle et 
adulte, fut tué, le 15 avril 1845, à la métairie des Fanais, appar- 
tenant à M. Lacombe-Saint-Michel. Il portait une plaque en cuivre 
rivée au-dessus du genou, sur laquelle étaient inscrits ces mots 
en allemand : 

Falkenjagd Traduction: Faucon -Héronnier 
gezelsshatc. au bec dentelé. 

N« Lo ol843. N°Lool843. 

Ce fait me parut si singulier, que je rédigeai à ce sujet un 
article que je fis insérer dans le journal du département, où 
j'exposais le fait et où je manifestais l'opinion que cet Oiseau 
s'était échappé de la Ménagerie du Roi de Hollande. Sachant que 
M. Temminck était directeur de cette Ménagerie et du Cabinet 
d'Histoire naturelle, je lui adressai un exemplaire du journal. 
Ce savant naturaliste m'écrivit aussitôt pour me dire que ce 
Héron n'était pas échappé de la Ménagerie du Roi ; mais qu'à 
Loo il existait un Jokei-Club, composé de jeunes gens des familles 
nobles du pays, qui se livraient à la chasse au Faucon, et que 
toutes les fois qu'un Héron était pris, on lui rendait la liberté, 
après lui avoir attaché à la jambe la plaque en question. De sorte 
que ce Héron portait cette plaque depuis deux ans, et il était 
venu se faire tuer dans les Pyrénées-Orientales. 

En 1856, le même fait se répéta. Un Héron de la même espèce 
et portant une plaque pareille, avec la même légende , fut tué à 
Alénya, au bord de la mer, sur les terres de M. Jouy-d'Arnaud, 
maire de Perpignan. Ce Héron, mâle et très-adulte, portait sa 
plaque depuis sept ans. 



2ïi) HISTOIRE NATURELLE. 

2. Héron pourpré, Ardea purpurea, Lin.; en catalan 
Agro rotj. 

Ce Héron s'écarte beaucoup plus des côtes que les autres 
espèces, et suit les cours d'eau qui traversent le département. 
On l'a tué différentes fois dans l'intérieur des terres très-éloi- 
gnées du littoral; il niche dans nos marais, et il en reste toujours 
quelques-uns pendant l'hiver. 

5. Héron aigrette, Ard. egretta, Lin.; en cat. Agro blanc. 

Ce superbe Oiseau, dont la parure est admirable, relève, quand 
il est agité, ses belles plumes scapulaires, effilées, qui forment un 
beau panache. Il vit dans les marécages de Salses et s'y reproduit. 
Nous le voyons avec sa belle robe de noces, qu'il perd dès qu'il a 
élevé sa famille. Il est beaucoup plus rare que les deux précédents. 

4. Héron garzette, Ard. garzetta, Lin.; en cat. Agro blanc. 

Celte belle espèce se voit aussi parfois dans nos marécages; 
nous ne pensons pas qu'elle s'y reproduise. C'est toujours dans les 
lieux couverts de roseaux qu'on voit et qu'on tue quelques-uns 
de ces oiseaux, au passage du printemps. Leur belle aigrette, et 
les ornements du bas du cou les rendent intéressants. Ils sont 
toujours très-rares. 

2 me Section. — Butor. 

Mandibule supérieure courbée en bas, cou moins long, 
épais; la nudité du tibia est très-petite. 

5. Héron grand Butor, Ardea stellaris, Lin.; en catalan 

Butor, Capô d'aygua. 

Méfiant et toujours caché dans les broussailles des mares, le 
Butor fait entendre la nuit sa voix rauque. Dans le jour, il se 
pose dans l'eau, une patte en l'air, et guette sa proie des heures 
entières dans une parfaite immobilité. Il est très-rusé. Si on le 



oiseaux. -2"2~ 

tire, et qu'il ne soit que blessé, on doit prendre toutes les pré- 
cautions possibles pour le saisir; car il contracte son cou et 
lance son bec avec une rapidité étonnante, en visant toujours à 
la ligure. D'ailleurs cela est commun à tous les oiseaux du genre; 
j'ai vu des chasseurs imprudents, qui ont failli être éborgnés 
en saisissant des Hérons sans précaution. Je ne pense pas qu'il 
se reproduise dans le pays. En hiver, on en porte assez au 
marché de Perpignan, et lorsqu'il est gras, sa chair est fort 
bonne, seulement elle a un goût de marais très-prononcé. 

6. Héron crabier, Ardea ralloïdes, Scopol; en catalan 

Capô d'aygua ros. 
Ce joli oiseau ne se voit qu'à l'époque du passage du printemps, 
toujours isolé, fréquentant plutôt les rivières que nos marais; se 
transportant assez loin dans les terres, se posant sur les arbres, 
où il reste assez longtemps si on ne l'inquiète point. Il est assez 
patient par caractère , lourd dans ses mouvements et triste dans 
son maintien ; il se nourrit comme les autres espèces du genre, 
et niche sur les arbres. 

7. Héron blongios, Ardea minuta, Linné en catalan 

Rasclet dels nègres. 
Le Blongios est le plus petit des Hérons d'Europe; il se tient, 
comme les autres, dans les terrains inondés et bas, où les roseaux 
et les tamarix sont abondants. On le voit sortir de sa retraite et 
s'élancer dans les airs, en poussant des cris rauques. Il se pose 
sur les arbustes ou sur les roseaux pour épier sa proie, et s'élance 
avec une grande dextérité pour la saisir; il niche dans les joncs 
qui sont au-dessus de l'eau , et quitte notre pays aux approches 
de l'hiver. 

GENRE SOIXANTE-SEPTIÈME. 

Nycticorax, Nycticorax, Cuv. 
Caractères. —Bec gros, large et dilaté à sa base; quel- 



±28 HISTOIRE NATURELLE. 

ques plumes longues pendantes à l'occiput; les ongles 
courts, celui du doigt du milieu pectine. 
L'Europe ne fournit qu'une seule espèce. 

1. Bihoreau à manteau noir, Nycticorax arcleola , Tem.; 
en catalan Toru, de garriga. 

Le Bihoreau est de passage dans ce département. Nous le voyons 
en avril et en octobre, toujours isolé, le long- des cours d'eau où 
il y a de grands arbres, et où il se tient parfaitement caché dans le 
jour: il faut lui tomber dessus pour qu'il s'envole; il paraît 
craindre la clarté du jour. La nuit, en voltigeant pour chercher 
sa nourriture, il fait entendre sa voix, grosse et grave, qui imite 
un peu celle du Taureau, et c'est probablement ce qui lui a fait 
donner dans le pays le nom de Toru de garriga. Il porte 
derrière la nuque trois et quelquefois quatre plumes blanches, 
très-effilées et longues, qu'il relève lorsqu'il vole. C'est un 
oiseau lourd et peu gracieux. Sa chair n'est pas très-bonne. 

GENRE SOIXANTE-HUITIÈME. 

Flammant, Phœnicopterus , Linné. 

Caractères. — Bec garni d'une membrane à sa base, 
plus haut que large, conique vers la pointe, qui est 
recourbée en bas, les bords finement dentelés; narines 
étroites, fendues en long; yeux à fleur de tête; pieds 
très-longs, grêles; les trois doigts de devant enveloppés 
dans une membrane échancrée; pouce très-court; ailes 
moyennes; la deuxième rémige la plus longue. 

Ces singuliers oiseaux, dont une seule espèce vient 
nous faire visite, tiennent tout à la fois des Échassiers 
et des. Palmipèdes; ils vivent en grandes bandes dans 
les marais, dans les étangs salés et dans le voisinage de 
la mer; ils se nourrissent de coquillages, d'insectes et 






OISEAUX. 229 

de frai de poisson , qu'ils pèchent au moyen de leur long 
cou, et en retournant leur tête pour employer avec avan- 
tage le crochet de leur bec. Ils nichent en société, et 
font dans les marais un cône de terre élevé au-dessus 
des eaux , où ils placent leurs œufs au nombre de trois au 
plus, et se mettent à cheval pour les couver, parce 
que leurs longues jambes les empêchent de s'y prendre 
autrement. 

J. Flammant rose, Phœnicopterus antiquorum, Temm.; 
en catalan Alic rolj. 

Cet Oiseau, dont les couleurs sont si brillantes et la stature 
si remarquable , par la longueur de ses jambes, par un cou long 
et grêle, surmonté d'une tête dont la forme est si bizarre, est 
appelé par nos chasseurs Alic rotj. Cette dénomination est 
vicieuse; car Alic veut dire Aigle, et rotj, rouge, et certes ce 
n'est pas ce qu'on veut exprimer. L'Oiseau ayant les ailes rouges, 
on devrait plutôt dire Ala rotj (aile rouge), et je suis persuadé 
que c'est là l'expression primitive, qui a été dénaturée. 

Les Flammants se voient ici par bandes très-nombreuses sur 
nos marécages et sur nos étangs. Sans pouvoir affirmer que ces 
Oiseaux se reproduisent dans ce pays, puisque je n'ai pu vérifier 
par moi-même ce fait, je serais cependant porté à le croire, d'après 
les observations suivantes. Fin juillet 1819, cinq Flammants, deux 
vieux et trois jeunes, traversaient l'anse de mer qui entre dans 
les terres d'Argelès. Le plus faible n'ayant pas eu la force d'ar- 
river à terre se laissa tomber dans la mer. Comme il y a fort peu 
d'eau sur cette plage, un homme fut le chercher. Les vieux 
avaient plongé sur lui plusieurs fois pour tâcher de l'emmener, 
et leurs efforts avaient été infructueux. Cet Oiseau n'était pas 
blessé; la fatigue seule l'avait forcé à s'abattre, et on fit la 
remarque qu'il paraissait le plus petit de la troupe. Il me fut 
envoyé par M 1,e Rière. Les couleurs du plumage, la taille et son 



230 HISTOIRE NATURELLE. 

duvet me donnèrent la conviction qu'il était très-jeune. Si cet 
Oiseau n'était pas né dans le pays, je doute qu'il se fût trouvé 
ici à cette époque. 

Une autre fois, étant à la chasse des insectes, dans les plaines 
de Saint-Nazaire qui bordent l'étang de ce nom, c'était en juin , je 
vis deux Flammants qui se promenaient sur les bords de ce vaste 
lac. Le lendemain un des deux fut tué et on me l'apporta; c'était 
une femelle très-adulte. Je lui trouvai deux œufs; la coque de 
l'un était presque formée. Il est probable que ce couple avait 
son nid dans les environs ou dans les marais du Cagarell qui 
n'en sont pas bien éloignés. C'est donc une preuve assez évidente 
que leur reproduction se fait dans ce département. 

GENRE SOIXANTE-NEUVIÈME. 

Avocette, Recarvirostra , Linné. 

Caractères. —Bec très-long, grêle, faible, déprimé dans 
toute sa longueur, la pointe flexible, se recourbant en haut ; 
mandibule supérieure sillonnée à sa surface; mandibule 
inférieure sillonnée latéralement; narines à la surface du 
bec, linéaires, longues; pieds longs; les trois doigts 
antérieurs réunis par une membrane échancrée; ailes 
acuminées. 

Les Avocettes fréquentent habituellement les eaux salées; 
elles vivent sur les plages que baigne la mer, toujours à 
l'embouchure des rivières, ou dans les lieux vaseux ou 
couverts de limon, et où l'eau est à une hauteur pro- 
portionnée à la longueur de leurs jambes. Dans leurs 
migrations, elles sont toujours par paires; leur vol est 
rapide et soutenu, Leur nourriture consiste en insectes 
presque imperceptibles, qu'elles enlèvent avec leur bec 
de dessus la vase. 



OISEAUX. 231 

1. Avocette à nuque noire, Recurvirostra avocetta, Lin.; 
en catalan Bec cl 'aliéna. 

Nous voyons cet étrange Oiseau, en avril et en novembre; 
il ne séjourne pas longtemps dans nos marais salants où il se 
tient sur les bords pour y chercher sa nourriture. On le 
voit rarement dans l'été , ce qui est une preuve que sa repro- 
duction ne se fait pas dans ce pays. 

GENRE SOIXANTE-DIXIÈME. 

Spatule, Platalea, Lin. 

Caractères. — Bec très-long, fort, très-aplati, pointe 
dilatée, arrondie en forme de spatule; mandibule supé- 
rieure cannelée, transversalement sillonnée h sa base; 
narines à la surface du bec, rapprochées; face et tête, 
en partie ou entièrement nues; pieds longs et robustes; 
les doigts réunis jusqu'à la seconde articulation. 

Les Spatules vivent en société dans les marais boisés, 
près de l'embouchure des fleuves. Elles se nourrissent 
de très-petits poissons, de frai et de très-petites coquilles 
fluviatiles, ainsi que de petits reptiles et d'insectes aqua- 
tiques. Elles nichent sur les arbres de haute futaie, sur 
les buissons ou dans les joncs, selon la localité. 

1. Spatule blanche, Platalea leucorodia, Lin.; en catalan 
Bec plané, Spatula. 

Ce singulier Oiseau ne paraît dans le pays qu'au moment du 
passage, dans les deux saisons; il est toujours isolé ou par paires; 
il se tient toujours sur les bords des marécages ou des rivières; 
on ne le voit jamais dans l'intérieur des terres, et ne s'éloigne 
guère du littoral. La Spatule est de passage accidentel. 



-232 HISTOIRE NATURELLE. 

GENRE SOIXANTE-ONZIÈME. 

Ibis, Ibis, Lacep. 

Caractères. — Bec long, grêle, arqué, large a sa base, 
pointe déprimée, obtuse, arrondie; mandibule supérieure 
sillonnée dans toute sa longueur; narines linéaires; face 
nue; quelquefois une partie de la tête et du cou man- 
quent de plumes; pieds grêles et longs; ailes médiocres. 

Les Ibis, qu'on ne doit pas confondre avec les Courlis, 
fréquentent les bords des fleuves et des lacs, où ils se 
nourrissent d'insectes, de vers, de coquillages, et souvent 
même de végétaux; mais l'on doit mettre au rang des 
fables populaires, la réputation qu'ils ont d'être grands 
destructeurs de serpents et de reptiles venimeux, aux- 
quels ils ne touchent jamais. Ces Oiseaux entreprennent 
de longs voyages; ils émigrent à des époques périodiques. 
L'Ibis fut longtemps l'objet d'une grande vénération chez 
les peuples de l'antiquité, et, de nos jours, on trouve 
encore leurs restes embaumés à côté des momies des 
anciens Rois d'Egypte. 

1. Ibis falcinelle, Ibis falcinellus, Tem.; en catalan Polit 
castany, Polit vert. 

L'Ibis-Faleinelle se voit assez régulièrement dans le commen- 
cement du printemps; selon le temps, il séjourne plus ou moins 
dans le pays. Ces Oiseaux vont par petites troupes, et sont peu 
farouches. Les premiers qui attirèrent l'attention, furent tués 
par MM. Rigaud et Lafage, aîné, en 1818 : une volée de soixante 
individus était posée dans une prairie ; ils se laissèrent approcher, 
et la première décharge en fit rester neuf sur place. Deux me 
furent apportés. M. Rigaud en conserva un vivant, auquel il fut 
fait l'amputation d'une aile que le coup avait meurtrie. Il vécut 



oiseaux. 233 

fort longtemps dans son jardin, traversé par un ruisseau, qui 
donnait à l'Oiseau de quoi se nourrir. 

On regarda la présence de cet oiseau comme un phénomène. 
Personne ne l'avait remarqué, disaient les anciens chasseurs. 
Cependant, l'ayant vu depuis lors, presque tous les ans, à la 
même époque, je suis porté à croire que si on n'en avait pas fait 
la remarque, c'était parce que l'ornithologie était très-négligée 
dans ce pays, et que personne depuis longtemps ne s'en occu- 
pait. La chair de cet Oiseau est détestable, par le goût très- 
prononcé de sardine que rien ne peut lui faire perdre. 

GENRE SOIXANTE-DOUZIÈME. 

Courlis, Numenius, Briss. 

Caractères. — Bec long, grêle, arqué comme dans l'Ibis; 
la mandibule supérieure un peu plus longue que l'infé- 
rieure; narines percées dans la cannelure; pieds longs, 
grêles; doigts courts; les antérieurs réunis à leur base 
par une membrane. 

Les Courlis vivent dans les lieux arides et couverts de 
sables, mais toujours dans le voisinage des eaux et des 
marais. Leur nourriture consiste en vers de terre, en 
insectes terrestres et aquatiques, en limaçons et en co- 
quillages. Ils émigrent par grandes troupes; leur vol est 
soutenu et très-élevé. Ils vivent isolés et par couples 
pendant le temps de leur reproduction. 

1. Grand Courlis cendré, Numenius arquata, Lath.; en 
catalan Polit gris. 

Ce Courlis est fort commun pendant tout l'hiver; nous le 
voyons plus abondant dès le commencement d'octobre; il est 
alors gras, et sa chair est très-estimée, parce qu'elle a un bon 
goût. Il se répand dans les plaines basses et marécageuses, eu 



23-4 HISTOIRE NATURELLE. 

faisant entendre son cri, courrili, courrili, ce qui lui a donné 
probablement le nom qu'il porte. Pendant l'hiver, cette espèce 
vit par bandes de dix à douze, qui se séparent par couples 
dès qu'arrive le moment des amours , et s'établissent près 
des cours d'eau ou des marais couverts de vase, pour y élever 
leur famille. 

2. Courlis corlieu, Numenius phœopus, La th.; en catalan 
Polit petit. 

Cette petite espèce arrive dans le département en septembre, 
et passe tout l'hiver dans nos plaines littorales ; elle a les mêmes 
habitudes que le Courlis-Cendré; elle est aussi abondante que 
ce dernier pendant tout l'hiver, mais elle nous quitte dès que les 
beaux jours paraissent. Sa chair n'est pas aussi estimée que celle 
du précédent. 

GENRE SOIXANTE-TREIZIÈME. 

Bécasseau, Tringa, Briss. 

Caractères. — Bec un peu grêle, flexible, presque rond, 
droit ou un peu arqué, médiocre ou long, sillonné en 
dessus, lisse et dilaté à la pointe; doigts totalement 
séparés, les extérieurs unis à leur base par une mem- 
brane; pouce portant a terre sur le bout; ailes médiocres. 

Ce Genre est très-nombreux. Il comprend les plus 
petites espèces d'Oiseaux qui courent sur les plages ou 
qui vivent au bord des eaux. Le plus grand nombre 
voyagent par petites troupes le long des bords de la mer; 
d'autres suivent le cours des rivières. Ils se réunissent 
plusieurs dans une même localité pour nicher. Ils fouil- 
lent indistinctement dans les limons, dans la boue, dans 
le sable mouvant des rives, ou parmi les grands amas 
de fucus, dans lesquels ils trouvent leur nourriture, qui 



oiseaux. 235 

consiste en insectes à élytres, en larves, en vers mous, 
en mollusques et en de très-petits coquillages bivalves. 
Ils muent deux fois, et le plumage du printemps a tou- 
jours des couleurs plus brillantes et plus variées que celui 
de l'automne. 

l re Section. — Bécasseaux proprement dits. 
Les doigts entièrement séparés. 

1. Bécasseau cocorli, Tringa subarquata, Temm.; en 

catalan Viudetas. 

Le Genre Bécasseau est généralement désigné, en idiome 
roussillonnais, par le nom de Viudetas, qui veut dire petites 
veuves. C'est apparemment à cause de leur robe tapissée de blanc 
et de couleurs foncées où le noir domine, que cette dénomination 
leur a été donnée par nos paysans qui, les voyant courir le 
long des eaux , leur trouvent assez de rapports d'habi- 
tudes avec les Bergeronnettes, auxquelles on donne le même 
nom. 

Ce Bécasseau apparaît au commencement du printemps; mais 
il ne fait pas un long séjour; il reparaît de nouveau vers le mois 
d'octobre, et se répand dans tout le pays, où il passe l'hiver. 
On en prend beaucoup dans nos marais; sa chair est délicate. 

2. Bécasseau brunette ou variable, Tringa variabilis, Mey. 

La Brunette nous arrive en grand nombre au printemps, venant 
des côtes d'Espagne ; elle ne s'arrête pas longtemps sur les bords 
de nos marais; elle paraît très-agitée ; le besoin de s'accoupler 
se fait déjà sentir, et, en parcourant les rivages de la mer et des 
étangs, elle pousse un cri d'appel fréquemment répété. Ce 
Bécasseau vole très-ras de terre, et nous quitte bientôt pour 
reparaître en aussi grand nombre en octobre; il séjourne pres- 
que tout l'hiver dans ce département. 



236 HISTOIRE NATURELLE. 

3. Bécasseau platyrinque, Tringa platyrhincha, Temm. 

De passage accidentel sur nos côtes. On le trouve mêlé aux 
autres espèces qu'on porte au marché de Perpignan dans le 
mois d'octobre. 

4. Bécasseau violet, Tringa maritima, Brun. 

5. Bécasseau Temmia, Tringa Temminckii, Leisl. 

Ces deux espèces sont fort rares ; on les porte très-rarement sur 
nos marchés, et c'est ordinairement pendant les hivers rigoureux 
que nous les voyons mêlées aux autres espèces de ce genre. 

6. Bécasseau échasse, Tringa minuta, Leisl. 

7. Bécasseau canut ou maubèche, Tringa cinerea, Lin. 

Ces deux petites espèces nous arrivent ordinairement en 
automne; elles séjournent sur les bords des étangs pendant tout 
l'hiver, et nous quittent de bonne heure au printemps; elles se 
mêlent ordinairement au Bécasseau-Variable. 

L'Échasse est beaucoup plus rare que le Canut. 

2 me section. 

Le doigt du milieu et l'extérieur unis jusqu'à la pre- 
mière articulation. Les mâles sont ornés, pendant le 
temps des amours, de longues plumes de parade qui 
forment une grande fraise embrassant tout le cou. 

8. Bécasseau combattant, Tringa pugnax, Lin. 

Ce Bécasseau est très-commun à son passage d'automne; il 
séjourne sur nos plages pendant tout l'hiver; c'est très-rare 
d'en trouver quelque individu au passage du printemps, alors 
qu'il est dans sa belle livrée. Malheureusement la chasse 
n'est plus permise à cette époque, et il nous arrive que, malgré 
la passe, on n'en porte plus au marché. 



oiseaux. 837 

Ces Oiseaux se livrent des combats terribles à l'époque des 
amours. Les mâles ont une livrée particulière dans ce moment, 
livrée si bariolée et si disparate qu'aucun ne se ressemble; ils se 
disputent la possession d'une femelle, au point de se donner la 
mort. Ils vont vers le Nord s'occuper de leur progéniture. 

GENRE SOIXANTE-QUINZIÈME. 

Chevalier, Totanus, Bech. 

Caractères. — Bec médiocre, un peu grêle ou long, 
tranchant à la pointe, sillonné; mandibule supérieure 
légèrement courbée sur l'inférieure; narines tendues en 
long; pieds longs, grêles, nus au-dessus du genou; 
doigt du milieu réuni à l'extérieur par une assez forte 
membrane ; le pouce ne portant que faiblement à terre. 

Ces Oiseaux voyagent par petites troupes; vivent sur 
les bords des lacs et des rivières, ainsi que sur les prairies 
qui avoisinent les eaux douces. Ils sont montés sur de 
longues jambes. Leur nourriture se compose d'insectes, 
de vers, de coquillages. 

l re Section. — Chevaliers proprement dits. 

Mandibules droites, pointe de la supérieure courbée 
sur l'inférieure ; le doigt du milieu et l'extérieur unis, 
ou les trois doigts plus ou moins réunis. 

En général, les Chevaliers sont désignés en catalan 
sous le nom de Camas vermellas, à cause de la couleur 
carmin qui couvre les jambes de quelques espèces. 

1. Chevalier semi-palmé, Totanus semi-palmatus , Tem. 

Cette espèce ne visite pas ce déparlement; elle n'y a pas été, 
du moins, observée. 



*23X HISTOIRE NATURELLE. 

2. Chevalier arlequin, Totanus fuscus, Leisl. 

Cette espèce est commune sur les bords des marécages, au 
moment des deux passages et une partie de l'hiver; puis elle 
disparaît pour aller au Nord faire sa ponte. 

5. Chevalier gambette, Totanus calidris, Bech. 

Très-commun au moment des deux passages. Il est fort vif, 
et, dans sa course sur les bords des marais, il pousse, avec une 
volubilité extrême, un cri plaintif. 

A. Chevalier stagnatile, Totanus stagnalilis, Bech. 

Le Chevalier-Stagnatile se voit dans ce pays pendant tout l'hiver; 
il arrive en octobre, et disparaît à mesure que nous approchons 
du printemps. 

5. Chevalier à longue queue, Totanus bartramia, Will. 

Cet Oiseau est de passage très-accidentel. Un seul individu 
m'est tombé sous la main; il avait été tué sur la plage, en octo- 
bre 1820; nous ne l'avons plus revu sur notre marché. 

6. Chevalier cul-blanc, Totanus ochropus, Temm. 

Le Cul-Blanc est fort abondant le long des cours d'eau ; il vole 
avec une rapidité extrême et court de même, en répétant son cri 
plaintif; il passe deux fois, mais un grand nombre séjournent ici 
pendant l'été et s'y reproduisent. 

7. Chevalier Sylvain, Totanus glareola, Temm. 

Très-abondant dans les deux passages, il séjourne tout l'hiver 
aux bords des marais, et fréquente en été les terres basses sablon- 
neuses qui ne sont pas éloignées des cours d'eau, et s'y reproduit. 

8. Chevalier guinette, Totanus hypoleucos, Temm. 
Très-répandu sur toutes nos terres sableuses de la Salanque, 



OISEAUX. 23V» 

au moment des deux passages; puis disparaît. Tous les Oiseaux 
de ce genre, pendant l'automne et l'hiver, sont portés en abon- 
dance, au marché de Perpignan; leur chair est très-estimée et 
fort recherchée. 

Dans cette Classe se sont reproduites les mêmes erreurs qui 
ont eu lieu dans le Genre Sanderling. Les méthodistes, trompés 
par le jeune âge et par la mue, ont créé une multitude d'espèces 
différentes. En multipliant ainsi la nomenclature par le seul 
motif d'une différence dans la couleur du plumage, on augmen- 
terait à l'infini certaines classes, surtout les Riverains et les 
Nageurs. Nous devons au savant M. Temminck d'avoir mis de 
la clarté dans cette partie de l'ornithologie. 

Le Chevalier-Perlé n'a pas été observé dans ce pays. 

2 me Section. — Chevalier à bec retroussé. 

Mandibules un peu recourbées en haut, droites et pres- 
que égales à la pointe; bec gros et fort; doigt du milieu 
et l'extérieur unis. 

9. Chevalier aboyeur, Totanus glottis, Bech. 

Dans les deux passages, on voit cet Oiseau se répandre sur les 
sables des parties basses inondées en hiver par nos rivières; il 
fait entendre une voix glapissante; il séjourne ici une partie de 
l'hiver, et pendant cette saison on en porte au marché; en 
automne, surtout, il est très-abondant. Sa chair est estimée. 

GENRE SOIXANTE-SEIZIÈME. 

Barge, Limosa, Briss. 

Caractère. — Bec très-long, plus ou moins recourbé 
en haut, mou et flexible dans toute sa longueur, pointe 
plate, dilatée, obtuse; narines fendues en long, situées 



240 HISTOIRE NATURELLE. 

dans une rainure; pieds longs et grêles; ailes médiocres. 
Les Barges sont d'assez grands oiseaux, montés sur 
de longues jambes , un long bec , mou, propre à fouiller 
dans les boues, dans les limons, ou dans le sable mou- 
vant baigné par les eaux. A celte fin, ce bec est doué 
certainement d'une grande délicatesse de tact , et leur 
fait distinguer, à une certaine profondeur, dans la vase 
ou le sable mouvant, le petit crustacé, le ver aquatique, 
propres à leur nourriture. 

1. Barge à nuque noire, Limosa melanura, Leisl. 

2. Barge rousse, Limosa ru fa, Briss. 

Ces deux espèces sont de passage dans les deux saisons; elles 
se répandent en octobre dans nos terres marécageuses , où elles 
séjournent pendant tout l'hiver; mais elles sont beaucoup plus 
communes à l'époque des deux passages. 

Nos paysans appellent les Barges, Becassas de las camas llargas 
(Bécasses aux longues jambes). 

GENRE SOIXANTE-DIX-SEPTIÈME. 

Bécasse, Scolopax, Illig. 

Caractères. — Bec long, renflé à la pointe, sillonné 
dans sa longueur; mandibule supérieure dépassant l'in- 
férieure et formant un crochet au bout; narines laté- 
rales longitudinalement fendues; pieds médiocres. 

Les Bécasses sont des oiseaux voyageurs et passent 
deux fois, en automne et au printemps; elles se répan- 
dent dans nos bois et vivent solitaires. Leur tête com- 
primée, de gros yeux placés en arrière, leur donnent 
un air très-stupide, qu'elles ne démentent point par leurs 
mœurs. 



OISE Al \. r>41 

l re Section. — Bécasse proprement dite. 

Le tibia empluraé jusqu'au genou. Elle habite les 
bois de la plaine ou de la montagne. 

\. Bécasse ordinaire, Scolopax rmticola, Lin.; en catalan 

Becada, Becassa. 

Dès que les froids se font sentir, nous avons ces Oiseaux en 
abondance dans les parties humides de la plaine, dans les taillis 
qui bordent les rivières, les haies fourrées des jardins. A leur 
arrivée , ils se répandent aussi dans nos vallées supérieures ; en 
effet, pendant les mois d'octobre et de novembre, ceux que nous 
voyons au marché nous viennent de la montagne, et, dès qu'il 
fait un peu froid, ils reviennent dans la plaine, ce qui fait dire à 
nos chasseurs : il a gelé à la montagne. On ne voit point voler ces 
Oiseaux pendant le jour; ils restent blottis dans les broussailles. 
Leur chair est fort estimée et très-recherchée des gourmets. 

2 rae Section. — Bécassine. 

Partie inférieure du tibia dénuée de plumes, tarses 
allongés. Elle vit dans les plaines marécageuses, au bord 
de nos étangs. 

2. Grande ou double bécassine, Scolopax major, Lin.; 

en catalan Mec. 

Rare dans son passage d'automne, plus abondante en mars; 
mais ne séjourne pas longtemps dans le pays et ne fait que 
passer. Quelquefois, pendant l'hiver, on en porte au marché; 
c'est parce qu'il y a toujours, dans les Oiseaux voyageurs, quel- 
ques retardataires que des circonstances fortuites retiennent 
dans certaines localités. 

3. Bécassine ordinaire, Scolopax gallinago, Lin.; en ca- 

talan Becadell. 

tomt m. Iti 



H"> HISTOIRE NATUKKLLE. 

-4. Bécassine sourde, Scolopax galiïnula, Lin.; en catalan 

Becadell ciels sourds. 

Ces deux Bécassines arrivent en abondance au commencement 
du mois d'octobre, et se répandent dans les marécages du 
littoral, dans les prairies humides de tout le département , où 
elles séjournent tout l'hive'r. On leur fait une rude chasse, au 
filet, au lacet, au fusil, et on en tue en très-grand nombre, quoi- 
qu'on les tire difficilement à cause de leur vol rapide et tortueux. 
Elles partent en poussant un cri d'alarme; on les laisse filer un 
moment; leur vol devient plus régulier, et on les vise alors avec 
plus de sûreté. Leur chair est un mets très-recherché. 

La Bécassine-Ponctuée, qui forme la troisième section 
de ce genre, n'a jamais été observée dans ce pays. 

GENRE SOIXANTE-DIX-HUITIÈME. 

Raie, Ralus, Lin. 

Caractères. — Bec plus ou moins long que la tête, grêle, 
droit, comprimé à sa base ; mandibule supérieure sillon- 
née; narines longues, percées de part en part, à demi 
cachées par une membrane; pieds longs, forts, un petit 
espace nu au-dessus du genou; les doigts antérieurs 
réunis à leur base ; ailes médiocres, arrondies. 

Le corps de ces oiseaux est très-comprimé, et ils sem- 
blent être faits pour pénétrer dans les herbages des prai- 
ries et des marécages, où ils font leur demeure habituelle. 
Cette disposition leur permet de courir parmi les joncs 
avec une grande célérité; et quoique leurs pieds soient 
sans palmures, ils n'en nagent pas moins dans les eaux 
où croissent beaucoup de plantes. Ils se nourrissent d'in- 
sectes, de vers, de limaçons, et au besoin de plantes. 






oiseaux. 243 

I . Kale d'eau, Retins aquaticas, Lin.; en cat. Gallina sega. 

Très-commun toute l'année dans les amas d'eau bien fourrés 
de plantes aquatiques, où il se reproduit. C'est assez difficile 
d'aller le prendre dans sa retraite, d'où il ne sort que pendant 
la nuit, à moins que quelque accident ne le force à la quitter. 
Nos chasseurs trouvent cependant le moyen de s'en emparer, et 
en prennent beaucoup en leur tendant divers pièges. Ces Oiseaux 
sont ordinairement très-gras, leur chair est succulente et très- 
bonne, aussi sont-ils recherchés par nos gourmets. Ils sont plus 
abondants à l'époque du passage du printemps. 

GENRE SOIXANTE-DIX-NEUVIÈME. 

Poule-d'Eau, Gallinida, Lath. 

Caractères. — Bec plus haut que large, plus court que 
la tête , comprimé ; arête s'avançant sur le front , et se 
dilatant quelquefois à former une plaque qui, au prin- 
temps, se colore de rouge; narines au milieu du bec, 
percées de part en part, et couvertes en partie par une mem- 
brane ; pieds longs, nus au-dessus du genou ; les doigts 
antérieurs longs, divisés, munis d'une bordure étroite. 

Les Poules-d'Eau ont aussi le corps comprimé et 
aplati dans toute sa longueur; elles ont les mêmes habi- 
tudes que les Raies et se plaisent dans les mêmes lieux. 
Elles nagent aussi avec vitesse , plongent avec la même 
facilité, et courent très-vite sur la terre, même dans les 
fourrés les plus épais d'herbes et de joncs. Leur nourri- 
ture consiste , comme celle des Raies , en insectes et en 
végétaux. 

l re Section. 

Arête de la mandibule supérieure se dirigeant entre 
les plumes du front, mais sans se dilater en plaque nue. 



"2bi HISTOIRE NATURELLE. 

1. Poule-d'Eau de genêt, Gallinula crex, Lath.; en ca- 

talan Gatlla mareza, Rey de gatllas. 

Arrive au premier printemps; se répand dans les pays inondés 
couverts de joncs, dans les luzernes et dans toutes les prairies; 
se reproduit dans le pays qu'elle quitte en octobre. Sa chair est 
très-bonne lorsqu'elle est bien grasse; il en paraît beaucoup 
au marché, et on la recherche. 

2. Poule-d'eau marouette, Gallinula porzana, Lath. 
5. Poule-d'eau poussin, Gallinula puzilla, Bech. 

4. Poule-d'Eau Bâillon, Gallinula Baillonii, Vieil. 

Le nom générique catalan de ces trois espèces, est 
Rasclet et Pollas d'aygua petites. 

Ces trois espèces ont à peu près les mêmes habitudes que la 
précédente; elles sont constamment dans les marécages et les 
flaques d'eau couverts de plantes aquatiques. Nous les voyons 
toute l'année dans notre pays, où elles se reproduisent; cepen- 
dant, elles sont plus nombreuses au moment de leur passage. 
Leur chair est très-bonne, ce qui les fait rechercher. 

2 me Section. 

Arête de la mandibule supérieure se dilatant sur le 
front en une plaque nue. 

5. Poule-d'Eau ordinaire, Gallinula chloropus, Lath., en 

catalan Polla d'aygua. 

Comme les autres espèces du Genre, nous la voyons aux mêmes 
époques, et fréquenter les mêmes lieux où elle se reproduit. Elle 
est plus abondante à son passage du printemps. L'excellence de 
sa chair, lorsqu'elle est grasse, la fait rechercher. 



OJSEAUX, -i-> 

GENRE QUATRE-VINGTIÈME. 

Talève, Porphyrio, Briss. 

Caractères. — Bec fort, dur, épais, conique, presque 
aussi haut que long, plus court que la tête; arête de 
la mandibule supérieure déprimée, se dilatant très- 
avant sur le crâne; narines latérales près de l'arête, per- 
cées dans la masse cornée du bec, à peu près rondes, 
ouvertes de part en part; pieds longs, forts; doigts très- 
longs dans quelques espèces; les antérieurs entièrement 
divisés; tous garnis latéralement de petites membranes 
très-étroites; ailes médiocres. 

Les Talèves vivent à peu près comme les Poules-d'Eau; 
comme elles, ils ont les eaux douces pour lieu habituel de 
demeure; mais les marais et les immenses rizières du 
Midi leur servent également d'asile et de retraite. Ils se 
promènent et courent au milieu des herbes aquatiques. 
Leur livrée est ordinairement parée de belles couleurs 
bleues, avec divers reflets. Leur nourriture consiste en 
graines et en plantes dont ils brisent les tiges les plus 
dures avec le bec. Ils se posent souvent sur un seul pied 
et de l'autre ils portent les aliments à leur bec. 

1. Talève porphyrion, Porphyrio hyacinthinus , Temm. 

La présence de cet Oiseau dans le département est un fait à 
constater, en ce qu'il détruit ce que j'avais avancé, que le Genre 
Talève n'avait pas de représentant dans ce pays M, où il est fort 
rare. Cet Oiseau n'a été observé en France que par M. Verneuil, 
qui dit qu'on en voit parfois des individus isolés dans le Dau- 

(I) Quatrième Bulletin de la Société Agricole. Scientifique et Littéraire 
des Pyrénées-Orientales, p. 53, I8">9.— Catalogue îles Oiseaux trouvés Jans 
le département des Pvrénées-Orienlales, soi l sédentaires, soit de passage. 



246 HISTOIRE NATURELLE. 

phiné, et que le Musée de Grenoble en possède un sujet qui fut 
tué dans les marais de Bourgoin. 

Celui qui se trouve dans les vitrines de notre Musée a été tué, 
en 1845, dans les environs du Grau d'Argelès, près Collioure. 
Fidèle à sa manière de vivre , c'est sur le bord du lac qui entre 
dans les terres de ce canton , que le chasseur le surprit. 

Le corps de cet Oiseau est ramassé ; sa tête est posée majes- 
tueusement sur un long cou; ses jambes, un peu longues, 
donnent à son port un air noble. Ajoutons à toutes ces dispositions, 
la beauté d'un plumage éclatant, où le bleu de turquoise domine, 
et nous dirons , avec raison , que c'est un des plus beaux oiseaux 
que nous possédions en France. 

Cet Oiseau a les mœurs si douces et si faciles, qu'il semble 
vouloir lui-même se plier à la domesticité , et l'on est surpris de 
voir qu'on n'ait pas encore cherché à l'élever dans le Midi de la 
France, pour en orner nos parcs et nos jardins, comme on le fait 
dans diverses villes de la Sicile, où l'on en voit qui se promènent 
sur les places publiques, et recueillent les débris d'horlolage qu'on 
rejette, ainsi que le feraient des Poules ordinaires. Les Grecs et 
les Romains connaissaient déjà cet Oiseau, et en faisaient un cas 
tout à fait extraordinaire, non comme un objet de luxe extravagant 
de leurs tables somptueuses; mais comme un hôte digne d'être 
placé dans les temples et dans les autres sanctuaires de leurs 
divinités, ainsi que le fait remarquer M. Temminck, enceintes 
qui renfermaient les premières collections d'histoire naturelle. 



QUATORZIÈME ORDRE. 

PINNATIPÈDES. 

Caractères. — Bec médiocre, droit; mandibule supérieure 
un peu courbée a la pointe ; pieds médiocres, tarses grêles 
ou comprimés; trois doigts devant et un derrière; des 



oiseaux. 247 

rudiments de membranes le long des doigts; le doigt 
postérieur entièrement articulé sur le tarse. 

Cet Ordre comprend peu d'espèces européennes, qu'il 
sera toujours facile de distinguer par leurs caractères 
extérieurs. Ces Oiseaux, quoique monogames, vivent en 
grandes bandes dans le même lieu; ils nagent et plon- 
gent avec une grande facilité. Lorsque quelque danger 
les menace, ils s'enfoncent dans le liquide, et vont sortir 
au loin en ne montrant que le sommet de la tête. Bien 
que ces Oiseaux soient constamment dans l'eau, ils s'en 
élèvent sans toucher la terre, et traversent d'un vol très- 
rapide des espaces considérables. 

GENRE QUATRE-VINGT-UNIÈME. 

Foulque, Fulica, Briss. 

Caractères. — Bec médiocre, fort, conique, droit, com- 
primé h sa base, beaucoup plus haut que large; arête 
s'avançant sur le front et se dilatant en une plaque nue; 
pointes des deux mandibules comprimées, d'égale lon- 
gueur; la supérieure légèrement courbée, évasée à sa 
base; l'inférieure formant un angle; narines latérales 
au milieu du bec, longitudinalement fendues, à moitié 
fermées par la membrane qui recouvre l'évasure, percées 
de part en part; pieds longs, grêles, nus au-dessus du 
genou ; trois doigts devant et un derrière ; tous les doigts 
très-longs, réunis à leur base, garnis latéralement de 
membranes en feston; ailes médiocres. 

On voit rarement les Foulques à terre; l'élément liquide 
est leur domaine, et bien qu'elles n'aient qu'une partie 
des doigts garnis de membranes, elles nagent et plongent 
avec une égale facilité. Elles habitent les fleuves et les 



248 HISTOIRE NATURELLE. 

rivières, mais elles préfèrent les étangs et les marais 
salants. Leur nourriture consiste en insectes et en végé- 
taux aquatiques. 

1 . Foulque macroule , Fulica atra , Linné ; en catalan 

Folliga, Gallinassa d'aygua, Folga. 

La Foulque est sédentaire dans ce canton ; on en voit toute 
l'année en|très-grand nombre sur les étangs de tout le littoral, 
même dans quelques-uns de l'intérieur des terres , et on en tue 
énormément. Sa chair n'est pas très-eslimée dans le pays. Les 
conducteurs de diligences et les employés des chemins de fer, 
en exportent de grandes quantités, et les vendent, sous le nom de 
Macreuses, dans les villes de l'intérieur. Quand cet Oiseau se 
vendait pour les seuls besoins du pays, une Foulque ne valait que 
40 à 50 centimes; actuellement, son prix a doublé. 

La Foulque se reproduit dans nos étangs couverts de plantes 
aquatiques. Au moment de la mue, qui a lieu vers la fin d'août, 
on en prend beaucoup, parce qu'alors elle ne vole point, et à 
l'aide d'un bon chien, on en tue un très-grand nombre. 

Le plumage de la Foulque, ordinairement tout noir, varie 
quelquefois. J'ai un individu qui a une zone blanche, large de 
six centimètres, qui traverse la poitrine; a une partie de la tête 
et du cou presque blancs. 

GENRE QUATRE-VINGT-DEUXIÈME. 

Phalarope, Phalaropus, Briss. 

Caractères. — Bec long, grêle, faible, droit, déprimé à 
sa base; les deux mandibules sillonnées jusqu'à la pointe; 
extrémité de la mandibule supérieure courbée sur l'infé- 
rieure, obtuse; pointe de la mandibule inférieure en alêne; 
narines linéaires situées dans une rainure; pieds médio- 



oiseaux. 249 

cres, grêles, tarses comprimés; les doigts antérieurs réunis 
à leur base, garnis d'une membrane découpée en festons 
dentelés sur les bords ; doigt de derrière sans membrane, 
articulé du côté intérieur; ailes médiocres. 

Ces Oiseaux sont de forts bons nageurs; ils voguent 
sur les eaux avec une grâce et une vitesse admirables; 
ils ne redoutent point les vagues, et nagent avec une 
égale facilité sur les lacs, ainsi qu'en pleine mer. Ils se 
nourrissent de vers marins. 

1. Phalarope hyperboré, Phalaropus hyperboreus, Lath. 

Les Phalaropes vivent dans l'extrême Nord , qu'ils ne quittent 
guère , et ne paraissent dans le Midi qu'à des époques très-rares, 
lors de ces hivers exceptionnels, comme celui de 1829 à 1830. 
Nos climats ne leur conviennent guère; je n'ai vu cet Oiseau que 
deux fois dans ce département; il y est donc de passage très- 
accidentel. 

GENRE QUATRE-VINGT-TROISIÈME. 

Grèbes, Podiceps, Lath. 

Caractères. — Bec médiocre, droit, dur, comprimé, en 
cône allongé et pointu; pointe de la mandibule supérieure 
légèrement inclinée; l'inférieure formant l'angle; narines 
oblongues, percées de part en part; pieds longs, hors 
l'équilibre du corps; tarses très-comprimés; trois doigts 
devant, un derrière, festonnés; ongles larges, très-dépri- 
més; ailes courtes; queue nulle. 

La démarche des Grèbes est gauche et embarrassée. 
Leur attitude à terre est droite, les jambes étant retirées 
dans l'abdomen, hors l'équilibre du corps. Ils nagent avec 
une égale facilité à la surface des eaux, comme entre deux 
eaux. Dans cette dernière natation, ils se servent des 



250 HISTOIRE NATURELLE. 

ailes, et semblent voler dans l'élément liquide. Ils plon- 
gent longtemps; ils voyagent et émigrent sur les eaux. 
Ils y cherchent leur nourriture. 

1. Grèbe huppé, Podiceps cristatus, Lath.; en catalan 

Calabria. C'est le nom des grandes espèces, tandis 
qu'on nomme les petites Capbousset. 

Le Grèbe-Huppé est le plus grand du genre. Il ne paraît dans 
ce département que dans les hivers les plus rigoureux, encore se 
voit-il peu abondant. Lorsque les glaces le chassent des régions 
du nord, il vient chercher sa nourriture sous notre douce 
température. Quoique cet Oiseau soit constamment sur l'eau, 
il vole avec une vitesse extrême lorsqu'il cherche à se dépla- 
cer, en cinglant la surface des eaux. 

2. Grèbe jou-gris, Podiceps rnbricollis, Lath. 

Cette espèce est moins rare que la précédente ; elle fréquente 
nos marais dans les mauvais temps. Nous la voyons souvent sur 
nos marchés. 

5. Grèbe cornu ou esclavon, Podiceps cornutus, Lath. 

Ce Grèbe est plus abondant sur nos marais salants que les 
autres espèces; tous les hivers il vient, en nombre, jouir de 
notre douce température , et se joint aux grandes bandes de 
Canards qui vivent sur nos étangs. Le marché en est pourvu. 

4. Grèbe oreillard, Podiceps auritus, Lath. 
o. Grèbe castagneux, Podiceps minor, Lath. 

Ces deux espèces sont excessivement communes, toute l'année, 
sur nos étangs salés et s'y reproduisent; elles vont dans l'épaisseur 
des plantes aquatiques élever leur famille. Les chasseurs préten- 
dent que ces Oiseaux évitent le coup de fusil par un plongeon 
rapide lorsque le coup part. C'est probablement une erreur po- 
pulaire. Nous en voyons souvent sur nos marchés. 



OISEAUX. 251 

QUINZIÈME ORDRE. 

PALMIPÈDES. 

Caractères. — Bec de forme variée; pieds courts, plus 
ou moins retirés dans l'abdomen; doigts antérieurs à 
moitié garnis de membranes découpées, ou entièrement 
réunis par des membranes ( dans quelques genres les 
quatre doigts sont réunis par une seule membrane); le 
doigt postérieur articulé intérieurement sur le tarse, ou 
manquant totalement dans quelques genres. 

Les oiseaux qui composent cet ordre , peuvent être 
désignés par le nom {Y Oiseaux de Mer; car ils habitent 
toutes les mers du globe et toutes les côtes maritimes. 
S'ils paraissent sur les eaux douces, c'est par accident. 
Le plus grand nombre des espèces qui composent les 
premiers genres de cet ordre , se reposent sur la surface 
de la mer, volent le plus souvent, ne nagent point 
d'habitude, et ne plongent jamais; d'autres nagent et 
plongent; le plus petit nombre vit toujours en pleine 
mer, ne vient jamais à la surface du liquide que pour 
respirer, et ne se montre à terre que pendant les pontes. 
Tous se nourrissent de poissons , de frai , de coquillages 
bivalves et d'insectes marins. Leur corps est garni d'un 
duvet très-serré; le plumage est abondant et lustré. 

GENRE QUATRE-VINGT-QUATRIÈME. 

Hirondelle-de-Mer, Sterna, Lin. 

Caractères. — Bec de la longueur ou plus long que la tête, 
presque droit, comprimé, effilé, tranchant, pointu; mandi- 



252 HISTOIRE NATURELLE. 

bules d'égale longueur, la supérieure légèrement inclinée 
vers la pointe ; narines au milieu du bec ; pieds courts ; 
doigts antérieurs réunis par une membrane; queue plus 
ou moins fourchue; ailes très-longues, acuminées. 

Les Hirondelles-de-Mer se trouvent sur toutes les mers 
et sur toutes les côtes du globe , et leur vol est presque 
continuel; elles se reposent le plus souvent à terre et 
rarement sur les eaux; on ne les voit point nager. C'est 
en se laissant tomber d'aplomb, ou en rasant la surface 
des eaux qu'elles saisissent leurs aliments, qui consistent 
en poissons vivants et en insectes marins et aériens. 

1. Hirondelle-de-Mer tschegrava, Sterna caspia, Pallas; 

en catalan Aulendras-de-Mar. 

Cette espèce est très-rare dans notre pays; elle est de passage 
très-accidentel au mois de mars, et c'est toujours à la suite d'un 
hiver rigoureux. 

2. Hirondelle-de-Mer caugek, Sterna cantiaca, Geml. 

Cette Hirondelle arrive au commencement du printemps par 
bandes nombreuses. Elle ne se contente point de voler sur les 
étangs près des plages ; elle vient aussi sur les rivières et même 
les ruisseaux qui sont dans l'intérieur des terres; elle n'est pas 
effrayée par la présence de l'homme , car elle vient effleurer ses 
habits en volant. 

5. Hirondelle-de-Mer Dougall, Sterna Dougalli, Mont. 
4. Hirondelle-de-Mer Pierre Garin, Sterna hirundo, Lin. 

Ces deux espèces arrivent aussi au printemps, et se répandent 
sur les lacs les plus près des côtes; elles ne visitent guère les 
cours d'eau de l'intérieur des terres. La Dougall est plus rare; 
on en trouve parfois quelques-unes qui se sont réunies aux fortes 
bandes de la Pierre-Garin. 



oiseaux. 258 

5. Hirondelle-de-Mer moustac, Sterna leucopareia, Natt. 

Elle n'est pas très-répandue dans ce département; quelquefois 
même nous restons quelques années sans la voir. 

6. Hirondelle-de-Mer leucoptère, Sterna leucoptera, ïem. 

La Leucoptère est facile à distinguer des autres espèces par la 
couleur générale de son plumage, qui est noir. Elle visite ce pays 
tous les printemps, mais jamais en grand nombre. 

7. Hirondelle-de-Mer épouvantail, Sterna nigra, Lin. 

L'Épouvantail arrive au printemps, et se répand par grandes 
bandes sur les lacs, les rivières, les ruisseaux, manœuvrant à 
la file, sur plusieurs rangs, volant sans cesse, et faisant 
entendre un cri aigu. Nous la voyons pendant tout l'été; elle 
se reproduit dans nos marais. 

8. Petite Hirondelle-de-Mer, Sterna minuta, Lin. 

C'est la plus petite de toutes celles du Genre; elle arrive aussi 
au printemps, se répand sur nos lacs et sur nos rivières; elle est 
souvent en compagnie de la Pierre-Garin ; s'agite beaucoup , en 
faisant entendre son cri d'appel. Il parait qu'elle a besoin de faire 
souvent des excursions sur la mer; car on la voit par bandes 
parcourir le rivage et s'abattre souvent sur l'eau , probablement 
pour y saisir sa proie. Niche dans le pays. 

Les Hirondelles-de-Mer, en général, arrivent au commencement 
du printemps, par bandes très-nombreuses; elles volent sur les 
rivières et sur les marécages. Les enfants se postent sur les bords 
des ruisseaux et leur font la chasse à coups de pierres; elles sont 
si compactes, lorsque la volée passe, qu'une pierre lancée avec 
force en fait tomber plusieurs. 

Les Hirondelles-de-Mer Arctique et Hansel n'ont pas 
été observées dans ce département. 



254 HISTOIRE NATURELLE. 

GENRE QUATRE-VINGT-CINQUIÈME. 

Mauve ou Mouette, Larus, Linné. 

Caractères. — Bec long ou médiocre, fort, dur, com- 
primé, tranchant, courbé vers la pointe; mandibule infé- 
rieure formant un angle saillant; narines latérales, fendues 
longitudinalement au milieu du bec , étroites , percées de 
part en part ; pieds grêles, nus au-dessus du genou ; tarse 
long, trois doigts devant entièrement palmés, le doigt 
de derrière libre, court, s'articulant très-haut sur le tarse; 
queue à pennes d'égale longueur; ailes longues. 

Les Mouettes sont nombreuses sur les bords de la mer. 
Elles sont voraces et lâches ; quelques-unes vivent aussi 
sur les eaux douces. Ces Oiseaux bravent les plus fortes 
tempêtes, volent presque continuellement, et se reposent 
aussi bien sur les bords du rivage que sur la surface de 
l'eau. Leur nourriture consiste en poissons vivants ou 
morts, en frai, voiries ou charognes. On prétend que 
lorsque les grandes espèces s'avancent dans les terres 
c'est un signe de mauvais temps. 

l re Section. — Goéland; en catalan Gabilan. 
\. Goéland burgermeister, Larus glaucus, Brunn. 

De passage très-accidentel au mois de septembre. Je n'ai vu 
cet Oiseau que deux fois dans ce pays. 

2. Goéland à manteau noir, Larus marinus, Lin. 

Paraît à des époques indéterminées, la saison n'y étant pour 
rien; les gros temps sont peut-être la cause de son apparition. 
Il se tient sur les bords de la mer, et va souvent sur les lacs salés 
des environs. On ne peut pas préciser s'il a un passage régulier. 



OISEAUX. 25Ô 

3. Goéland à manteau bleu, Larus argentatns , Brunn. 

Nous voyons cette espèce toute l'année sur nos côtes mari- 
times; il paraît qu'un voyage s'effectue au printemps, car, à cette 
époque, ce Goéland est plus abondant. On le voit voler tout le 
long- de la côte, faire des excursions dans la pleine mer, s'aven- 
turer quelquefois sur les lacs salés, mais il revient immédiatement 
sur la mer. 

4. Goéland à pieds jaunes, Larus fuscus, Lin. 

Cette espèce est la plus commune de cette section; nous la 
voyons toute l'année sur les bords de la mer et sur les étangs 
salés; en volant, elle fait entendre son cri d'appel. Au moment 
du passage, elle est plus abondante; mais, après cette époque, 
ceux qui restent sédentaires s'occupent de leur reproduction et 
se retirent dans les lieux peu fréquentés. 

2 rae Section. — Mouette; en catalan Gabine de Mar. 

On trouve beaucoup de variétés parmi les oiseaux de ce 
Genre; ceci dépend de l'âge et des époques de la mue. 

o. Mouette blanche ou sénateur, Larus ebumeus, Lin. 

N'a pas été observée dans ce département. C'est par erreur que 
nous l'avions citée dans la publication de ce Catalogue, en 1839. 

6. Mouette à pieds bleus, Larus canus, Lin. 

Commune le long de nos côtes à certaines époques de l'année, 
surtout au moment du gros temps; elle se répand alors sur les 
lacs des environs, voltigeant toujours en faisant entendre un 
cri de détresse. A l'époque du passage du printemps, elle est 
plus abondante. 

7. Mouette tridactyle, Larus tridactylus, Lath. 

Cette îMouette, sans être bien commune, est pourtant assez 



256 HISTOIRE NATURELLE. 

répandue dans notre département; elle ne reste pas sur les 
côtes et s'avance beaucoup le long des rivières assez éloignées 
de la mer; elle fréquente aussi les marais des parties basses. 
On la reconnaît de suite à la belle couleur orange de l'intérieur 
de sa bouche. 

8. Mouette à capuchon noir, Larus melanocephalus , Natt. 

Parait quelquefois sur nos côtes à des époques indéterminées. 
C'est toujours après les gros temps des équinoxes que quelques 
individus sont tués. 

9. Mouette a capuchon plombé, Larus atricilla, Lin. 

Commune en tout temps sur les bords de la mer; elle vole 
souvent sur les lacs de la côte , et vient tout le long des rivières 
assez loin dans les terres. Nous la tuons le long de la rivière de 
la Basse, à Perpignan. 

10. Mouette rieuse ou à capuchon brun, Larus ridibun- 

dus, Leisl. 

Aussi très-commune. C'est celle qu'on voit le plus constam- 
ment sur notre marché; cela seul prouve qu'elle abonde dans le 
pays. Elle varie beaucoup selon l'époque où elle a été tuée. 

11. Mouette pigmée, Larus minutus, Pall. 

C'est la plus petite des Mouettes qui fréquentent nos côtes 
maritimes. Elle y est entraînée par quelque accident; car elle 
n'y est point d'ordinaire, ni à des époques que nous puissions 
attribuer aux voyages qu'exécutent ces oiseaux, voyages qui sont 
en général réguliers et à des époques fixes; au contraire, ce 
n'est qu'en hiver et pendant les mauvais temps que nous la 
voyons sur nos marchés. 

La Mouette à masque brun n'a pas paru sur notre 
côte. 



oiseaux. 257 

GENRE QUATRE-VINGT-SIXIÈME. 

Stercoraire, Lestris, Illig. 

Caractères. — Bec médiocre, fort, dur, cylindrique, tran- 
chant, comprimé, courbé et crochu à la pointe; mandibule 
supérieure couverte d'une cire, l'inférieure formant un an- 
gle saillant; narines vers la pointe du bec, à demi fermées ; 
tarses longs; trois doigts devant, entièrement palmés; le 
doigt de derrière presque nul; ongles grands, très-crochus ; 
queue faiblement arrondie, les deux pennes du milieu tou- 
jours allongées; ailes médiocres. 

Les Stercoraires, ainsi appelés par suite d'une erreur 
mal fondée, fréquentent les bords de la mer, et ne se 
font voir qu'accidentellement dans l'intérieur des terres. 
C'est en automne et en hiver qu'ils apparaissent sur nos 
côtes maritimes, et quelquefois en plaine, où ils se tien- 
nent de préférence dans les champs de blé. Ils volent 
avec beaucoup de rapidité. Le vent le plus violent paraît 
fort peu contrarier la direction de leur vol. Ils ont dans 
le port et le faciès quelque chose de l'oiseau de proie. 
Ce sont de vrais tyrans de la mer, et ils méritent surtout 
ce titre vis-à-vis des Mouettes, des Sternes, et même des 
Fous et des Cormorans, qu'ils poursuivent avec acharne- 
ment, afin de leur enlever leur proie. Si l'un d'eux aper- 
çoit une Mouette ou une Sterne qui vienne de saisir un 
poisson ou toute autre pâture , il fond aussitôt sur elle , 
la poursuit dans l'air, la harcelle, la frappe, et finit pres- 
que toujours par lui faire dégorger la proie qu'elle avait 
saisie et dont il s'empare à son tour avec la plus grande 
habileté, avant qu'elle ne tombe dans la mer. Ce fait, 
légèrement observé, avait donné lieu à une opinion erro- 

TOME III. 17 



258 HISTOIRE NATURELLE. 

née, que nos marins du département partagent, et que 
tous nos efforts n'ont pu détruire : on a cru longtemps 
que les excréments des Mouettes, des Sternes, etc., étaient 
leur nourriture ; c'est ce qu'atteste le nom de Stercoraire 
qu'on leur donne. On les voyait s'acharner après d'autres 
oiseaux ; on voyait ceux-ci rendre quelque chose , les 
Stercoraires saisir dans l'air ce quelque chose, et, sans 
regarder ce fait de trop près, on avait tout naturellement 
pensé qu'ils mangeaient les excréments des espèces qu'ils 
pourchassaient. Mais, lorsqu'on a mieux observé, on a pu 
se convaincre que les Mouettes, les Sternes, etc., péchaient 
la plupart du temps au profit des Stercoraires. 

La chair du Stercoraire et de la Mouette a un goût 
détestable, qui répugne; aussi est-elle délaissée. Ceux 
de ces oiseaux qui sont tués et apportés au marché, ne 
sont achetés que par la basse classe. 

i. Stercoraire cataracte, Lestris cataractes, Temm. 

Cette espèce est excessivement rare. Je n'ai vu cet Oiseau que 
deux fois sur notre marché, et toujours après de fortes tempêtes, 
qui probablement les auront fait égarer dans leur marche. 

2. Stercoraire pomarin, Lestris pomarinus, Temm. 

Le Pomarin se voit plus fréquemment que le Cataracte sur nos 
côtes; il vole aussi sur nos étangs salés, et on le reconnaît faci- 
lement aux crochets qu'il fait dans sa course aérienne. Il poursuit 
continuellement les Mouettes, qui en ont une frayeur extraordi- 
naire, ce qu'elles manifestent par des cris très-aigus. Le Pomarin 
se jette sur elles, leur fait rendre le poisson qu'elles ont dans 
leur jabot et s'en empare. Son vol est très-rapide. 

3. Stercoraire parasite ou labbe, Lestris parasiticus, Boy. 
C'est le plus commun du genre dans ce pays. Il a les mêmes 



oiseaux. 259 

habitudes que les précédentes espèces de courir sur les Mouettes 
et sur les Hirondelles-de-Mer pour leur faire dégorger leurs ali- 
ments, dont il s'empare. 

GENRE QUATRE-VINGT-SEPTIÈME. 

Pétrel, Procellaria, Lin. 

Caractères. — Bec médiocre, de la longueur ou plus long 
que la tête, fort, dur, tranchant, déprimé et dilaté à sa 
base; pointe comprimée, arquée; les deux mandibules 
cannelées, subitement fléchies à la pointe; l'inférieure 
comprimée, creusée en gouttière, formant un angle en 
dessous; narines réunies dans un seul tube, placées à la 
surface du bec ; trois doigts antérieurs, entièrement pal- 
més; doigt de derrière nul, remplacé par un ongle très- 
pointu; ailes longues. 

Les Pétrels se divisent en deux sections. La première, 
composée des Pétrels proprement dits, dont le tube nasal 
est un peu long et renferme les deux orifices. La seconde, 
qui comprend les Pétrels-Puffins , dont le bec est plus 
allongé et plus grêle, et qui se distinguent par deux tubes 
distincts placés à la surface du bec. 

Les Pétrels vivent toujours sur les mers où les Cétacés 
abondent. Ce sont les oiseaux qui s'éloignent le plus de 
la terre. On les voit rarement le long des côtes maritimes, 
où leur apparition est toujours l'avant-coureur de fortes 
tempêtes. Ce n'est aussi qu'accidentellement qu'ils sont 
poussés dans l'intérieur des terres. Leur vol est aisé et 
gracieux; ils semblent effleurer les vagues de la mer, et 
on les voit souvent piétiner sur la surface de l'élément 
liquide, d'où leur est venu le nom de Pétrel (Petrus), c'est- 
à-dire marcher sur l'eau comme saint Pierre. Lorsqu'ils 



260 HISTOIRE NATURELLE. 

marchent sur l'eau, ils tiennent leurs ailes droites et en 
l'air. Leur nourriture consiste en chair de morses et de 
cétacés, en insectes, en mollusques, et en vers qui flottent 
à la surface des mers. 

Les Pétrels de la première section ne paraissent jamais 
sur nos côtes. 

GENRE QUATRE-VINGT-HUITIÈME. 

Puffin, Puflinus, Rai. 

Caractères.— Bec généralement plus long que la tête, 
grêle, fortement déprimé a la pointe; mandibule infé- 
rieure formant un crochet aigu; narines à la surface du 
bec, présentant deux tubes rapprochés. 

1. Puffin cendré, Puflinus cireneus, Temm. 

Paraît parfois sur nos côtes par petites troupes rasant la 
surface des eaux; mais, dès qu'une tempête se fait sentir, il se 
rapproche de la terre pour y chercher un abri. N'est pas très- 
commun. 

2. Puffin Manks, Puflinus Anglorum, Temm. 

Ce Puffin ne parait sur nos côtes qu'à des époques indétermi- 
nées; peut-être vient-il chercher un refuge à terre quand il 
prévoit de grandes tempêtes : on en tue peu, parce qu'il est 
ordinairement en petit nombre. 

GENRE QUATRE-VINGT-NEUVIÈME. 

Thalassidrome, Thalassidroma , Vig. 
Caractères.— Bec moins long que la tête, très-comprimé 
a la pointe; narines réunies en un seul tube ou ayant deux 
orifices distincts; tarses longs. 



OISEAUX. 261 

1. Thalassidrome tempête, Thalassidroma pelagica, Lin. 

Cet Oiseau ne se voit pas souvent sur les côtes de ce dépar- 
tement. Après de fortes tempêtes, nos marins en trouvent de 
morts sur la grève. Le seul que nous ayons vu en vie, est dû à 
un accident de mer, comme on n'en voit pas souvent. Le 17 
décembre 1821, après un ouragan des plus terribles, parut, sur 
la plage de Torreilles, un Oiseau qui ressemblait à un Martinet 
et qui volait constamment. M. Pla, surpris de voir un pareil 
Oiseau à cette époque, le poursuivit et parvint à le tuer. Ses pieds 
palmés et la forme du bec , lui donnèrent la conviction que ce 
n'était pas un Martinet. Les plus anciens chasseurs assurèrent 
qu'ils n'avaient pas observé un pareil oiseau. M. Pla eut l'obli- 
geance de me le faire porter, et je reconnus que c'était le 
Thalassidroma pelagica. Par la taille, la couleur de son plumage, 
la forme du bec et des pieds palmés, il ressemblait parfaitement 
à l'Oiseau que M. Temminck a décrit sous ce nom, excepté les 
scapulaires et les pennes secondaires des ailes, qui n'étaient 
point terminées de blanc; tout le reste du plumage était conforme 
à la description donnée par ce savant. Depuis lors, je n'ai plus 
remarqué cet Oiseau, ce qui me donne la certitude que son 
apparition ne fut due qu'à cette grande tempête. 

« On a toujours cru, dit M. Temminck, mais par erreur, que 
ces petits Oiseaux, lorsqu'ils font leur apparition en mer et sui- 
vent le sillage des vaisseaux, sont des indices d'une tempête 
prochaine, ou doivent faire craindre aux marins quelque coup 
de vent impétueux. Ce n'est pas pour se mettre à l'abri qu'ils 
s'attachent, de jour comme de nuit, à la suite d'un navire fendant 
les ondes; mais tout simplement pour être mieux à même de 
saisir les substances' qui leur servent de nourriture : certaines 
graines de plantes marines, et quelques espèces de très-petits 
mollusques qu'ils recherchent, flottant habituellement entre deux 
eaux, et à une petite distance de leur surface. Les Thalassidromes, 
qui ne plongent pas, ne sauraient s'en saisir; mais par le sillage 



262 HISTOIRE NATURELLE. 

du vaisseau s'opère le remous, qui porte à la surface leur proie, 
dont ils s'emparent plus facilement au milieu de la tourmente 
des eaux. » 

GENRE QUATRE-VINGT-DIXIÈME. 

Oie, Anse?*, Vieill; en catalan Oca. 

Caractères. — Bec plus haut que large à sa base, qui est 
garnie d'une carnosité ou totalement lisse; mandibule 
supérieure plus large que l'inférieure , a bords dentelés ; 
narines latérales placées au milieu du bec; pieds palmés. 

Les Oiseaux compris dans ce Genre aiment à vivre 
sur les eaux, où ils nagent avec grâce et facilité; ils 
font des voyages lointains, et s'unissent en famille pour 
les exécuter. Les Oies voyagent par troupes et décrivent 
un angle pour fendre les airs , leur vol est élevé ; leur 
démarche, quand elles sont à terre, est vacillante et 
embarrassée. Leur nourriture consiste en poissons, in- 
sectes, coquillages, végétaux et graines; elles font usage 
de leur long cou pour saisir les aliments qui leur sont 
nécessaires, ayant la tête plongée dans l'eau ainsi qu'une 
partie du corps. 

1. Oie cendrée ou Première, Anser ferriis, Lath.; en 
catalan Oca salvatje. 

C'est lorsque les froids du mois de décembre commencent à 
se faire sentir, que les bandes d'Oies sauvages arrivent et s'éten- 
dent dans nos marécages et dans les étangs de nos côtes. On les 
entend passer pendant la nuit, en suivant le cours des rivières. 
Elles séjournent dans ce pays jusqu'aux premiers jours de mars, 
et vont se reproduire dans le Nord de l'Europe. C'est à cette 
espèce que remonte la souche primitive des races domestiques. 



OISEAUX. 263 

2. Oie vulgaire ou sauvage, Anser segetum, Teram.; en 

catalan Oca salvatje. 
Cette espèce arrive de meilleure heure, et comme la précédente 
elle s'installe aussi par bandes plus nombreuses dans nos étangs 
salés et dans nos marécages; elle passe l'hiver dans notre pays. 
On la voit plus souvent sur notre marché, ce qui prouve qu'elle 
est beaucoup plus abondante et plus commune. On l'a souvent 
confondue avec la Cendrée ; mais la couleur jaune-orange du 
milieu du bec, est un signe qui la distingue toujours de l'autre 
espèce, outre qu'elle est presque d'un tiers plus petite. Sa chair 
est dure, coriace et peu estimée. 

3. Oie rieuse à front blanc, Anser albifrons, Lin. 

Cette Oie est beaucoup plus rare dans notre département, et 
il faut des froids rigoureux pour qu'elle vienne visiter nos maré- 
cages. Elle se fait remarquer par l'éclat de sa voix, qui simule 
un éclat de rire; elle le fait retentir lorsqu'elle vole sur les 
pièces d'eau qu'elle fréquente, et surtout au moment où elle veut 
s'élever pour changer de place. 

4. Oie bernache, Anser leucopsis, Temm. 

Cette jolie espèce ne visite notre département, que lorsque les 
hivers très-rigoureux ont gelé fortement les eaux douces des 
marécages du Midi. Elle vient alors chercher un refuge et des 
aliments sous notre climat plus tempéré , où elle ne séjourne 
pas longtemps, et regagne des climats plus froids dès que la 
température se radoucit. Elle est rare. 

o. Oie cravant, Anser bernicla, Lin. 

C'est encore une de ces espèces qui se montrent dans ce pays 
lorsque les glaces se sont emparé des cours d'eau de l'intérieur. 
Notre beau climat voit alors arriver tous les oiseaux qui se plai- 
sent dans les contrées froides; il est donc bien rare que cette 
espèce se montre dans ce département. 



264 HISTOIRE NATURELLE. 

L'Oie hyperborée et l'Oie à col roux sont les seules de 
l'espèce que nous n'ayons pas observé dans ce pays; 
elles ne quittent guère les régions glaciales du Nord. 

GENRE QUATRE-VINGT-ONZIÈME. 

Cygne, Cygnus, Lin.; en catalan Signa. 

Caractères. — Bec d'égale largeur partout, beaucoup plus 
haut que large à la base, déprimé à la pointe; les deux 
mandibules dentelées, à lamelles transversales; narines 
oblongues, latérales, percées au milieu du bec; pieds hors 
de l'équilibre, courts, palmés; le pouce petit et libre. 

Les Cygnes sont de tous les Palmipèdes ceux qui 
nagent le plus longtemps et qui se fatiguent le moins. 
Les formes élégantes et gracieuses qu'ils déploient dans 
leurs mouvements, leur ont fait attribuer l'empire des 
eaux. Leur caractère doux et paisible, et la beauté 
de leur port, sont la cause qu'on les élève pour en orner 
les parcs et les jardins publics. Ils font leur principale 
nourriture de substances végétales. 

\. Cygne à bec jaune ou sauvage, Cygnus musicus, Lin. 

Cette espèce ne paraît dans ce pays que pendant les hivers 
les plus rigoureux, et c'est alors seulement qu'elle vient jouir de 
notre douce température. L'hiver de 1829 à 1830 fut très-froid; 
aussi cet Oiseau fut-il signalé dans des contrées où on ne l'avait 
pas encore remarqué. Chassé par les frimas du Nord, le Cygne 
vient chercher dans le Midi le calme que nous donne notre beau 
ciel. L'hiver de 1837 à 1838, très-rude dans le Nord, ne le fut 
pas dans le Roussillon, car le thermomètre ne descendit point à 
2°,-0, et nous devons à cette cause d'avoir eu divers Cygnes 
sur nos marais. Ceux que nous possédons dans les collec- 
tions de la ville de Perpignan, ont été pris à cette époque. 



oiseaux. 265 

2. Cygne tubercule ou domestique, Cygnus olor, Lin. 

Cette espèce vient sur nos étangs plus régulièrement; nous la 
voyons assez souvent quoique la température ne soit pas très- 
froide. C'est ce Cygne qu'on est parvenu à rendre docile et à 
élever en domesticité; c'est lui qui fait l'ornement des bassins 
et des grandes pièces d'eau de nos parcs et des promenades 
publiques ; il se multiplie très-bien dans cet état de domesticité. 
A l'état de liberté , il vit sur les grandes mers et sur les étangs 
de l'intérieur, vers le Nord. 

En 1829, une bande de Cygnes sauvages s'abattit dans les 
environs de Barcelone (Espagne). Ce fut un grand événement 
que l'apparition de ces Oiseaux dans cette contrée. On leur 
donna la chasse et on en tua plusieurs : un fut blessé à l'aile ; 
il subit l'amputation et on le déposa dans le bassin du jardin 
public de la ville, avec les Cygnes domestiques qu'on y élevait. 
On ne put le familiariser ; il y resta parce qu'il y était contraint, 
mais il se tenait toujours seul et à l'écart des autres; et lorsque 
les Cygnes domestiques s'approchaient de lui, il les recevait 
très-mal, leur lançait des coups de bec qui les forçaient à 
s'éloigner. 

On a découvert, depuis quelques années, une troisième espèce 
de Cygne. Son plumage est tout-à-fait noir; il habite la Nouvelle- 
Hollande. Nous avons vu des sujets de celte espèce faire partie 
de la Ménagerie impériale du Jardin des Plantes de Paris. 

GENRE QUATRE-VINGT-DOUZIÈME. 

Canards, Anas, Lin.; en catalan, le mâle domestique, 
Canard; la femelle, Canarda; le petit Tira. — Le 
sauvage , Anech ou Canard salvatje. 

Les Canards se divisent en deux sections, que M Tem- 
minck désigne par A et B. 



266 HISTOIRE NATURELLE. 

Section A. — Le doigt de derrière sans membrane. 

Caractères. — Bec très-déprimé, large vers la pointe; 
dentelures longues et aplaties; doigt de derrière libre, 
sans membrane ou avec un rudiment libre. 

Les Canards se plaisent sur les eaux, où ils nagent 
et plongent avec une égale adresse. Bien que la plupart 
soient habitants des grandes mers , ils préfèrent cepen- 
dant les embouchures des fleuves et des rivières. Ils 
émigrent annuellement du Nord au Midi et du Midi au 
Nord , en formant des bandes nombreuses, qui se répan- 
dent dans les étangs et les rivières de l'intérieur. Leur 
nourriture se compose de poissons, de vers et de coquil- 
lages, qu'ils saisissent en plongeant et en fouillant la vase 
des marais. En général leur chair est un aliment agréable. 

1. Canard kasarka, Ànas rutila, Pall. 

Ce n'est que pendant les hivers les plus rigoureux que nous 
voyons , en petite quantité , cette espèce dans ce pays ; elle y est 
de passage très-accidentel. 

2. Canard tadorne, Anas tadorna, Lin. 

Le Canard-Tadorne est fort rare; on ne le trouve sur nos 
étangs qu'à l'époque des grands froids. 

5. Canard sauvage, Anas boschas, Linné; en catalan, 
le mâle, Coll-Vert; la femelle, Canarda. 

Le Canard sauvage arrive dans notre département par bandes 
nombreuses qui se répandent dans nos prairies inondées, nos 
étangs et nos rivières. C'est l'espèce la plus commune que nous 
ayons; elle demeure dans le pays jusqu'à la belle saison et elle 
reprend alors la route du Nord. Il en reste toutefois un assez 
grand nombre dans nos étangs , où l'espèce se reproduit ; elle 
fait son nid, tantôt dans les champs de blé, près des étangs, 



OISEAUX. 

tantôt dans les broussailles des haies ou dans les creux des 
arbres qui bordent les eaux. 

Dans le Canard sauvage, Anas boschas, les variétés sont fort 
nombreuses, et quoique M. Temminck ait dit dans son Manuel 
d'Ornithologie, seconde édition, 1840 : « Dans l'état sauvage, les 
variétés tapirées de blanc, blanchâtres ou blanches sont très- 
rares, » on pourra voir, en examinant les variétés que nous 
avons recueillies dans le département des Pyrénées-Orientales , 
que les variétés blanches ne sont pas aussi rares qu'avait pu le 
penser cet ornithologiste célèbre. 

l re Variété. — Mâle. Noir, à reflets métalliques; miroir violet; 

collier blanc, large de 6 centimètres; tête et gorge tapirée 

de blanc, sur fond vert-lustré. 
2>ne Variété. — Mâle. A peu près la même robe, moins le collier 

et la tête tapirée de blanc. 
3 me Variété. — Mâle. Couleur générale du dos et des flancs isa- 

belle, avec diverses plaques d'un jaune-clair lustré, une large 

plaque d'un blanc pur sur la poitrine, qui s'étend en forme 

de collier sur le bas du cou et remonte jusqu'au dessous du bec. 

Cette même couleur embrasse toute la partie de l'abdomen. 

Tète brune, tapirée de blanc. 
4 me Variété. — Femelle. Couleur générale isabelle sans reflets, 

toutes les plumes finement liserées de noir, qui forment un 

dessin agréable sur la robe de l'animal, sans reflets métalliques ; 

miroir brun , à peine sensible. 
5 me Variété. — Femelle. Même robe, avec un collier blanc, large 

de 3 centimètres , qui couvre la partie antérieure du cou ; le 

miroir n'est pas sensible. 
6 rae Variété. — Femelle. Robe d'un blanc pur, sans reflets ni 

taches; bec et pattes jaune-citron. 
7 me Variété. — Femelle. Même robe d'un blanc pur ; quelques 

petites taches brunes se font remarquer ça et là; miroir violet, 

à reflets métalliques; bec et pattes jaune-citron. 



268 HISTOIRE NATURELLE. 

gme Variété. — Femelle. Robe toute tapirée de jaune et de noir; 
collier blanc, s'étendant sur le cou jusqu'au dessous du bec. 
Cette couleur embrasse toute la poitrine et s'étend sur l'abdo- 
men. Miroir violet, à reflets. 
gme Variété. — Femelle. Couleur du plumage noir lustré; toutes 
les plumes liserées de jaune sombre; poitrail et devant du cou 
blancs, avec quelques taches noires et jaunes; tête tapirée de 
blanc ; miroir presque pas sensible. 

C'est le Canard sauvage qui est la souche de toutes les espèces 
et variétés élevées en domesticité et que l'homme s'est appro-' 
priées pour ses besoins; aussi, son choix a été admirable, car 
de toutes les espèces sauvages , c'est celle dont la chair a le 
meilleur goût, et nos Canards domestiques , qui sont bien nour- 
ris, sont un mets très-délicat. 

4. Canard chipeau ou ridenne, Anas strepera , Linné; en 

catalan Griset. 
Mêlée au Canard sauvage, cette espèce se répand dans les 
mêmes localités et habite ce déparlement tout l'hiver; mais elle 
n'y reste pas pendant la belle saison pour s'y reproduire : dès 
que le beau temps arrive, elle remonte vers le Nord pour y faire 
sa ponte. Cette espèce devient très-grasse, et sa chair est aussi 
estimée que celle du Canard sauvage. 

5. Canard à longue queue ou Pilet, Anas acuta, Linné; 

en catalan Cua-Llarg , Cua d'Aulendra. 
Très-commun dans les deux passages, il en reste beaucoup sur 
nos marais tout l'hiver. On en porte en quantité sur nos marchés; 
sa chair, toujours maigre, n'a pas un bon goût, et n'est pas 
recherchée. 

6. Canard sifïleur, Anas penelope, Linné; en catalan 

Piula, Chiulayre (siffleur). 
Le Canard-Siffleur est assez abondant dans les mêmes parages 






oiseaux. 269 

qu'habitent les autres espèces ; il passe chez nous tout l'hiver, 
mais il nous abandonne aussitôt que le beau temps paraît, pour 
aller vers le Nord. Sa chair est bonne. 

7. Canard souchet, Anas clypeata, Lin.; en catalan Bec 

de spatula (probablement à cause de son bec, qui 
est en forme de spatule). 

Nous voyons cette espèce très-souvent sur notre marché. Elle 
est aussi fort commune dans nos marécages pendant tout l'hiver; 
mais elle nous quitte dès les premiers jours du printemps. Sa 
chair n'est pas très-bonne. 

8. Canard sarcelle d'été, Anas querquedula , Linné; en 
catalan Sarcetta d'estiu. 

Il est très-rare de voir cette espèce dans le département en 
hiver; elle n'est abondante qu'à l'époque du passage de mars. 
On la porte alors en grande quantité sur notre marché ; sa chair 
est très-bonne. Son plumage est fort joli. 

6. Canard sarcelle d'hiver, Anas crecca, Lin.; en catalan 

Sarcetta. 

La Sarcelle d'hiver habite toute l'année notre département. 
Elle se reproduit dans nos marécages bien couverts par les plantes 
aquatiques; mais elle est bien plus abondante pendant l'hiver et 
couvre nos étangs ; les marchés en sont amplement pourvus. Sa 
chair est fort délicate. 

Section B. — Au doigt de derrière une membrane lâche. 

10. Canard eider, Anas mollissima, Lin. 

Il faut des hivers très-rigoureux pour que cette espèce arrive 
sur nos marais. On la remarque facilement par sa taille , qui est 



270 HISTOIRE NATURELLE. 

d'un tiers plus grande que celle des autres espèces, et par la 
couleur de son plumage. C'est l'Eider qui fournit l'édredon, 
cette matière douce et élastique, que la sensualité humaine a 
su si bien utiliser, et qui n'est autre chose que le duvet dont 
l'Eider enveloppe ses œufs et qu'il fait tomber de tout son corps 
et principalement de l'abdomen. Cet Oiseau habite les mers gla- 
ciales du pôle, et n'est que de passage dans les parties tempérées 
de, notre continent. Ce fut pendant l'hiver de 1838 que j'ai 
vu le premier sur notre marché ; le second me fut apporté en 
mars 1844. La chair de cet oiseau est fort bonne. 

11. Canard double macreuse, Anas fusca, Lin.; en catalan 

Cullera (à raison de son bec en forme de cuiller). 

Ce Canard est très-estimé. Il n'est pas bien commun dans le 
pays; cependant, tous les ans, on en tue quelques-uns sur nos 
marécages. 

12. Canard macreuse, Anas nigra, Lin. 

Encore plus rare que le précédent. Il passe, toutefois, chaque 
année, mais ne s'arrête guère sur nos étangs, de sorte qu'il est 
très-difficile de se le procurer. 

15. Canard couronné, Anas leucocephala, Lath. 

J'ai vu une seule fois cette espèce sur notre marché , pendant 
l'hiver de 1829 à 1830; c'est donc très-accidentellement qu'il 
arrive parmi nous. Il ne quitte guère les régions froides du 
Nord, où il se reproduit. 

14. Canard de Miclon, Anas glacialis, Lin. 

Comme la précédente espèce, le Canard de Miclon est excessi- 
vement rare; c'est toujours dans les hivers où la température 
descend très-bas qu'il en paraît quelques sujets sur nos marchés. 
Ce fut en 1830 que le premier me fut apporté. Deux sujets, mâle 



OISEAUX. 271 

et femelle adultes, furent tués à Salses, en 1856, et font partie 
des collections de la ville de Perpignan. 

15. Canard siffleur huppé, Anas rufina, Pall.; en catalan 

Bec vermeil, lo Mont (le Muet, parce que les chas- 
seurs prétendent qu'il ne chante pas). 

Le Siffleur huppé est de passage habituel dans ce département. 
C'est une jolie espèce; mais sa chair sent la sardine et est très- 
peu estimée. 

16. Canard milouinan, Anas marila, Un.; en catalan 

Buixot. 

Cette espèce est fort commune. On la voit par bandes consi- 
dérables sur les marécages, mêlée avec l'espèce suivante; elle 
se prend aux mêmes arrêts tendus, et on la porte assez souvent 
sur nos marchés. Sa chair est bonne. 

17. Canard milouin, Anas ferina, Lin.; en cat. Buixot. 

Ce Canard arrive en automne par troupes très-nombreuses, et 
se répand sur toutes nos surfaces liquides ; il se fait remarquer, 
dès que la nuit arrive, par un grand bruissement d'ailes et par 
un cri qui lui est particulier. On en prend beaucoup sur nos 
étangs, et nos marchés en sont pourvus. Sa chair, qui d'ordinaire 
est grasse, est fort estimée. 

18. Canard garrot, Anas clangula, Lin. 

Le Garrot est de passage régulier dans ce département, et il y 
reste tout l'hiver, car il est très-souvent porté sur notre marché 
pendant cette saison. Il est ordinairement fort gras ; mais sa chair 
sent un peu le poisson. 

19. Canard morillon, Anas fulligula, Lin. 

Le Morillon est très-répandu sur nos étangs pendant tout l'hiver, 



272 HISTOIRE NATURELLE. 

et beaucoup plus encore au moment du passage du printemps ; 
notre marché en est pourvu. Sa chair n'est pas des meilleures. 

20. Canard à iris blanc ou nyroca, Anasleucophthalmos, 

Bech. 

Ce Canard paraît arriver de bonne heure sur nos marécages ; 
car nous le voyons un des premiers sur notre marché et en assez 
grande abondance. Il passe tout l'hiver dans ce pays; mais il 
nous quitte avec les premiers jours de beau temps. Sa chair est 
bonne. 

21. Canard à collier ou histrion, Anas histrionica, Lin. 

Ce Canard est excessivement rare dans ce département; il quitte 
peu les contrées glaciales où il vit, et il faut des hivers exception- 
nels pour qu'il vienne visiter nos parages ; mais c'est toujours en 
petit nombre. 

Les Canards à tête grise et Marchand, qui se repro- 
duisent dans les mers glaciales, sont les seules espèces 
que nous n'ayons pas observées dans ce pays. 

GENRE QUATRE-VINGT-TREIZIÈME. 

Harle, Mergus, Lin. 

Caractères. — Bec médiocre ou long, droit, grêle, en 
cône allongé et presque cylindrique , base large ; pointe 
de la mandibule supérieure très-courbée , onguiculée, 
crochue; bords des deux mandibules dentelées en scie, 
ces dentelures dirigées en arrière; narines latérales, 
elliptiques , percées de part en part ; pieds courts , pal- 
més, retirés dans l'abdomen; ailes médiocres. 

Les Harles ressemblent beaucoup aux Canards. Ils 



oiseaux. 273 

vivent sur les eaux, où ils nagent avec le corps le plus 
souvent submergé. Leur démarche est plus embar- 
rassée que celle des Canards, a cause de la situation de 
leurs pieds. On ne les voit qu'en hiver dans nos climats 
tempérés; leur demeure habituelle est dans les pays 
froids où ils se reproduisent. 

4. Grand Harle, Mergus merganser, Lin.; en catalan Bec 
de serra gran (Bec de scie. Son bec ressemble, en 
effet, aux dents d'une scie.) 

Cette très-jolie espèce, quoique se reproduisant dans les pays 
très-froids, visite tous les ans les contrées méridionales; se 
répand sur nos marécages pendant toute la saison d'hiver, et 
se trouve plus ou moins abondante selon que le froid est plus ou 
moins vif. C'est la plus grosse espèce. On en porte souvent au 
marché ; sa chair n'est pas estimée à cause de l'odeur de 
sardine qu'elle exhale. 

2. Harle huppé, Mergus serrator, Lin.; en catalan Bec 

de serra mitja (Bec de scie moyen). 

Cette espèce paraît dans ce pays comme la précédente pendant 
l'hiver; y séjourne toute la mauvaise saison, et nous quitte pour 
aller se reproduire dans l'extrême nord. Sa chair exhale aussi 
l'odeur de sardine. Les Harles sont mêlés sur nos étangs aux 
Canards, avec lesquels ils paraissent vivre en bonne intelligence. 

3. Harle piette, Mergus albellus, Lin.; en catalan Bec de 

serra petit (Bec de scie petit). 

La robe du Harle-Piette est fort jolie. Cette espèce arrive 
comme les autres au commencement de l'hiver, et reste sur nos 
marais jusqu'en mars. Elle y est plus abondante; aussi la voit-on 
plus souvent sur nos marchés. Sa chair n'est pas meilleure que 
celle de ses congénères. 

TOME Ul. 48 



274 HISTOIRE NATURELLE. 

GENRE QUATRE-VINGT-QUATORZIÈME. 

Pélican, Pelecanus, Lin. 
\. Pélican blanc, Pelecanus onocrotalus, Lin. 

Depuis que je m'occupe d'ornithologie (50 ans environ), cet 
Oiseau ne s'est jamais montré dans ce département : il est pro- 
bable, à moins de quelque événement surnaturel, qu'il n'y 
paraîtra jamais. 

GENRE QUATRE-VINGT-QUINZIÈME. 

Cormoran, Carbo, Mey. 

Caractères. — Bec médiocre ou long, droit, comprimé, 
arête arrondie; mandibule supérieure très-courbée vers 
la pointe, crochue; mandibule inférieure comprimée, 
base engagée dans une petite membrane qui s'étend sur 
la gorge ; face et gorge nues ; pieds robustes, retirés dans 
l'abdomen; les quatre doigts réunis par une membrane; 
ongles, celui du doigt du milieu dentelé, en scie; ailes 
médiocres. 

Les Cormorans se distinguent facilement des Pélicans 
et des Fous, avec lesquels ils ont été confondus. Ces 
Oiseaux sont d'excellents plongeurs; ils poursuivent avec 
une vitesse étonnante, et comme à tire-d'aile, entre deux 
eaux, une proie très-agile dont ils s'emparent avec 
adresse. Ils ont le vol droit et vigoureux; ils marchent 
mieux que les Harles. Leur longue queue, à pennes fortes 
et à baguettes élastiques, leur sert de soutien; ils s'en 
servent comme d'un troisième point d'appui. 

1. Grand Cormoran, Carbo cormoranus, Mey.; en catalan 

Gorb de mar (Corbeau de mer). 

Cette espèce est la seule du genre que nous voyons dans le 



oiseaux. 275 

pays, et elle n'y est pas même très-abondante. On en prend quel- 
quefois d;ms les arrêts tendus pour les poissons; d'autres fois 
avec le fusil. Porté au marché, cet Oiseau se vend difficilement, 
sa chair n'étant pas très-estimée. Nous en avons de très-adultes 
dans les collections de la ville de Perpignan. 

GENRE QUATRE-VINGT-SEIZIÈME. 

Fou, Sula, Briss. 

Habitant toujours les parties les plus froides de l'extrême 
nord, cet Oiseau ne vient jamais dans nos parages. S'il y paraît 
quelquefois, ce ne doit être que par exception , et il a échappé à 
nos recherches; aussi, ai-je dit, en publiant le Catalogue des 
Oiseaux du département, que le Genre Fou n'avait pas de repré- 
sentant dans les Pyrénées-Orientales. 

GENRE QUATRE-VINGT-DIX-SEPTIÈME . 

Plongeon, Colymbus, Lath.; en catalan Calabria. 

Caractères. — Bec médiocre, fort, droit, très-pointu, 
comprimé; narines basales, latérales, concaves, oblon- 
gues, à moitié fermées par une membrane, percées de 
part en part; pieds retirés dans l'abdomen, hors l'équilibre 
du corps, médiocres; tarses comprimés; trois doigts devant, 
très-longs, entièrement palmés; le doigt de derrière court, 
articulé sur le tarse, portant une petite membrane lâche; 
ongles plats; ailes courtes. 

Les Plongeons et les genres suivants ont reçu, pour 
ainsi dire, l'élément fluide pour demeure habituelle. 
Ils vivent toujours sur les eaux; ils y restent le plus 
souvent cachés à nos regards, parce qu'ils n'en reti- 
rent la tête, que pour respirer un instant. Il est rare 
de les voir à terre, si ce n'est au moment de l'incu- 



276 HISTOIRE NATURELLE. 

bation. Ils émigrent sur les eaux; ils volent très-bien, 
mais rarement. Ils se nourrissent de poissons, de frai, 
d'insectes aquatiques, et aussi de végétaux. 

1. Plongeon imbrin, Colymbus glacialis, Lin. 

2. Plongeon lumme ou à gorge noire, Col. arcticas, Lin. 

3. Plongeon cat-marin ou à gorge rouge, Colymbus sep- 

tentrionalis , Lin.; en catalan, Calabria gros, et 

Calabria petit. 
Les Plongeons Imbrin et Lumme sont très-rares ici ; Le Cat- 
Marin l'est moins. Ce n'est que par les hivers les plus rigoureux 
que ces Oiseaux apparaissent sur nos côtes. Ils fréquentent les 
lacs salés qui ne sont pas éloignés de la mer. Pendant l'hiver de 
1819, un Imbrin, tué à l'étang de Saint-Nazaire, me fut apporté: 
depuis j'ai eu occasion d'en voir au marché diverses fois; — le 
Lumme se laisse voir moins souvent; — le Cat-Marin presque 
tous les ans. Leur chair est détestable, par l'odeur de sardine et 
par une huile repoussante qui en suinte pendant la cuisson. 

GENRE QUATRE-VINGT-DIX-HUITIÈME. 

Guillemot, Uria, Briss. 

l re Section. — Bec plus long que la tête. 

Caractères. — Bec médiocre ou court, fort, droit, pointu 
et comprimé; mandibule supérieure légèrement courbée 
vers la pointe, l'inférieure formant un angle plus ou moins 
ouvert; narines basales, latérales, longitudinalement fen- 
dues, à moitié fermées par une membrane couverte de 
plumes, percées de part en part; pieds courts, retirés dans 
l'abdomen hors l'équilibre du corps; tarses grêles ; trois 
doigts devant seulement, entièrement palmés; ongles 
courbés; ailes courtes. 



oiseaux. 277 

Habitant les vastes mers qui baignent les arides bords 
des contrées polaires, ces Oiseaux sont relégués dans les 
climats couverts de frimas élernels. Forcés par les glaces 
de quitter ces parages, ils émigrent en hiver le long des 
côtes maritimes, et vont chercher une température plus 
douce. Les roulis, les brisants, les rafales, les forcent 
quelquefois à abandonner leur élément favori, et on ne les 
voit à terre, que lorsqu'ils y sont poussés par des causes 
accidentelles. 

J. Guillemot à capuchon, Uria troile, Lath. 

2. Guillemot à gros bec, Uria brunnichii, Sab. 

3. Guillemot a miroir blanc, Uria gryUe, Lath. 

2 me Section. — Bec plus court que la tête. 

4. Guillemot nain, Uria aile, Temm. 

Les Oiseaux qui composent ce genre , ne se voient dans nos 
parages que très-accidentellement; et même ceux que nous 
avons eu occasion de voir, ont-ils été rejetés par la mer sur nos 
plages. A la suite de grandes tempêtes on les trouve morts sur 
le sable des dunes; c'est ordinairement dans le mois de mars, 
ou au commencement d'avril. Nous supposons que, surpris par 
le gros temps au moment de leur passage, ils ne peuvent résister 
à la tourmente , et que la mer les rejette alors sur les côtes. 
En mars 1840, il en échoua une si grande quantité, que la plage 
de Canet en était couverte. La seule espèce de ce genre qui ne 
faisait pas partie de ceux échoués, et que nous n'avons jamais 
observée sur nos côtes, est le Guillemot à gros bec. 

GENRE QUATRE-VINGT-DIX-NEUVIÈME. 

Macareux, Mormon, Illig. 
Caractères. — Bec plus court que la tête, plus haut que 



278 HISTOIRE NATURELLE. 

long, très -comprimé; les deux mandibules arquées, 
sillonnées transversalement, échancrées vers la pointe; 
arête de la supérieure, tranchante, élevée au-dessus du 
niveau du crâne; narines latérales, nues, presque entiè- 
rement fermées par une grande membrane nue; pieds 
courts, retirés dans l'abdomen; seulement trois doigts 
devant, entièrement palmés; ongles très-crochus; ailes 
courtes. 

Les Macareux, qu'on a confondus pendant longtemps 
avec les Pingouins, doivent, d'après M. Temminck, for- 
mer un genre distinct. Ces Oiseaux forment, avec deux 
genres voisins étrangers à l'Europe, les derniers chaînons 
par lesquels la nature se prépare à terminer la grande 
famille des oiseaux. Les oiseaux de ce geure volent peu; 
cependant, ils ne sont pas privés de cette faculté, et on 
les voit effleurer assez rapidement la surface des mers, et 
souvent ils se soutiennent sur l'eau à l'aide de la palmure 
de leurs pieds. Ils habitent les mers du pôle arctique. 
Chassés par les glaces, ils émigrent en hiver et viennent 
jusque sur nos côtes. 

1. Macareux moine, Mormon fratercula, Tem.; en catalan 
Frare (moine). 

Le genre Macareux se voit plus souvent que le genre précé- 
dent. Presque tous les ans quelques sujets sont apportés sur nos 
marchés; mais nous les devons aux mêmes causes qui amènent 
les Guillemots, car nous ne les avons jamais vus que rejetés par 
les vagues. C'est presque toujours aux mêmes époques, fin février 
ou mars. Il est probable qu'en exécutant leur voyage de migration, 
ils sont surpris par quelque ouragan auquel ils ne peuvent résister; 
ils meurent, et sont alors rejetés sur la grève. 



oiseaux. 279 

GENRE CENTIÈME. 

Pingouin, Alca, Linné. 

Caractères. — Bec droit, large, comprimé, très-courbé 
vers la pointe; les deux mandibules à moitié couvertes 
de plumes, sillonnées vers la pointe; la supérieure, cro- 
chue; l'inférieure, formant un angle saillant; narines 
latérales, marginales, linéaires, vers le milieu du bec, 
presque entièrement fermées par une membrane couverte 
de plumes; pieds courts, retirés dans l'abdomen; trois 
doigts devant, entièrement palmés; ongles peu courbés; 
ailes courtes. 

Les Pingouins ont les mêmes habitudes que les Guil- 
lemots et les Macareux, ainsi que les autres oiseaux qui 
terminent l'échelle, qui sont privés d'ailes et qui vivent 
dans les mers du Sud. Ils quittent rarement les côtes, et 
on ne les voit sur le rivage qu'au moment des pontes; 
autrement, leur apparition n'est due qu'à des causes 
accidentelles. 

1. Pingouin macroptère, Alca torda, Lin. 

2. Pingouin brachiptère Alca impennis, Lin, 

Nous n'avions jamais vu de Pingouins que ceux rejetés par la 
mer sur les sables de nos rivages ; mais , quelle ne fut pas notre 
surprise lorsque, en juin 1826, deux Pingouins -Macroptères, 
tués sur nos côtes, nous furent apportés; c'étaient mâle et 
femelle adultes, ce qui nous porterait à croire que ces Oiseaux, 
retardataires sans doute par quelque cause inconnue , viennent 
quelquefois nicher sur les rochers escarpés qui bordent quelques 
endroits de nos côtes. C'est peu probable; mais comment se 
trouvaient-ils alors sur nos parages? 

Le Pingouin-Brachiptère n'a pas été observé dans notre 
département. 



280 HISTOIRE NATURELLE. 

SEIZIÈME ORDRE. 

INERTES. 

Cet Ordre se compose de deux Oiseaux, qui forment 
deux Genres distincts. Tous les deux sont étrangers à 
l'Europe. 

GENRE CENT-UNIÈME. 

Apterix, Aptéryx, Shaw. 

Espèce unique. Aptéryx australis, Shaw. 

L'unique du genre, qui a été établi sur un individu, le seul 
qui existe dans les collections. 

GENRE CENT-DEUXIÈME. 

Dronte, Didus, Lin. 

Espèce unique. Didus ineptus, Lin. 

Espèce qui semble avoir été l'unique du genre , et qui paraît 
ne plus exister. 

On conserve encore en Angleterre , dit M. Temminck, le bec 
et le pied de cet oiseau, figurés très-exactement dans Shaw- 
Miscellan. Ces parcelles prouvent, de la manière la plus authen- 
tique, l'existence d'un oiseau qui n'est nullement fabuleux, 
ainsi que quelques naturalistes l'assurent. 

Les ailes de ces deux genres d'oiseaux étaient impropres au 
vol. 



REPTILES. 281 



CHAPITRE III. 

A N I II A U X VERTÉBRÉS. 

TROISIÈME CLASSE. 
Reptiles. 

Sous la dénomination de Reptiles , on comprend une 
classe d'Animaux , dissemblables par la forme , la taille , 
l'enveloppe, la couleur tégumentaire et le milieu dans lequel 
ils vivent. Les uns marchent, les autres rampent, certains 
se traînent, plusieurs nagent et quelques-uns volent W. Il 
y en a de terrestres, d'amphibies, de marins. Un certain 
nombre ont des membres, tels sont les Lézards; d'autres 
ont des nageoires, tels que les Tortues de mer; enfin, il 
y en a qui n'ont ni membres ni nageoires, tels sont les 
Serpents. La bizarrerie de leur forme, dit M. Gervais, 
leur aspect en général repoussant, la sensation de froid et 
comme cadavérique qu'ils donnent le plus souvent quand 

(I) De petits Reptiles inoffensifs , appartenant aux Iguaniens, dans Tordre 
des Sauriens, ont pour caractère principal des espèces d'ailes , formées par 
la peau de leurs flancs: elles sont destinées à les soutenir dans l'air quand 
ils s'élancent à la poursuite des insectes dont ils font leur nourriture. — 
Voir pour plus de détail le Dictionnaire Universel d'Histoire naturelle de 
M. Ch. d'Orbigny, articles Dragon , Reptiles , rédigés par le savant pro- 
fesseur P. Gervais, à qui nous empruntons la plupart des faits généraux 
contenus dans ce chapitre. 



282 HISTOIRE NATURELLE. 

on veut les saisir, et surtout les propriétés malfaisantes 
et le redoutable venin de certains d'entre eux, ont inspiré 
à toutes les époques et chez toutes les nations, les mêmes 
sentiments de curiosité et de crainte. Des préjugés sans 
nombre ont pris naissance à leur occasion : les charlatans 
en ont fait, à toutes les époques, les instruments ou les 
gages de leur prétendue puissance, et les anciennes 
cosmogonies que nous a léguées l'Orient, leur font jouer 
des rôles aussi redoutés que fantastiques. Les moindres 
Reptiles nous inspirent souvent de la frayeur, et toujours 
de la répugnance; aussi les espèces les plus innocentes, 
aussi bien que celles qui sont les plus venimeuses, sont- 
elles frappées d'une égale réprobation. Cette sorte d'effroi 
que nous causent les Reptiles, a été ressenti de tout 
temps , et n'a pas peu contribué à faire exagérer, par les 
conteurs ou les artistes, la bizarrerie des formes propres 
aux Reptiles. De là, ces êtres effrayants et étranges, 
qui, sous le nom de Dragon, moitié Chauve- Souris, 
moitié Quadrupède et Serpent, figurent jusque dans les 
livres liturgiques W. Il n'y a guère d'exception que pour 
les Lézards, que l'on dit amis de l'homme, pour la Rai- 
nette et pour un petit nombre d'autres. 

La taille, comme la forme des Reptiles, est fort variable. 
Certaines espèces restent, pendant toute leur vie, très- 
petites, ainsi qu'on en voit parmi les Agames, les Lézards, 
les Serpents, les Crapauds ou les Salamandres ; tandis que 
d'autres acquièrent de grandes dimensions. On voit des 
Crocodiles et des Serpents qui ont jusqu'à 7 à 8 mètres 

(I) Le Dragon des auteurs grecs, avant le christianisme, était un Serpent 
ou Léiard , à vue très-perçante, <jui gardait des trésors et dévorait les 
gens. 






REPTILES. 283 

de long. On sait que certains Reptiles des temps géolo- 
giques, mais principalement de la période secondaire, 
atteignent une longueur presque aussi considérable que 
celle de nos Cétacés actuels , et ce fait est d'autant plus 
curieux, que, parmi ces géants des Reptiles, il y en avait 
dont le genre de vie était complètement terrestre. 

La forme est également susceptible , chez les mêmes 
Animaux, de très-grandes variations. Mais elle peut être 
ramenée à trois dispositions générales : celle des Lézards, 
dont le corps est quadrupède, bas sur pattes, et terminé 
par une queue en général fort longue ; celle des Tortues 
ou des Grenouilles, qui est plus ramassé, et dont la queue 
est courte ou nulle; et, enfin, celle des Serpents, qui est 
caractérisée par l'absence des membres, rallongement du 
corps, ainsi que de la queue, et la forme plus ou moins 
cylindrique de celui-là. 

La peau, qui se moule sur la forme même des Animaux, 
et qui nous en donne l'expression, en même temps qu'elle 
traduit à l'extérieur les principales dispositions de leur 
organisation interne, montre chez les Reptiles quelques 
particularités de structure. Elle est pourvue, chez les 
Chéloniens, les Crocodiles, les Sauriens et les Serpents, 
d'un épidémie résistant, d'apparence écailleuse , et par 
lequel l'Animal est plus complètement isolé du monde 
extérieur. Chez les Cécilies, les Grenouilles, les Sala- 
mandres et les animaux qui leur ressemblent, l'aspect de 
la peau est essentiellement muqueux. Chez eux, elle est 
riche en cryptes mucipares, et an lieu d'un épidémie épais 
et desséché, elle ne représente qu'un épithélium fin et sans 
importance, qui est loin de lui fournir une protection 
égale à celle que le derme des Reptiles écailleux reçoit de 



284 HISTOIRE NATURELLE. 

leur épidémie. Cette distinction des Reptiles en écailleux et 
en nus, est fondamentale en herpétologie. Les Reptiles nus 
ou Ratraciens, de M. Rrongniart, sécrètent, en abondance, 
par leur peau , un mucus acre dans beaucoup d'espèces. 
Selon Robert Towsson, les Grenouilles et les Rainettes 
absorbent l'eau par la peau au lieu de la boire, et la 
rendent par la transpiration au lieu de la rejeter par 
l'urèthre. 

La peau de certains Reptiles est sujette à des mues plus 
ou moins fréquentes. On rencontre souvent la dépouille 
épidermique abandonnée par ces animaux, et les carac- 
tères extérieurs des Reptiles y sont si bien imprimés, 
que l'inspection d'une semblable dépouille suffit pour 
faire déterminer l'espèce dont elle provient. 

Les couleurs des Reptiles, sans être aussi vives que 
celles des Oiseaux ou des Poissons, ne laissent pas que 
d'être fort agréables dans certains cas. La belle teinte 
verte des Lézards, les taches ou les raies noires, bleues 
ou blanches qui en relèvent la vivacité, les nuances rouges 
ou roses de leur ventre et parfois de leur dos, ont été 
remarquées de tout le monde. Mais une particularité 
difficile à comprendre et que nous montrent beaucoup 
de Reptiles, est leur versicoloréité , c'est-à-dire la pro- 
priété qu'ils ont de changer plusieurs fois, et en peu 
d'instants, les nuances naturelles de leur peau. Nuls ne 
sont plus célèbres, sous ce rapport, que les Caméléons; 
d'autres Reptiles jouissent d'une semblable propriété, 
tels les Marbrés, etc. Les Ratraciens varient aussi leur 
nuance sous l'impression des circonstances environnantes. 
On remarque ce phénomène chez les Rainettes, et nos 
Grenouilles elles-mêmes n'en sont pas exemptes. 



REPTILES. 285 

Comme les autres familles des vertébrés , les Reptiles 
sont carnivores, herbivores ou insectivores. Les uns ont 
des dents, les autres en sont privés; les Chéloniens sont 
tous dans ce dernier cas. Ces organes leur servent à 
saisir leur proie, à se défendre, à introduire même dans 
les plaies qu'ils déterminent, des liquides venimeux que 
sécrètent des glandes analogues aux glandes salivaires. 
Rarement les dents leur servent à mâcher, et leur forme 
est le plus souvent un cône aigu. Parmi les Reptiles doués 
d'appareils venimeux, on cite toujours en première ligne 
certains Serpents, les Najas, les Crotales, les Trigono- 
céphales , les Vipères , doublement terribles et par la 
subtilité de leur venin et par la quantité que leurs cro- 
chets versent dans la plaie qu'a faite leur morsure. Tout 
le monde sait que le caractère fondamental de la Vipère 
est l'existence de crochets à venin placés à la mâchoire 
supérieure, crochets qui manquent chez les Ophidiens 
du genre des Couleuvres. 

Les Reptiles ont tous des poumons ; mais leur respi- 
ration est moins active que celle des Mammifères et des 
Oiseaux, et comme leur circulation est incomplètement 
double, il en résulte que la quantité de sang qui reçoit le 
bénéfice de l'oxygénation, est proportionnellement moindre 
que chez les autres vertébrés. Les Reptiles produisent, à 
cause de cela, moins de chaleur, et on les classe, avec 
les Poissons, parmi les animaux à sang froid. Néanmoins, 
le sang des Reptiles est rouge et se compose des mêmes 
éléments que celui des vertébrés. La plupart des Reptiles 
nus viennent au monde avec des branchies, et leur respi- 
ration se fait alors par le moyen de ces organes. Un petit 
nombre d'entre eux conservent même ces branchies après 



286 HISTOIRE NATURELLE. 

que leurs poumons se sont développés, et ils peuvent res- 
pirer à l'air libre et dans l'eau. La peau nue des Gre- 
nouilles est aussi un moyen de respiration. Elle absorbe 
l'oxygène de l'air ou celui qui est dissous dans l'eau, et 
dégage de l'acide carbonique. La respiration pulmonaire 
peut alors être suspendue, et l'ablation même des pou- 
mons n'empêche pas l'oxygénation du sang. Ainsi s'expli- 
que l'hibernation des Grenouilles, des Tritons, etc., dans 
la vase, et la possibilité qu'ont ces animaux d'y rester 
longtemps plongés sans en souffrir. 

Les Reptiles font rarement entendre une véritable voix. 
La force avec laquelle ils introduisent l'air dans leurs 
poumons ou avec laquelle ils l'en chassent, et l'impres- 
sion passionnée qu'ils donnent à cet acte lorsque le désir 
ou la crainte les animent, sont presque l'unique phonation 
des Reptiles, des Serpents et des Tortues : c'est une sorte 
de sifflement. Les Crocodiles et les Batraciens proprement 
dits ont bien une véritable voix; celle des Batraciens est 
assez variée suivant les espèces. Comparable au chant du 
Scops, dans le Crapaud sonnant, elle a, chez certaines 
Rainettes, une véritable analogie avec le chant du Canard, 
quoiqu'elle se produise à des intervalles plus longs. Celle 
des Grenouilles est connue de tout le monde. 

La fonction de la reproduction conserve chez tous les 
Reptiles une importance considérable , et domine , pour 
ainsi dire , toutes les autres par le rôle important qu'elle 
remplit dans la physiologie des animaux. Les Crapauds 
recherchent et étreignent la femelle même après avoir été 
mutilés; les Tortues de mer, les Serpents et surtout les 
Batraciens produisent un nombre considérable de petits, et 
la multiplication de ces derniers est réellement prodigieuse 



REPTILES. 287 

dans la plupart des cas; mais si leurs œufs et leurs têtards 
sont innombrables, les animaux carnivores et même les cir- 
constances physiques en détruisent une grande quantité. 

La plupart des Reptiles pondent des œufs. Ces œufs 
ont une coquille calcaire chez les Tortues terrestres, Tes 
Émvdes et les Crocodiles; flexible au contraire, mais 
encore assez résistante, chez les Lézards et les Serpents, 
et tout-à-fait molle et transparente chez les Reptiles nus 
appartenant aux genres Triton, Grenouille, Rainette et 
Crapaud. D'autres espèces de Reptiles sont ovovivipares. 
Leurs petits, après s'être développés dans les oviductes, 
éclosent dans le sein de la mère et naissent vivants. Les 
Orvets, les Vipères et autres Serpents de la même famille, 
les Salamandres terrestres, sont dans ce cas. 

Après que la ponte ou la parturition des Reptiles ovi- 
pares ou vivipares a eu lieu, les parents ne continuent 
guère à donner leurs soins à ces produits de leur géné- 
ration; mais on remarque, dans la manière dont ils pla- 
cent leurs œufs et dans le choix des lieux où ils déposent 
leurs petits, mille preuves de cette admirable prévoyance, 
dont les œuvres de la création nous montrent partout tant 
et de si beaux exemples. Certaines espèces ovipares cons- 
truisent même de véritables sortes de nids, et il en est 
qui enveloppent leurs œufs des replis de leurs corps, et 
qui les soumettent à une incubation aussi prolongée et 
presque aussi active que celle des Oiseaux. 

Les Reptiles jouissent de la propriété remarquable de 
reproduire certaines parties de leur corps qui leur ont 
été enlevées par la mutilation. Tout le monde sait que 
les Lézards et les Orvets, dont la queue se rompt avec 
une si grande facilité et se sépare du corps, ont la pro- 



-288 HISTOIRE NATURELLE. 

priété de pouvoir reproduire cet organe après qu'ils en 
ont perdu une partie plus ou moins considérable; et 
souvent on prend des individus dont la queue est de 
nouvelle formation , ce qu'on reconnaît facilement à la 
couleur plus terne, à la longueur plus courte et plus 
obtuse de celle qu'elle remplace. Il peut même arriver 
que la queue repousse double ou triple. Sa régénération 
est plus rapide en été qu'en toute autre saison. Au bout 
de quinze jours, il y en a déjà un long moignon. On a 
coupé la queue à des Tritons et on la vue repousser. 
Les membres de ces animaux, lorsqu'on les ampute, se 
régénèrent aussi au bout de quelque temps : M. Bonnet 
a eu la patience de faire reproduire le même membre 
jusqu'à quatre fois consécutives sur le même individu; 
enfin, M. Duméril, après avoir emporté avec des ciseaux 
les trois quarts de la tête d'un Triton marbré, a vu cet 
animal vivre encore trois mois au fond d'un large bocal 
de cristal , où il avait le soin d'entretenir de l'eau fraîche 
à la hauteur de deux centimètres, renouvelée au moins 
une fois par jour. Par malheur, cet animal périt par le 
défaut de soins d'une personne à laquelle il l'avait recom- 
mandé pendant une absence. 

Quelque répugnance que l'on ait pour les Reptiles, 
en général, on les mange dans beaucoup de circonstances 
et dans des pays très-divers. La Grenouille verte et la 
Grenouille rousse sont estimées dans plusieurs parties 
de l'Europe; en France, on mange aussi des Couleuvres 
dans quelques départements du Midi, sous le nom d'An- 
guilles des haies, et les paysans du Roussillon ne les 
dédaignent pas. Le bouillon de Grenouille, de Vipère et 
de Tortue figure depuis longtemps dans l'arsenal thé- 



REPTILES. 289 

rapeutique. Les Tortues sont recherchées partout, et il 
serait à désirer qu'on propageât la Tortue-Franche, dont 
la chair si exquise est employée comme aliment à Mau- 
rice, à la Réunion et aux Antilles. M. Salles, capitaine 
au long cours, vient de faire à ce sujet un rapport à la 
Société d'Acclimatation , où il démontre que rien ne 
serait plus facile aux riverains de la Méditerranée que 
d'avoir des parcs où la Tortue-Franche se reproduirait 
d'une façon prodigieuse. 

Les Reptiles ne sont ni bien nombreux ni bien variés 
en espèces dans les contrées froides ou tempérées; on 
n'en compte donc qu'un petit nombre dans nos pays. 
D'après l'ouvrage du prince Bonaparte, intitulé Amphibia 
Europœa, il y a , en Europe, quatre-vingt-quatorze espèces 
de Reptiles et de Batraciens, et l'on peut actuellement 
en porter le nombre à cent. C'est à la région méditer- 
ranéenne qu'appartiennent les plus nombreux, principa- 
lement à la Crimée, à la Grèce, à la Turquie, à l'Italie, 
ainsi qu'à l'Espagne ; la Provence et le Languedoc , 
quoique un peu moins riches, le sont cependant beau- 
coup plus que l'Europe-Centrale, et presque autant que 
les localités que nous venons de citer. Le département 
des Pyrénées-Orientales en nourrit quarante-quatre espèces 
et plusieurs variétés. Mais les Reptiles réunis dans les 
Musées, et rapportés en grand nombre de tous les points 
du globe ou recueillis à la surface des mers par les 
naturalistes, ne s'élèvent pas à moins de douze cents 
espèces (1 >. 

(I) Le Cabinet d'Histoire naturelle de Perpignan, possède une intéressante 
collection de Reptiles étrangers, recueillis par M. le docteur Pages, notre 
compatriote, pendant ses voyages aux Antilles et particulièrement à Cayenne. 
tome m. 49 



y HISTOIRE NATURELLE. 

Il existe plusieurs méthodes de classification des Rep- 
tiles. Toutes présentent d'importantes observations pour 
la division des Genres et des Familles. Mais la plus 
généralement suivie est celle d'Alexandre de Brongniart, 
adoptée par Cuvier dans son Règne animal. Cette mé- 
thode, que nous suivrons dans la description des espèces 
qui vivent dans le département des Pyrénées-Orientales, 
divise les Reptiles en quatre ordres : 

jer Ordre, Chéloniens ou Tortues; 
2 me Ordre, Sauriens ou Lézards; 
3 me Ordre, Ophidiens ou Serpents; 
4 me Ordre, Batraciens ou Grenouilles, Crapauds, Salamandres. 



PREMIER ORDRE. 

CHÉLONIENS. 

Caractères. — Corps renfermé dans un double bouclier 
osseux, recouvert de lames écailleuses. Le supérieur, 
nommé carapace, se compose des apophyses épineuses 
des vertèbres dorsales aplaties , et des côtes élargies et 
réunies par des sutures. L'inférieur, nommé plastron, 
est composé de pièces aussi très-élargies, qui représentent 
le sternum. Quatre pieds terminés en moignon ou aplatis 
en nageoires; cinq ongles aux pieds de devant, quatre à 
ceux de derrière. Point de dents; les mâchoires garnies 
d'une substance cornée, qui sert à déchirer les aliments. 
Tête et pieds pouvant se retirer entre les boucliers. 



REPTILES. 294 

L'ordre des Chéloniens se divise en trois genres : 

4° Les Tortues de terre, Testudo; 
2° Les Tortues d'eau douce, Emys; 
3° Les Tortues de mer, Chelonia. 

Genre Testudo. 

Tortues de terre, Testudo, Brong.; en catalan Tortugas. 

Caractères. — Carapace bombée, soutenue par une char- 
pente osseuse toute solide, soudée par la plus grande 
partie de ses bords latéraux au plastron ; les jambes 
comme tronquées, à doigts courts, réunis de très-près 
jusqu'aux ongles, pouvant, ainsi que la tête, se retirer 
entièrement entre les boucliers; les pieds de devant ont 
cinq ongles, ceux de derrière quatre, tous gros et coniques. 
Plusieurs espèces se nourrissent de matières végétales. 

4. Tortue Mauresque, Testudo Mauritanica, Dum. 

Apportée d'Afrique depuis notre occupation, cette Tortue a 
été répandue dans notre département où elle est aujourd'hui 
très-commune. Elle se reproduit dans les jardins et même dans 
les cours des maisons. Elle ressemble beaucoup à la Tortue- 
Grecque, seulement sa carapace paraît moins bombée. Le fond 
de la couleur de la Tortue-Mauresque offre une teinte olivâtre, 
tandis que chez la Grecque elle est d'un jaune-verdâtre plus foncé. 
Dans beaucoup d'individus des deux espèces, il serait difficile de 
distinguer ces couleurs. 

2. Tortue Grecque, Testudo Grœca, Lin.; en catalan Tor- 
tuga de garriga. 

Carapace très-bombée, à écailles relevées, tachetée de jaune et 
de noir par grandes marbrures, les bords très-larges et le pos- 



292 HISTOIRE NATURELLE. 

térieur ayant dans son milieu une proéminence recourbée sur la 
queue ; les doigts recouverts d'une membrane. 

Cette espèce est la plus commune d'Europe. Elle atteint rare- 
ment 35 centimètres de long ; vit de feuilles, de fruits, d'insectes, 
de vers; se creuse un trou pour y passer l'hiver; s'accouple au 
printemps, et pond quatre ou cinq œufs semblables à ceux des 
Pigeons. Elle se reproduit dans ce département, et habite les 
garrigues qui avoisinent Salses et Banyuls-sur-Mer; elle y est 
même assez commune. Elle vit aussi en domesticité dans nos 
maisons et nos jardins. Nous avons remarqué que cette Tortue a 
une prédilection pour la couleur jaune. Si on a des fleurs dont 
la corolle soit jaune, on est sûr de les voir enlever par la Tortue; 
jetez-lui la peau d'une orange ou toute autre chose de cette 
couleur, on la voit de suite se précipiter sur l'objet et le manger. 
Sa chair est fort bonne. 

Genre Emys. 

Tortue d'eau douce, Emys, Brong.; en catalan 

Tortuga de aygua. 

Caractères. — Ne se distingue des précédeutes que par 
des doigts plus séparés , terminés par des ongles plus 
longs, et dont les intervalles sont occupés par des mem- 
branes; encore y a-t-il des nuances à cet égard. On lui 
compte de même cinq ongles devant et quatre derrière. 
La forme de ses pieds lui donne des habitudes plus aqua- 
tiques. Elle ne vit guère que d'insectes, de petits pois- 
sons , etc. Son enveloppe est assez généralement plus 
aplatie que celle des Tortues de terre. 

3. Tortue d'eau douce d'Europe, Testudo Europœa, Schn. 

C'est l'espèce la plus répandue; on l'observe dans tout le Midi 
et l'Orient de l'Europe, jusqu'en Prusse. Sa carapace est ovale, 



REPTILES. 2913 

peu convexe, assez lisse, noirâtre, toute parsemée de points jau- 
nâtres, disposés en rayon. Elle atteint jusqu'à 30 centimètres de 
long. On mange sa chair, et pour cela on l'élève avec du pain, 
de jeunes herbes; elle mange. aussi des insectes, des limaces, 
de petits poissons, etc. On la nourrit chez les pharmaciens pour 
divers usages , et particulièrement pour préparer des bouillons 
médicinaux. Elle est commune dans nos marécages , surtout à 
Salses. 

Genre Chélonée. 

Tortue de mer, Chdonia , Brong.; en catalan Tortuga 

de mar. 

Caractères. — Corps généralement aplati ; enveloppe 
osseuse, trop petite pour recevoir la tête et surtout les 
pieds, qui sont extrêmement allongés; tous les doigts, 
étroitement réunis par une membrane, sont disposés en 
nageoires et très-propres à la natation. Les deux premiers 
doigts de chaque pied ont seuls des ongles pointus, qui 
tombent à un certain âge. Les pièces du plastron ne 
forment point une plaque continue; mais sont diverse- 
ment dentelées, et laissent de grands intervalles qui ne 
sont occupés que par du cartilage. La tête est garnie 
d'un casque osseux continu. 

4. Tortue caouane, Testudo caouana, Schœpf. 

Est plus ou moins brune ou rousse, et a quinze écailles, dont 
les mitoyennes sont relevées en arêtes, surtout vers leur extré- 
mité; la pointe du bec supérieur crochue, et les pieds de devant 
plus longs et plus étroits que dans les espèces voisines, et conser- 
vant deux ongles plus marqués. Elle vit. dans plusieurs mers; se 
nourrit de coquillages; a la chair mauvaise, et l'écaillé peu esti- 
mée, mais fournit une huile bonne à brûler. 



294 HISTOIRE NATURELLE. 

Cette espèce fréquente les côtes de ce département, où il n'est 
pas rare de la pêcher. Nous trouvant un jour sur la plage , près 
la métairie des Routes, appartenant à M. Jaunie, des pêcheurs en 
prirent une très-grande en notre présence. M. God, de Banyuls- 
sur-Mer, capitaine au long cours, en prit une d'énorme, à son 
retour d'Alger, il y a déjà quelques années. Il vit cette Tortue, 
endormie en pleine mer, dans le Golfe de Lyon et s'en empara. 
Il l'apporta vivante à Perpignan. Nous la conservâmes quelque 
temps dans un bassin du Jardin-Botanique ; mais, ne trouvant 
pas probablement une nourriture suffisante dans ce bassin , elle 
mangea des feuilles de laurier-rose qui croissaient sur ses bords. 
Cet aliment l'empoisonna. Ses dépouilles, qui figurent au Cabinet 
de la ville de Perpignan, mesurent en longueur, 95 centimètres, 
et en largeur, 65 centimètres. 

Nos marins prétendent que les Tortues de mer montent à la 
surface de l'eau lorsqu'elles veulent dormir et jouir des rayons 
du soleil, et que, étant endormies, elles ne se réveillent point 
quelque bruit que l'on fasse autour d'elles. C'est alors qu'on peut 
s'en approcher et s'en emparer; mais si elles sont éveillées, elles 
plongent quand elles voient approcher le navire. 

Nous avons vu que M. Salles, capitaine au long cours, dans 
un mémoire adressé, en 1861, à la Société d'Acclimatation, dit: 
que rien ne serait plus facile aux riverains de la Méditerranée 
que d'avoir des parcs où la Tortue-Franche (Testudo mydas, Lin.), 
à chair si exquise, se multiplierait d'une façon prodigieuse. Il 
ajoute, qu'il ne s'agit pas ici d'une acclimatation à faire; mais 
à protéger les couvées de ces animaux qui, malgré les éléments 
de destruction acharnés après leurs petits, sont tellement nom- 
breux encore, qu'on ne fait jamais une traversée d'été dans cette 
mer, sans en prendre à la main presque sans danger. 

Nous pensons que ce navigateur se trompe sur l'espèce de 
Tortue qu'il a vue dans ses voyages à travers la Méditerranée. 
Il se pourrait bien qu'il eût confondu la Torlue-Caouane , très- 



REPTILES. 



-295 



abondante, avec la Tortue-Franche, très-rare dans notre mer; 
car nous n'avons jamais vu cette dernière sur notre littoral. 

5. Tortue luth, Testudo coriacea, Lin. 

La Tortue-Luth se distingue des autres Tortues, tant marines 
que terrestres, en ce qu'elle n'a point de plastron apparent. 
Sa carapace est placée sur son dos , comme une sorte de grande 
cuirasse ; mais elle ne s'étend pas assez par devant et par derrière 
pour que la Tortue puisse mettre sa tête, ses pattes et sa queue, 
à couvert sous cette espèce d'arme défensive. Cependant, elle 
se termine par derrière en pointe si aiguë et si allongée, qu'on 
croirait voir une seconde queue placée sur la véritable queue de 
ranimai. 

Cette espèce surpasse quelquefois par sa longueur, les plus 
grandes Tortues-Franches. M. Amouroux a donné dans le temps, 
à la Société Royale de Montpellier, la description d'une Tortue- 
Luth pùchée au port de Cette, et dont la longueur totale était de 
cinq pieds sept pouces (1 mètre 86 centimètres). 

Des circonstances qu'il serait difficile de préciser, puisque cela 
arrive très-rarement, font que l'on pêche quelquefois cette Tortue 
sur nos côtes; mais c'est si rare, qu'on regarde le fait comme 
un grand événement. Une seule fois j'ai vu pêcher cette Tortue 
dans la baie de Banyuls-sur-Mer. Un vieux pêcheur de notre 
côte m'a dit l'avoir pêchée deux fois en sa vie. Je puis donc 
affirmer que c'est très-accidentellement, qu'elle apparaît sur notre 
littoral. 

La Fable raconte que Mercure , en sortant, de la caverne où il 
avait tué les bœufs d'Apollon, trouva une Tortue broutant l'herbe. 
Il la tua, la vida et tendit sur sa carapace des cordes faites avec 
des lanières de la peau des bœufs qu'il venait d'écorcher, et en 
fit la première lyre ou luth. De là vient que dans l'antiquité on 
représenta souvent Mercure avec une Tortue. M. Lacepède dit 
aussi que la Tortue-Luth est une de celles que les anciens Grecs 



296 HISTOIRE NATURELLE. 

ont la mieux connue, parce qu'elle habitait leur patrie. « Tout 
« le monde sait, dit-il, que dans les contrées de la Grèce ou 
« dans les autres pays situés sur les bords de la Méditerranée, 
« la carapace d'une grande Tortue fut employée par les inven- 
« teurs de la musique comme un corps d'instrument, sur lequel 
« ils attachèrent des cordes de boyau ou de métal. On a écrit 
« qu'ils choisirent la couverture d'une Tortue-Luth; et elle fut la 
« première lyre grossière, qui servit à faire goûter à des peuples 
« peu civilisés encore, le charme d'un art dont ils devaient tant 
« accroître la puissance. » 

Pendant longtemps le luth ou lyre s'appela testudo. 



DEUXIEME ORDRE. 

SAURIENS. 

Caractères. — Corps allongé, arrondi, écailleux ou cha- 
griné, terminé par une queue allongée, ayant le plus 
souvent quatre pattes, à doigts garnis d'ongles; cloaque 
le plus souvent transversal ; tête garnie de mâchoires à 
branches soudées ; bouche constamment privée de lèvres , 
largement fendue, armée de dents; yeux garnis de pau- 
pières visibles; conduit auditif, distinct; côtes mobiles, 
en partie attachées au sternum , pouvant se soulever ou 
s'abaisser pour la respiration ; cœur composé de deux 
oreillettes et d'un ventricule divisé par des cloisons 
imparfaites. 

M. Cuvier divise cet ordre en six familles : 

i° Les Crocodiliens, genre Crocodiles; 

2° Les Lacertiens, genres Monitors, Lacerta ou Lézards 
proprement dits; 



REPTILES. IMl 

5° Les Iguaniens , genres Stellions, A g âmes, Basilics, 
Dragons, Marbrés, Anolis; 

¥ Les Geckotiens, genre Geckos; 

5° Les Caméléoniens, genre Caméléons; 

6° Les Scincoïdiens , genres Scinques, Seps, Bipèdes, 
Chalcides, Chirotes ou Bimanes. 

l re Famille. — Les Crocodiliens. 

Nous n'avons point à nous occuper de cette famille : 
les Crocodiles ne vivent point en Europe. 

2 me Famille. — Les Lacertiens. 

Genre Monitors. 

Les Monitors n'habitant pas l'Europe non plus, nous 
ne croyons pas devoir les décrire. 

Genre Lacerta. 

Lézards proprement dits ; en catalan Lloerts. 

Caractères. — Corps très-effilé, terminé par une queue 
longue et conique, traînant sur le sol; peau écailleuse, 
sans crête saillante; colonne vertébrale composée d'un 
grand nombre de vertèbres, dont les articulations per- 
mettent des mouvements prompts et variés; quatre pattes 
courtes, fortes, terminées chacune par cinq doigts légè- 
rement comprimés ; tête en pyramide , quadrangulaire , 
aplatie, rétrécie en avant, couverte de plaques cornées, 
symétriques, à tympan distinct, tendu, soit à fleur de 
tête, soit en dedans du trou de l'oreille; yeux, le plus 
souvent à trois paupières mobiles; palais armé de deux 



298 HISTOIRE NATURELLE. 

rangées de dents ; un collier sous le cou formé par une 
rangée transversale de larges écailles, séparées de celles 
du ventre par un espace où il n'y en a que de petites 
comme sous la gorge; une partie des os du crâne s'avan- 
cent sur les tempes et sur les orbites, en sorte que tout 
le dessus de la tête est muni d'un bouclier osseux. 

1. Lézard des souches, Lacerta stirpium, Daudin; en 
catalan Lloert de las vinyes (Lézard des vignes). 

Tête grosse, courte, un peu obtuse, couverte de onze plaques 
écailleuses, qui sont à quatre ou cinq angles sur les joues; les 
écailles qui couvrent le tour des mâchoires sont plus petites, 
d'un blanc sale, avec de petits traits noirâtres sur les angles; 
l'arcade sourcilière très-saillante; les yeux, enfoncés dans l'or- 
bite, sont d'un jaune de feu. Corps trapu, allongé; les pattes 
antérieures fortes, les postérieures plus allongées, munies de 
cinq doigts comprimés ; la plante des pieds blanche. Le dessus 
de la tête, le dos et le commencement de la queue sont bruns; 
les côtés du dos et de la queue d'un blanc sale, marqués de 
points blanchâtres; les flancs et le dessous du corps d'un joli 
vert-clair; sur chaque flanc deux rangées longitudinales de taches 
noires, légèrement ocellées et marquées de points blancs ; toutes 
les écailles de dessous le corps et la queue ont une petite tache 
ou un point de couleur noire. Les écailles qui recouvrent le 
dessus du cou, le corps et les membres sont petites, hexagones 
ou arrondies. La queue est cylindrique, plus longue que le corps. 
Nous avons des sujets qui ont une longueur totale de 26 centi- 
mètres; la queue en compte 14. 

La femelle a le dessus du corps et les côtés d'un brun-clair; 
le dos marqué de taches noirâtres; le long des flancs, on voit 
deux séries de taches noires, papillées de blanc. Elle est toujours 
moins grosse que le mâle. 

Ce Lézard habite les parties arides du département, les bords 






REPTILKS. 2g9 

des propriétés où sont beaucoup de ronces, des arbustes et des 
fourrés de plantes, tous les aspres et les petites collines de la 
vallée du Réart, les environs de Perpignan, les chemins 
creux de la Passiô-Vella , du Sarrat-d'en-Vaquer, de celui de las 
Guillas, teMaUloles, les bords des vignes à'Orle et du Moulin de 
Vignals, le pied des vieux troncs d'olivier où il grimpe facile- 
ment, les coteaux' de Saint-Sauveur et de Château-Roussillon. 
Ce Lézard n'a pas toujours la robe telle que nous venons de la 
décrire; ses couleurs sont plus ou moins altérées selon l'âge 
selon même les localités. Quelques sujets ont certaines parties 
du corps couvertes d'une couleur d'un brun plus ou moins vif, 
particulièrement le dessous du cou, la partie supérieure du corps 
et une portion de la queue: cette coloration se trouve émaillée 
de petits points noirâtres. Si l'on avait égard à toutes ces diffé- 
rences de coloration, on pourrait faire, au moins, trois variétés 
de cette espèce de Lézard; mais elles tiennent à l'âge, et souvent 
aux lieux qu'habite l'animal, et ne méritent pas d'être prises en 
considération. 

2. Lézard vert, Lacerta viridis, Daud.; en catalan Lloert 
vert. 

La beauté de ce Lézard fixe les regards de tous ceux qui l'aper- 
çoivent. Le dessus du corps est d'un vert plus ou moins mêlé de 
jaune, de gris, de brun et quelquefois de rouge. Il brille de tout 
son éclat lorsque, ayant quitté sa vieille peau, il expose au soleil 
son corps émaillé des plus vives couleurs. Ces teintes sont sujettes 
à varier; elles pâlissent dans certains temps de l'année et surtout 
après la mort de l'animal. Les variétés que fournit cette espèce 
sont très-nombreuses; toutes ont été formées par leur système 
de coloration différent, et, en outre, comme ce Reptile, dans son 
jeune âge, ne ressemble pas à ce qu'il sera plus tard, il en résulte 
des variations telles que plusieurs zoologistes ont fait des espèces 
particulières avec de simples variétés. 



300 HISTOIRE NATURELLE. 

Le Lézard-Vert est très-commun dans ce département. On le voit 
partout, dans les bois, dans les lieux herbeux, dans les champs, sur 
le bord des routes, dans les haies, dans les buissons sur lesquels 
il aime à se poser. Lorsque le soleil chauffe l'atmosphère, il se 
plaît à absorber ses rayons en se mettant à l'abri du vent au pied 
des arbres, sur lesquels il grimpe avec une grande facilité, mais 
en tournant autour de la souche. Il se nourrit de petits insectes. 
Nous l'avons vu manger les œufs des petits oiseaux qui nichent 
dans les buissons. 

Chez les Lézards, la rupture ou la séparation d'une partie de 
la queue est si facile, que beaucoup d'entre eux en sont privés; 
mais elle se régénère bientôt, comme nous l'avons dit. On recon- 
naît facilement que cette queue est de nouvelle formation, à la 
couleur plus terne, à la longueur plus courte et plus obtuse que 
celle qu'elle remplace. Ce qu'il y a de remarquable dans ce fait, 
c'est que la portion de queue ainsi régénérée ne possède plus de 
vertèbres ossifiées, comme dans l'état normal; elle reste cartila- 
gineuse ; il peut même arriver que la queue pousse double ou 
triple, et il n'est pas rare de trouver des individus avec deux ou 
trois queues, ou des rudiments de queue. 

Mais , un fait bien digne de remarque , c'est un Lézard-Vert à 
deux têtes que possédait M. Rigail, pharmacien, à Argelès-sur- 
Mer. Ce petit animal, qu'il gardait en captivité depuis deux ans, 
avait été pris fort jeune, et avait grandi dans son esclavage jus- 
qu'aux deux tiers de sa grandeur naturelle. Chaque tête, parfai- 
tement conformée, était réunie à un cou distinct, bien constitué, 
de la longueur ordinaire. Ces deux cous sortaient, en se bifurquant 
l'un à droite, l'autre à gauche, d'un thorax commun. Le corps avait 
quatre pattes et une queue; une cinquième patte était attachée 
à la jonction des deux cous. L'animal mangeait indifféremment 
des deux bouches. Mais, ce qui était, curieux à observer, c'étaient 
les combats qui agitaient ce Lézard toutes les fois qu'on lui offrait 
quelque chose à manger. On voyait ses yeux s'animer et les deux 



REPTILES. 301 

têtes darder simultanément leur convoitise sur l'objet qui leur 
était présenté. Le corps restait immobile ; il ne s'avançait pour 
saisir la proie, que lorsque cette petite émotion était calmée; 
alors, il s'élançait, les deux bouches béantes, et c'était toujours 
celle qui était la plus rapprochée de l'appât qui s'en emparait. 
J'ai eu occasion de voir ce Lézard , pendant une course d'explo- 
ration faite à Port-Vendres et à Banyuls-sur-Mer, en compagnie 
de M. Beltrami, naturaliste du plus haut mérite, ancien procureur- 
général delà Cour Impériale de Milan, révoqué à la chute du 
premier Empire. En passant' à Argelès-sur-Mer, on nous parla 
de ce Lézard, et, pendant que nos chevaux se reposaient, nous 
allâmes voir ce bicéphale. M. Beltrami en fut si émerveillé, qu'il 
pria M. Rigail de lui céder ce petit animal : il se proposait d'écrire 
un mémoire à ce sujet et de le présenter à l'Académie des Sciences 
de Paris, avec le Lézard à l'appui. Je ne sais s'il a mis ce projet à 
exécution, car je n'ai plus entendu parler de cet homme distingué. 

Au moment de mettre sous presse , on nous communique un 
numéro de la Revue Encyclopédique (mai 1831), où nous lisons, 
page -402 : 

« M. Beltrami adresse, à l'Académie des Sciences, quelques 
« détails intéressants sur un Lézard à deux têtes. Cet animal 
« curieux fut découvert, le 2 octobre 1829, par M. Rigail, phar- 
« macien d'Argelès, dans le Roussillon. Il ne tarda pas à s'appri- 
« voiser, à tel point qu'il obéissait à la voix de M. Rigail ; venait 
« prendre sa nourriture dans ses mains, et, si on l'exposait au 
« soleil, on le voyait sortir tranquillement de sa boîte pour jouir 
« de l'influence de sa chaleur. Il ne se nourrissait que d'insectes 
«: vivants; morts, il les refusait. Telle était la finesse d'instinct 
« de ce petit animal pour exprimer ses besoins, que s'il avait 
« seulement soif et qu'on lui donnât à manger, il se bornait à 
« lécher l'appât : c'était l'indice qu'il voulait boire; s'il n'avait 
« que faim, il frappait de sa queue l'eau qu'on lui présentait: 
« c'était l'indice qu'il voulait manger. Les deux têtes mangeaient 



302 HISTOIRE NATURELLE. 

a à la fois quand l'animal pouvait librement saisir l'aliment par 
<$ lui-même; si l'appât lui était offert, toutes les deux se mon- 
« traient également avides ; si on ne le donnait qu'à une seule , 
« l'autre se tournait vivement et s'efforçait de le lui arracher; 
« mais l'une était-elle rassasiée , l'autre , quoiqu'elle n'eût rien 
« mangé, cessait de demander, refusait même. Ce qui n'empêchait 
« pas que, si l'on présentait à boire à celle-ci , elle n'acceptât et 
« ne bût pour l'autre, qui, sa compagne étant satisfaite, refusait 
« à son tour de boire. Ces circonstances portent à croire, dit 
« M. Beltrami, qu'il n'y a qu'un seul estomac auquel aboutissent 
« deux œsophages; c'est ce qu'on vérifiera à l'autopsie. L'animal 
* a cinq pattes, quatre de locomotion, composées et placées 
« comme celles de tous les Sauriens ; la cinquième est sise entre 
« les deux tètes, sur la partie supérieure de la jonction des deux 
« cous. La mort de cet animal a été occasionnée par un accident: 
« M. Rigail, craignant l'influence du froid de l'hiver, plaçait toutes 
« les nuits la boîte renfermant son petit monstre dans son lit. Un 
« matin il trouva la boîte renversée et le Lézard étouffé. » 

3. Lézard ocellé, Lacerta ocellata, Daud. 

La dimension de cette espèce est à peu près celle du Lézard- 
Vert; elle est aussi très-commune dans nos environs; elle habite 
presque les mêmes localités. Cependant, elle se plaît davantage 
sur les parties un peu élevées. 

Le Lézard-Ocellé diffère du Lézard-Vert par ses écailles dor- 
sales circulaires, granuleuses, juxtaposées; la paupière inférieure 
opaque, squammeuse. Le dessus du corps est vert, varié, tacheté, 
réticulé ou ocellé de noir; de grandes taches bleues, arrondies, 
se remarquent sur les flancs; le dessous du corps est blanc, 
glacé de vert. Le système de coloration diffère avec l'âge de l'in- 
dividu, comme dans les autres espèces, et on pourrait en faire, 
comme dans le Lézard-Vert, sept à huit variétés; ainsi, le Lézard- 
Gentil, de Daudin, n'est absolument qu'un Lézard-Ocellé, qui 



REPTILBS. 303 

n'a pas encore atteint tout son développement, et ce naturaliste 
en a fait une nouvelle espèce. Ce Lézard est robuste; le thorax 
est épais; ses membres bien musclés et forts; la tête grande; le 
museau obtus et comprimé sur les côtés, et les tempes renflées. 

4. Lézard gris des murailles, Lacerta muralis, Laurenti; 
en catalan Singlantana. 

Tout le monde connaît le Lézard-Gris des murailles, le plus doux, 
le plus innocent, le plus gentil et l'un des plus utiles des Lézards; 
il est le plus commun de tous ceux du genre. Il vit auprès de 
nous; s'introduit même dans nos demeures. Toujours inoffensif, 
les enfants jouent avec lui ; et, malgré qu'ils le manient de toutes 
les manières, il ne cherche jamais à les mordre, et, par suite de 
la douceur de son caractère, il devient si familier avec eux, qu'on 
dirait qu'il cherche à leur rendre caresse pour caresse. La nature 
ne lui a pas prodigué les belles couleurs qui parent la robe des 
espèces précédentes ; mais elle lui a donné une parure élégante ; 
sa petite taille svelte, son mouvement agile, sa course si prompte 
qu'il échappe à l'œil aussi rapidement que l'oiseau qui vole. Il a 
le dessus de la tète d'un gris-cendré, ainsi que le dos, qui est 
marqué régulièrement de points et de traits brunâtres. Il présente 
sur les flancs, depuis l'angle postérieur de chaque œil jusqu'à la 
base des cuisses, une large bande brune, formée de traits réticulés 
et finement dentelée sur les bords, qui sont blanchâtres; son 
ventre et le dessous de la queue sont d'un blanc luisant, verdâ- 
tre , et quelquefois piqueté de noir. 

Pendant les beaux jours, on voit ce joli et petit animal, grim- 
per avec une agilité extrême sur les vieux murs, sur les vases de 
nos terrasses, sur les arbres. La vivacité de ses mouvements, la 
grâce de sa démarche, sa forme agréable et déliée, le font généra- 
lement remarquer. Dans ce département, on le voit toute l'année; 
dans les pays, plus froids, il se creuse un trou dans la terre, s'y 
enferme et s'y engourdit. Il passe l'hiver dans cet état, et, dès les 



304 HISTOIRE NATURELLE. 

premiers jours de beau temps, il reparaît; s'accouple, et veille à 
sa progéniture. La femelle pond six à huit œufs, qu'elle a soin 
de mettre sous terre, quelquefois dans le fond d'un vase, où elle 
pénètre par le trou d'où s'épanche l'eau, quelquefois, au pied 
d'un mur exposé au midi, ou dans le fumier. Elle ne donne aucun 
soin à sa famille, qui cherche sa nourriture aussitôt qu'elle est 
née : elle consiste en Fourmis, Mouches et Coléoptères de petites 
espèces. 

Dans cette espèce de Lézard, on peut former aussi trois ou 
quatre belles variétés, qui se distinguent entre elles par diverses 
nuances de la couleur de la peau , par la disposition des lignes 
sur le corps, par les points de couleurs différentes qui couvrent 
certaines parties de l'animal, et par des bandes en zig-zag et 
multitude de points de couleurs variées, parsemés sans ordre sur 
la superficie de ce gentil Saurien. 

5. Lézard gris des sables, Lacerta arenicola, Daud. 

Plus petit que le Lézard -des -Murailles et aussi gentil, est 
très-agile; il se trouve en abondance sur le littoral et sur les 
dunes de sable que les vents accumulent dans certaines parties. 
Il se cache dans les touffes de plantes qui vivent sur ces lieux 
stériles, et on le saisit avec facilité dans sa retraite. Il ne 
cherche pas à mordre quand on s'en empare , et devient 
aussitôt familier. On en a fait un nouveau genre, dont les 
caractères essentiels sont : écaillure du dos et de la queue 
composée de petites pièces rhomboïdales, carénées, entaillées; 
les plaques du ventre ou petites lamelles ont quatre côtés; la 
queue, qui est légèrement aplatie à son origine, a quatre 
faces. On lui a donné le nom de Psammodrome, Psammo- 
dromus, Fitz, et Psammodromiis Edwarsii, que M. Duméril a 
dédié au savant M. Edwards. 

6. Lézard vivipare, Lacerta vivipara, Jacq. 

Ce Lézard est moins grand que le Lézard-Gris, avec lequel on 



REPTILES. 305 

le confondrait aisément, si on n'y faisait attention. Il est plus 
trapu ; sa couleur générale est d'un brun-rougeâtre ; le dos tra- 
versé longitudinalement par une raie noire, de chaque côté de 
laquelle sont des stries noires; la gorge est rosée; l'abdomen et 
le dessous des membres sont verdâtres, avec de nombreux points 
noirs. Il se nourrit d'insectes. La femelle fait, vers le mois de 
juin, cinq à sept œufs, d'où quelques minutes après qu'ils sont 
pondus, les petits sortent parfaitement développés, ce qui leur a 
vallu le nom de Vivipares. 

Nous ne voyons jamais ce petit Lézard en plaine ; il se tient 
sur les rocailles, surtout dans les montagnes calcaires, aux 
environs de Casas-de-Pena, à Força-Real et vers le haut de 
la Trencada-d' Ambutta. 

7. Lézard oxycéphale, Lacerta oxycephala, Schl. 

Aussi petit et tout aussi agile que le Lézard-Gris des murailles, 
rOxycéphale s'en distingue par la dépression de sa tête, qui est 
beaucoup plus grande ; par sa coloration plus roussâtre ou plus 
bleuâtre en dessus, et par sa longueur un peu moindre. 

Sa présence sur les roches les plus élevées des vallées d'Eyne 
et de Llo attira notre attention ; et , en le comparant avec cette 
série de petits Lézards qui fourmillent dans nos environs, nous 
ne tardâmes pas à nous assurer que c'était une espèce différente 
et qu'elle appartenait à l'Oxycéphale. 

Genre Acanthodactyle , Acanthodactylus , Fitz. 

Caractères. — Ce genre, créé par MM. Duméril et Bibron, 
est une sous-famille des Lacertiens. Les Acanthodactyles 
ressemblent à nos Lézards ordinaires : ils ont des pau- 
pières, des oreilles ouvertes extérieurement, cinq doigts 
à chaque patte, carénés en dessous et dentelés latéra- 
lement, des pores fémoraux. Les lamelles squammeuses 
inMi. m. 20 



30b HISTOIRE NATURELLE. 

qui protègent le ventre, sont moins grandes et plus nom- 
breuses que chez les Lézards proprement dits. 

Les Acanthodactyles fréquentent de préférence les lieux 
secs, arides, sablonneux. On en connaît quatre espèces, 
dont trois sont d'Egypte ; la quatrième se trouve en Es- 
pagne, en Italie, dans le Midi de la France et dans notre 
département. C'est l'Acanthodactyle commun. 

i. Acanthodactyle commun, Acanthodactylus vulgaris, 
Duméril. 

De la grosseur à peu près du Lézard-Gris des murailles, sa 
couleur générale est d'un brun-noirâtre. Quatre raies blanches 
longent chaque côté du corps; une neuvième suit le milieu du 
dos. La partie postérieure du dos a une teinte un peu rougeâtre. 

Cette petite et jolie espèce se trouve sur les roches calcaires 
de la vallée de Conat, en allant à la Font de Coins. Elle se tient 
sur les pierres exposées au soleil , et se plaît sur les plantes qui 
croissent parmi les rocailles. Elle guette sa proie, sur laquelle elle 
fond comme un trait. Elle est d'une dextérité extrême et très- 
difficile à saisir, parce qu'elle se réfugie de suite entre les fentes 
des rochers ou sous les touffes des plantes. 

3me Famille. — Les Iguaniens. 

L'Europe ne possédant qu'un seul Iguanien, le Stellio 
vulgaris, et cette espèce ne vivant pas dans le départe- 
ment, nous n'avons pas à nous occuper de cette famille. 

4me Famille. — Les Geckotiens. 

Genre Geckos. 

Caractères. — Doigts élargis sur toute leur longueur, ou 
au moins à leur extrémité, garnis en dessous d'écaillés 
ou replis de la peau très-réguliers , au moyen desquels 



REPTILES. Si)"' 

ils font le vide et se tiennent cramponnés contre les 
corps lisses, ce qui leur permet de marcher sous des pla- 
fonds. En général, les Geckos n'ont point la forme élancée 
des Lézards; ils sont, au contraire, apjatis, surtout par 
la tête ; leur marche est lourde et rampante ; ils ont de 
très-grands yeux dont la pupille se rétrécit à la lumière 
comme celle des Chats , ce qui en fait des animaux noc- 
turnes qui, le jour, se tiennent dans les lieux obscurs. 
Leurs ongles sont rétractiles, et conservent leur tranchant 
et leurs pointes. Ce caractère, ainsi que leurs yeux, peu- 
vent faire comparer les Geckos, parmi les Sauriens, à ce 
que sont les Chats parmi les Mammifères carnassiers. 
Ils vivent d'insectes, qu'ils poursuivent surtout la nuit. 

Ce genre est nombreux et répandu dans les pays chauds 
des deux continents. L'air triste et lourd des Geckos, et 
une certaine ressemblance avec les Salamandres et les 
Crapauds, les ont fait haïr et accuser de venin, mais sans 
aucune preuve réelle. 

M. Cuvier fait plusieurs divisions des Geckos, qu'il 
nomme Platy dactyles, Hémidactyles, Thécadactyles, etc. 
Le département des Pyrénées-Orientales en nourrit deux 
espèces : une dans les Platydactyles, c'est le Gecko des 
murailles; une dans les Thécadactyles, c'est le Gecko des 
maisons. 

1. Gecko des murailles, Lacerta maurilanica, et Lacerta 
turcica, Gmel.; en catalan Drago. 

Animal hideux qui se cache dans les trous des murailles, les 
tas de pierres, et se recouvre le corps de poussière et d'ordures. 
Commun dans les murs des fortifications de Collioure et dans les 
maisons de cette ville où il fait bien des défais. Lorsqu'il peut 



308 HISTOIRE NATURELLE. 

s'introduire dans une armoire où il y a du linge, il le perce de 
trous et le triture comme du duvet. 11 vit aussi dans tous les 
villages qui longent le pied des Albères, sur la rive droite du 
Tech, tandis que sur la rive gauche il n'en existe pas un seul. 
Nos paysans croient généralement que cet animal est malfaisant; 
ils prétendent qu'il porte un venin dangereux; ils assurent que 
si, pendant leur sommeil dans les champs, ce Gecko leur marche 
sur une partie découverte du corps, il y produit de petites am- 
poules, suivies de picotements.. Nous pensons avec M. Cuvier 
que cette irritation, qui n'a jamais rien de dangereux, est plutôt 
occasionnée par la pointe des ongles de cet animal, qui sont très- 
fins, et qui s'implantent dans la peau. 

2. Gecko des maisons, Lacerta gecko, Hasselquist. 

« Cette espèce, dit M. Cuvier, est lisse, gris-roussâlre piqueté 
« de brun; les écailles et les tubercules très-petits. Cette espèce 
« est commune dans les maisons des divers pays qui bordent la 
« Méditerranée au midi et à l'orient; au Caire, on nomme ce Gecko 
« Abou burs (père de la lèpre), parce qu'on prétend qu'il donne 
« ce mal en empoisonnant avec ses pieds les aliments, et surtout 
« les salaisons, qu'il aime beaucoup. Quand il marche sur la peau, 
« il y fait naître des rougeurs ; mais peut-être seulement à cause 
« de la finesse de ses ongles. Sa voix ressemble à celle des Gre- 
« nouilles. » 

On le trouve à la citadelle de Perpignan. 

5me Famille. — Les Caméléoniens. 
Genre Caméléons. 

Caractères. — Le corps est comprimé et le dos comme 
tranchant; la peau chagrinée par de petits grains écail- 
leux; les pattes ont une conformation très-bizarre, ce qui 
leur donne une grande facilité pour grimper; cinq doigts 
à tous les pieds, mais divisés en deux paquets, l'un de 



REPTILES. 309 

deux, l'autre de trois, chaque paquet réuni par la peau 
jusqu'aux ongles; la queue ronde et prenante, comme 
celle de certains Mammifères, est susceptible de s'accro- 
cher aux corps environnants; la tête est grosse et d'un 
aspect singulier, presque immédiatement appliquée sur 
le tronc, quelquefois armée d'appendices en forme de 
cornes et considérablement augmentée à la nuque ; la 
bouche, largement fendue, est garnie de dents trilobées, 
avec une langue charnue , cylindrique , extrêmement 
allongéable, qui peut, quand l'animal la lance, atteindre 
une longueur égale à celle de son corps : c'est une chose 
surprenante que la vitesse avec laquelle il la darde sur 
une Mouche et la ramène dans sa gueule avec sa proie : 
il est pour tout le reste d'une lenteur excessive. Les 
yeux, dont le globe est considérable, quoique leur ouver- 
ture pupillaire soit fort petite , offrent la singulière pro- 
priété de se mouvoir l'un indépendamment de l'autre,* ce 
qui permet à l'animal de regarder simultanément dans 
deux directions tout à fait opposées. Mais le trait le plus 
important des Caméléons, celui qui a fait leur grande 
réputation, c'est la versatilité de leurs couleurs. Ordinai- 
rement la teinte de cet animal est celle du jaune-pâle, 
plus ou moins marbrée par place; sa nuance varie, mais 
dans des limites assez restreintes. Plusieurs théories ont 
été professées relativement a cette versicolorité, et aux 
dispositions organiques qui permettent à ces animaux de 
prendre des couleurs assez différentes suivant les instants. 
M. Cuvier dit à ce sujet : « La grandeur de leur poumon 
« est ce qui leur donne la propriété de changer de cou- 
rt leur, non pas , comme on l'a cru , selon les corps sur 
« lesquels ils se trouvent , mais selon leurs besoins et 



310 IHSTOIRE NATURELLE. 

« leurs passions. Leur poumon, en effet, les rend plus 
« ou moins transparents ; contraint plus ou moins le sang 
« à refluer sur la peau; colore même ce fluide plus ou 
« moins vivement, selon qu'il se remplit ou se vide d'air. » 
Ces animaux sont essentiellement grimpeurs, et se tien- 
nent constamment sur les arbres ; ils sont ovipares et vivent 
de petits insectes. On compte quatorze espèces de Camé- 
léons, dont une seule vit en Europe : c'est le Caméléon 
ordinaire (Lacerta Africana) qui se trouve dans le Midi de 
l'Espagne, et qui est originaire d'Egypte et de Barbarie. 

\. Caméléon ordinaire, Lacerta Africana, Gmel. 

Les Caméléons n'étaient pas connus dans le département des 
Pyrénées-Orientales avant notre conquête de l'Algérie; mais, 
depuis cette époque, on en a tellement importé qu'ils sont 
devenus très-communs. 

Sans affirmer qu'ils se reproduisent dans le pays, je puis citer 
un exemple qui prouve qu'avec quelque soin on parviendrait à les 
acclimater. On m'avait donné deux Caméléons, mâle et femelle; 
ils se promenaient dans mon parterre etgrimpaient sur les arbustes. 
Après quelque temps, quelle fut ma surprise de voir un paquet 
d'œufs qui avaient été faits par la femelle; elle devait en avoir 
caché quelques-uns dans de la terre sablonneuse que j'avais au 
pied des orangers, car je vis sortir de cet endroit plusieurs jeunes 
Caméléons. Ils vécurent quelque temps. Mais, cette année, l'au- 
tomne fut très-froid et humide. Ces jeunes animaux ne trouvant 
plus la nourriture qui leur était nécessaire, périrent. Ce fait prou- 
verait que si la femelle pondait au commencement du printemps, 
et que les petits vinssent dans la belle saison pour avoir le temps 
de grandir et de se fortifier, ils prospéreraient dans notre climat, 
qui n'est guère plus froid que l'Algérie. C'est dans le mois 
d'août 1837 que ces Caméléons sont éclos dans mon parterre, 
et ils ont vécu jusqu'au 15 novembre de la même année. 



REPTILES. 841 

6 me Famille. — Les Scincoïdiens. 

Caractères. — Les Scincoïdiens sont reconnaissables à 
leurs pieds courts, à la langue non extensible et aux 
écailles qui couvrent tout leur corps comme des tuiles; 
ils ont plutôt la forme d'un Serpent que d'un Lézard. 

Cette famille se divise en plusieurs genres, dont un 
seul, le Seps, est représenté en Roussillon. 

Genre Seps, Seps, Daud. 

Caractères. — Il diffère des Scinques , premier genre 
de la famille des Scincoïdiens, par son corps plus allongé, 
ressemblant à celui des Orvets; les pieds très-petits, et 
les deux paires très-éloignées l'une de l'autre. 

Bien que les Seps aient quatre pattes munies de doigts 
à ongles très-acérés, ils ne peuvent que ramper, car les 
pattes ne sortent du corps que de m ,004 de longueur, 
et sont placées, les antérieures, à la naissance du cou, les 
postérieures, près de l'anus, à la naissance de la queue. 
Cette disposition ne permet pas a l'animal de soutenir le 
corps au-dessus du sol. Lorsque le Seps doit se mouvoir, 
ses pattes agissent avec une telle agilité , que l'animal 
parcourt la distance comme un trait, soit pour saisir sa 
proie, soit pour se soustraire à la poursuite de ses ennemis. 
Et malgré toute l'attention de l'observateur, on ne peut 
distinguer s'il marche ou s'il rampe. 

Nos campagnards craignent beaucoup le Seps. Ils pré- 
tendent que lorsqu'il est irrité, il laisse sur l'herbe qu'il 
foule un certain venin qui fait périr les animaux qui en 
mangent. Aussi, lorsqu'ils voient un Seps sur la prairie, 
ils se gardent bien de le toucher, à moins qu'ils ne soient 
armés d'un instrument pour l'assommer sur place. 



312 HISTOIRE NATURELLE. 

\. Seps chalcide, Lacerta chalcides, Lin.; en catalan DuU 
(prononcez douill). 

Au premier aspect, on croit voir un Serpent. Sa tête, assez 
grosse par rapport à son corps, est un peu plate, et son museau 
est pointu; ses yeux sont presque imperceptibles, ainsi que ses 
pieds qu'on distingue à peine de chaque côté de son corps. Il 
glisse sur l'herbe avec tant de rapidité , qu'on a de la peine à 
suivre ses mouvements. Sa queue, très-longue, se termine en 
pointe. La couleur générale de toute la partie supérieure du corps 
est d'un gris plus ou moins foncé, avec des couleurs métalliques 
bronzées, sur lesquelles paraissent des raies longitudinales blan- 
ches, une de chaque côté du corps, piquetées de noir; tout le 
dessous du corps est d'une couleur jaunâtre ; un jaune plus vif 
se fait remarquer à côté des deux raies blanches des flancs. 

Au reste, chez les Seps, comme chez les Lézards, on trouve 
des différences très-grandes sur les couleurs générales du corps, 
et on pourrait en former plusieurs variétés qui ne manqueraient 
point d'intérêt, autant par la disposition des teintes, que par celle 
des raies qui ornent la robe de ces Sauriens. 

Le Seps-Chalcide est commun dans nos prairies humides, 
surtout au pied des Albères. Je l'ai trouvé assez souvent dans 
les environs de Céret et dans les prairies d'Arles. C'est un animal 
inoffensif qui se cache au moindre bruit; et si avec une baguette 
on lui coupe toute retraite, il se roule sur lui-même et ne 
cherche point à mordre le bâton qu'on lui présente; il prend 
la fuite aussitôt qu'on cesse de l'inquiéter, et va se cacher dans 
un buisson ou parmi les broussailles et les pierres les plus 
voisines. 



REPTILES. 313 

TROISIÈME ORDRE. 

OPHIDIENS. 

M. Cuvier les caractérise ainsi : Reptiles sans pieds, 
et par conséquent ceux de tous qui méritent le mieux la 
dénomination de Reptiles. Leur corps, très-allongé, se 
meut au moyen de replis qu'il fait sur le sol. 

Ils sont divisés en trois familles : les Anguis, les vrais 
Serpents, les Serpents nus. 

l re Famille.— Les Anguis. 

Caractères. — Tête osseuse, dents et langue semblables 
à celles des Seps ; leur œil est muni de trois paupières ; 
ce sont pour ainsi dire des Seps sans pieds. 

1. Orvet fragile, Anguis fragilis , Lin.; en catalan Serp 
de vidre (Serpent de verre). 

La peau de ce Reptile est fine et unie, et ne paraît pas avoir 
des écailles, tant sont lisses celles qui couvrent le corps de cet 
Ophidien. Il ne diffère du Seps, que parce qu'il n'a point de pattes. 
La couleur générale est roussâtre, parsemée de très-petites taches. 
Deux taches plus grandes paraissent, l'une au-dessus du museau et 
l'autre sur le derrière de la tête, d'où partent deux raies longitu- 
dinales roussâtres, qui s'étendent jusqu'à la queue, ainsi que deux 
raies qui partent de dessous les yeux, et qui sont d'un roux tirant 
sur le jaune-d'ocre. Le ventre est brun très-foncé, et la gorge 
marbrée de blanc, de noir et de jaunâtre. La disposition de toutes 
ces couleurs varie beaucoup suivant l'âge et le sexe; et on pourrait 
faire de l'Orvet autant de variétés qui pourraient être désignées 
selon les dispositions qu'affecteraient les couleurs sur la surface 
de la peau de cet animal. L'Orvet est excessivement fragile ; le 



3U HISTOIRE NATURELLE. 

moindre coup d'une simple baguette le divise en plusieurs mor- 
ceaux : c'est cette fragilité qui lui a valu le nom de Serpent-de- 
Verre que lui donnent nos paysans. 

L'Orvet est très-commun dans nos prairies. Il aime les endroits 
frais et humides ; aussi le trouve-t-on souvent sur les bords des 
fossés, parmi les mottes de terre ou sous les pierres qui sont sur 
leurs bords; on trouve quelquefois des nichées entières qui sont 
cachées sous la même pierre ou sous les racines des arbres. 

Ce petit Serpent est inotïensif ; cependant il a la réputation, que 
l'ignorance perpétue, d'être venimeux, et nos paysans ne lui font 
jamais grâce lorsqu'ils le rencontrent. Il est si commun dans nos 
prairies que, lorsqu'on porte le foin, on en charge toujours quel- 
qu'un sur les charrettes, et on le voit souvent dans les maisons 
à grenier, donner l'épouvante aux habitants, jusqu'à ce qu'un 
plus hardi l'ait brisé à coups de bâton, ce qui est très-aisé. 

2 me Famille. — Les vrais Serpents. 

Cette famille est de beaucoup la plus nombreuse; 
M. Cuvier l'a divisée en deux tribus : 1° les Doubles- 
Marcheurs; 2° les Serpents proprement dits. 

1 re Tribu . — ■ Doubles- Marcheurs. 

Les Doubles-Marcheurs sont des espèces exotiques 
desquelles nous ne devons pas nous occuper. Ils sont 
du reste peu nombreux. 

2 me Tribu. — Serpents proprement dits. 

Les Serpents proprement dits se divisent en non veni- 
meux et J en venimeux. 

V e Section. — Serpents non venimeux. 
Les non venimeux forment deux genres : \° les Boas; 
2° les Couleuvres. 



REPTILES. 315 

Nous n'avons point à nous occuper des Boas, qui ne 
vivent pas dans notre hémisphère. 

Genre Couleuvre, Coluber, Lin.; en catalan 
Serp, Culobra. 

Caractères. — Les plaques ventrales et celles du dessous 
de la queue sont divisées en deux, c'est-à-dire rangées 
par paires; absence de crochets à venin, qui est le carac- 
tère fondamental pour les distinguer des Serpents veni- 
meux ; leur tête, peu ou point triangulaire, est couverte 
d'écaillés plus grandes que celles du reste du corps. 

« Les Couleuvres sont des Serpents non venimeux, 
vivant habituellement d'œufs, de rongeurs de petite taille, 
d'Oiseaux, et plus souvent encore de Reptiles Sauriens 
et Batraciens. Elles sont entièrement inoffensives pour 
l'homme, et la réputation fâcheuse qu'on leur a faite en 
les mettant au même rang que les Vipères, n'est pas du 
tout méritée. Aucune de leur espèce n'a les dents canne- 
lées ou tubuleuses des Serpents venimeux; aucune n'a 
de glande pour la sécrétion d'une liqueur vénéneuse que 
distilleraient ces dents, et, en Europe du moins, il est 
extrêmement aisé de les distinguer des Serpents nui- 
sibles. Les Couleuvres ont le corps plus allongé que les 
Vipères ; leurs mouvements sont aussi plus agiles ; elles 
habitent les lieux secs ou arides où elles se tiennent de 
préférence ; leur tête, moins séparée du tronc, n'est pas 
aussi élargie, et elle n'est que peu ou point triangulaire. 
L'épiderme de la tête est aussi d'une forme bien diffé- 
rente, et les grandes plaques qu'il constitue sur celle des 
Couleuvres, sont remarquables par la fixité de leur nombre 
autant que par celle de leur forme. Ce n'est pas toutefois 



316 HISTOIRE NATURELLE. 

qu'on n'y observe quelque différence, si on les compare 
d'une Couleuvre à une autre ; mais ces notes différen- 
tielles se présentent avec une uniformité pour ainsi dire 
géométrique dans tous les individus de la même espèce. 
D'autres semblent , au contraire , caractéristiques des 
genres, et il a été possible de les classer elles-mêmes 
en établissant le nom et la valeur caractéristique de cha- 
cune, absolument comme on classe les espèces et comme 
on en reconnaît l'essence. Ces caractères, tirés de 
l'écaillure, sont assez persistants, pour qu'il soit aisé de 
reconnaître l'espèce même d'un Serpent au moyen de 
son épiderme seul, après que l'animal s'en est dépouillé 

par la mue 

( Les Couleuvres peuvent avaler des animaux d'un 
diamètre plus considérable que celui de leur propre 
corps ; elles boivent aussi comme les Lézards. C'est par 
préjugé qu'on leur attribue l'habitude de têter les Vaches; 
leurs lèvres endurcies ne permettraient point la succion, 
et leurs dents rétroverses les empêcheraient de quitter 
le pis après qu'elles l'auraient saisi. Il est peu de per- 
sonnes qui ne sachent que le prétendu dard des Serpents 
est un appareil bien inoffensif; leur langue, bifide à sa 
pointe, est douée de mouvements rapides et rétractiles 
dans un fourreau basilaire. Il est des pays où l'on connaît 
asï>ez l'innocuité des Couleuvres pour les rechercher 
comme aliment; on les nomme alors Angtiilles de haies. 
Leur chair est sèche, d'une saveur assez fade, mais qui 
ne rappelle en rien l'odeur repoussante des Couleuvres. 
Toutefois, elle est si peu abondante qu'une mince 
Anguille vaut mieux qu'une grosse Couleuvre (1 >. » 

(I) P. (îervais, Dictionnaire universel d'Histoire Naturelle. 



REPTILES. 317 

i . Couleuvre verte et jaune , Coluber atro-virens, Lacep. 

C'est la plus jolie Couleuvre que nous ayons dans nos environs. 
Elle atteint d'assez fortes dimensions; avec la Quatre-Raies, ce 
sont les deux plus grosses du pays. Cette Couleuvre porte sur la 
tête neuf plaques ou écailles disposées en rangs ; toutes ces écailles 
sont lisses et unies. Les plaques abdominales sont au nombre de 
deux cent six, et celles de la queue, cent sept paires. 

Le dessus du corps est d'un vert-noirâtre ; plusieurs raies longi- 
tudinales, composées de petites taches jaunes, forment diverses 
figures et des nuances de coloration diverse. La tête est un peu 
aplatie, les yeux sont bordés de jaune-d'or. Le ventre est jaunâtre, 
et les plaques qui le composent portent un point noir aux deux 
bouts. Toutes ces couleurs se marient ensemble et sont distri- 
buées avec assez de symétrie. 

Cette Couleuvre est la plus commune que nous ayons dans nos 
environs. Elle vit sur le bord des haies, parmi les broussailles, 
dans les endroits assez peuplés d'arbres, surtout sur le bord 
des propriétés où l'on accumule beaucoup de pierres et où 
les ronces croissent en abondance. Elle se plaît au soleil, roulée 
ou étendue sur les pierres ou sur les plantes qui avoisinent sa 
demeure. Elle se nourrit de petits Mammifères, d'Oiseaux, de 
Lézards et de Grenouilles, qu'elle avale en les broyant, lors- 
qu'elle ne peut pas les avaler tout d'un trait à cause de leur 
grosseur. 

La Verte et Jaune est inoffensive; elle s'apprivoise facilement; 
elle ne cherche pas à mordre, à moins qu'on ne l'irrite; elle 
devient très-grande avec l'âge. La plus belle que j'aie vue fut 
prise au fond de la promenade des Platanes , après l'inondation 
de la Saint-Barthélemi , en 1840. Elle avait 2 mètres 25 centi- 
mètres de longueur et 18 centimètres de circonférence à la partie 
moyenne du corps. Elle est conservée dans l'alcool, au Cabinet 
de Perpignan, où elle remplit un grand bocal. 



318 HISTOIRE NATURELLE. 

2. Couleuvre à quatre raies, Coluber elaphis, Shaw., et 
Quadri lineatus, Daud.; en catalan Serp, Anguila 
de marge (Anguille de haie). 

La Quatre-Raies a sa tête garnie de neuf grandes plaques, 
disposées sur quatre rangs ; les écailles du dos carénées ; celles 
des flancs sont lisses. Les plaques abdominales des grandes 
espèces sont au nombre de deux cent dix-huit et soixante-treize 
paires de caudales; deux paires de petites plaques entre les 
grandes plaques et l'anus. 

Une couleur blanc-roussâtre, plus ou moins foncée, couvre le 
dessus du corps; quatre raies longitudinales parcourent le corps, 
et sont d'un brun-foncé; les deux extérieures se prolongent 
jusqu'au-dessus des yeux, derrière lesquels elles forment une 
tache noire très -allongée, et vont se joindre au-dessus du 
museau. 

Cette Couleuvre est commune dans les parties arides du dé- 
partement; elle aime, comme la Jaune et Verte, les contrées 
rocailleuses et couvertes de plantes épaisses, les grands amas 
de ronces, dans l'intérieur desquels elle se réfugie. Elle atteint 
à peu près la même grosseur que la Jaune et Verte; elle est 
aussi inoffensive et s'apprivoise aisément. Elle vit de la même 
manière. 

Dans l'été de 1861, une Couleuvre bicéphale morte, nous fut 
donnée par M. Malègue, conducteur des Ponts-et-Chaussées à 
Perpignan. Elle mesurait 28 centimètres de longueur. Les deux 
têtes, parfaitement conformées, prenaient naissance à l'extrémité 
du cou. Elle vécut quelque temps entre les mains d'un canton- 
nier, qui n'eut pas pour elle tous les soins qu'elle méritait, et 
qui ne sut nous donner aucun renseignement sur son genre de 
vie. Nous le regrettons d'autant plus que, prévenu à temps, nous 
aurions pu faire sur cet Ophidien des remarques curieuses. 
Nous pensons, d'après la couleur générale, que cette Couleuvre 
est un jeune sujet de la Quatre-Raies. 



REPTILES. 319 

3. Couleuvre à deux raies, Coluber hermanni, Vieil. 

Cette espèce a aussi sa tête garnie de neuf plaques sur quatre 
rangs ; les écailles du dos oblongues et un peu carénées, relevées 
par une arête ; deux cent vingt plaques abdominales et soixante- 
douze de caudales. Je crois qu'on ne doit pas trop s'arrêter au 
nombre fixe de plaques abdominales et caudales : elles augmen- 
tent en nombre selon la grosseur de l'animal; car, les ayant 
comptées régulièrement, sur diverses Couleuvres de la même 
espèce, elles ont toujours différé en nombre selon l'âge et la 
dimension des individus. 

Cette Couleuvre a le dessus du corps d'un brun très-foncé; 
deux bandes noirâtres sur toute la face supérieure, depuis le 
derrière de la tête jusque sur la queue; le dessous du corps, 
d'un jaune-d'ocre'plus ou moins foncé et uniforme. 

Dans les Couleuvres on pourrait aussi établir diverses variétés, 
par rapport à l'âge, la taille et les dispositions des couleurs géné- 
rales du corps, des points et des raies qui couvrent toute l'enve- 
loppe. Ces variétés ne produiraient rien en faveur de la science; 
elles augmenteraient le nombre des individus, sans faire mieux 
connaître les caractères de l'espèce principale à laquelle elles se 
rapporteraient. 

4. Couleuvre à collier, Coluber natrix, Lin. 

La Couleuvre-à-Collier a la tête un peu aplatie ; le sommet est 
recouvert de neuf grandes plaques disposées sur quatre rangs : 
le premier et le second, à compter du museau, sont composés 
de deux pièces; le troisième de trois, et le quatrième de deux. 
Les parties supérieures du corps et de la tête sont d'un gris- 
cendré, quelquefois un peu bleuâtre; la nuque est couverte 
d'une tache jaune transversale qui forme un demi-collier, suivi 
d'une tache fourchue noire; le corps est marqueté, de chaque 
côté, de taches noires irrégulières, qui aboutissent aux plaques 
du ventre; et au milieu des deux rangées formées par les taches, 



320 HISTOIRE NATURELLE. 

s'étendent, depuis la tête jusqu'à la queue, deux autres rangées 
longitudinales de taches plus petites et moins sensibles. Le des- 
sous du ventre est varié de noir, de blanc et de bleuâtre ; mais 
de manière que les taches noires augmentent en nombre et en 
étendue à mesure qu'elles sont plus près de la queue , où ces 
plaques sont presque entièrement noires. Il y a communément 
cent soixante-dix grandes plaques sous le ventre, et cinquante- 
trois paires de petites sous la queue. 

Cette espèce est très-commune partout, dans la plaine et sur 
nos montagnes; elle habite toujours les lieux frais et ombragés, 
et se plaît même dans l'eau, où elle reste longtemps au fond. 

5. Couleuvre lisse, Coluber austriacus, Gmel. 

Sommet de la tête garni de neuf grandes écailles très-luisantes 
et très-polies, disposées sur quatre rangs; ses yeux couleur de feu, 
sont placés au milieu d'une bande très-brune qui s'étend depuis 
le coin de la bouche jusqu'aux narines; les écailles qui couvrent 
les mâchoires sont bleuâtres. Le fond de la couleur du dos est 
bleuâtre, mêlé de roux vers les côtés du corps; deux rangées de 
taches consécutives régnent depuis le haut du cou jusqu'à l'extré- 
mité de la queue, et sont brunes ou noirâtres; les plaques du 
dessous du corps et de la queue sont très-luisantes, un peu trans- 
parentes, blanchâtres, avec des taches rousses, beaucoup plus 
grandes à mesure qu'elles approchent de la queue. Les grandes 
plaques de dessous le ventre sont au nombre de cent quatre- 
vingt-dix-huit, et les paires de petites plaques de dessous la 
queue au nombre de cinquante-six. 

La Lisse est aussi fort commune dans les endroits ombragés 
de nos vallées inférieures, dans les haies qui bordent les champs, 
les prairies et dans les bois. Elle est inoffensive et fort tmiide, 
à moins qu'on ne la mette en colère : alors elle agite, avec 
une volubilité extrême, sa langue fourchue, en faisant entendre 
un sifflement aigu , et menaçant de s'élancer sur l'objet qui 



REPTILES. 321 

l'inquiète. Mais, dès qu'on ne l'agace plus, elle tâche de se glisser 
dans les broussailles, et fuit se cacher dans sa retraite. 

6. Couleuvre d'Esculape, Coluber sEsculapii, Shaw. 

Tête assez grosse et oblongue en proportion du corps; le 
dessus garni de nœuf grandes écailles disposées sur quatre rangs ; 
cent soixante et quinze plaques abdominales et soixante-quatre 
paires de plaques caudales ; les écailles du dos sont ovales et 
relevées par une arête ; celles des côtes unies. La couleur géné- 
rale de la peau est roussâtre ; une bande longitudinale de chaque 
côté du dos noirâtre et un peu bleuâtre, avec une rangée de 
petites taches triangulaires et blanchâtres de chaque côté du 
ventre. Les plus fortes Couleuvres de cette espèce mesurent de 
1 mètre 45 centimètres à 1 mètre 50. 

Ce Serpent est extrêmement timide, doux, s'apprivoise facile- 
ment et ne cherche pas à mordre lorsqu'on le caresse ; l'inno- 
cence de ses mœurs et la douceur de ses habitudes l'avaient fait 
désigner, dans les temps anciens, comme le symbole de la divinité 
bienfaisante. Les charlatans profitent de sa douceur pour s'attri- 
buer aux yeux du peuple un pouvoir merveilleux sur les animaux 
les plus funestes. Il se plaît dans les endroits frais, près des 
maisons d'habitation de nos campagnes ; s'introduit même dans 
les granges; il grimpe très-facilement sur les arbres pour s'em- 
parer des petits oiseaux qui sont encore trop jeunes pour fuir, 
ou pour manger les œufs qui ont été pondus par la mère. 

Dans une maison du faubourg Notre-Dame de cette ville , on 
avait emmagasiné du foin et probablement une Couleuvre d'Es- 
culape y avait été apportée avec le fourrage. On avait placé une 
souricière dans le grenier pour y prendre des Souris : quel ne 
lut pas l'étonnement du propriétaire, allant visiter le matin sa 
souricière, de voir dans l'intérieur un Serpent, roulé et par- 
faitement tranquille, digérant deux Souris qu'il avait avalées! 
une troisième était encore dans sa gueule. On me l'apporta; je 

TOME III. 2-1 



322 HISTOIRE NATURELLE. 

lui fis rendre sa proie, et je le préparai pour le Musée, où il est 
encore parfaitement conservé, malgré que trente ans se soient 
déjà écoulés. 

7. Couleuvre Bordelaise, Coluber Girondicus, Daud. 

La Bordelaise a une tête grosse par rapport à sa taille, bombée 
en arrière et comprimée vers le cou ; neuf grandes plaques gar- 
nissent le dessus de la tête ; elles sont disposées en travers ; le 
museau est obtus. 

La couleur générale du dessus du corps est d'un cendré- 
clair; deux raies noires partent de la nuque, longent un peu en 
zig-zag le milieu du corps et vont se perdre à l'extrémité de la 
queue; le centre de ces raies est occupé par une série de taches 
plus noires, parfaitement espacées et qui produisent un joli effet. 
Le dessous du corps est d'un bleu-jaunâtre, avec des taches à 
peine apparentes; les flancs sont marqués par des taches sans 
ordre. Sa longueur est à peu près de 95 centimètres. 

Elle est commune aux garrigues de Baixas et de Casas-de-Pena, 
où on la trouve dans l'herbe et sur les bords des fossés des vignes. 
Dès qu'on trouble son repos, elle se dresse et menace de s'élancer; 
elle pousse des sifflets aigus, et se jette sur la baguette qu'on lui 
présente; mais sa morsure n'est pas dangereuse, et aussitôt qu'on 
cesse de l'irriter, elle cherche à se dérober en se glissant dans 
les broussailles. 

8. Couleuvre vipérine, Coluber viperinus, Latr.; en cata- 

lan Serp de aygua. 

La Vipérine, au premier aspect, ressemble à la Vipère com- 
mune par sa taille, sa grosseur et son faciès général ; mais sa tête, 
ovale et un peu obtuse en avant, la fait aussitôt distinguer. Elle 
est munie de neuf grandes écailles, disposées en quatre rangs, 
comme chez toutes les Couleuvres. Sa couleur générale est d'un 
gris-brun-foncé, avec des taches noires le long du dos, et des 



REPTILES. 323 

taches plus petites, œillées, le long des côtes; le dessous tacheté, 
en damier, de noir et de grisâtre. Son aspect général ressemble 
à la Bordelaise, dont elle n'atteint jamais les dimensions. 

Cette espèce se trouve dans toutes les terres basses humides, 
presque toujours dans les fossés, et constamment dans l'eau; 
nos paysans l'appellent Serp de aygua (serpent d'eau). Elle est 
inoffensive et cherche à éviter le danger en se cachant sous les 
pierres ou parmi les plantes aquatiques. 

On pourrait faire de cette Couleuvre plusieurs variétés, comme 
pour la plupart des autres espèces, soit par la coloration générale, 
soit par la disposition des raies et des taches qui couvrent le corps 
dans les divers âges. 

9. Couleuvre de Montpellier, Col. Moiispessulanus , Mer. 

On la confondrait aisément avec la Jaune et Verte, et pendant 
longtemps nous l'avions considérée ainsi; mais les plaques bleues 
des écailles des flancs la font bientôt distinguer. Elle n'atteint 
pourtant jamais la grosseur de sa congénère. 

Elle a la tète garnie aussi de neuf grandes écailles, disposées 
aussi sur quatre rangs. Les écailles du dessus du corps ont une 
forme ovale ; elles sont creusées en gouttière sur le milieu ; celles 
du côté du corps ont la forme hexagone. Tout le dessus du corps 
est d'un cendré-verdàtre un peu foncé; les écailles qui couvrent 
les côtés ont une teinte bleuâtre mêlée de jaune; les plaques 
transversales du dessous du corps sont jaunes bordées d'un vert- 
noirâtre. Toutes ces couleurs sont plus sombres sur les parties 
antérieures, et plus claires postérieurement. Le dessous de la 
tête est jaune, ainsi que les yeux. 

Elle est commune sur les plateaux des montagnes secondaires, 
près des ravins garnis de broussailles et de plantes fourrées; elle 
se plait à s'étendre sur les graminées qui couvrent les bords des 
tossés, et au moindre bruit elle cherche par la fuite à éviter 
l'importun qui trouble son repos. Si on l'irrite, elle se dresse, 



324 HISTOIRE NATURELLE. 

siffle et semble prête à s'élancer sur l'objet qui l'attaque. Sa 
morsure n'est pas dangereuse. Elle peut être facilement appri- 
voisée, car elle s'habitue bientôt aux caresses qu'on lui fait lors- 
qu'elle est en captivité. 

2 mc Section. — Serpents venimeux. 

Parmi les Serpents doués d'appareils venimeux, on cite 
toujours en première ligne les Najas, les Crotales ou 
Serpents à sonnette et les Trigonocéphales. La puissance 
du venin versé dans les plaies que font ces dangereux 
Reptiles, est telle sur l'économie, qu'il suffit de quelques 
minutes pour occasionner la mort. Tous ces animaux 
vivent dans les Amériques, et nous n'avons pas heureu- 
sement à craindre leurs terribles blessures. Nous n'avons, 
dans les Pyrénées-Orientales, qu'un seul Serpent veni- 
meux, encore sa morsure n'est pas si dangereuse qu'on 
a voulu le dire : il suffit de quelques soins pour en para- 
lyser l'effet, lorsque malheureusement on se trouve mordu 
par lui. 

Genre Vipère, Vipera, Daud. 

Caractères.' — Les principaux caractères du genre Vipère, 
peuvent être résumés de la manière suivante : corps 
cylindrique, écailleux ; tête raccourcie, obtuse en avant, 
élargie postérieurement et comme corniforme ; queue 
courte et obtuse, garnie en dessous d'une double rangée 
de plaques disposées par paires, ou, plus rarement, de 
plaques simples en tout ou en partie ; plaques de l'abdo- 
men entières et en nombre variable ; anus transversal, 
simple et sans ergot corné; dessus du crâne garni 



REPTILES. 325 

d'écaillés granulées ou de plaques; dents aiguës aux 
deux mâchoires ; les sus-maxillaires antérieures portant 
des crochets venimeux, recourbés et mobiles, parcourus 
longitudinalement par un canal qui verse dans la plaie 
mordue un venin sécrété par une glande spéciale dont 
ce canal continue le conduit excréteur. Comme on le 
voit, l'existence des crochets à venin à la mâchoire supé- 
rieure est le caractère fondamental qui dislingue les 
Vipères des Couleuvres. Outre le caractère spécial que 
la Vipère tire de la présence de crochets mobiles et veni- 
meux, elle se distingue encore des Couleuvres par la 
forme plus obtuse de sa tète, plus élargie en arrière, et 
par la portion caudale plus courte et plus obtuse. Quand 
l'animal ne veut pas se servir de son arme, il la couche 
en arrière et la cache dans un repli de la gencive ; quand 
il attaque sa proie, il redresse ce terrible crochet et verse 
ainsi , dans la plaie, le venin distillé par la glande volu- 
mineuse située au-dessous de l'œil. Derrière chaque 
crochet, se montrent plusieurs germes destinés à les 
remplacer s'ils viennent à se casser dans l'acte de la 
morsure. (P. Gervais.) 

Les Vipères sont vivipares. 

i. Vipère commune, Vipera berus , Daud.; Coluber 
berus, Lin.; en catalan Bipera. 

Ce Serpent est d'une couleur brun-cendré, le dessous du corps 
est ardoisé ; une rangée de taches transverses, souvent en zig-zag, 
couvre les parties latérales supérieures; une rangée de taches 
noires sur chaque flanc. Sur la partie la plus large de la tète, 
sont deux grosses taches brunes , et une troisième au milieu de 
la nuque. Les veux sont couverts d'une plaque. La mâchoire 



326 HISTOIRE NATURELLE. 

supérieure est armée de deux crochets à venin, pouvant se 
reproduire s'ils venaient à se casser par l'acte de la morsure. 

Toutes les couleurs et taches que nous venons de désigner, ne 
sont pas toujours très-régulières ; elles se confondent ou se réu- 
nissent selon l'âge de l'individu, ce qui a donné lieu à faire de 
cette Vipère plusieurs variétés. Celle dont les taches du dos se 
réunissent pour former une seule bande longitudinale qui couvre 
toute la longueur de l'animal, avait été désignée par Linné sous 
le nom de Couleuvre aspic. 

La Vipère-Bérus est commune dans les parties les plus élevées 
du département. Il semble que la nature ait voulu la reléguer dans 
les parties rocheuses et de difficile accès pour l'homme, afin de 
le soustraire aux dangers de sa morsure. On la trouve à Mont- 
Louis et dans ses environs, sur les parties escarpées du Canigou, 
où elle est très-commune, à La Preste, à Prats-de-Mollô, et sur 
toutes les régions élevées et peu fréquentées du département. 



QUATRIÈME ORDRE. 

BATRACIENS. 

Caractères.— Corps trapu, arrondi ou allongé, terminé 
par une queue ou privé de ce membre ; peau nue, molle, 
sans aucune apparence de carapace ni d'écaillés, excepté 
chez les Cécilies; tête déprimée, à contours semi-circu- 
laires; cou nul ou non distinct de la tête ou du tronc; 
pattes nulles, incomplètes ou variables par leur nombre 
et leurs proportions; doigts dépourvus d'ongles ou munis 
tout au plus de petits étuis cornés, et généralement très- 
propres à recevoir les impressions tactiles ; fonctions 
sensoriales obtuses. Point d'organes copulaleurs chez les 



REPTILES. 327 

mâles; ils disposent les femelles à pondre des œufs par 
des embrassements qui se prolongent pendant plusieurs 
jours ; les œufs, à enveloppe membraneuse, sont fécondés, 
dans plusieurs espèces, au moment de leur sortie; ils 
grossissent beaucoup dans l'eau où la femelle vient tou- 
jours les déposer. Les petits, avant d'arriver à l'état 
parfait, subissent divers degrés de transformation : la 
forme et le développement que prennent ces embryons 
leur ont valu le nom de Têtards. Au moment où le jeune 
Têtard sort de l'œuf, il ressemble beaucoup a un petit 
poisson et ne peut vivre que dans l'eau ; sa tête est très- 
grosse, son ventre renflé; et son corps, dépourvu de 
membres, se termine par une queue longue et compri- 
mée ; sa bouche n'est encore qu'un petit trou à peine 
perceptible ; il respire par des branchies analogues à 
celles des Poissons. Ce n'est qu'au bout d'un certain 
temps que le Têtard se transforme ; alors sa peau se fend 
sur le dos, et on voit sortir un animal ayant quatre 
pattes, mais qui conserve encore une queue qui diminue 
chaque jour de volume et finit par disparaître dans les 
Grenouilles et les Crapauds, et qui, au contraire, reste 
persistante dans les Salamandres. Les Batraciens vivent 
dans l'eau ou dans les lieux humides ; ils sont herbivores 
dans leur premier âge , et deviennent carnivores en 
passant à l'état parfait, mais jamais ils ne se nourrissent 
de débris d'animaux. 

M. Cuvier divise les Batraciens en quatre familles et 
plusieurs genres. 

l re Famille. Les Grenouilles (Rana, Lin.), comprenant : 
1° les Grenouilles proprement dites, Rana; 2° les Rai- 
nettes, Ht/la; ô° les Crapauds, Rufo ; ¥ les Pipa. 



328 HISTOIRE NATURELLE. 

2 me Famille. Les Salamandres (Salamanclra, Brong.), 
comprenant : 1° les Salamandres terrestres, Salamandra ; 
2° les Salamandres aquatiques, Triton. 

5me Famille. Les Protées {Proteus, Laur.), comprenant 
une seule espèce vivant dans les eaux souterraines des 
lacs de la Carniole. 

4me Famille. Les Sirènes (Siren, Lin.), comprenant 
également une seule espèce étrangère à l'Europe. 

Famille des Grenouilles. 
Genre Grenouilles proprement dites, Rana, Lin. 

Caractères. — Tête plate et triangulaire ; museau 
arrondi ; gueule très-fendue, large ; langue molle, grande, 
ne s'altachant pas au fond du gosier, mais aux bords de 
la mâchoire et se repliant en dedans; forme du corps 
svelte; peau ordinairement lisse, toujours humide; quatre 
pattes, celles du devant n'ont que quatre doigts, celles 
de derrière en ont cinq, palmés, et quelquefois le rudi- 
ment d'un sixième. 

Ces animaux nagent et plongent avec grâce et beau- 
coup d'aisance. Quand les Grenouilles sont sur la terre, 
elles franchissent , au moyen de leurs longues pattes 
postérieures, de très -grands espaces avec une agilité 
vraiment étonnante ; pendant le beau temps, elles vivent 
dans l'eau et sur les bords des fossés; en hiver, elles 
s'enfoncent dans la vase et y restent cachées jusqu'au 
retour des beaux jours. C'est au printemps qu'on entend, 
pendant la nuit, leurs aigres coassements, composés de 
sons rauques, tout-à-fait discordants et peu distincts les 
uns des autres, d'une monotonie fatigante, réunie à une 



REPTILES. dZV 

rudesse propre à blesser l'oreille la moins délicate. Elles 
font une masse innombrable d'œufs, qu'elles déposent 
dans les eaux peu profondes, et, sans le moindre soin 
de la part de la mère, de chaque œuf sort un Têtard, 
qui accomplit sa métamorphose dans l'espace de trois 
a quatre mois et prend alors la môme forme que ses 
parents. 

i. Grenouille commune ou verte, Rana esculenta, Lin.; 
en catalan Granyola. 

Partie supérieure du corps verdâtre, marquée de taches irré- 
gulièrement posées, noires ou brunes, avec des bandes jaunes; 
dessous du corps blanc-sale ; deux bandes ou raies noires sur le 
bout du museau; les yeux d'un beau jaune. 

Ces mêmes couleurs , diversement disposées , plus ou moins 
vives, forment une infinité de variétés. 

Cette Grenouille est excessivement commune. Elle vit dans les 
eaux courantes des fossés herbeux dont le fond est couvert de 
vase; dans les marais à eau dormante; dans les flaques d'eau 
que les pluies d'hiver amassent dans les parties basses du littoral : 
elles se trouvent par milliers dans ces endroits. La chair de la 
Grenouille est fort bonne et très-estimée. On voit, au beau temps, 
ce Batracien porté sur nos marchés en grande quantité. La 
blancheur de sa chair, dépouillée de sa peau, excite le désir 
des acheteurs pour en foire des fritures ou pour le fricasser 
en blanquettes ou autre préparation. Ces animaux donnent dans 
tous les pièges, et on les prend avec la plus grande facilité : un 
petit morceau de drap rouge, formé en pelote, attaché par un 
fd au bout d'un bâton, sert d'appât: il n'est pas plutôt lancé dans 
l'eau, que les Grenouilles y accourent en masse; l'une d'elles 
avale l'objet et se trouve prise aussitôt. Cette chasse est si fruc- 
tueuse, qu'en une matinée on peut en prendre des quantités 
considérables. On leur fait aussi la chasse pendant la nuit, au 



330 HlSTOIftE NATURELLE. 

(lambeau; les Grenouilles se laissent prendre à la main sans taire 
le moindre mouvement pour s'esquiver. 

Les Têtards, premier état des Grenouilles quand elles viennent 
de naître, qu'on voit nager dans toutes les petites mares d'eau ou 
dans tous les ruisseaux, se nomment, en catalan, Cap de Bou 
(tète de Bœuf). 

2. Grenouille rousse, Rana temporaria, Lin. 

Cette espèce a le dessus du corps d'un roux obscur, moins 
foncé lorsqu'elle a renouvelé sa peau, et qui vient comme mar- 
brée vers le milieu de l'été. Le ventre est blanc et tacheté de noir 
à mesure qu'elle vieillit. Les cuisses sont rayées de brun. La 
région latérale de la tête ou tympanique, est recouverte d'une 
tache noire, qui lui a fait donner le nom de Temporaria. Les 
yeux sont saillants et d'un jaune-d'or. 

La Grenouille-Rousse passe une grande partie de la saison à 
terre, et ce n'est qu'à la fin de l'automne qu'elle regagne les 
endroits marécageux. Elle s'enfonce dans la vase lorsque les 
froids deviennent plus vifs, s'y engourdit, et reste dans cet état 
jusqu'à ce que le printemps arrive. 

5. Grenouille ponctuée, Rana punctata, Daud. 

Cette espèce a les formes élancées de la Rainette ; la tête est 
déprimée et triangulaire; le bout du museau proéminant et un 
peu arrondi ; les flancs sont séparés du bas-ventre par un repli 
de la peau. 

Le fond de la couleur générale est d'un cendré-verdàtre, et 
quelquefois fauve , avec des taches d'un vert-tendre sur tout le 
corps, plus grandes sur les membres; le dessous est blanc- 
jaunâtre, quelquefois avec une teinte couleur de chair. Ses habi- 
tudes diffèrent un peu des autres espèces; elle fréquente les 
li 3ux pierreux, les vignes, les chemins; mais aussitôt que la 
saison des amours arrive, cette Grenouille va à l'eau, y dépose 



REPTILES. 331 

ses œufs, et revient dans ses lieux de prédilection. Nos paysans 
la prennent pour un Crapaud et ne la mangent point. On en a 
fait un nouveau genre sous le nom de Pélodyte ponctué : il se 
compose de cette seule espèce, et c'est le prince Charles Bona- 
parte qui l'a instituée dans sa Faune italienne. 

Genre Rainette, Hyla. 

Caractères. — Il diffère des Grenouilles en ce que 
l'extrémité de ses doigts est élargie et arrondie en une 
espèce de pelote visqueuse , qui lui permet de se fixer 
aux corps et de grimper aux arbres. Il s'y tient, en effet, 
tout l'été, et y poursuit les insectes ; mais il pond dans 
l'eau et, en hiver, s'enfonce dans la vase comme les 
autres Grenouilles. Le mâle a sous la gorge une poche 
qui se gonfle quand il crie. (Cuvier.) 

1. Rainette commune, Rana arborea, Lin.; Hyla viridis, 
Laur.; en catalan Reyneta. 

Toutes les parties supérieures d'un beau vert-pomme; une 
ligne d'un jaune-pâle part des yeux, se prolonge en festonnant 
jusque sur les membres postérieurs. Cette ligne est bordée en 
dessous par une teinte noire qui entoure les yeux, et se fond 
sous les flancs; tout le dessous est blanc; les yeux couleur d'or; 
le bout des doigts est d'une teinte rosée. 

Les teintes de diverses nuances qui couvrent la peau de ce 
Batracien, en feraient une infinité de variétés. C'est dommage 
que ces teintes ne se conservent point dès que l'animal est mort; 
car nous en trouvons quelquefois qui sont entièrement bleu-de- 
ciel : je n'ai jamais pu conserver cette couleur après la mort de 
l'individu. 

Ce petit animal est peu méfiant; posé sur une feuille dont il a la 
couleur, il se laisse prendre sans la moindre difficulté. Sa forme 
svelle, ses mouvements légers et gracieux lui ont attiré l'attention 



332 HISTOIRE NATURELLE. 

de tout le monde, et il doit être considéré comme le plus élégant 
de tous les Batraciens. Aucun ne peut, comme celui-ci, nager, 
sauter et grimper sur les arbres. Comme tous les autres Batra- 
ciens, les Rainettes se tiennent dans l'eau pour accomplir leurs 
désirs amoureux et reproduire leur espèce. 

Genre Crapaud, Bufo. 

Caractères. — Corps gros, ventru, court, couvert de 
pustules ou verrues d'où suinte une liqueur fétide, très- 
âcre, qu'on regarde à tort comme un venin; un gros 
bourrelet derrière l'oreille; bouche très-fendue; langue 
courte, épaisse; pattes de derrière peu allongées. 

« Ils sont peu nageurs ; et à terre, où ils se tiennent 
de préférence, ils marchent ou ils courent, mais ils ne 
sautent guère. On les trouve assez loin des eaux, dans 
des endroits souvent arides , ou dans les bois , se réfu- 
giant dans des trous, sous des pierres ou dans des creux 
d'arbres. Ils sortent de préférence le soir, et font enten- 
dre, surtout à l'époque des amours , un chant plaintif et 
flûte, qui, dans certaines espèces, rappelle celui des 
oiseaux de nuit. Ils se rendent aux lacs , aux étangs ou 
aux simples flaques d'eau pour s'accoupler et déposer 
leurs œufs, et leurs petits, après l'éclosion, suivent les 
mêmes phases que les Têtards des Grenouilles. >» 
(P. Gervais. ) 

Partout les Crapauds sont regardés comme un objet 
de dégoût; on les accuse d'être un instrument de mort, 
et par cela seul ils portent avec eux la haine universelle. 
Ce sont pourtant des animaux paisibles et incapables de 
nuire; ils ne recèlent aucun venin, et n'ont, pour toute 
défense, que cette liqueur acre que sécrètent leurs pus- 



REPTILES. 333 

tules, et leur urine qui répand une odeur infecte : rare- 
ment on les voit le jour; la lumière leur fait peur; ils ne 
sortent que la nuit. 

Depuis quelque temps, il se fait à Paris et à Londres 
un commerce considérable de Crapauds. Les marchands 
qui trafiquent de cette bizarre denrée, la renferment au 
fond de grands tonneaux , dans lesquels ils puisent à 
chaque instant, sans redouter le moins du monde pour 
leurs bras et leur mains nus. A Londres, ils se vendent 
6 schellings la douzaine, tandis que, à Paris, ils ne valent 
encore que 2 fr. 50 centimes la douzaine. Ce Batracien 
est employé à purger les terres cultivées d'insectes 
nuisibles. 

« Les Crapauds, dit La Maison de Campagne , sont 
devenus depuis quelques années les auxiliaires presque 
indispensables de nos maraîchers. Beaucoup de ceux-ci 
en peuplent leurs jardins, pour débarrasser d'une foule 
d'insectes nuisibles, les légumes qu'ils récoltent si labo- 
rieusement à l'aide d'une culture toute factice. Les Cra- 
pauds font une guerre acharnée aux Limaces et aux 
Limaçons qui, en une seule nuit, peuvent ôter toute 
valeur commerciale aux laitues, aux carottes, aux asper- 
ges et même aux fruits de primeur. » 

Comme on le voit, les Crapauds sont susceptibles de 
rendre de grands services à l'agriculture : cela seul devrait 
leur épargner tous les mauvais traitements qu'on leur 
fait subir dès qu'on en rencontre un individu. 

Selon M. Pennant, cité par M. Paul Gervais dans le 
Dictionnaire Universel d'Histoire naturelle, les Crapauds 
seraient doués d'une longévité assez grande. Un de ces 
animaux (Bufo vulgaris), s'étant réfugié sous un escalier, 



334 HISTOIRE NATURELLE. 

s'était accoutumé à venir tous les soirs, dès qu'il aper- 
cevait la lumière, dans une salle à manger située tout 
près de là. Il se laissait prendre et placer sur une table, 
où on lui donnait à manger des Vers, des Mouches et 
des Cloportes; il semblait même, par son attitude, deman- 
der à être mis à sa place lorsqu'on négligeait de l'y ins- 
taller. Ce Crapaud vécut ainsi trente-six ans ; et comme 
il mourut par suite d'un accident, on peut croire la 
longévité plus grande dans son espèce. 

4. Crapaud commun , Ram bufo, Lin.; Bufo vulgaris , 
Laur.; en catalan Galapet, Grapau. 

La couleur générale de sa robe varie beaucoup. D'un gris- 
roussàtre ou brun, quelquefois olivâtre ou noirâtre; le dos 
couvert de beaucoup de tubercules arrondis, gros comme des 
lentilles ; le ventre garni de tubercules plus petits et plus serrés ; 
les pieds de derrière demi-palmés. Le corps ramassé et presque 
rond; le ventre gonflé; la tête grosse; les yeux couleur de feu. 

Il est très-commun par tout. On le trouve le soir sur les che- 
mins et sur le bord des fossés ; mais aussitôt que le soleil se fait 
sentir, il se retire dans son trou ou sous le feuillage du bord des 
haies. 

2. Crapaud vert ou des joncs, Bufo viridis, Laur., ou 
Rana bufo calamita, Gmel. 

D'une taille moindre que le Crapaud commun, le corps plus 
étroit, ses couleurs très-diversifîées ; son dos est olivâtre et pré- 
sente trois raies longitudinales, dont celle du milieu est couleur 
de soufre ; les deux des côtés , ondulées et dentelées d'un rouge- 
clair, mêlé d'un jaune plus foncé vers les parties inférieures; les 
côtés du ventre, les quatre pattes et le tour de la queue, sont 
marquetés de plusieurs taches inégales et olivâtres. 



REPTILES. 335 

Ce Crapaud se tient, le jour, dans les creux de la terre ou 
dans les cavités des murs. Il grimpe sur les murs ou sur les 
arbres, en s'arrètant souvent; et, à l'aide de ses doigts séparés et 
de ses faux ongles, il gagne ainsi sa retraite : il ne vil pas seul. 
On en trouve souvent plusieurs dans le même trou, d'où ils ne 
sortent que pendant la nuit pour aller chercher leur nourriture. 
Au mois de juin, ils se retirent dans les joncs et les roseaux 
aquatiques pour l'accouplement. Le mâle fait entendre un coas- 
sement tout-à-fait singulier. 

3. Crapaud brun, Rana bombina, Gmel.; Bufo fusais, 

Laur. 

La peau lisse, sans aucune verrue, et marquetée de grandes 
taches brunes, qui se touchent ; les plus larges et les plus foncées 
sont sur le dos, au milieu duquel s'étend une petite bande plus 
claire. Les yeux sont remarquables; la fente que laisse la pau- 
pière, en se contractant, est située verticalement, au lieu de 
l'être transversalement. La femelle se distingue du mâle par les 
taches qu'elle a sous le ventre. 

Ce Crapaud se tient plus dans l'eau que sur la terre. Il exhale 
une odeur très-forte, semblable à l'odeur de l'ail ou de la poudre 
à canon qui brûle. 

Wagler en a fait un nouveau genre, sous le nom de Pélobate, 
Pelobates. 

4. Crapaud à ventre jaune, Rana bombina, Gmel.; Bufo 

bombinus, Daud.; Bombinator ignus, Dum. 

Corps oblong, un peu trapu, plus petit et plus aquatique que 
les autres Crapauds; grisâtre ou brun en dessus; bleu-noir avec 
des taches aurores en dessous; les pieds complètement palmés, 
et presque aussi longs que ceux des Grenouilles : aussi saute-t-il 
aussi bien qu'elles; les yeux sont saillants. 

Ce Crapaud se tient dans les marais saumâtres et dans les 



336 HISTOIRE NATURELLE. 

fossés. Il s'accouple en juin; ses mouvements dans l'eau et sur 
la terre sont aussi vifs que ceux des Grenouilles. Les environs 
du Cagarell, près Canet, et YAgoulla de la Mar, dans les parties 
basses, sont sa demeure habituelle; il y est commun. 

C'est encore Wagler qui a établi ce nouveau genre, sous le 
nom de Sonneur, Bombinator. 

5. Crapaud accoucheur, Bufo obstetricans , Laur.; Alytes 

obstetricans, Wagl. 

Tète déprimée, obtuse, plane derrière; les yeux saillants; 
l'iris doré; la couleur supérieure cendré-verdâtre-sale ou brun- 
olivâtre, avec de petites taches brunes, parmi lesquelles on en 
voit de roussâtres, et couleur de brique sur les côtés du corps; 
dessous de la gorge finement marqueté de noirâtre, et cela se fait 
remarquer vers l'extrémité de l'abdomen, dans les aines et sous 
les tarses; le fond de toutes ces parties est blanc ou blanchâtre. 

Ce petit animal est fort remarquable. La femelle pond de 50 à 
70 œufs, petits et arrondis. Le mâle vient en aide à la femelle 
pour l'en débarrasser; il les attache par petits paquets sur ses 
deux cuisses, au moyen d'une liqueur gluante, qui les fait tenir 
comme un chapelet. Chargé du fruit de son union, il se retire 
pendant le jour dans un trou sous terre, où il les surveille , et 
dès qu'ils doivent éclore, il cherche une eau dormante pour les 
y déposer : l'enveloppe se fend aussitôt, et le petit Têtard en sort, 
nage et cherche sa nourriture, qui consiste en de petits animaux 
aquatiques. 

Le Crapaud-Accoucheur n'est pas rare; il se tient dans les lieux 
pierreux et humides, sous les ponts des grand'routes et le long des 
murs humides. 

C'est encore Wagler qui, en établissant un nouveau genre, le 
sépare des Crapauds, pour lui donner le nom d'Alytes, Alytes 
obstetricans, Ch. Bonaparte. 

6. Crapaud variable, Rafla variabilis, Grael. 






REPTILES. 337 

Ce Crapaud pourrait bien ne pas constituer une espèce, et 
n'être qu'une variété pas tout-à-fait développée du Crapaud- 
Vert; mais, comme jusqu'à présent, personne n'a encore bien 
déterminé ce fait, nous le maintenons sous cette dénomination. 
Son corps est blanchâtre, tacheté de vert; mais ce qui le rend 
fort remarquable, ce sont les changements qui s'opèrent sur sa 
peau, selon qu'il dort ou qu'il veille, s'il est à l'ombre ou au 
soleil. Il est de la grosseur de la Grenouille commune; sa tête 
est arrondie ; sa bouche est sans dents; sa langue est épaisse et 
charnue; le corps parsemé de verrues; les pieds de devant ont 
quatre doigts, ceux de derrière en ont cinq, réunis par une 
membrane. Il a les mêmes habitudes que le Crapaud-Accoucheur, 
et il n'aime pas trop l'eau; car on le trouve presque toujours sur 
la terre. 

Genre Pipa, Pipa, Laur. 

Le Pipa est une espèce de Crapaud qui vit dans la 
Guyane et le Brésil dont nous n'avons pas à nous 
occuper. 

Famille des Salamandres, Salamandra, Brong. 

Caractères.— : Corps allongé, nu, luisant; quatre pieds; 
quatre doigts à ceux de devant, cinq à ceux de derrière, 
manquant d'ongles; une longue queue, le plus souvent 
aplatie sur les côtés, ce qui leur donne la forme générale 
des Lézards. Linné les avait rangées dans cet ordre, mais 
elles ont les caractères des Batraciens. Leur tête aplatie 
en dessus, ainsi que tous les autres caractères, les rap- 
prochent des Grenouilles, et font le passage de celles-ci 
aux Poissons. 

Buffon dit : « Il semble que plus les objets de la 
« curiosité de l'homme sont éloignés de lui, et plus il 

10MB III 22 



338 HISTOIRE NATURELLE. 

« se plaît à leur attribuer des qualités merveilleuses, ou 
« du moins, à supposer à des degrés trop élevés celles 
« dont ces êtres, rarement bien connus, jouissent réelle- 
« ment. Nous voici maintenant à l'histoire d'un Lézard, 
« pour lequel l'imagination humaine s'est surpassée; 
« on lui attribue la plus merveilleuse de toutes les pro- 
« priétés. Tandis que les corps les plus durs ne peuvent 
« échapper à la force de l'élément du feu , on a voulu 
« qu'un petit Lézard, non-seulement ne fût pas consumé 
« par les flammes, mais parvînt même à les éteindre; 
« et comme les fables agréables s'accréditent aisément, 
a Ton s'est empressé d'accueillir celle d'un petit animal 
« si privilégié, si supérieur à l'agent le plus actif de la 
« Nature, et qui devait fournir tant d'objets de compa- 
« raison à la poésie, tant d'emblèmes galants à l'amour, 
« tant de brillantes devises à la valeur. Les anciens ont 
« cru à cette brillante propriété de la Salamandre : dési- 
« rant que son origine fût aussi surprenante que sa 
« puissance, et voulant réaliser les fictions ingénieuses 
« des poètes , ils ont écrit qu'elle devait son existence 
« au plus pur des éléments, qui ne pouvait la consumer, 
« et ils l'ont dite fille du feu. Les modernes ont adopté 
« les fables ridicules des anciens ; et, comme on ne peut 
« jamais s'arrêter quand on a dépassé les bornes de la 
« vraisemblance , on est allé jusqu'à penser que le feu 
« le plus violent pouvait être éteint par la Salamandre 
« terrestre. Des charlatans vendaient ce petit Lézard, 
« qui, jeté dans le plus grand incendie, devait, disaient- 
« ils, en arrêter le progrès. Il a fallu que des physiciens, 
« que des philosophes prissent la peine de prouver par 
a le fait ce que la raison seule aurait dû démontrer; et 






REPTILES. 339 

« ce n'est que lorsque les lumières de la science ont été 
« très-répandues, qu'on a cessé de croire à la propriété 
« de la Salamandre. » 

De nos jours encore, le vulgaire attribue aux Sala- 
mandres quelque chose de surnaturel. On ne ferait 
pas boire de l'eau d'une fontaine à un homme du 
peuple, s'il savait qu'une Salamandre y a été trouvée, 
parce qu'il suffît qu'elle ait touché quelque chose pour 
que son venin exerce une action délétère sur la per- 
sonne qui en fera usage ; mais , si l'individu voit la 
Salamandre avant qu'elle n'ait pu l'apercevoir, l'action 
du venin est neutralisée. Bien d'autres contes sont 
débités sur ces pauvres animaux, qui, certainement, 
sont plutôt bienfaisants que nuisibles. 

Les Salamandres sont terrestres ou fluviatiles; elles 
vivent dans les endroits humides, dans les lacs, dans les 
étangs et même dans les moindres flaques. Elles aiment 
les eaux dormantes et les endroits retirés ou sombres. 
Leur régime est animal, et consiste principalement en 
Insectes, Vers de terre, petites Sangsues, Mollusques, etc. 
Elles sont quadrupèdes, et, suivant que leur vie doit se 
passer à terre ou dans l'eau , elles ont la queue ronde , 
ou, au contraire, comprimée ; leur taille est, en général, 
petite, et offre une différence de 5 à 6 centimètres. 

Les Salamandres, en général, ne sont pas parées de 
couleurs brillantes, excepté cependant la terrestre qui a 
de grandes taches jaunes très-brillantes sur son corps et 
qui sont toujours luisantes. Leur peau est tuberculeuse, 
couverte d'un enduit gluant, et ressemble assez à celle 
des Crapauds ; leurs formes sont massives; leurs mouve- 
ments paresseux; leurs habitudes tristes et solitaires. 



340 HISTOIRE NATURELLE. 

Leur peau sécrète une humeur visqueuse qui répand une 
odeur désagréable, et qui en fait un objet d'horreur et de 
dégoût pour tout le monde. 

Salamandres Terrestres, Salamandra, Laur. 

Caractères. — Elles ont, dans l'état parfait, la queue 
ronde ; ne se tiennent dans l'eau que pendant leur état 
de Têtard , qui dure peu , ou quand elles veulent mettre 
bas. Les œufs éclosent dans l'oviductus. (Cuvier.) 

1. Salamandre terrestre commune, Lacerta Salamandra, 
Lin.; Salamandra maculosa , Lacep.; Salamandra 
terrestris, Daud.; en catalan Salamandra. 

Nous ne possédons dans le département qu'une seule Sala- 
mandre terrestre. Elle est d'un noir-verdâtre sur tout le corps; 
deux grosses taches jaunes de chaque côté sur la tête; des taches 
longitudinales sur le côté du corps et sur la queue, et d'autres 
taches, mais plus petites, sur les flancs et sur les membres; les 
pattes de devant ont quatre doigts, celles de derrière en ont cinq; 
tous sont séparés et sans ongles. Elle est de la longueur de 18 à 
20 centimètres. 

J'ai pris beaucoup de Salamandres; mais, sur la quantité, je 
n'ai pas trouvé deux individus qui fussent entièrement semblables, 
soit par la grosseur, soit par la disposition des taches ou lignes 
qui ornent la peau de cette espèce. 

Cette Salamandre est la plus grande de l'espèce d'Europe; elle 
habite les régions élevées du département. Je l'ai prise dans des 
lieux bien différents par rapport à leur altitude et par rapport à 
la différence du séjour : sur le Canigou , dans l'eau d'un ravin 
aux Jasses de Cady; à Mont-Louis, dans les endroits les plus 
humides; à Prals-de-Mollô ; à Força-Real, l'endroit le plus aride 
de la contrée, sur les roches d'ardoise ; sur la montagne calcaire 



REPTILES. 341 

et très-aride de Saint-Antoine-de-Galamus; enfin, sur des schistes 
de la vallée de Banyuls, au mois d'août, par une chaleur étouf- 
fante. On ne peut donc préciser les endroits où elle vit de préfé- 
rence, puisqu'on la rencontre dans des stations si différentes. 

Salamandres Aquatiques, Triton, Laur. 

Caractères. — Peau lisse, molle, granuleuse; côtes très- 
courtes, grêles; queue à peu près égale en longueur au 
corps, toujours comprimée verticalement; doigts allongés, 
grêles, libres, lobés ou incomplètement palmés; des 
verrues plantaires. 

Ces animaux sont abondants partout, dans les eaux 
stagnantes, les marais et les étangs; on les appelle vul- 
gairement Lézards d'eau. Autant ces Reptiles sont lents 
et embarrassés à la surface du sol, autant ils sont adroits 
et vifs dans l'eau. Leur queue comprimée est une rame 
dont ils se servent avec dextérité; et comme ils n'ont, 
grâce à leurs poumons chargés d'air, qu'une densité 
spécifique à peine différente de celle du liquide au milieu 
duquel ils sont plongés, une petite dépense de force 
suffit aux besoins de leur locomation. (P. Gervais.) 

Quand les mares sont desséchées, et dans d'autres 
circonstances encore, les Tritons s'éloignent plus ou 
moins des eaux. On voit souvent sous les pierres humides, 
dans la mousse, etc., des Salamandres du genre Triton, 
et quelquefois elles sont assez éloignées des eaux. Leur 
queue est moins comprimée, et les mâles n'ont de crête 
ni sur cette partie du corps, ni sur le dos. Au contraire, 
celles qui sont restées dans l'eau ont la queue très- 
amincie, et, pendant la saison des amours, les mâles ont 
sur tout le dessus du corps, sauf sur la tête, une crête 



3-42 HISTOIRE NATURELLE. 

îtîince et frangée. Leurs couleurs sont égalemerit très- 
vives et très-variées pendant cette partie de l'année. (P- 
Gervais.) 

Ces animaux font entendre un petit bruit qui leur est 
propre, et lorsqu'on les touche ils répandent une odeur 
tout-à-fait caractéristique. Nos différentes espèces de 
Tritons sont ovipares et non ovovivipares comme les 
Salamandres terrestres. Les femelles n'abandonnent pas 
leurs œufs à mesure qu'elles les pondent; au lieu de les 
laisser tomber en chapelet au fond de l'eau, elles les dépo- 
sent un à un sous les feuilles aquatiques des Persicaires, 
des Graminées, etc., ayant soin de les y coller et de replier 
sur chacun d'eux là feuille qui devra les protéger. C'est ce 
que M. Rusconi a vu et décrit avec beaucoup de soin dans 
l'ouvrage qu'il a publié, en 1821, sous le titre piquant 
d' Amours des Salamandres Aquatiques, et c'est ce dont 
nous nous sommes plusieurs fois assuré. (Idem.) 

1. Salamandre marbrée, Salamandra marmorata, Latr.; 
Triton gemeri, Laur.; en cat. Salamandra de aygua. 

La couleur de sa peau est d'un vert assez clair, avec de larges 
taches brunes et comme marbrées ; une ligne de couleur rougeàtre 
le long du dos. Sur cette partie, chez le mâle, existe une petite 
crête, découpée, qui s'étend sur la queue, tachée de noir. Le des- 
sous du corps est rougeàtre, avec une multitude de points blancs, 
très-rapprochés sur les côtés; quatre doigts aux pattes de devant, 
cinq à celles de derrière. Sa longueur est de 10 à 12 centimètres. 

Cette Salamandre est assez commune dans les fossés qui ont 
été inondés pendant l'hiver et qui se dessèchent en été ; on la 
trouve sur les bords des fossés, sur l'herbe. Elle ne s'éloigne 
pourtant pas beaucoup de l'eau, où on la voit souvent se sub- 
merger; elle est aussi tout-à-fait inoffensive. 



REPTILES. 343 

2. Salamandre crêtée, Salamandra cristala, Latr.; Trilon 
cristatus, Laur. 

La peau chagrinée, d'un brun-foncé un peu rougeâtre dessus, 
ce rouge un peu plus vif sur les côtés du corps; orange ou fauve 
en dessous, avec des taches très-variables noirâtres; les côtés 
pointillés de blanc; une crête assez grande, très-découpée en 
long, sur le milieu du corps; l'iris est rougeâtre, un peu doré; 
la queue est large et très-aplatie. 

La disposition d«s couleurs de sa peau est fort jolie ; et lorsque 
cet animal est dans l'eau, les couleurs sont encore plus vives. 
On le trouve constamment dans les eaux limpides, dans les fossés 
des eaux vives, dont il s'écarte peu. 

5. Salamandre ponctuée, Salamandra punctata, Latr.; 
Lissotriton punctalus , Bell. 

La couleur générale de cette espèce, est d'un brun-clair; sa 
peau est lisse, sans tubercules ; le dessous du corps est d'un blanc- 
jaunâtre qui varie beaucoup; une teinte orange sur le milieu du 
ventre; des taches noires et rondes sur tout le corps; des raies 
noires sur la tête; la crête du mâle plus prononcée et festonnée; 
quatre doigts aux pattes de devant, cinq à celles de derrière, un 
peu élargis. 

Cette espèce est commune dans les fossés des fortifications, 
derrière la citadelle, aux lunettes et dans les mares au-dessous 
de Château-Roussillon. On la voit dans les eaux se promener au 
fond et nager avec lenteur quand on ne la trouble pas. 

4. Salamandre ceinturée, Salamandra cincta, Latr. 

Petite, d'un gris-verdâtre, tirant sur le jaune en dessus; le 
dessous d'un brun-clair et quelquefois safrané; divers points 
noirâtres parsemés sur le corps. 

Cette espèce est commune dans les mares des fossés des vignes 
du territoire de Torremila. Je ne comprends pas qu'elle puisse 



344 HISTOIRE NATURELLE. 

vivre dans un pays aussi aride, où l'eau ne séjourne dans les 
fossés que pendant l'hiver et une partie du printemps, puis 
s'évapore complètement aux premières chaleurs de l'été. Cepen- 
dant, malgré des conditions aussi défavorables à son existence, 
on la revoit, tous les ans, dans les mêmes lieux. 

5. Salamandre palmipède, Salamandra palmata, Latr. 

Couleur générale d'un brun-olivâtre au-dessus du corps ; d'un 
jaunâtre pointillé de noir sur la tête et sur les membres anté- 
rieurs; un trait noir derrière les yeux; ventre jaune-clair, un 
peu orangé vers le milieu , avec quelques points noirs ; la queue 
est comprimée à sa naissance, et se termine par une partie mince 
et ronde; quatre doigts libres aux pattes antérieures; cinq aux 
postérieures, entièrement palmés. 

Cette Salamandre habite les eaux dormantes des parties basses 
de la Salanque, et les mares de toutes les parties du littoral. Elle 
est la plus petite du genre. 

Famille des Protées, Proteus, Laur. 

Une seule espèce connue, Proteus anguinus , Laur., 
ou Sir en anguina, Sch., habite les eaux souterraines par 
lesquelles certains lacs de la Carniole communiquent 
ensemble; elle est inconnue dans ce département. 

Famille des Sirènes, Sir en, Laur. 

Inconnue en Europe : une seule espèce, Siren lacertina, 
Laur., habite les marais de la Caroline, surtout ceux 
qu'on établit pour la culture du riz. 



poissons. 345 



CHAPITRE IV. 

ANIMAUX VERTÉBRÉS. 

QUATRIÈME CLASSE. 
Poissons. 

Les Poissons forment la quatrième et dernière classe 
des animaux vertébrés. « Ils sont, dit M. Laeepède, le 
« lien remarquable par lequel les animaux les plus parfaits 
« ne forment qu'un tout avec ces légions si multipliées 
« d'Insectes, de Vers et d'autres animaux peu composés, 
« et avec ces tribus non moins nombreuses de Végétaux 
« plus simples encore. » 

Destinés à vivre dans l'eau, les Poissons ont des carac- 
tères particuliers qui les distinguent des autres vertébrés. 
Le plus important consiste dans la conformation des 
organes de la respiration, que l'on nomme branchies , et 
qui sont destinés à remplacer les poumons. Ces bran- 
chies, placées dans une cavité qui n'est qu'une prolon- 
gation de l'intérieur de la gueule, sont formées par des 
arcs solides, d'une courbure plus ou moins considérable, 
sur lesquels sont rangées de petites lames solides et 
flexibles dont la figure varie suivant le genre et quelque- 
fois suivant l'espèce de Poisson. Le nombre des branchies 



316 HISTOIRE NATURELLE. 

est de quatre de chaque côté, quelquefois plus, quelque- 
fois moins. On les aperçoit en soulevant les ouïes, grandes 
fentes qu'on remarque à la surface extérieure du corps, 
placées de chaque côté dé là têlë. La respiration se fait 
au moyen de l'air dissous dans l'eau, et a lieu à la sur- 
face des lamelles très-vâsculaires fixées sur les arcs 
branchiaux dont nous avons parlé. L'eau nécessaire à la 
respiration entre dans la bouche, et, par un mouvement 
de déglutition , passe par les fentes que les arcs bran- 
chiaux laissent entre eux , et arrive de la sorte aux 
branchies dont elle baigne la surface; puis elle s'échappe 
au dehors par les ouvertures des ouïes. Dans ce jeu des 
organes, les Poissons, de même que les Animaux qui 
ont reçu des poumons, absorbent une quantité plus ou 
moins grande de gaz oxygène qui fait partie de l'air 
atmosphérique, et qui se retrouve jusque dans les plus 
grandes profondeurs de la mer. C'est ce gaz oxygène, 
qui, en se combinant dans les branchies avec le sang des 
P Dissons, le colore en rouge et lui donne la chaleur 
nécessaire à la vie de ces animaux. 

Lorsque les Poissons demeurent hors de l'eau, ils 
périssent promptement par asphyxie, non pas que l'oxy- 
gène leur manque, mais parce que les lamelles branchiales 
n'étant plus soutenues par l'eau, s'affaissent, se dessè- 
chent et deviennent impropres a remplir leurs fonctions. 
Cependant, certains Poissons peuvent vivre longtemps 
hors de l'eau : tout le monde sait, dit M. Valenciennes, 
que l'Anguille sort presque régulièrement toutes les 
nuits de l'eau, et rampe a travers les prairies souvent 
très-loin de l'élément d'où elle est sortie. Elle y prend 
des Limaces, attrape même quelquefois de petits ron- 



POISSONS. 317 

geurs. Mais elle n'est pas seule â jouir de cette faculté. 
D'autres petits Poissons, comme la plupart des Gobies 
et des Blennies vivent très-longtemps hors de l'eau. Leè 
Périophthalmes, ajoute M. Valenciennes, usent de la lon- 
gueur de leurs nageoires pectorales pédiculées, pour courir 
sur la grève desséchée par un soleil ardent. Nous conser- 
vons, dit-il, dans la collection du Jardin des Plantes, une 
de ces espèces, qui a été tuée d'Un coup de fusil sur la 
plage du Sénégal. Le naturaliste qui se l'est procurée 
croyait tirer sur un Lézard, tant était grande la rapidité 
de la marche de ce Poisson. Enh'n, M. Cuvier cite le 
Sennal (Perça scàndens, Daldorff, ou Ànlhias testucli- 
neus, Bl.) qui rampe sur le rivage, grimpe sur les arbres, 
le long des troncs des Palmiers, et se tient, pendant les 
sécheresses, dans l'eau de pluie amassée entre les bases 
de leurs feuilles. 

Les Poissons sont admirablement conformés pour vivre 
dans l'eau: leur corps, plus ou moins fusiforme, n'a 
point de cou, parce que la tète est unie au tronc sans 
qu'il y ait entre elle et lui aucun rétrécissement; leur 
queue, qui commence à l'ouverture de l'anus, ne se 
distingue pas du reste du corps. Pour se mouvoir au 
milieu de l'élément liquide qu'ils sont destinés à habiter, 
la Nature les a pourvus de nageoires , qui représentent 
les quatre membres des autres Animaux vertébrés : deux 
sont lixées de chaque côté du tronc, immédiatement der- 
rière l'ouverture des ouïes, et sont appelées nageoires 
pectorales; deux autres occupent la partie inférieure du 
corps : on les nomme nageoires ventrales. Outre ces 
organes locomoteurs, les Poissons sont munis d'autres 
nageoires qui occupent la ligne médiane du corps, et qui 



348 HISTOIRE NATURELLE. 

se distinguent en nageoires dorsales , nageoires anales 
et nageoires caudales, suivant qu'elles sont placées sur 
le dos, sous la queue ou à son extrémité. Du reste, les 
unes et les autres ont la même structure, et consistent 
presque toujours en un repli de la peau, soutenu par des 
rayons osseux ou cartilagineux, et à peu près de la 
même manière que les ailes des Chauves-Souris. 

La plupart des Poissons nagent avec une grande 
agilité. On assure, dit M. Milne Edwards, que le Saumon, 
par exemple, avance quelquefois avec une vitesse de huit 
mètres par seconde, et parcourt en une heure l'espace de 
trois ou quatre myriamètres. En général, c'est en frap- 
pant latéralement l'eau par des flexions alternatives de la 
queue et du tronc, qu'ils se meuvent de la sorte; aussi 
les muscles destinés à courber latéralement la colonne 
vertébrale sont si développés, qu'ils constituent ordinai- 
rement à eux seuls la majeure partie de la masse du corps. 
Les nageoires médianes, c'est-à-dire la caudale, la dor- 
sale et l'anale, servent à augmenter l'étendue de cette 
espèce de rame ; mais les nageoires latérales, c'est-a-dire 
les pectorales et les ventrales, ne concourent que peu 
à la progression, et ont en général pour usage principal 
d'influer sur la direction de la course et surtout de 
maintenir l'animal en équilibre. Chez un petit nombre 
de Poissons, les nageoires pectorales présentent un 
développement extrême, et permettent à l'animal de se 
soutenir quelques instants dans l'air, lorsqu'il s'élance 
hors de l'eau : tels sont les Poissons-Volants ; le Dacty- 
loptère en offre un exemple. 

Presque tous les Poissons ont un organe intérieur, 
situé dans la partie la plus haute de l'abdomen, qui leur 



poissons. 349 

est d'un grand secours dans la natation : c'est la vessie 
natatoire, espèce de poche remplie d'air, qui peut être 
gonflée ou comprimée* à volonté, et qui, suivant le volume 
qu'elle occupe, donne au corps du Poisson une pesanteur 
spécifique qui lui permet de rester en équilibre, de des- 
cendre dans l'eau ou d'en monter. On a remarqué qu'elle 
manque souvent, et que généralement elle est très-petite 
dans les espèces destinées a nager au fond des eaux ou 
même a s'enfouir dans la vase, telles que les Raies, les 
Soles, les Turbots et les Anguilles. 

Les Poissons sont recouverts d'une peau qui revêt 
presque toute leur surface; elle est molle et enduite 
d'une matière gluante qui la pénètre profondément; 
quelquefois elle est à peu près nue, mais presque tou- 
jours elle est recouverte d'écaillés. La forme des écailles 
est très-diversifiée ; mais le plus souvent elles s'étendent 
en lames minces, unies, rondes ou ovales, se recouvrant 
les unes les autres comme les tuiles d'un toit. 

Le corps des Poissons est presque toujours paré des 
plus belles couleurs. Leurs écailles reflètent les nuances 
les plus éclatantes; les sept couleurs du spectre solaire 
sont reproduites tantôt isolément, tantôt combinées, et 
leur donnent l'éclat brillant des métaux polis. Aucune 
classe d'animaux n'a été aussi favorisée à cet égard; 
aucune n'a reçu une parure plus élégante, plus variée, 
plus riche. «Que ceux, dit Lacepède, qui ont vu nager à 
« la surface d'une eau tranquille, des Zées, des Chétodons, 
« des Spares, disent si jamais l'éclat des plumes du Paon 
« et du Colibri, la vivacité du diamant, la splendeur de 
« l'or, le reflet des pierres précieuses, ont été mêlés à 
« plus de feu, et ont renvoyé à l'œil de l'observateur, des 



350 HISTOIRE NATURELLE. 

« images plus parfaites de cet arc merveilleusement coloré 
« dont l'astre du jour fait le plus souvent le plus bel 
« ornement des cieux ! » 

Les Poissons sont dotés d'armes redoutables. Certains, 
tel que le Diodon, par exemple, sont couverts de piquants 
comme le Hérisson ; d'autres, comme le Narval, l'Espa- 
don, le Squale-Scie, sont pourvus de cornes, d'éperons, 
de lames dentelées avec lesquels ils peuvent assaillir 
vivement et blesser profondément leurs ennemis; ils ont 
tous une queue plus ou moins déliée, mue par des mus- 
cles puissants, qui peut être assez rapidement agitée 
pour frapper une proie par des coups violents et redou- 
blés. Mais l'instrument le plus redoutable sont les dents : 
qui ne connaît le Requin, ce tigre de la mer, comme le 
nomme Lacepède, féroce autant que vorace, avide de 
sang et insatiable de proie, dont la gueule formidable est 
armée dans le haut comme dans le bas de six rangs de 
dents acérées, et qui d'un seul coup de mâchoire peut couper 
un homme en deux. Ces armes offensives, quelque multi- 
pliées et quelque dangereuses qu'elles puissent être , ne 
sont pas les seules données, par la nature, aux Poissons; 
quelques-uns sont doués de la singulière faculté de 
développer de l'électricité, et de donner ainsi des commo- 
tions très-fortes aux animaux qui les touchent. La Gym- 
note ou Anguille électrique, qui habite les mares et les 
petits ruisseaux que l'on rencontre ça et là dans les 
plaines de l'Amérique méridionale au pied des Cordilières, 
donne à volonté et dans la direction qu'elle choisit, des 
décharges électriques si violentes , qu'elle abat hommes 
et chevaux. La Torpille qui habite nos côtes, jouit de la 
même propriété, mais à un degré moins développé. 



poissons. 351 

La vie d'un Poisson se passe presque entièrement à 
pourvoir à sa subsistance et à fuir ses ennemis ; ses sens 
extérieurs ne paraissent lui donner que des impressions 
obtuses, et ses facultés sont des plus bornées. On sait, 
cependant, que les Poissons ont rouie très-fine; mais leur 
goût est très-peu développé, car ces Animaux ne font 
qu'engloutir leur proie sans la conserver longtemps dans 
la bouche, à cause de la position et du jeu des organes 
respiratoires. Le tact est peu sensible; ce n'est qu'au 
moyen de leurs lèvres et des barbillons que l'on voit 
autour de la bouche, qu'ils peuvent exercer le sens du 
toucher. L'appareil olfactif semble plus énergique; il les 
guide dans la recherche de la nourriture, tout autant 
que le sens de la vue, qui est le plus développé de tous. 
En général, voici dans quel ordre la Nature a donné aux 
Poissons les sources de leur sensibilité : la vue, l'odorat, 
l'ouïe, le toucher, le goût. Quoi qu'il en soit des facultés 
bornées des Poissons, on a reconnu qu'avec très-peu de 
soins on peut les apprivoiser et les rendre familiers : qui 
ne sait, par exemple, que des Poissons nourris dans des 
bassins, accourent à la voix qui les appelle, et prennent 
la nourriture des mains de ceux qui la leur offrent. Dans 
une grande partie de l'Allemagne, dit M. Lacepède, on 
accoutume les Truites, les Carpes et les Tanches à se 
rassembler au son d'une cloche, et à venir prendre la 
nourriture qu'on leur destine. 

La plupart des Poissons se nourrissent de matières 
animales. Un très-grand nombre des plus voraces avalent 
des poissons, sans épargner les individus de leur propre 
espèce. On les trouve engloutis tout entiers dans leur 
vaste estomac. Ceux-là se jettent sur les petits Oiseaux 



352 HISTOIRE NATURELLE. 

aquatiques ou sur les petits Mammifères qui fréquentent 
les bords des eaux; les Reptiles deviennent quelquefois 
aussi leur proie. D'autres espèces se nourrissent exclusi- 
vement de Crustacés; d'autres mangent des Insectes. 
Quelques espèces, dit M. Valenciennes , sont devenues 
célèbres par le merveilleux instinct dont la nature les a 
douées : elles peuvent, en allongeant leur bouche en un 
long tube, lancer des gouttes d'eau sur des Insectes qui 
volent à plus d'un mètre au-dessus de la surface, et les 
faire tomber de manière à les pouvoir prendre pour 
nourriture. Mais le plus grand nombre de Poissons 
préfèrent des Vers marins , de rivière ou de terre , des 
Insectes aquatiques, des œufs pondus par leurs femelles, 
et, en général, tous les animaux qu'ils peuvent rencontrer 
au milieu des eaux. Quelques-uns se contentent de plantes 
marines, et particulièrement d'algues ; il en est qui ont 
un goût très-vif pour des graines et d'autres parties de 
végétaux terrestres ou fluviatiles. Enfin, d'autres espèces 
remplissent leurs intestins de la vase du fond des eaux, 
si riche en animalcules microscopiques, et puisent dans 
la digestion de ces matières animales une nourriture 
suffisante. 

La chair de beaucoup de Poissons devient malfaisante : 
cela dépend de la nourriture que prend l'animal. Les 
espèces qui se nourrissent de Méduses, de Vélelles et de 
plusieurs espèces d'Acalèphes, acquièrent une propriété 
urticante qui peut devenir un véritable poison. 

Les Poissons se distinguent par leur prodigieuse 
fécondité; leur multiplication est facile sous tous les 
climats. Ils se reproduisent au moyen d'œufs, et le 
nombre de ceux-ci est quelquefois immense. A peine le 



poissons. 353 

soleil du printemps commence-t-il de répandre sa chaleur 
vivifiante, dit M. Lacepède; à peine son influence réno- 
vatrice et irrésistible pénètre-t-elle jusque dans les pro- 
fondeurs des eaux, qu'un organe particulier se développe 
et s'agrandit dans les Poissons mâles. Cet organe, qui 
est double et qui s'étend dans la partie supérieure de 
l'abdomen dont il égale presque la longueur, est celui 
qui a reçu le nom de laite. C'est aussi vers le milieu 
ou la fin du printemps, que les ovaires des femelles 
commencent à se remplir d'œufs encore presque imper- 
ceptibles. Ces ovaires , au nombre de deux dans le plus 
grand nombre des Poissons, occupent dans l'abdomen 
une place analogue à celle des laites. Les œufs croissent 
à mesure que les ovaires se tuméfient; leur nombre est si 
considérable, que, dans plusieurs espèces de Poissons, et 
particulièrement dans les Gades, une seule femelle con- 
tient plus de neuf millions d'œufs. Lorsque les œufs sont 
assez gros pour être presque mûrs, c'est-à-dire assez 
développés pour recevoir la liqueur fécondante du mâle, 
ils s'échappent d'eux-mêmes par l'anus ; et si leur sortie 
n'est pas assez déterminée par les efforts intérieurs, on 
voit les femelles froisser plusieurs fois leur ventre contre 
les bas-fonds , les graviers et les divers corps durs qui 
peuvent être a leur portée. C'est alors que les mâles 
arrivent auprès des œufs laissés sur le sable ou le gravier : 
ils accourent de très-loin, attirés par leur odeur; un 
sentiment assez vif paraît même les animer. Mais , cette 
sorte d'affection n'est pas pour les femelles déjà absentes; 
elle ne les entraîne que vers les œufs qu'ils doivent fé- 
conder. Ils s'en nourrissent cependant quelquefois, au lieu 
de chercher à leur donner la vie; mais, le plus souvent, 

TOME III. 2" 



354 HISTOIRE NATURELLE. 

ils passent et repassent au-dessus de ces petits corps 
organisés, jusqu'à ce que les fortes impressions que les 
émanations de ces œufs font éprouver à leur odorat, 
augmentant de plus en plus le besoin qui les aiguillonne, 
ils laissent échapper de leurs laites pressées, le suc actif 
qui va porter le mouvement dans ces œufs inanimés. 

Les femelles des Raies, des Squales, de quelques 
Blennies, de quelques Silures, ne pondent pas leurs 
œufs, qui parviennent dans le ventre de la mère à tout 
leur développement; y grossissent d'autant plus facile- 
ment qu'ils sont, pour ainsi dire, couvés par la cha- 
leur intérieure de la femelle; y éclosent, et les petits 
arrivent tout formés à la lumière. 

Le temps qui s'écoule depuis le moment où les œufs 
déposés par la femelle sont fécondés par le mâle, jusqu'à 
celui où les petits viennent à la lumière, varie suivant 
les espèces : il est quelquefois de quarante et même de 
cinquante jours, et d'autres fois il n'est que de huit ou 
de neuf. 

Partout où il y a un grand amas d'eau, il y a des 
Poissons : il y en a dans toutes les eaux douces ou ma- 
rines. Ce sont de tous les Animaux, ceux dont le domaine 
est le moins circonscrit; ils parcourent les mers depuis 
l'équateur jusqu'au pôle de la terre, depuis la surface de 
l'Océan jusqu'à ses plus grandes profondeurs. Les fleuves, 
les rivières, les lacs, les étangs, les marais, en renferment 
une plus ou moins grande quantité. Ce domaine, dont les 
bornes sont si reculées, n'est pas indistinctement habité 
par toutes les espèces; chaque famille paraît préférer un 
espace particulier plus ou moins étendu : telles vivent 
dans les profondeurs de l'Océan, tandis que d'autres se 



poissons. 355 

multiplient dans des réservoirs naturels, placés au som- 
met des plus hautes montagnes et à plus de deux mille 
mètres au-dessus du niveau de la mer. Ils trouvent pres- 
que à toutes les latitudes, et en s'élevant ou s'abaissant 
plus ou moins dans l'Océan, le degré de chaleur qui 
convient à leur conservation. 

Les Poissons, de même que les Oiseaux, se réunissent 
régulièrement, à certaines époques fixes, pour se trans- 
porter d'un climat dans un autre. Les Thons sortent des 
profondeurs de l'Atlantique pour entrer dans la Méditer- 
ranée, et s'approcher, en suivant une route bien connue, 
des différentes côtes de cette mer. Les Maquereaux, les 
Sardines, les Anchois, visitent périodiquement nos côtes 
et y donnent lieu à des pêches importantes. Le Hareng 
est un des Poissons les plus remarquables sous ce rap- 
port , et le plus célèbre pour l'importance des pêches 
dont il est l'objet. Il habite les mers du Nord, et arrive 
chaque année en légions innombrables sur diverses par- 
ties des côtes de l'Europe, de l'Asie et de l'Amérique; 
mais il ne descend guère au-dessous du 4o° de latitude 
nord. 

La classe des Poissons, dit M. Cuvier, est celle qui 
offre le plus de difficultés quand on veut la subdiviser 
en ordres d'après des caractères fixes et sensibles. Ce 
grand naturaliste, dont nous suivons dans cet ouvrage 
la classification ichthyologique , divise les Poissons en 
deux grandes séries, d'après la nature cartilagineuse ou 
osseuse de leur squelette. Les Poissons cartilagineux 
forment deux Ordres et quatre Familles; les Poissons 
osseux forment sixOrdres et plusieurs Familles : ensemble 
huit Ordres et vingt-six Familles. 



355 HISTOIRE NATURELLE. 

POISSONS CARTILAGINEUX. 

1" Ordre. Chondroptérigiens a branchies fixes. 

Deux Familles : Cyclostomes , Sélaciens. 
2 me Ordre. Chondroptérigiens a branchies libres. 

Deux Familles : Sturioniens, Polyodons. 

POISSONS OSSEUX. 

3 rae Ordre. Plectognathes. 

Deux Familles : Gymnodontes, Sclérodermes. 
4rae Ordre. Lophobranches. 

Quatre Familles : Syngnathes, Hippocampes, Solénos- 
tomes, Pégases. 
5me Ordre. Malacoptérigiens abdominaux. 

Cinq Familles : Salmones, dupées, Esoces, Cyprins, 
Siluroïdes. 
6 me Ordre. Malacoptérigiens subbranchiens. 

Trois Familles : Gades, Pleuronectes , Discoboles. 
l me Ordre. Malacoptérigiens apodes. 

Une Famille : Anguilli formes. 
gme Ordre. Acanthoptérigiens. 

Sept Familles : Ténioïdes, Gobioïdes, Labroïdes, Percoï- 
des, Scombéroïdes, Sqiiammipennes, Bouches en flûte. 

S'il fallait entrer dans les descriptions minutieuses de 
tous les Poissons qui fréquentent notre littoral Méditer- 
ranéen , cela nous conduirait à un travail trop long et 
nous éloignerait tout-à-fait de notre sujet; nous donne- 
rons tout simplement le catalogue de ceux que nous 
avons observés dans la région qui borde les côtes des 
Pyrénées-Orientales, et de ceux qui vivent dans les 
rivières , lacs et étangs du département , en faisant 
connaître, autant que possible, les noms catalans que 
leur donnent nos marins et les habitants du pays. 



poissons. 357 

POISSONS CARTILAGINEUX. 

PREMIER ORDRE. 

CHONDROPTÉRIGIENS A BRANCHIES FIXES. 

Famille des Suceurs, Cyclostomcs, Dum. 

M. Cuvier désigne par l'épithète caractéristique de 
Suceurs, un genre de Poissons qui a reçu de M. Dumé- 
ril le nom plus généralement adopté de Cyclostomes , 
parce qu'il exprime le caractère extérieur le plus saillant 
de leur organisation. Ils ont tous un corps cylindrique, 
arrondi en avant et comprimé en arrière ; ils n'ont ni 
pectorales ni ventrales; leur bouche, arrondie ou demi- 
circulaire, se prête aux différents besoins de l'animal; 
elle est formée par une lèvre épaisse, charnue, plus ou 
moins continue sur tout le bord, et l'anneau cartilagineux 
qui supporte cette lèvre, résulte de la soudure des pala- 
tins et des mandibules. 

Genre Lamproie, Petromyzon, Lin. 
(Petromyzon signifie suce-pierre.) 

Caractères. Se reconnaît aux sept ouvertures branchiales 
qu'il a de chaque côté. La peau se relève au-dessus et au- 
dessous de la queue en une crête longitudinale qui tient 
lieu de nageoire, mais où les rayons ne s'aperçoivent que 
comme des fibres à peine sensibles. Les Lamproies ont 
l'habitude de se fixer par la succion et par leurs dents 
fortes, et crochues aux rochers , aux bas-fonds limo- 



358 HISTOIRE NATURELLE. 

neux, aux bois submergés et aux autres corps solides, ce 
qui leur a fait donner le nom qu'elles portent. C'est aussi le 
moyen qu'elles emploient pour attaquer les grands Pois- 
sons qu'elles parviennent souvent à percer et à dévorer. 
Cependant leur nourriture principale consiste en Vers 
marins et en Poissons très-jeunes. 

1. Grande Lamproie, Petromyzon maximus, Lin.; en 

catalan Set ulls (sept yeux). Le peuple prend l'ou- 
verture des ouïes pour des yeux. 

Elle est longue de m ,80 à 1 mètre. Marbrée de brun sur un 
tond jaunâtre; elle a la première dorsale bien distincte de l;i 
seconde, et deux grosses dents rapprochées au haut de l'anneau 
maxillaire. Elle vit dans la Méditerranée. Au printemps, elle 
remonte dans les embouchures des fleuves. Celles qu'on nous 
apporte sur notre marché, se pèchent à la mer; car nos rivières 
ayant peu de fond, elles ne remontent pas leur cours. Sa peau 
est très-visqueuse, et sa chair délicate est un mets fort estimé. 

2. Lamproie de rivière, ou Pricka, ou Sept-œil, Petro- 

myzon fluviatïlis, Lin., en catalan Set ulls. 

Cette espèce atteint -45 à 50 centimètres de longueur; elle est 
argentée, noirâtre ou olivâtre suivie dos; elle a la première, 
dorsale bien distincte de la seconde , et deux grosses dents écar- 
tées en haut de l'anneau maxillaire. 

5. Petite Lamproie de rivière ou Sucet, Petromyzon 
planeri, Blo. 

Longue de 20 à 25 centimètres ; les couleurs et les dents de 
la précédente ; mais les deux dorsales sont contiguës. 

Ces deux espèces vivent dans nos rivières et remontent assez 
haut dans leur cours. On les rencontre assez souvent dans les 
canaux d'arrosage et même dans les prairies traversées par ces 



poissons. 359 

canaux. On prit une Pricka, après un grand orage, dans la rigole 
de la place Saint-Jacques, à Perpignan. Cette Lamproie n'avait 
pu arriver jusque-là qu'en franchissant le barrage du ruisseau 
de Las Canals, qui a sa prise dans la Tet, à Ille , à 25 kilomètres 
en amont de Perpignan. 

Famille des Sélaciens, Plagiostomes, Dum. 

Les Sélaciens contiennent deux genres considérables 
de Poissons : les Squales et les Raies, parmi lesquels on 
compte les Scies, les Marteaux, les Requins, les Anges, 
les Torpilles, etc. Leur peau n'a point d'écaillés et est 
hérissée d'aspérités plus ou moins fines, dont les arts 
ont su tirer parti. Ils sont généralement de grande taille; 
et certains d'entre eux, munis d'armes redoutables, ne 
craignent point d'attaquer les plus gros Cétacés. 

Genre Squale , Squalus , Linné. 
Roussettes, ScyUium, Cuv. 

1. Grande Roussette, Squalus canicula, Lin.; en catalan 

Ca de mar (Chien de mer). 

2. Petite Roussette, Squalus catulus, Lin.; en catalan 

Gai de mar (Chat de mer). 

On prend assez communément ces cartilagineux sur nos côtes, 
au moyen du filet traînant, appelé bou (bœuf). On ne mange point 
la chair de ces Poissons. Leur peau est mise à profit dans les arts 
pour polir le bois. 

Squales proprement dits. 

Caractères. Museau proéminent sous lequel sont des 
narines non prolongées en sillon; nageoire caudale se 
rapprochant plus ou moins de la forme fourchue. 



3G0 HISTOIRE NATURELLE. 

Les Requins, Carcharias, Cuv. 

Tribu nombreuse et la plus célèbre; a les dents tran- 
chantes, pointues, et le plus souvent dentelées sur leurs 
bords; la première dorsale bien avant les ventrales, et la 
deuxième à peu près vis-à-vis l'anale ; ce Poisson manque 
d'évents. 

5. Le Requin proprement dit ou Requiem, Squalus car- 
charias, Bello.; en catalan Reqin; Llamie. 

Le Requin, ou plutôt Requiem, selon la belle expression de 
Lacepède, est très-rare sur nos côtes; c'est un événement lors- 
qu'on prend quelque sujet. 

4. La Faux ou Renard, Squalus vulpes, Rond.; en cata- 

lan Peix espasa (Poisson épée). 

C'est ordinairement au printemps et pendant Tété qu'on pèche 
ce Poisson, qui est de grande taille. On l'apporte sur notre 
marché où il est débité par tranches. Sa chair est estimée 
parce qu'elle est très-blanche, tendre et d'un goût fort agréable. 
Nos marins appellent ce Squale, Poisson épée, à cause de sa 
caudale qui est très-prolongée et se termine en pointe. 

5. Le Squale nez, Squalus cornubicus, Sch.; en catalan 

Nas llarg (long nez). 

Ce Poisson est beaucoup plus commun sur nos côtes que le 
Requin. On en porte assez souvent sur notre marché. Sa chair 
esl estimée et recherchée par son bon goût. 

Les Marteaux, Zy gaina, Cuv. 

6. Le Squale marteau, Squalus zygœna, Lin.; en catalan 

Lo Martell (le marteau). 
Ce singulier Poisson esl pêche sur nos côtes à l'approche du 



poissons. 361 

beau temps. Sa chair, ferme, blanche et délicate, le l'ait recher- 
cher. On en prend plusieurs dans la belle saison ; il paraît très- 
vorace. Celui que nous possédons au Cabinet, avait dans son 
estomac un Esturgeon, coupé en deux, qui mesurait 1 mètre de 
long, et qui n'était pas du tout altéré par la digestion; il avait été 
avalé probablement peu de temps avant que l'animal ne fût pris. 
Ce Squale devient aussi grand que le Requin. 

7. Le Pantouflier de Risso, Zygœna macrocephala , Ris. 

8. Le Vrai pantouflier, Zyg. tiburo ou Squalus tiburo, Lin. 

Leur ressemblance et leur dimension les rapprochant du 
Marteau, leur font donner le même nom par nos marins. 
Ils fréquentent nos parages, et pendant la belle saison on en 
prend quelques sujets, qui, portés au marché, sont aussitôt 
vendus. Leur chair ayant un très-bon goût, est très-estimée. 

Les Milandres. 

9. LaMilandre ou Lamiola de Rond., Squalus galeus, Lin. 

Ce redoutable Squale est pris quelquefois par nos pêcheurs; 
mais sa chair étant d'un très-mauvais goût et fort coriace, on 
n'en fait aucun cas : sa peau seulement est conservée, comme 
celle de tous les Poissons de ce genre, pour servir aux ébénistes 
à polir le bois. 

Les Émissoles, Mustelus, Cuv. 

10. L'Émissole commune, Squalus mustelus, Linné; en 
catalan Mustela de mac. 

14. L'Émissole tachetée de blanc, Squalus variegatus, ou 
Lent Mat, Rond. 

Ces deux espèces fréquentent nos parages. On les prend aussi 
dans les filets, mais assez rarement, parce que, selon nos pêcheurs, 
elles se tiennent à de grandes profondeurs, et ne viennent à portée 



362 HISTOIRE NATURELLE. 

que lorsque la température est très-chaude. En effet, on ne les 
voit sur le marché qu'en juillet et août; mais on ne fait aucun 
cas de leur chair, qui est de très-mauvais goût. 

Les Grisets. 

12. L'Émissole gnsel, Squahis griseus, Lin.;) en catalan 

15. L'Émissole vache, Squakis vacca, Lin.;) Mussola. 

Ces Poissons ne sont pas d'une très-forte taille. On en prend 
beaucoup sur nos côtes pendant le printemps; ils sont peu esti- 
més et ne sont achetés que par la basse classe. 

Les Aiguillats, Spinaoc, Cuv. 

14. L'Aiguillât, Squalus acanthias, Lin.; en cat. Agollat. 

Très-commun sur nos côtes. Porté très-abondamment sur nos 
marchés, sa chair, sans être des meilleures, se vend encore 
assez bien. 

15. Le Squale sagre de Broussonnet, Squalus spinax, Lin. 

Les Humantins, Centrina, Cuv. 

16. Le Squale humantin, Squalus centrina, Lin. 

17. Le Squale écailleux(Brouss.),£gwai. squammosus, Gm. 

Les Leiches, Scymnus, Cuv. 

18. La Leiche ou Liche(Brouss.), Squal, Americanus, Gmel. 

« C'est par erreur que Gmelin a donné ce nom à ce Squale. 
« Ce naturaliste a confondu le Cap-Breton, près de Bayonne, 
« avec le Cap-Breton, près de Terre-Neuve. » (Guvier.) 

Genre Ange, Squatina, Dum. 

19. L'Ange, Squalus squatina, Lin.; Squatina levis, 

Cuv.; en catalan Angel. 



poissons. 363 

L'Ange prend des proportions assez fortes. Il est fréquent sur 
les côtes du département, et les filets de nos pêcheurs en amènent 
souvent dans la belle saison. Sa chair, blanche et fort délicate, 
le fait rechercher ; aussi est-il bientôt enlevé du marché par de 
nombreux acheteurs qui estiment ce bon Poisson. 

L'Ange se rapproche , par sa forme , des Raies ; mais sa chair 
est plus estimée, et on en sait faire la différence. 

Genre Scie, Pristis, Lath. 

20. La Scie, Squalus pristis, Lin.; Pristis antiquorum, 
Lath.; en catalan Serra. 

La Scie se voit rarement sur nos côtes : elle se tient dans la 
haute mer; cependant, en poursuivant les Poissons voyageurs, 
elle vient se faire prendre quelquefois dans les filets tendus non 
loin du rivage. La Scie acquiert une assez forte taille et conserve 
une grande agilité. Elle ne craint pas, avec son arme redouta- 
ble, d'attaquer les plus gros Poissons. 

Genre Raie, Rai a, Lin. 
i. La Raie rhinobate, Rata rhinobatus, Lin. 

On la porte très-communément sur nos marchés. Elle est 
recherchée pour la bonté de sa chair. C'est l'espèce qui, par sa 
forme, se rapproche le plus de l'Ange. 

Les Torpilles, Torpédo, Dum. 

2. La Torpille vulgaire, Torpédo Narke, Rond. 

5. La Torpille maculée, Torpédo miimamlata, Ris. 

4. La Torpille, Torpédo marmorata, Rond. 

o. La Torpille galvanique, Torpédo galvanii, Rond. 

Ces espèces ne sont guère estimées. On en porte beaucoup 
dans la belle saison ; mais le peuple seul en achète. 



364 HISTOIKE NATURELLE. 

La conformation de ces Poissons les rapproche des Raies; 
mais la singularité de leur appareil électrique, placé sur le 
thorax, en forme une section séparée. 

Les Raies proprement dites, Raia, Cuv. 

6. Raie bouclée, Raia clavata, Lin.; en catal. Clavellada. 

Son nom catalan dérive de clavell (clou). Nos marins prenant 
pour caractère, les taches qu'on remarque sur le dos de la 
Raie-Bouclée, les ont assimilées à des têtes de clous, et ont 
étendu le nom de Clavellada (semée de clous) à tout le genre. 

7. Raie chardon, Raia fullonica, Lin. 

8. Raie lentillat, Raia oxyrhincus, Rond. 

9. Raie étoilée, Raia asterias, Rond. 

10. Raie bordée, Raia rostellata, Ris. 

11. Raie miralet, Raia miraletus, Rond. 

12. Raie chagrinée, Raia aspera, Rond. 

13. Raie ronce, Raia rubus, Lin. 

14. Raie blanche ou cendrée, Raia bâtis, Lin. 

15. Raie oculée, Raia oculata aspera, Rond. 

16. Raie oculée, Raia oculata levis, Rond. 

Ces deux dernières espèces n'offrent que de petites différences, 
et on serait porté à croire qu'elles ne font qu'une seule et même 
espèce avec la Raie-Bouclée. C'est probablement à l'âge qu'on 
doit attribuer le peu de différence qu'on remarque entre elles. 

17. Raie épineuse, Raia spinosa, Rond. 

Les Pastenagues, Trygon, Adan. 

18. La Pastenague commune, Raia pastinaca, Lin. 



poissons. :ït*r* 

Les Mourines, Myliobatis, Dum. 

19. L'Aigle de mer, Rata aquila, Lin. 

Les Céphaloptères, Cephaloptera, Dum. 

20. La Céphaloptère, Rata cephaloptera, Schn. 

La Céphaloptère est l'espèce la plus grande que l'on pêche 
sur nos côtes; elle atteint des proportions gigantesques. 

Tous les Poissons de cette nombreuse tribu sont des Raies, 
appelées en catalan Clavellada. On les porte en grande quantité sur 
nos marchés. Certains acquièrent de très-grandes dimensions; de 
ce nombre sont la Céphaloptère, la Blanche ou Cendrée, qui d'or- 
dinaire est une des plus grandes ; vient ensuite la Pastenague et 
Y Aigle de mer. Leur prix est modéré ; leur viande est bonne , et 
nos ménagères achètent ce Poisson avec plaisir, parce qu'elles 
n'ont pas à craindre les arêtes, et qu'elles peuvent le donner aux 
enfants avec la plus grande sécurité. Le genre Raie laisse beau- 
coup à désirer dans la classification des espèces ; il y a beaucoup 
de confusion dans les descriptions , et de nouvelles observations 
seraient nécessaires pour les classer plus méthodiquement. 

On expédie au loin ce Poisson, qui n'est pas sujet à se gâter 
aussi vite que les autres espèces. 

Genre Chimère, Chimœra, Lin. 

1 . La Chimère arctique , vulgairement Roi des Harengs , 
Chimœra monstrosa, Lin. 

Ce cartilagineux est fort rare sur cette côte, car il se tient 
toujours dans la haute mer. Si on le surprend quelquefois dans 
les filets, c'est lorsqu'il poursuit les bandes des poissons voya- 
geurs qui fréquentent notre littoral ; c'est à cette époque seu- 
lement qu'on en porte sur nos marchés. Sa chair passe pour 
n'être pas bien savoureuse; aussi est-elle peu recherchée. 



366 HISTOIRE NATURELLE. 

DEUXIÈME ORDRE. 

LES CHONDROPTÉRIGIENS A BRANCHIES LIBRES. 

Famille des Sturioniens. 

En prenant pour type l'Esturgeon commun, dont le 
nom spécifique est Sturio, M. Guvier a formé le nom de 
Sturioniens. Les Poissons de celte famille ressemblent 
aux Squales par l'allongement de leur corps, la forme 
de la nageoire caudale qui est divisée en deux lobes 
inégaux, et leur bouche placée sous le museau dont l'ex- 
trémité est plus ou moins prolongée en avant. 

Genre Esturgeon, Acipenser, Lin. 

1. L'Esturgeon ordinaire, Acipenser sturio, Lin.; en 
catalan Estorjeon. 

Les Poissons de ce genre ont l'habitude de remonter dans les 
grands fleuves pour y déposer leur frai; et, dans les parages 
qu'ils fréquentent , on en prend considérablement. 

Des trois espèces bien connues , la seule que nous voyons sur 
nos côtes est l'Esturgeon ordinaire; elle a les mêmes habitudes 
que ses congénères ; mais nos rivières n'ayant pas beaucoup 
d'eau, et quelquefois même étant à sec, ne peuvent lui donner 
asile: c'est donc à la mer seulement qu'on la pêche, et nous 
la voyons assez souvent sur nos marchés. C'est un mets très- 
délicat; sa chair ferme, blanche et d'un goût exquis, la fait 
rechercher. 

Les autres espèces sont répandues dans les grandes mers, et 
toutes ont l'habitude de remonter les grands fleuves pour y faire 



poissons. 367 

la laite. L'Acipenser-Strélet, qui n'atteint pas loul-à-fait la taille 
du nôtre, et dont la chair est aussi très-bonne, habite la mer 
Caspienne, le Wolga, l'Oural, et il vient rarement dans la Bal- 
tique. 

Frédéric I er , roi de Suède, l'a introduit avec succès dans le 
lac Mœler et dans d'autres lacs de la Suède. Le Roi de Prusse 
en a fait autant, en le faisant reproduire dans un très-grand 
nombre d'endroits de la Poméranie et de la Marche du Bran- 
debourg. 

Voilà comment l'homme peut augmenter les ressources qui 
lui sont utiles, lorsqu'il sait, à son profit, détourner, combiner, 
accroître, modifier, dompter même les forces de la nature, en 
introduisant certaines espèces animales et végétales pour les 
faire prospérer et multiplier sous sa domination. (Lacepède.) 

Genre Polyodon (Lacep.), Spatularia, Sh. 

1. Le Polyodon feuille, Polyodon folium, Lacep.; Squalus 
spatula, Maud.; en catalan Girueta (girouette). 

Nos Pêcheurs appellent ce Poisson la Girouette, parce qu'ils 
prétendent qu'en le tenant suspendu par un fil passé au milieu 
du corps, son museau, qui est très-prolongé , se tourne toujours 
du côté du vent régnant. On en porte rarement sur notre marché ; 
mais, aussitôt qu'il en paraît un, les marchandes s'empressent de 
le suspendre sur leur étal. Sa chair n'est pas estimée. 

Ce Poisson, dont la couleur est grise, et dont la taille est 
d'environ 25 à 30 centimètres de longueur, se reconnaît sur le 
champ à une énorme prolongation du museau, à laquelle les 
bords élargis donnent la figure d'une feuille d'arbre, et à leur 
gueule très-fendue et garnie de beaucoup de petites dents. 

Mais, ce qui nous a paru singulier, c'est la présence de ce 
Poisson sur nos côtes, tandis que les auteurs le signalent comme 
habitant le Mississipi ! 



308 HISTOIRE NATURELLE. 

POISSONS OSSEUX. 

TROISIÈME ORDRE. 
les plectognathes. 

Famille des Gymnodontes. 

Cette famille comprend les Poissons qui, au lieu de 
dents apparentes, ont les mâchoires garnies d'une subs- 
tance d'ivoire , divisée intérieurement en lames dont 
l'ensemble représente un bec à Perroquet, Leur forme 
est globuleuse et ils ont la propriété de se gonfler déme- 
surément : dans cet état, ils ressemblent au fruit du 
Marronnier, car leur peau est armée de toutes parts d'ai- 
guillons pointus. Une seule espèce se pêche sur notre 
côte, c'est le Tétrodon-Lune. 

Genre Tétrodon, Tetraodon, Lin. 

i. Tétrodon lune ou Môle, Tetraodon mola , Lin.; en 
catalan Bot (outre), Llune (lune). 
La facilité qu'a ce Poisson de se gonfler considérablement et 
sa forme sphérique, lui ont valu les noms que lui donnent nos 
marins. On le prend avec le filet traînant , et nos pêcheurs 
s'amusent à le faire rouler sur la plage; alors, il se gonfle de 
plus en plus, et devient comme une boule. On ne mange pas 
sa chair qui passe pour venimeuse. 

Famille des Sclérodermes. 

La famille des Sclérodermes est principalement carac- 
térisée par le museau conique ou pyramidal prolongé 
depuis les yeux, terminé par une petite bouche armée 



poissons. 369 

de dents distinctes et en petit nombre à chaque mâchoire. 
Leur peau est généralement âpre et revêtue d'écaillés 
dures. Une seule espèce se pêche sur nos côtes : c'est la 
BaUste-Caprisque. 

Genre Baliste, Balistes, Lin. 

1. Baliste caprisque, Batistes capriscus, Lin.; en catalan 
Pur œil (pourceau). 

Ce genre de Poisson est très-nombreux; sa robe est parée des 
plus belles couleurs. La Nature a été large en faveur des Balistes; 
elle leur a donné les couleurs les plus vives, les plus agréables 
et les mieux opposées. A la vérité, les Balistes habitent les climats 
les plus chauds du globe. On ne les a vues (une seule exceptée) 
que dans les contrées équatoriales , où des Ilots de lumière et 
toutes les influences d'une chaleur productive, pénètrent, pour 
ainsi dire, l'air, la terre et les eaux; où volent dans l'atmosphère 
les Oiseaux-Mouche, ceux de Paradis, les Colibris, les Perroquets, 
et tant d'autres oiseaux richement décorés. 

La Baliste qui vit sur nos côtes, est aussi fort jolie. Tout le corps 
est violet-clair et chatoyant comme la gorge du Pigeon ; l'iris , 
assez grand, d'un bleu très-vif et bordé d'un jaune éclatant; des 
taches bleues sont semées sur le corps , et les nageoires ont de 
plus que les taches bleues, quelques taches rouges, qui sont d'un 
superbe effet. La chair de ce Poisson est fort bonne et très- 
recherchée. 

QUATRIÈME ORDRE. 
les lophobranches. 

Famille des Syngnathes. 

Cette famille offre des Poissons dont la forme est très- 
bizarre; ils sont entièrement cuirassés, tel que l'Hippocampe 
ou Cheval-Marin; ils n'ont aucune qualité alimentaire. 



370 HISTOIRE NATURELLE. 

Genre Syngnathes proprement dits, 

Syngnathus, Lin. 

\. Aiguille de mer, Syngnathus typhle, Lin. 

2. Syngnathe aigu, Syngnathus acus, Lin. 

Ces deux espèces sont appelées en catalan Agulla de 
mar. 

Ces Poissons ont de fort belles couleurs ; leur forme est allon- 
gée. La grande quantité de petites arêtes et la mauvaise odeur de 
leur chair, les font repousser ; les classes peu aisées seulement les 
consomment à cause de leur bas prix. On en prend assez à la 
belle saison, mêlés à plusieurs autres espèces qui ont les mêmes 
inconvénients. 

Famille des Hippocampes, 

Hippocampus, Cuv. 

3. Hippocampe Cheval-marin, Syngnathus hippocampus, 

Lin.; en catalan Cavall mari. 

Ce Poisson est un objet de curiosité par sa forme bizarre, et 
n'est d'aucune utilité comme aliment. 

CINQUIÈME ORDRE. 

LES MALACOPTÉRIGIENS ABDOMINAUX. 

Cet ordre est le plus nombreux; il contient la plupart 
des Poissons d'eau douce. ïl a été divisé par M. Cuvier 
en cinq familles. 

Famille des Salmones. 

Ce sont des Poissons écailleux. Presque tous remon- 
tent dans les rivières, et ont une chair très-agréable qui 



poissons. 371 

les fait rechercher; ils sont d'un naturel vorace. La 
structure de leurs mâchoires varie étonnamment. 

Genre Saumon, Salmo, Cuv. 

1. Le Saumon, Salmo salar, Lin. 

Ce Poisson , dont la chair est si recherchée pour la table et 
pour la salaison , ne vient dans notre mer que très-accidentelle- 
ment, et il est très-rare d'en voir sur notre marché. Mais, si le 
Saumon nous fait défaut, un autre Poisson du genre, la Truite, 
est très-répandue dans nos rivières. 

2. La Truite commune, Salmo fario, Lin.; en cat. Truyte. 

La Truite est excessivement répandue dans nos rivières et 
dans tous les ruisseaux de nos montagnes. Mais, si elle vit cons- 
tamment dans les parties élevées et jusquà la région des neiges, 
il est très-rare de la voir dans le bassin de La Tet descendre 
jusqu'à Yinça. Ce n'est qu'à l'époque des grands orages qu'elle 
est entraînée vers les parties inférieures ; mais, dès que l'eau cesse 
d'être bourbeuse, elle regagne les parties élevées, et, quel que 
soit l'obstacle qu'elle rencontre , elle sait le franchir. C'est un 
Poisson très-estimé, qu'on prend en abondance clans les parties 
supérieures du Tech et de La Tet, et dans tous les cours alpestres 
qui aboutissent à ces deux grandes artères. 

La Truite ne vit pas dans la rivière de l'Agly, dont les eaux ne 
sont pas assez froides; mais elle est commune dans La Boulzane, 
affluent qui prend sa source dant les hautes montagnes de la forêt 
de Salvanère. Cependant, il est rare que ce Poisson descende jus- 
qu'à Saint-Paul, où cette rivière se jette dans l'Agly. 

3. La Truite de montagne, Salmo alpinus, Lin. 

Celte espèce est plus petite ; elle vit dans les petites rivières 
ou ruisseaux des parties les plus élevées du déparlement, dans 
les lacs des plateaux des Boiiillouses et les lacs de Carlite. Sa chair 
est fort délicate. 



372 HISTOIRE NATURELLE. 

4. La Truite saumonnée, Salmo Imita, Lin. 

Celte espèce est la plus grosse que nous ayons dans le pays. 
Elle habite les lacs supérieurs. On en prend de très-grosses à 
Carença, aux lacs de Carlite et aux plateaux de la Noux, où les 
eaux sont toujours très-froides. Ces Poissons viennent admira- 
blement dans ces localités, et on en prend beaucoup dans la 
belle saison. 

Genre Éperlan, Osmerus, Arted. 
\. L'Éperlan, Salmo eperlanus, Lin. 

L'Éperlan fréquente nos côtes; il remonte dans nos rivières, 
mais nous ne le trouvons pas en très-grande quantité. Sa chair 
délicieuse le fait rechercher. 

2. L'Osmère saure ou Saure de la Méditerranée , Salmo 
saurus, Lin. 

5. L'Osmère fascié ou à bandes, Salmo fasciatus, Lin. 

Ces deux espèces fréquentant nos parages, sont pêchées très- 
abondamment sur nos côtes, et portées sur nos marchés, où elles 
se vendent très-bien à cause de la bonté de leur chair qui est fort 
estimée, surtout celle du Saure de la Méditerranée. On pêche ces 
Poissons aux mois d'avril et de mai, à l'aube du jour: ils consti- 
tuent en grande partie cette masse de poissons qu'on appelle en 
catalan peix de l'alba (poissons de l'aube). Parmi les espèces 
très-variées qui forment l'objet de cette pêche, le Saure de la 
Méditerranée est en grande proportion. 

Genre Ombre, Coregonus, Arted. 
4. L'Ombre commune, Sal. thymallus, L.; en cat. Umbra. 

Ce Poisson vit en petit nombre dans nos cours d'eau ; il est plus 
commun que la Truite dans les parties inférieures de nos rivières. 
Sa chair blanche, légère et de très-bon goût, est aussi recherchée 
que celle de ce dernier poisson. 






poissons. 373 

Les Raiis, Myletes, Cuv. 

5. La Serpe, Salmo humboldii, Ris. 

6. L'Aulope filamenteux, Salmo filamentosus, Bloch. 

Ce sont des Poissons de petite taille, qui vivent dans nos eaux 
douces et qui sont de peu de valeur pour la table. Le dernier est 
porté en abondance des pêcheries de nos côtes. Il remonte clans 
nos eaux douces, mais les quitte aussitôt; quelques sujets pour- 
tant y séjournent, et on en prend quelques-uns de temps à autre. 

Famille des Clupées. 

Cette famille comprend les innombrables légions de 
Harengs, Sardines, Anchois, etc., dont la fécondité, si 
admirable et si inépuisable , a donné lieu à plusieurs 
remarques importantes pour l'Histoire Naturelle. Une 
seule femelle de Harengs pond , dans une année , de 
21.000 à 56.000 œufs, selon la grosseur des individus, 
et Bloch élève ce nombre à 68.000. Tout considérables 
que nous paraissent ces chiffres, si l'on se rappelle ce 
que présentent plusieurs autres espèces, ils paraîtront 
très-faibles, puisque l'on porte à un million les œufs 
pondus par une seule Morue. 

Genre Hareng, Clupea, Lin. 

1. Le Hareng commun, Clupea harengus, Lin.; en catalan 

Hareng. 

Quoique le Hareng commun ne fréquente point la Méditer- 
ranée, on en pêche quelquefois sur nos côtes. 

2. Le Céland ou Pilchard, Clupea pilchardus, Bl. 

Cette espèce, plus petite que le Hareng ordinaire, se voit sur 
nos côtes et remonte dans nos rivières. On le prend dans les 



374 HISTOIRE NATURELLE. 

gouffres des eaux douces de la plaine; à la drague du pont du 
chemin de fer, à Perpignan, on en a pris plusieurs. 

3. La Sardine, Clupea sprattus , Lin.; en catalan Sarda, 

Sarclinyola. 

Les Sardines se prennent en masse sur nos côtes. On en fait 
un commerce considérable dans certains villages; on les sale et 
on les dispose dans des barils. Elles sont excellentes à manger 
fraîches , cuites sur le gril. 

4. L'Alose, Clupea alosa, Lin.; en catalan Alose. 

11 est porté au marché en abondance; ce Poisson est fort estimé. 
Il ne s'aventure point dans nos cours d'eau, probablement à 
cause de leur peu de profondeur. 

5. L' Anchois vulgaire, Clupea encrasichohis , Lin.; en 

catalan Anxova. 

L'Anchois est pêchée en très-grande abondance sur notre côte; 
mais elle n'y vient pas aussi régulièrement que la Sardine: elle se 
tient plus vers la haute mer. Elle disparaît quelquefois pendant 
plusieurs années; mais lorsque les bancs se montrent de nou- 
veau, on en fait des pèches miraculeuses. Comme la Sardine, 
elle est un objet de commerce important : c'étaient les pêcheurs 
génois qui venaient faire la pêche de l'Anchois sur nos côtes; 
ils s'établissaient ordinairement à Collioure. Nos marins ont 
profité de leur exemple, et ils ont parfaitement réussi : ils leur 
font une grande concurrence. 

Famille des Ésoces. 

Cette famille comprend des Poissons très-importants, 
parmi lesquels le Brochet (Esox) sert de type. Ils sont 
voraces ; ils ont l'ouverture de la bouche très-fendue , le 
gosier large, les mâchoires garnies de dents nombreuses, 



poissons. 375 

fortes et pointues, le museau aplati; point de barbillons; 
l'opercule et l'ouverture des branchies très-grandes ; le 
corps et la queue très-allongés et comprimés latérale- 
ment; les écailles dures. Plusieurs remontent dans les 
rivières; tous ont une vessie natatoire. 

Genre Brochet, Esox, Lin. 

Le Brochet ne vit pas dans les eaux douces de ce 
département. 

Les Microstomes, Mierostoma, Cuv. 

1. La Serpe microstome, Serpa mierostoma, Ris. 

La Serpe a été détachée des Chipées; on en prend abondamment 
sur nos côtes, mais son mauvais goût la fait dédaigner. 

Les Stomias, Cuv. 

2. Le Stomias, Esox boa, Ris. 

Les Orphies, Belone, Cuv. 

5. La Belone, Esox belone, Lin. 

Ces deux dernières espèces, qu'on pèche sur nos côtes, et que 
la conformation anguilliforme fait bientôt remarquer, sont appor- 
tées sur notre marché au printemps; mais la sécheresse de leur 
chair et la masse de petites arêtes que contiennent ces Poissons, 
sont cause qu'ils ne sont pas recherchés. 

Genre Exocets, Exocetus, Lin. 

1. L'Exocet commun, Exocetus exiliens, Bl. 

2. L'Exocet volant, Exoc. volitans, BL; en cat. Peix volant. 

Ces deux espèces se montrent sur nos côtes. On en pêche 
quelquefois ; mais leur petite taille et leur chair peu agréable ne 
les font pas rechercher. Le Volitans, grâce au développement de 



376 HISTOIRE NATURELLE. 

ses pectorales, jouit de la faculté de s'élever dans les airs, et de 
parcourir ainsi une assez longue dislance; non pas, comme on 
l'a dit, par un simple mouvement de projection, mais en exécu- 
tant suivant sa volonté, des mouvements d'élévation et d'abais- 
sement qui rendent son vol assez semblable à celui des Criquets. 
Cette propriété leur est funeste ; [car, dans leur trajet dans l'air, 
ils sont souvent la proie des Goélands. 

Famille des Cyprins. 

Tous les Poissons de cette famille habitent les eaux 
douces; on y compte les Carpes, les Tanches, les Bar- 
beaux, les Goujons et tous les Poissons blancs. Leur 
pêche fait les délices des amateurs à la ligne, et l'on voit 
des hommes assez patients rester des heures entières à 
la même place pour happer un Goujon. 

Genre Carpe, Cyprinus, Lin. 

1. La Carpe vulgaire, Cyprinus carpio, Lin.; en catalan 

Carpa . 
La Carpe est assez répandue dans nos étangs, où elle pénètre 
par les graus qui communiquent avec la mer; mais elle ne 
s'aventure guère dans nos rivières qui, manquant d'eau assez 
souvent, ne lui fourniraient point un abri suffisant pour y 
séjourner. 

2. La Gibelle, Cyprinus gibellio, Gmel.; en catalan Carpa 

molle. 
Moins commune que la Carpe-Vulgaire, elle vit dans les mômes 
localités; on la pêche au Bordigol et au Grau-d'Argelès. Sa chair 
sent toujours la vase. 

3. Le Doré de la Chine, Cyprinus auratus, Lin. 

Ce joli Poisson fait l'ornement des bassins de lotis nos par- 



poissons. 377 

terres; on l'élève pour le plaisir et pour l'amusement, et ses belles 
couleurs cramoisi le font estimer comme objet de curiosité. Il se 
reproduit parfaitement dans notre climat, et il affecte diverses 
couleurs qu'on doit attribuer à son état de domesticité ou à l'âge ; 
car dès qu'il est adulte on lui voit reprendre sa belle couleur 
rouge. 

4. Le Barbeau, Cyprinus barbus, Cuv.; en catalan Barp. 

Toutes nos rivières nourrissent le Barbeau, où il est même 
commun. Il est l'amusement des pêcheurs à la ligne, car il donne 
dans tous les appâts. Sa chair, quoique molle, est estimée. 

5. Le Goujon, Cyprinus gobio, Lin.; en catalan Tragan. 

Il est aussi dans toutes nos rivières. On en prend beaucoup et 
nos pêcheurs à la ligne en font leurs délices. 

6. La Tanche vulgaire, Cyprinus tinca, Cuv.; en catalan 

Tenca. 

La Tanche n'est pas très-répandue dans les eaux du départe- 
ment; il y a peu de localités qui lui soient propres. Les parties 
où on la trouve plus abondante sont le grau d'Argelès et quel- 
ques fossés des parties basses de la Salanque où l'eau douce ne 
manque jamais. Dans quelques maisons de campagne du pays, 
on élève ce Poisson dans des viviers: il s'y multiplie très-bien; 
mais il sent toujours la vase. 

7. La Brème commune, Cyprinus brama, Lin. 

8. La Brème bordelière ou petite Brème, Cyprinus blicca^ 

Gmel. 

Ces deux espèces vivent dans nos rivières et surtout dans toutes 
les eaux dormantes. La Brème commune surtout est fort répandue 
dans la rivière de La Basse; elle vit aussi et se multiplie dans les 
grands réservoirs des jardins. Elle aime les fonds vaseux. 



378 HISTOIRE NATURELLE. 

9. Le Meunier, Cyprinus dobula, Lin. 

10. Le Rosse, Cyprinus rutilus, Lin. 

11. La Vandoise, Cyprinus leuciscus, Lin. 

12. L'Ablette, Cyprinus alburnus, Lin. 

13. Le Véron, Cyprinus phoxinus, Lin. 

Toutes ces petites espèces de poissons sont répandues dans 
les eaux douces du département, surtout dans celles qui ont 
un cours tranquille et presque stagnant. Elles ne sont guère 
estimées, parce qu'elles ont presque toutes de nombreuses arêtes, 
et que leur chair sent la vase dans laquelle elles vivent conti- 
nuellement, de sorte qu'on les recherche fort peu pour la table. 
Elles sont généralement connues sous le nom de Poissons blancs, 
en catalan Peix blanc. 

Genre Loche ou Dormille, Cobitis, Lin. 

1. La Loche franche, Cobitis barbalula, Lin. 

Cette espèce est assez commune dans les cours d'eau de ce 
département; on la prend à la ligne et à l'épervier. Sa chair 
ayant un fort bon goût, est très-estimée. 

2. La Loche d'étang, Cobitis fossiiis, Lin. 

Elle est plus abondante que la précédente dans les eaux 
dormantes; elle y contracte un goût de vase qui la fait rejeter 
de la consommation. 

3. La Loche des rivières, Cobitis ténia, Lin.; en catalan 

Grata-conills. 
Elle est très-répandue dans les rivières et les petits ruisseaux 
d'eau douce, dans La Basse surtout. Cette espèce est petite et a 
de nombreuses arêtes, une chair molle et de mauvais goût. 

Famille des Siluroïdes. 
Cette famille n'est pas représentée dans les eaux des 
Pyrénées-Orientales. 



poissons. 379 



SIXIEME ORDRE. 

MALACOPTÉRIGIENS SUBBRANCHIENS . 

Famille des Gades, Gaclus , Linné. 

Cette famille compte un grand nombre de Poissons 
utiles à l'homme , et a pour principaux représentants la 
Morue , le Merlan et la Merluche. Leur corps en général 
allongé, atténué et comprimé vers la queue, est revêtu 
d'écaillés; mais l'abdomen n'étant pas très-grand, et les 
muscles du dos ayant a leur origine une épaisseur assez 
considérable, il en résulte qu'il y a dans ces Poissons 
une grande quantité de chair musculaire, et, comme 
cette chair est généralement légère et de bon goût, tous 
donnent à l'homme un aliment recherché. Ils produisent 
un nombre considérable de petits ; le nombre des œufs 
se compte par centaines de mille : aussi donnent-ils lieu 
à des pêches abondantes. M. Lacepède raconte dans son 
Histoire Naturelle des Poissons, qu'une Morue « ayant 
« treize décimètres de longueur et pesant vingt-cinq kilo- 
ce grammes , l'ovaire de ce Gade en pesait sept, et renfer- 
« mait neuf millions d'œufs. On en a compté neuf millions 
« trois cent quarante-quatre mille dans une autre Morue. 
« Quelle immense quantité de reproduction ! Si le plus 
« grand nombre de ces œufs n'étaient ni privés de la 
« laite fécondante du mâle , ni détruits par divers acci- 
« dents, ni dévorés par différents animaux, on voit aisé- 
« ment combien peu d'années il faudrait pour que l'espèce 
« de la Morue eùt,[pour ainsi dire, comblé le vaste bassin 
« des mers. » 



380 histoire naturelle. 

Les Morues. 
Les Morues sont des Poissons tout-à-fait marins et se 
pèchent dans les mers septentrionales de l'Europe, et prin- 
cipalement dans l'Amérique-du-Nord , sur le grand banc 
de Terre-Neuve. Elles n'existent pas dans la Méditerranée. 

Les Merlans. 
\. Le Merlan commun, Gadtis merlangus, Lin.; en cata- 
lan Llos. 

C'est un Poisson dont le nom et la forme extérieure sont le 
mieux connus. On le distingue à sa taille, d'environ 25 à 30 
centimètres, à la couleur du dos d'un gris tirant un peu au 
verdâtre, à son ventre argenté, et à sa mâchoire supérieure 
plus longue. 

Le Merlan habite toutes les mers d'Europe. On le pêche en 
abondance sur les côtes de ce département, et l'on assure que 
sa chair est plus délicate que celle du Merlan de l'Océan, à 
cause des fonds de roches et de gravier qui bordent notre 
littoral. 

2. Le Colin ou Merlan noir, Gadtis carbonarkis , Lin.; 
en catalan Lo Carboner (le charbonnier). 
Ce Poisson, qui atteint jusqu'à un mètre de longueur, est péché 
quelquefois sur nos côtes. On l'a nommé Charbonnier, à cause de 
ses couleurs. En effet, la teinte olivâtre qu'il présente dans sa 
jeunesse, se change en noir lorsqu'il est adulte; les nageoires 
sont entièrement noires, excepté celle de la queue, qui n'est que 
brune, et les deux premières dorsales, ainsi que les pectorales, 
dont la base est un peu olivâtre; une tache noire très-marquée 
est placée au-dessous de chaque nageoire pectorale. 

Les Merluches. 
5. Le Merlus ordinaire, Gadus merluccius, Lin. 

C'est un grand Poisson de la famille des Gades, habitant 






poissons. 381 

l'Océan d'Europe et la Méditerranée; il est long de 40 à 50 
centimètres et quelquefois beaucoup plus; il a le corps très- 
allongé, comprimé vers la queue, arrondi en avant; la gueule 
bien fendue, les mâchoires hérissées de longues dents en crochets 
et pointues sur plusieurs rangs; la couleur du dos est d'un gris 
plus ou moins blanchâtre; le ventre est blanc-mat. C'est un 
Poisson vorace, qui vit par troupes et dont on fait une pêche 
abondante le long des côtes de la Méditerranée. Sa chair est 
excellente, et on le vend comme un grand Merlan, avec lequel 
il est confondu sur notre marché. 

Les Lotes. 

1. La Lote commune, Gadus Iota, Bloch.; en catalan 
Llote. 
La Lote a le corps très-allongé; elle est longue de 35 à 65 
centimètres. On voit sur son dos deux nageoires dorsales, res- 
semblant à celles qui garnissent le dos des Murènes. Sa peau, 
variée de jaune et de brun sur le dos, et de blanc -bleuâtre 
semé de taches brunes sur l'abdomen, est enduite d'une humeur 
visqueuse très-abondante, comme celle de l'Anguille. Au lieu 
d'habiter dans les profondeurs de la mer, comme tous les autres 
Gades, elle passe sa vie dans les lacs et les rivières, à de très- 
grandes distances de la mer. Elle est assez rare dans les eaux 
douces de ce département; on en pêche pourtant quelques-unes 
dans La Basse. Sa chair est fort estimée, et surtout son foie, qui 
est singulièrement volumineux. 

Les Phycis. 

1. La Môle ou Tanche de mer, Phycis Mediterraneus , 
Lar.; Phycis tinca, Schn. 

Corps oblong, d'un gris-noirâtre sur le dos, et d'un argenté- 
bleuâtre sur l'abdomen. Sa longueur est d'environ 7 déci- 
mètres. 



382 HISTOIRE NATURELLE 

2. Le Merlus barbu, Phycis blennoïdes, Schn.; Gadus 
albidus, Gmel.; Blennius godoides, Ris.; Gadus fur- 
catus, Penn.; en catalan Peix de roca (poisson de 
roche). 

Son corps est plus arrondi que celui de l'espèce précédente; 
il a la tète rouge et la jugulaire blanc-argenté. Il n'atteint guère 
que i décimètres de longueur. On le pêche assez abondamment 
près des roches où croissent beaucoup d'algues. 

Ces deux espèces, très-communes dans la Méditerranée, sont 
assez recherchées pour la délicatesse de leur chair. 

Les Grenadiers, Lepidolepus, Ris. 

On en connaît deux espèces qui se tiennent habituelle- 
ment à de grandes profondeurs dans la Méditerranée. 

1. Le Grenadier, Lepidolepus cœlorhynchus, Ris. 

2. Le Grenadier, Lepidolepus trachyrhynchus, Ris. 

Ils vivent à de grandes profondeurs, et rendent un son comme 
les Grondins quand on les tire de l'eau. 

Famille des Pleuronectes. 

Cette famille comprend tous les Poissons plats, tels 
que Soles, Turbots, Plies, etc. Les Pleuronectes sont 
remarquables principalement par le défaut de symétrie 
de leur tête, où les deux yeux sont du même côté, lequel 
reste supérieur quand l'animal nage, et est toujours coloré 
fortement, tandis que le côté dépourvu d'yeux est tou- 
jours blanchâtre. Le reste de leur corps, bien que disposé 
et gros comme à l'ordinaire, participe un peu de cette 
irrégularité. Ainsi les deux côtés de la bouche ne sont 
point égaux, et il est rare que les deux pectorales le 
soient. Le corps est très-comprimé, haut verticalement; 



poissons. 383 

la dorsale règne tout le long du dos; l'anale occupe le 
dessous du corps ; les ventrales semblent continuer 
l'anale, d'autant plus qu'elles sont souvent unies ensem- 
ble. La cavité abdominale est petite, et ils n'ont point 
de vessie natatoire. 

Les Pleuronectes fournissent le long des côtes, dans 
presque tous les pays , une nourriture agréable et saine. 

Les Plies, Platessa, Cuv. 

\. La Plie franche ou Carrelet, Pleuronectes platessa, Lin.; v 
en catalan Rum. 

La forme des Plies est rhomboïdale , et la plupart ont les yeux 
à droite. La Plie-Franche se reconnaît à six ou sept tubercules 
formant une ligne sur le côté droit de la tête, entre les yeux, et 
aux taches aurore qui relèvent le brun du corps de ce même côté. 
Elle est commune sur nos côtes et entre dans les étangs du littoral 
qui communiquent avec la mer. On en pêche considérablement; 
c'est une des espèces dont la chair est la plus tendre. Elle est 
fort abondante sur nos marchés. 

2. La Limande, Pleuronectes limanda, Lin.; en catalan 
Rum. 

Forme rhomboïdale comme la Plie-Franche; les yeux sont 
assez grands, et présentent entre eux une ligne saillante. Sa ligne 
latérale éprouve une forte courbure au-dessus de la pectorale. 
Ses écailles sont plus âpres que chez les autres espèces de ce 
genre, d'où lui vint son nom : Lima, lime. Le côté des yeux est 
brun-clair, avec quelques taches effacées, brunes ou blanchâtres. 

Cette espèce, quoique plus petite que la précédente, est plus 
estimée et nos marchés en sont abondamment pourvus. 

5. La Plie large, Pleuronectes latus, Cuv. 

4. Le Flet ou Picaud, Pleuronectes flesus, Lin. 



384 HISTOIRE NATURELLE. 

Les Turbots, Rhombus, Cuv. 

1. Le Turbot, Pleuronectes maximus, Lin.; en catalan 

Rum-Clavellat. 

Le corps du Turbot est rhomboïdal, hérissé de petits tuber- 
cules calcaires à base étoilée, plus nombreux du côté brun que 
du côté opposé. C'est ce caractère qui lui a fait donner, en cata- 
lan, l'épithète de Clavellat, parce que nos marins, ainsi que 
nous l'avons dit pour la Raie-Bouclée, ont assimilé ces tuber- 
cules à des clous. Les deux yeux du Turbot sont sur le côté 
gauche de la tête, qui est coloré en brun-roussâtre, comme tout 
le reste de la surface du tronc. A droite il est blanc et sans tache. 
La dorsale s'avance sur la tête jusque entre les deux yeux. Le 
Turbot-Maximus est une des plus grandes espèces de ce genre ; 
Rondelet dit avoir vu dans la Baltique un individu de cette espèce 
qui avait cinq coudées de long , quatre coudées de large et un pied 
d'épaisseur. Les nôtres ne sont pas de cette taille; mais on en 
prend quelquefois qui pèsent de 10 à 45 kilogrammes. On pêche 
le Turbot en assez grande abondance sur notre littoral; sa chair 
ferme et d'un goût exquis, lui a valu le nom de Faisan d'eau ou 
Faisan de mer, pendant qu'on a donné à la Sole le nom de Per- 
drix de mer. 

2. La Barbue, Pleuronectes rhombus, Lin.; en cat. Rum. 

Cette espèce a le corps plus ovale que le Turbot; la peau est 
lisse et sans tubercules. Ce Poisson se trouve dans tous les lieux 
où l'on prend le Turbot; il devient aussi grand, et sa chair est 
tout aussi estimée; on la croit même plus légère et d'une diges- 
tion plus facile ; on peut donc la recommander aux convalescents 
uu aux personnes délicates. 

Les Soles, Solea, Cuv. 

1. La Sole commune, Pleuronectes solea, Lin.; en catalan 
Ruarde. 



poissons. 385 

Les caractères particuliers sont : la bouche contournée et comme 
monstrueuse du côté opposé aux yeux, et garnie seulement de ce 
côté-là de fines dents en velours serré, tandis que le côté des yeux 
n'a aucune dent. Leur forme est oblongue; le corps comprimé, haut 
verticalement; le museau rond, et presque toujours plus avancé 
que la bouche; la dorsale commençant sur la bouche, et régnant, 
aussi bien que l'anale, jusqu'à la caudale. Les«Soles diffèrent des 
Plies et des Flétons, en ce que les Poissons de ces deux ordres ont 
une dorsale beaucoup moins étendue; elles se distinguent aussi 
des Turbots, qui n'ont pas la bouche contournée. 

Ce Poisson est recherché, même pour les tables les plus somp- 
tueuses. Sa chair est si tendre, si délicate et si agréable au goût, 
qu'on l'a surnommé la Perdrix de mer. Il est commun sur nos 
côtes, et la Méditerranée en nourrit plusieurs espèces. 

2. La Pôle, Pleuronedes pola, Cuv. 

3. La Pégouze, Pleuronedes oculata, ou Solea oculata, 

Rond. 

On lui a donné le nom de Pégouze ou Pagouse, parce que ses 
écailles sont adhérentes à la peau comme de la poix, et ne peu- 
vent être détachées facilement qu'après qu'elle a été trempée dans 
de l'eau chaude. 

Les Monochires. 

Cuvier désigne sous le nom de Monochires, des Soles 
qui n'ont qu'une pectorale extrêmement petite du côté 
des yeux, et où celle du côté opposé est presque imper- 
ceptible, ou manque tout-a-fait. On n'en connaît qu'une 
espèce qui vit dans la Méditerranée : c'est le Linguatula 
de Rondelet, Pleuronedes microchirus, Lac. 

Famille des Discoboles. 
Cette famille est ainsi nommée par Cuvier, à cause du 

TOMF. III. 25 



38») HISTOIRE NATURELLE. 

disque formé par leurs ventrales; elle comprend deux 
genres peu nombreux. 

Genre Porte-Écuelle, Lepadog aster , Gouan, 

Son caractère principal consiste dans la forme des 
nageoires ventrales, qui représentent un large disque ou 
bassin : de là le nom de Portc-Ecuelle. Les mers d'Eu- 
rope en renferment plusieurs espèces dont la principale 
est le Porte-Écuelle de Gouan, Lepadogaster Gouani, 
Lacep. C'est un Poisson long de 5 à 6 centimètres, de 
couleur brune ponctuée de blanc ; sa chair ne peut servir 
d'aliment. 

SEPTIÈME ORDRE. 
les malacoptérigiens apodes. 

Famille des Anguilliformes. 

Les Poissons de cette famille unique, ont une forme 
allongée, une peau épaisse et visqueuse, avec ou sans 
écailles, peu d'arêtes ; ils manquent de ventrales, le plus 
souvent de pectorales, et quelquefois n'ont aucune 
nageoire. Les principales espèces qui la composent sont : 
les Anguilles , les Congres , les Serpents de mer , les 
Murènes, les Gymnotes, les Donzelles, etc. 

Genre Anguille, Murcena, Lin. 

Les Anguilles proprement dites, Marœna, Lacep. 

\. L'Anguille vulgaire, Murœna anguilla, Lin.; en catalan 
Anguila. 
Ce Poisson est fort abondant sur nos côtes. On en distingue 
plusieurs variétés par la couleur de leur peau et souvent aussi 



poissons. 387 

par leur forme, ce qui doit probablement tenir à l'âge de l'animal. 
Tous nos cours d'eau sont peuplés d'Anguilles; nos étangs en 
fournissent considérablement, et ceux qui communiquent avec la 
mer se peuplent d'eux mêmes et les Anguilles y deviennent très- 
grosses. Elles n'y contractent point l'odeur de vase, qui se com- 
munique si aisément aux Turbots et aux Soles. 

M. Louis Giraud, marchandant des Anguilles à la poissonnerie 
de cette ville, en vit une d'entièrement blanche : il l'acheta et 
nous l'apporta. Elle avait 35 centimètres de longueur; sa peau 
était d'un blanc-pur, sans la moindre tache; une légère teinte 
rosée se faisait remarquer à la partie supérieure ; les yeux étaient 
d'un rouge-vif. Nous l'avons conservée dans l'alcool. Est-ce que 
ces animaux seraient sujets à l'albinie comme les mammifères? 
Nous avons vu bien des pêcheries d'Anguilles ; mais nous n'avons 
jamais vu d'autre Anguille blanche que celle qui nous fut donnée 
par M. Giraud. 

Les Congres. 

2. Le Congre commun, Murœna conger, Lin.; en catalan 

Cungre, Mussole. 

Le Congre ressemble à l'Anguille; mais il est beaucoup plus 
grand; il est très-commun sur nos côtes, aussi en pêche-t-on 
beaucoup. Sa chair est blanche, maigre, courte, et n'est bonne que 
vers les muscles pectoraux. Le reste du Poisson est rejeté, parce 
que les petites arêtes dont il est rempli le rendent immangeable. 

3. Le Myre, Murœna tnyrus, Lin. 

Beaucoup plus petit que le Congre, ce Poisson est pris en assez 
grande abondance. Sa chair est plus estimée; 11 est toutefois 
considéré comme ayant peu de valeur. 

4. Le Congre des îles Baléares, Murœna Balearica, Ris. 
o. Le Congre mystax, Murœna mystax, Ris. 



388 HISTOIRE NATURELLE. 

6. Le Congre noir, Murœna nigra, Ris. 

Toutes ces espèces, différenciées par la couleur de leur peau, 
sont abondantes sur nos marchés. Une infinité d'autres, plus 
petites, sont aussi pêchées et sont confondues sous le nom com- 
mun de Congres: il faudrait, ici, comme chez les Turbots, des 
observations longtemps continuées pour éclaircir certains faits 
et établir d'une manière certaine la différence qui caractérise les 
espèces. Il y a encore beaucoup à faire. 

Les Ophisures, Ophisurus, Lacep. 

7. Le Serpent de mer, Murœna serpens, Lin.; en catalan 

Culobre de mar. 

Cette Murène, longue de l ra ,50 à 2 mètres, et de la grosseur 
du bras, ressemble beaucoup à un Serpent. On la confondrait 
avec ce reptile , si ce n'était une nageoire dorsale qui parcourt 
toute la longueur de l'animal. Elle vit sur nos côtes, surtout à 
Collioure et à Banyuls. On en prend quelquefois; mais, sa chair, 
parsemée de petites arêtes, la fait rejeter. Il est rare qu'on en 
porte au marché, car personne n'en veut. 

Les Murènes proprement dites, Murœna, Thunb. 

8. La Murène commune, Murœna helena, Lin.; en cata- 

lan Murena. 

Ce Poisson, très-répandu dans la Méditerranée, habite les côtes 
rocheuses du déparlement. Son corps, tout marbré de brun et de 
jaunâtre, atteint 1 mètre et plus de longueur. On ne le pêche 
guère que sur le littoral compris entre le </wmd'Argelès, Collioure, 
Port-Vendres et Banyuls-sur-Mer, bordé par les montagnes des 
Albères. C'est un Poisson très-estimé , dont la chair, grasse et 
fine, n'est pas indigeste comme celle de l'Anguille; aussi est-il 
très-recherché par les gourmets. 

9. La Murène sagra, Murœna sagra, Ris. 



poissons. 389 

Celte variété est plus petite et plus délicate que là précédente. 
On la pêche dans les mêmes parages. Sa couleur est plus verdàtre 
et les taches de la peau sont moins prononcées. 

Les Donzelles, Ophidium, Lin. 

i. La Donzelle commune, Ophidium barbatum, Blain. 
2. La Donzelle brune, Oph. vassah. Lin.; en cat. Metge. 

Ces deux Poissons atteignent environ 25 centimètres de lon- 
gueur. Leur corps, presque cylindrique, a beaucoup de rapport 
avec celui des Murènes. Ils vivent sur les côtes de ce département, 
et, pendant la belle saison, on en prend beaucoup. Ces Poissons 
sont enlevés aussitôt qu'ils paraissent sur notre marché. Leur chair, 
agréable et légère, est donnée aux malades en convalescence: 
c'est à cause de cela peut-être qu'on leur a donné dans le pays 
le nom de Metge, qui veut dire Médecin, Poisson du Médecin. 

HUITIÈME ORDRE. 

LES AC ANTHOPTÉRIGIENS. 

Cet ordre comprend tous les Poissons osseux à 
mâchoire supérieure mobile et à branchies pectinées, 
dont la première nageoire dorsale est soutenue par des 
rayons osseux et spiriformes ; il renferme les trois quarts 
des Poissons connus, et se subdivise en sept familles et 
plusieurs genres. 

Famille des Ténioïdes. 

Sous le nom de Ténioïdes ou Poissons en ruban, 
M. Cuvier a formé un groupe naturel, ayant de très- 
petites écailles, et dont le corps est très-allongé et très- 
aplati, ce qui explique le nom générique qui les désigne. 
Ils n'ont aucune valeur alimentaire. 



390 HISTOIRE NATURELLE. 

Les Rubans, Cepola, Lin. 

î. La Cépole ténia, Cepola tœnia, Lin.; en catalan 

Flama (flamme). 
2. La Cépole rouge ou Cépole serpentiforme de Lacep., 

Cepola rubescens, Lin.; en catalan Flama. 

On a confondu ces deux espèces en une seule. Leur différence 
cependant est bien tranchée, à moins que l'âge de l'animal ne la 
produise, ce qui pourrait bien être. La première a une longueur 
d'environ l ,n ,20, et sa couleur est d'un blanc-d'argent magni- 
fique, avec une teinte légèrement rosée sur l'abdomen; l'autre 
ne dépasse jamais 60 centimètres, et elle est d'une couleur de 
chair plus ou moins vive. Leur forme est la môme. Ce sont des 
Poissons qu'on néglige de pêcher, parce qu'ils ne sont bons à 
rien: ils sont tout au plus un objet de curiosité à conserver dans 
l'alcool. Depuis quarante ans que je fais ma collection, j'ai vu 
deux ibis ce Poisson au marché de cette ville. 

Les Gymnètres, Gymnestrus, Bl. 

o. Le Gymnètre cépédien, Gymnestrus cepedianus , Ris.; 
en catalan Flama, 

Même forme que le Ténia, moins long, argenté, avec des taches 
rondes et noires parsemées sur le corps; les pectorales rouges. 
C'est un fort joli Poisson; mais qui n'a aucune valeur alimentaire. 

Les Sabres, Trachypterus , Gouan. 

4. Le Trachyptère ténia, Trachypterus tœnia, Gouan. 

Il est à peu près comme les autres Cépoles, quant à la forme 
et à la couleur ; seulement il a des ventrales thorachiques et une 
caudale distincte. Le Trachyptère a environ 1 mètre de long. 

Les Jarretières, Lepidopus, Gouan. 

5. La Jarretière de Pérou, Lepidopus Peronii, Gouan, 



poissons. 391 

C'est encore uneCépole très-longue et argentée, mais qui diffère 
des autres par la caudale et deux écailles pointues et mobiles, 
qui lui tiennent lieu de nageoires ventrales. Ce Poisson est de 
nulle valeur pour la table. On le pêche rarement. 

Famille des Gobioïdes. 

Les Gobioïdes forment une famille assez considérable 
de Poissons qui se reconnaissent à leurs épines dorsales 
grêles et flexibles; tous ont à peu près les mêmes viscères, 
c'est-à-dire un canal intestinal égal, ample, sans cœcum, 
et point de vessie natatoire. Quelques genres, comme les 
Blennies, les Gobies, vivent très-longtemps hors de l'eau, 
et les Périophthalmes usent de la longueur de leurs pecto- 
rales pédiculées, pour courir sur la grève. Ils habitent 
toutes les mers, et leur taille varie considérablement. 
Certaines espèces n'ont aucune valeur alimentaire, tandis 
que d'autres passent pour les Poissons les plus délicats. 

Les Blennies ou Baveuses, Blennius, Lin. 

1. Blennie Lièvre, Blennius Lepus, Lin. 

2. Blennie phycis, Blennius phycis, Lin. 
o. Blennie Paon, Blennius Pavo, Ris. 

4. Blennie galerite, Blennius galerita, Lin. 

5. Blennie d'Audifred, Blennius Audifredi, Ris. 

En catalan, le nom commun des Blennies, est Môle, 
ou Peix de roca. 

Ces Poissons fréquentent les côtes rocheuses du département 
où les plantes marines et la vase s'accumulent, ce qui leur fait 
contracter un très-mauvais goût. Leur chair très-molle et leur 
peau toujours enduite d'une mucosité, les rendent peu agréables 
au goût; aussi sont-ils peu recherchés. 



392 HISTOIRE NATURELLE. 

Les Gobies, Boulereaux ou Goujons de mer, 
Gobius, Lin. 

1. Le Boulereau noir, Gobius niger, Lin. 

2. Le Boulereau blanc, Gobius minutus, Lin. 
5. Le Paganel, Gobius cyprinoïdes , Briss. 

Les Boulereaux sont assez nombreux ; nos côtes en fournissent 
quelques espèces qui sont fort estimées. Leur chair, quoique 
molle , est légère et d'un bon goût. 

Les Callionymes, Callionymus, Lin. 

1. Le Callionyme dragon, Callionymus dracunculus, Bl. 

2. Le Callionyme lyre, Callionymus lyra, Bl. 

Ces Poissons fréquentent nos côtes, et nos marchés en sont 
pourvus au printemps. Leur peau est bariolée; leurs formes sont 
assez bizarres. Ils ont beaucoup d'arêtes; leur chair est bonne, 
légère. Ces Poissons sont excellents pour faire la soupe; leur 
chair est mangée à la vinaigrette. 

Famille des Labroïdes. 

Cette famille est nombreuse en belles espèces de Pois- 
sons, réparties dans les genres Labres, Rasons, Chromis, 
Scares, Labran. Les Labroïdes se reconnaissent aux 
caractères suivants : corps écailleux à forme oblongue; 
une seule dorsale, soutenue en avant par des rayons épi- 
neux, garnie le plus souvent d'un lambeau membraneux ; 
mâchoires recouvertes par des lèvres charnues, etc. 

Genre Labre, Labrus, Lin. 

Les Labres sont des Poissons parés des couleurs les 
plus belles et nuancées agréablement; le jaune, le vert, 
le bleu, le rouge, y forment soit des taches, soit des 



poissons. 393 

bandes, que rehaussent encore de brillants reflets métal- 
liques. Ils abondent dans la Méditerranée, et se tiennent 
réunis, sans former cependant des troupes nombreuses, 
sur les côtes rocheuses, où ils se nourrissent de petits 
coquillages, d'oursins, de crustacés. Au printemps, ils se 
réunissent parmi les fucus et les autres algues marines, 
où leurs petits trouvent un abri contre la violence des 
vagues. La chair de ces Poissons, blanche et ferme, est 
recherchée comme une nourriture saine et agréable. 
Leur taille varie entre 55 a 50 centimètres. 

Les Labres proprement dits; en catalan 
Donzelles (donzelles). 

1. La Vieille commune, Labrus vetula, Bl. 

2. Le Labre tacheté, Labrus gutlalus, Bl. 

3. Le Labre moucheté, Labrus maculatus. 

4. Le Labre à bandes, Labrus fascialus. 

5. Le Labre mélagastre, Labrus melagaster, Lacep. 

6. Le Girelle de la Méditerranée, Labrus julis, Lin. 

Genre Rasons, Novacula, Cuv. 

Ce sont des Poissons semblables aux Labres par le 
corps; ils sont couverts de grandes écailles. Ce genre est 
abondant dans les grandes mers ; la Méditerranée n'a de 
bien connu que le Rasoir. 

1 . Le Rason ou Rasoir de la Méditerranée , Coryphœna 
• novacula, Lin. 

Le Rasoir est rouge, diversement rayé de bleu. On estime sa 
chah" uV'licate et de facile digestion. 



3Ui HISTOIRE NATURELLE. 

Les Chromis, Cuvier. 

Linné avait compris dans le genre des Spares un petit 
Poisson de la Méditerranée, qu'il avait nommé Spams 
chromis. M. Cuvier en a fait le type d'un genre nouveau, 
qu'il désigne sous le nom de Chromis, et auquel il associe 
plusieurs Poissons étrangers. Il a placé ce nouveau genre 
parmi les Labroïdes. 

1. Le Petit Castagneau, Spams chromis, Lin. 

Ce petit Poisson se pêche par milliers sur notre littoral; il 
n'est pas estimé. 

Famille des Percoïdes. 

La Perche commune (Perça fluviatilis) a fourni le type 
de cette famille. Les Poissons qui la composent, sont 
caractérisés par un corps oblong, plus ou moins com- 
primé, couvert d'écaillés généralement dures, et dont 
la surface extérieure est plus ou moins âpre et les bords 
dentelés et ciliés; la bouche est assez grande et les ouïes 
bien fendues. 

Tous les Poissons qui composent cette nombreuse fa- 
mille sont plus ou moins estimés pour la table, quoique 
leur chair contienne beaucoup d'arêtes. 

Les Picarels, Smaris, Cuv.; en catalan 
Picarell. 

1. La Mendole, Spams marna, Lin, 

2. Le Picarel commun, Spams smaris, Lin. 
o. Le Zébré, Spams zébra, Ris. 

4. Le Spare à deux lobes, Spams bilobe, Ris. 



poissons. 395 

Les Bogues, Boops, Cuv.; en catalan Bogas, 
o. La Saupe, Spams salpa, Lin. 

6. L'Oblade, Sparus meîanurus, Rond. 

7. La Bogue ordinaire, Sparus boops, Lin., Rond. 

Tous ces Poissons ne sont pas de grande taille; le vulgaire les 
confond sous le nom de Bogues. Ils sont péchés en très-grande 
abondance toute Tannée; mais surtout dans la belle saison. 
Leur chair est estimée. 

Geinre Spares, Sparus, Cuv. 

8. La Sargue ordinaire, Sparus sargus, Lin. 

Les Daurades. 

9. La Daurade ordinaire, Sparus aurata, Lin.; en catalan 

Daurada. 

La Daurade est Irès-abondante, et, dans la belle saison, on en 
prend des masses considérables. Sa chair esl d'un goût exquis. 

Les Pagres, Pagrus, Cuv. 

10. Le Pagre ordinaire, Sparus argenteus, Schn., Rond.; 
en catalan Bagre, sans doute par corruption de la 
première lettre. 

H. Le Pagel, Sparus erytrinus. Lin.; en catalan Pagett. 

12. Le Mormyre, Sparus morm.yrus, Rond. 

13. Le Bogarave, Sparus bogaraveo, Rond. 

Ces quatre dernières espèces sont pêchées en très-grande 
abondance toute l'année; mais particulièrement pendant la belle 
saison; et comme leur chair est très-délicate, on en fait une 
grande consommation. 



396 HISTOIRE NATURELLE. 

Les Dentés, Dentex, Cuvier. 

14. Le Denté ordinaire, Spams dentex, Lin.; en catalan 

Dente. 

Ce grand et très-beau Poisson est pris abondamment, dans la 
belle saison, sur les côtes du département; sa chair blanche, 
tendre et d'un goût exquis le fait rechercher des gourmets. On 
prend , parmi les Poissons de ce genre , quatre espèces ou 
variétés qui sont différentes par la taille, les couleurs de la peau 
et la grosseur des yeux ; mais, quoique leur conformation soit la 
même, il serait possible que ce fussent des espèces différentes. 

Les Spares forment une de ces grandes tribus que la Nature a 
répandues à profusion dans toutes les régions du globe, afin que 
les habitants de tous les pays pussent en faire leur nourriture. 
La plus grande partie sont de grande taille; leur chair délicate, 
ferme et d'une saveur très-agréable , les fait estimer, et partout 
on les recherche comme un excellent mets. Plus de cent espèces 
bien distinctes sont connues, et nous sommes loin encore de 
connaître toutes celles que contiennent les eaux des diverses 
mers. Nos côtes en fournissent un bon nombre, et toutes celles 
qui sont portées sur nos marchés se font admirer par leur belle 
couleur, par leurs formes agréables et plus encore par la bonté 
de leur chair. Ces Poissons font les délices des bonnes tables ; le 
pauvre trouve aussi dans les diverses espèces de quoi satisfaire 
ses goûts. 

Les Lutjans, Lutjanas, Bloch; en catalan 
Picarells. 

1. Le Lutjan anthias, Lutjanus anthias, Lin. 

2. Le Lutjan verdâtre, Lutjanus viridis, Risso. 

5. Le Lutjan de Lamarck, Lutjanus Lamarckii, Risso. 

4. Le Lutjan Méditerranéen, Lutjanus Mediterraneus, Lin. 

5. Le Lutjan serran, Lut} amis serranus, Risso. 



poissons. 397 

Ce genre contient aussi de nombreuses espèces ; on en connaît 
plus de quatre-vingts. Ces Poissons peuplent toutes les mers, 
et partout ils offrent une excellente nourriture. Ils abondent 
sur nos côtes et leur bon goût les fait rechercher. Ajoutons 
que leur robe, où la nature n'a rien oublié pour la parer de 
brillantes couleurs, est un attrait pour l'acheteur. 

Les Serrans, Serranus, Cuv. 

i. Le Serran écriture, Serranus scriba, Cuv. et Valenc, 
ou Perça scriba, Lin. 

2. Le Serran proprement dit, Serranus cabrilla, Cuv. et 

Valenc., ou Perça cabrilla, Lin. 

3. Le Petit Serran à tache noire sur la dorsale, Serranus 

hepatus, Valenc, ou Labrus hepatus, Lin. 

4. Le Barbier, Serranus anthias, Cuvier, ou Labrus an- 

thias, Lin. 

5. Le Mérou brun, Serranus gigas, Cuv.; en cat. Mero, 

Ce dernier est reconnaissable à sa couleur brune et à sa 
grande taille qui arrive jusqu'à 1 mètre. Son corps est oblong et 
recouvert de petites écailles ; ses lèvres sont charnues ; sa langue 
libre, pointue, lisse; ses pectorales sont grandes. Sa chair est 
estimée et aromatique. Les marins espagnols de la côte voisine 
de ce département, vantent la chair du Mérou à l'égal de celle du 
Mouton , et disent avec emphase : De la tierra lo Carnero y de la 
mur lo Mero. 

Les Rascasses, Scorpœna, Lin.; en catalan Escorpit 
de mar (Scorpion de mer). 

4. La Grande Scorpène rouge, Scorpœna scrofa, Lin.; en 
catalan Rascasse, Escorpit. 

Elle est grande, rouge, à écailles larges et lisses, munie de bar- 
billons et de nombreux lambeaux charnus, épines dorsales inégales. 



398 HISTOIRE NATURELLE. 

2. La petite Scorpène brune, Scorpœna porcus; en cata- 
lan Rascasse, Escorpit. 

Elle est plus petite, plus brune, à écailles plus petites et âpres, 
à barbillons moins nombreux, et dont les épines de la dorsale sont 
à peu près égales. 

Ces deux espèces sont très-communes sur nos côtes. Les piquants 
qui garnissent la dorsale et particulièrement les deux dards atta- 
chés aux opercules, font des blessures qui peuvent devenir fâcheuses 
et qui dans tous les cas font éprouver une douleur très-aiguë. Nous 
avons soigné des personnes blessées par ces piquants, dont la main 
et le bras s'étaient singulièrement enflés; aussi nos marins assi- 
milant cette arme venimeuse au dard des Scorpions, ont nommé 
ce poisson Escorpit de mar ( Scorpion de mer). Mais cette circons- 
tance, non plus que leur laideur, n'empêchent pas que l'on ne s'en 
nourrisse, et une bollinade (bouille à baisse des Provençaux) n'est 
jamais parfaite, si une Scorpène n'a pas été mise dans la marmite. 

Les Athrriïnes, Atherina, Lin.; en catalan 
Joells. 

1 . Le Sauclet, ou Mêles, Prestres, Gras d'eau, Atherina 
hepsetus, Lin. 

C'est un petit poisson de couleur ordinairement verdâtre sur 
le dos, blanche sous le ventre, avec une bandelette argentée plus 
ou moins large le long des flancs. Les petits demeurent rassemblés 
en masses considérables pendant les premiers jours qui suivent 
leur naissance; c'est ce qu'on vend sur nos marchés sous le nom de 
Joells et que l'on mange en friture. Lorsqu'ils sont adultes, ils vivent 
aussi en troupes assez grandes pour être l'objet d'une pèche, et 
on les vend sous le nom de Faux-Eperlants. Sur quelques points 
de la côte de Bretagne , on a l'habitude de les saler ou de les 
conserver dans l'huile , pour les vendre en même temps que les 
Sardines. 



poissons. 399 

Les Sphyrènes, Sphyrœna, Lacep. 

1. Le Spet ou Brochet de mer, Esox sphyrœna, Lin.; en 

catalan Peix escomer. 

Ce Poisson a le corps très-allongé, arrondi, le museau pointu, 
la gueule très-fendue, la mâchoire inférieure dépassant la supé- 
rieure, toutes deux armées de dents nombreuses, serrées, tran- 
chantes. Ce Poisson, à l'état adulte, est plombé sur le dos, argenté 
sur les côtés et sous le ventre. Les jeunes ont une livrée qui con- 
siste en larges marbrures brunes, qui finissent par se perdre dans 
la teinte uniforme du dos. Le Spet atteint 1 mètre de longueur et 
sa chair est agréable. 

Les Mulles ou Surmulets, Mullus, Lin. 

4. Le Vrai Rouget ou Rouget-Barbet, Mullus barbatus, 
Lin.; en catalan Ruget. 

2. Le Surmulet ou Grande Mulle rayée de jaune, Mullus 

surmuletus, Lin.; en catalan Ruget gros. 

Ces Poissons vivent sur notre littoral ; on les prend en quantité 
dans tous les parages, mais plus ordinairement sur les fonds limo- 
neux. Leur chair est blanche, ferme, friable, agréable; elle se 
digère aisément parce qu'elle n'est pas grasse. 

Les Muges ou Mulets, Mugit, Lin.; en cal. Llisse. 

1. Le Muge doré, Mugit auratus, Risso. 

2. Le Muge à large tête, Mugit cephalus, Lin. 

Ce dernier atteint près de 70 centimètres de longueur, et pèse 
jusqu'à 8 et 9 kilogrammes. 

Les Muges sont fort communs sur nos côtes. Ces Poissons 
s'introduisent en grand nombre dans nos étangs salés, et vivent 
longtemps dans les eaux douces qui se dégorgent dans ces étangs. 
On en prend beaucoup au Bordigol de Torreilles; à Salses, on 
les voit en quantité dans les rigoles qui portent les eaux des fou- 



400 HISTOIRE NATURELLE. 

taines Est ramer et Font-Dame dans l'étang. Lorsque la tempé- 
rature s'abaisse, ces Poissons quittent l'étang et se réfugient en 
troupes très-nombreuses dans les eaux tièdes de ces deux fon- 
taines. Les pêcheurs placent des nasses aux embouchures des 
rigoles, et le Poisson vient s'y enfermer. Cette pêche se fait 
surtout pendant le carême. L'on est sûr, toutes les fois qu'on 
retire la nasse, d'en prendre des quantités considérables, qu'on 
expédie à Narbonne et à Carcassonne , lorsque le marché de 
Perpignan est pourvu. Aujourd'hui que les voies ferrées arrivent 
jusqu'à nous, ces Poissons iront sans doute fournir les villes 
plus éloignées. 

Genre Perches, Perça, Linné. 
Perches proprement dites. 

1. Perche commune d'eau douce, Perça fliiviatilis, Un.; 

en catalan Perça (prononcez perque). 

Ce Poisson n'est pas très-répandu dans nos rivières, et c'est 
probablement parce qu'elles sont souvent sans eau. Nos étangs 
en fournissent d'excellentes, qui sont bien recherchées. 

2. Le Loup de mer, Perça labrax, Linné; en catalan 

Llobarro. 

On pêche considérablement ce Poisson sur nos côtes ; il est 
recherché pour le bon goût et la délicatesse de sa chair. 
Les anciens avaient rendu sa cruauté célèbre. 

Les Apogons, Lacep. 

1. L'Apogon ou Roi des Rougets, Mullus imberbis, Lin., 
ou Apoyon ruber, Lacep. 

Ce Poisson est fort commun sur nos côtes. Sa chair ne le cède 
en rien à celle des Rougets ; aussi est-il bien recherché. 






POISSONS. 401 

Genre Sciennes, Sciœna, Lacepède. 
Les Ombrines, Umbrina, Cuv. 

1. L'Ombrine commune ou Barbue de la Méditerranée, 

Sciœna cirrhosa, Lin., ou Umbrina vulgaris, C. et V. 

Les Sciennes proprement dites. 

2. Le Corb noir ou Corbeau, Sciœna umbra, Linné, ou 

Corbina nigra, Cuv. 

5. Le Fégaro ou Maigre, Aigle, etc., Sciœna aquila, Duh. 

Ces trois dernières espèces sont fort communes sur nos côtes. 
Leur chair est bonne, ferme et très-succulente. 

Genre Vives, Trachinus, Lin.; en catalan Aranyas 
de mar (Araignées de mer). 

i. La Vive ordinaire, Trachinus draco, Lin. 
2. La Vive araignée, Trachinus araneus, Risso. 
o. La Vive radiée, Trachinus radiatus, Cuv 
4. La Vive vipère, Trachinus videra, Cuv. 

Les Vives sont très-dangereuses, quand on les saisit avec la main; 
les fortes épines de leur opercule, et la finesse des pointes de 
celles de leur première nageoire, les rendent redoutables aux 
pêcheurs. Il est prudent, avant de nettoyer ces Poissons, d'enlever 
les pointes avec des ciseaux. Ils vivent dans le sable ; leur chair 
est agréable, et, en effet, c'est un Poisson excellent. 

Genre Uranoscopes , Uranoscopus , Lin. 

i. Uranoscope vulgaire, Uranoscopus , Scaber, Blo.; en 
catalan Rat. 

LTranoscope est remarquable par la position des yeux, qui 

rapprochés l'un de l'autre et placés sur la partie supérieure de 
tome ni. 26 



402 HISTOIRE NATURELLE. 

la tête, ne lui permettent de regarder que le ciel, ce qui lui a valu 
le nom d' Uranoscope (qui regarde le ciel). Ce Poisson est exces- 
sivement abondant sur les côtes de ce département; sa chair est 
bonne, et on en fait une grande consommation. 

Genre Trigles ou Grondins, Trigla, Lin.; 
en catalan Cabotilles. 

Ce sont des Poissons remarquables par leur grosse 
tête cuirassée, et par l'énormité du premier sous-orbi- 
taire qui couvre entièrement la joue. Les nageoires 
pectorales sont grandes dans toutes les espèces. Dans 
certaines, elles le deviennent assez pour donner aux 
individus la faculté de s'élever en l'air pendant quelques 
instants, et d'exécuter une espèce de vol. Tous ces Pois- 
sons font entendre sous l'eau, et aussi dans les filets des 
pêcheurs, un grognement plus ou moins fort, ce qui leur 
a valu le nom de Grondins. On leur donne aussi à Paris 
le nom de Rougets, parce que l'une des espèces qui vient 
en plus grande abondance sur ce marché, est d'un beau 
rouge. On les nomme aussi Gallines, Gallinettes ou Coq 
de mer. En catalan nous les nommons Cabotilles. 

Tous ces Poissons sont communs sur les côtes de ce 
département. Ils sont très-estimés pour préparer la soupe 
à la bollinade; leur chair blanche, ferme, légère et de 
facile digestion, est mangée à la vinaigrette; on la donne 
aux convalescents. 

1. Le Gronau ou Lyre, Trigla lyra, Lin. 

2. L'Hirondelle ou Perlon, Trigla hirundo, Lin. 
5. Le Gurnau, Trigla gurnardus, Bl. 

4. Le Rouget ou Grondin, ou Coucou, Trig. cuculus, Lin. 

5. L'Orgue, Trigla lucerna, Brunn. 



poissons. 403 

Les Malarmats, Peristedion, Lacep. 

6. Le Malarmat, Trigla cataphracta, Linné; en catalan 

Mal armât. 
Il est d'un beau rouge de minium. M. Cuvier pense que ce 
nom de Malarmat lui a été donné en Provence, par antiphrase. 

Les Pirabèbes, Dactylopterus, Lacep. 

7. L'Hirondelle de mer ou Rouget volant, etc., Trigla 

volitans, Lin.; en catalan Aulendra de mar. 

Elle est longue d'environ 33 centimètres, brune en dessus, 
rougeâtre en dessous, avec les nageoires noires et diversement 
tachetées de bleu. Sa chair maigre et dure, est peu recherchée. 

« Un des attributs les plus frappants des Dactyloptères , qui 
leur a valu l'attention de tous les peuples et les ont fait décrire 
avec une exactitude remarquable par les auteurs les plus anciens, 
est la faculté dont ils jouissent à un plus haut degré que tous les 
autres poissons volants, de s'élever au-dessus des eaux. Les rayons 
de leurs pectorales sont réunis à cet effet par une large membrane 
qui en forme aussi bien une aile qu'une nageoire. La puissance 
du vol, quoique limitée, leur permet néanmoins de s'élever à une 
assez grande hauteur au-dessus de la mer, et de parcourir ainsi 
un espace d'une trentaine de mètres ; ils s'en servent d'autant 
plus souvent, que, malgré l'épine longue et érectile qui arme leur 
préopercule et peut faire de graves blessures, ils sont poursuivis 
avec acharnement par les Bonites, les Dorades, etc.; mais en 
cherchant à leur échapper par une fuite rapide à travers les airs, 
ils se livrent à des ennemis non moins redoutables, et les Frégates, 
les Goélands, les Albatros sont là qui les attendentpour les dévorer. 
Dans les mers calmes, dit Lacepède, on voit voler en troupes des 
milliers de Dactyloptères , qui offrent au navigateur un spectacle 
aussi agréable que varié; et dans les nuits obscures, ils brillent 
quelquefois d'une lumière phosphorescente très-resplendissante.» 
(Gervais.) 



404 HISTOIRE NATURELLE. 

Genre Chabots, Cottus, Lin. 

1. Le Chabot commun ou Meunier, Cottus gobio, Lin. 

C'est un petit Poisson de rivière, à gueule large, fendue; il est 
armé sur chaque mâchoire d'une large bande de dents en velours ; 
l'opercule est épineux; le préopercule a la pointe recourbée en 
dessus; la peau est nue, muqueuse, sans écailles visibles; le des- 
sous de son corps est blanc ; le dos gris, avec des taches brunes, 
et la femelle avec des taches noires. Sa chair est bonne, salubre 
et devient rouge par la cuisson. Il faut le saisir avec précaution. 

Genre Baudroies, Lophius, Lin. 

4. La Baudroie commune, Lophius piscatorius, Lin.; en 
catalan Buldroy. 

C'est un Poisson célèbre par sa taille, qui va jusqu'à l m ,70, 
et par sa forme bizarre et laide; il a une tête énorme, déprimée 
et comme circulaire ; une vaste gueule s'ouvre à la partie anté- 
rieure de la tête ; la mâchoire inférieure dépasse la supérieure ; 
les dents sont longues et en herse. L'habitude de ce Poisson est 
de vivre dans le sable ou enfoncé dans la vase. On ie pêche toute 
l'année sur nos côtes; sa chair, blanche et tendre, est de fort 
bon goût. 

Famille des Scombéroïdes. 

La famille des Scombéroïdes comprend les espèces de 
Poissons les plus utiles à l'homme par leur goût agréable 
et par leur inépuisable reproduction , qui les ramène 
périodiquement dans les mêmes parages. Ces espèces sont 
l'objet des plus grandes pêches. 

Genre Scombre, Scomber, Lin. 
Les Maquereaux. 
1. Le Maquereau commun, Scomber scombrus, Lin.; en 
catalan Barat. 



poissons. 405 

2. Le Petit Maquereau, Scomber collas, Cuv.; en catalan 

Bizet. 

Semblable au précédent, mais plus mince et pourvu d'une 
vessie natatoire qui manque à la plupart des autres espèces. 

Les Maquereaux sont répandus à profusion dans toutes les mers 
chaudes ou tempérées des quatre parties du monde. On en pêche 
considérablement sur nos côtes, et dans les mois de juin et de 
juillet nos marchés en sont encombrés. Ce Poisson est connu 
sous différents noms par les pêcheurs, et ces noms varient quel- 
quefois en raison des localités; d'autres fois en raison de l'état 
ou de l'âge de l'animal quand on le pêche. En Roussillon, on le 
nomme Barat; dans le Bas-Languedoc, Verrat; en Provence, 
Aurion ou Aariol; en Espagne, Cogolï. En sortant de l'eau, le 
Maquereau a le dos d'un beau bleu métallique, changeant en vert 
irisé. On dit qu'un Maquereau est chevillé, lorsqu'il cesse d'être 
plein après avoir déposé ses œufs. 

Les Thons, Thynnus, Cuv. 

1. Le Thon commun, Scomber thynnus, Lin., ou Thynnus 

vulgaris, Cuv. et Valenc. 

2. Le Thon à pectorales courtes, Thtjnnus brachypterus , 

Cuv. et Valenc. 
5. La Thonine, Thynnus thunnina, Cuv. et Valenc. 
4. La Thonine a pectorales courtes, Thynnus brevipennis, 
Cuv. et Valenc. 
Le nom catalan de ces quatre espèces est Tonynct 
(prononcez Tougnine). 

La pêche du Thon se pratique dans la Méditerranée depuis la 
plus haute antiquité. M. Lacepède dit à ce sujet : 

« On donne le nom de Thonnaire ou Tonnaire à une enceinte 
« de filets que l'on forme promptement dans la mer pour arrêter 
« les Thons au moment de leur passage. On a eu pendant long- 



406 HISTOIRE NATURELLE. 

(( temps recours à ce genre d'industrie auprès de Collioure, où 
« on le pratiquait, et où peut-être on le pratique encore, chaque 
« année, depuis le mois de prairial jusqu'au commencement de 
« celui de vendémiaire. Pour favoriser la prise des Thons, les 
« habitants de Collioure entretenaient, pendant la belle saison, 
« deux hommes expérimentés qui, du haut de deux promon- 
« toires , observaient l'arrivée de ces Scombres vers la côte. Dès 
« qu'ils apercevaient de loin ces Poissons qui s'avançaient par 
« bandes de deux ou trois mille, ils en avertissaient les pêcheurs 
« en déployant un pavillon, par le moyen duquel ils indiquaient 
« de plus l'endroit où ces animaux allaient aborder. A la vue de 
« ce pavillon, de grands cris de joie se faisaient entendre, et 
« annonçaient l'approche d'une pêche dont les résultats impor- 
« tants étaient toujours attendus avec une grande impatience. 
« Les habitants couraient alors vers le port , où les patrons des 
« bâtiments pêcheurs s'empressaient de prendre les filets néces- 
« saires, et de faire entrer dans leurs bateaux autant de personnes 
« que ces embarcations pouvaient en contenir, afin de ne pas 
« manquer d'aides dans les grandes manœuvres qu'ils allaient 
« entreprendre. Quand tous les bateaux étaient arrivés à l'endroit 
« où les Thons étaient réunis, on jetait à l'eau des pièces de filets, 
a lestées et flottées, et on en formait une enceinte demi-circulaire, 
« dont la concavité était tournée vers le rivage, et dont l'intérieur 
« était appelé jardin. Les Thons, renfermés dans ce jardin, s'agi- 
« taient entre la rive et les filets, et étaient si effrayés par la vue 
« seule des barrières qui les avaient subitement environnés, qu'ils 
« osaient à peine s'en approcher à la distance de 6 ou 7 mètres. 
« Cependant, à mesure que ces Scombres s'avançaient vers la 
« plage, on resserrait l'enceinte, ou plutôt on en formait une 
« nouvelle, intérieure et concentrique à la première, avec des 
« filets qu'on avait tenus en réserve. On laissait une ouverture à 
« cette seconde enceinte jusqu'à ce que tous les Thons eussent 
« passé dans l'espace qu'elle embrassait; et en continuant de 
« diminuer ainsi, par des clôtures successives, et toujours d'un 



poissons. 407 

« plus petit diamètre, l'étendue clans laquelle les poissons étaient 
« enfermés, on parvenait à les retenir sur un fond recouvert uni- 
ce quement de quatre brasses d'eau : alors on jetait dans ce parc 
« maritime un grand boulier, espèce de seine, dont le milieu est 
« garni d'un manche. Les Thons, après avoir tourné autour de ce 
« filet, dont les ailes sont courbes, s'enfonçaient dans la poche 
« ou manche : on amenait, à force de bras, le boulier sur le 
« rivage; on prenait les petits poissons avec la main, les gros avec 
« des crochets; on les chargeait sur les bateaux pêcheurs, et on 
« les transportait au port de Collioure. Une seule pêche produisait 
« quelquefois plus de 15.000 myriagrammes de Thons ; et, pendant 
« un printemps, dont on a conservé avec soin le souvenir, on 
« prit dans une seule journée seize mille Thons, dont chacun 
« pesait de 10 à 15 kilogrammes. » 

La longueur du Thon dépasse généralement 1 mètre ; il paraît 
que quelquefois il acquiert une dimension triple. On en prend 
souvent sur les côtes de Sardaigne, qui pèsent plus de 500 kilo- 
grammes; ceux de 50 à 150 kilogrammes, ne sont appelés que 
des demi-Thons. On en a cité qui pesaient 900 kilogrammes. 

A certaines époques de l'année, les Thons longent les côtes de 
la Méditerranée en légions innombrables, et longtemps on a cru 
qu'ils n'y étaient que de passage, qu'ils y entraient par le Détroit 
de Gibraltar pour s'avancer au-delà du Bosphore, et revenir 
ensuite vers l'Ouest; mais il paraît que leurs voyages ne sont 
pas aussi longs, et que, nés dans ces parages, ils passent une 
partie de l'année dans les eaux profondes , tandis qu'à d'autres 
époques ils approchent de la terre et la côtoyent. Ordinairement 
les troupes de Thons sont précédées par des Sardines ; souvent 
ils sont poursuivis par les Dauphins, qui les forcent à se réfugier 
dans les filets, au grand avantage des pêcheurs; mais, lorsque ce 
sont des Espadons qui les chassent, ces derniers causent de grands 
dommages aux pêcheurs, car outre qu'ils brisent les filets avec 
leur arme redoutable, ils ouvrent en même temps une issue aux 
captifs. 



408 HISTOIRE NATURELLE. 

Les anciens donnaient le nom de Pélamide an jeune Thon qui 
n'avait pas encore atteint l'âge d'un an. Ces animaux venant 
d'éclore dans la Mer-Noire, repassaient, pendant l'automne, dans 
l'Hellespont et la Méditerranée, à la suite des nombreuses légions 
des auteurs de leurs jours. Arrivés dans la Méditerranée, ils y 
prenaient le nom de Pélamides pendant les premiers mois de 
leur croissance ; et ce n'était qu'après un an, que la dénomination 
de Thon leur était appliquée. Nos marins du Roussillon, préten- 
dent que les Pélamides sont les poissons les plus délicats de la 
mer. Un dicton populaire exprime cette opinion en termes 
énergiques : 

ho que menja Palamide, 
Pare y mare desolbide, 

qui se traduit par ces mots : On oublie père et mère quand on savoure 
des Pélamides. 

Pélamides, Pelamys, Cuv. 

Ce sous-genre établi par MM. Cuvier et Valenciennes 
aux dépens des Thons, diffère de ceux-ci par un corps 
plus allongé, l'œil plus petit, le museau plus long et la 
gueule plus fendue. 

\. Pélamide commune ou Bonite à dos rayé, Pelamys 
sarda, Cuv., ou Scomber sarda, Bl.; en catalan 

Bonita. 

La taille de ce Poisson est d'environ 70 centimètres; sa couleur 
est argentée et teintée sur le dos de bleu-clair. Huit à dix lignes 
noirâtres se dessinent sur ce fond, en descendant très-obliquement 
d'arrière en avant. 

2. Le Bonitol, Scomber Mediterrancus, Bond. 

A dos bleu, marqué de larges bandes transversales noirâtres. 
Ces deux espèces sont inférieures au Thon. 






poissons. 400 

Les Germons, Orcymis, Cuv. 

1. Le Germon, Scomber germon, Lacep., ou Orcymis 
alalonga. 

Le Germon, dont la taille approche de celle des Thons, a 
communément plus d'un mètre de longueur; il pèse jusqu'à 
40 kilogrammes. Sa couleur est d'un bleu-noirâtre sur le dos, 
d'un bleu très-pur et très-beau sur le haut des côtés, tl'un bleu- 
argenté sur le bas de ces mêmes côtés et d'une teinte argentée 
sans mélange sur sa partie inférieure. La chair du Germon est 
plus blanche que celle du Thon, et son goût est très-agréable. 

Les Caranx, Caranx, Lacep. 

1. Le Saurel ou Maquereau bâtard, Scomber trachurus , 
Lin.; en catalan Bizet. 

C'est un mauvais Poisson huileux, qui a la forme du Maquereau 
commun; son dos est bleuâtre, son ventre argenté, et il porte de 
chaque côté plus de soixante écailles très-larges. Il est plus grand 
et plus épais que le Maquereau ordinaire. 

Les Sérioles, Seriola, Cuv. 

1 . La Sériole, Seriola Bumerilii, Cuv., ou Caranx Dume- 
rilii, Riss.; en catalan Sariola. 

Cette Sériole peut devenir très-grande et on en pêche qui 
pèsent jusqu'à 80 kilogr. Elle est d'une belle couleur d'argent, 
dorée sur les flancs, teintée de bleu-violàtre sur le dos; ses 
nageoires sont gris-jaunâtre. Elle se tient dans les lieux inacces- 
sibles et n'approche de la côte que lorsque la faim l'y contraint. 
Sa chair, très-estimée, est ferme et rougeâtre. 

Genre Tétragonure, Tétragonurus, Riss. 
i. Le Corbeau de mer, Tétragonurus Cuvieri, Riss. 
Ce Poisson est noir ; il a toutes les écailles profondément striées 



410 HISTOIRE NATURELLE. 

et dentelées. C'est encore un Scombéroïde, qu'on prend rarement 
parce qu'il reste dans les profondeurs des eaux. C'est avec le filet 
traînant qu'on en prend quelquefois. Sa chair, quoique blanche 
et de belle apparence, est rejetée parce qu'on la dit venimeuse, 
ce que nous n'avons pas pu constater. 

Genre Épinoche, Gasterosterus, Lin. 

1. La Grande Épinoche, Gasterosterus aculeatus, Lin. 

C'est un petit poisson commun dans nos ruisseaux, et dont la 
taille ne s'élève pas au-delà d'un décimètre. Il est rejeté à cause 
de la grande quantité d'arêtes qu'il contient. 

2. La Petite Épinoche ou Êpinochette, Gasterosterus pun- 

gitius, Lin. 

C'est le plus petit des poissons d'eau douce. On n'en fait aucun cas. 

Les Liches, Lichia, Cuv. 

1. La Liche amie, Lichia amia, Cuv., ou Scomber amia, 
Bloch. 

Ce Poisson, long d'environ l m ,50, vit sur nos côtes; il a une 
teinte argentée. Liche veut dire friandise; ce nom lui est parfai- 
tement appliqué, car il est recherché pour la délicatesse de sa chair. 

Les Dorées ou Zées, Zeus, Lin. 

1. La Dorée ou Poisson Saint-Pierre, Zeusfaber, Lin. 

Ce Poisson atteint de 60 à 80 centimètres ; son corps est com- 
primé, ovalaire, terminé par une queue courte d'une forme 
singulière ; sa couleur est d'un gris d'argent à reflets métalliques, 
et traversé de bandes jaunâtres. Sa chair est délicieuse. Le nom 
de Saint-Pierre lui a été donné par les Pêcheurs, parce qu'ils 
prétendent que c'est le Poisson que cet apôtre retira de l'eau, 
pour prendre, par l'ordre du Sauveur, la pièce de monnaie qui 
se trouvait dans la bouche de l'animal et qui devait satisfaire le 



POISSONS. 411 

fisc : deux taches noires, une de chaque côté du dos, sont le 
résultat de l'impression des doigts de saint Pierre. 

Les Espadons, Xiphtas, Lin. 

Ainsi nommés à cause de leur museau semblable à 

une lame d'épée tranchante des deux côtés, terminée en 

pointe aiguë. Toutes les espèces connues deviennent 

très-grandes, et ont leur chair ferme et bonne à manger. 

1. L'Espadon commun, Xiphias gladius, Lin.; en cata- 
lan Peix espasa. 
Le corps de l'Espadon est recouvert d'une peau rude, qui est 
même hérissée de petits tubercules chez les jeunes sujets; mais 
ces aspérités disparaissent avec l'âge. Les couleurs de l'Espadon 
sont le bleu-noirâtre sur le dos et le blanc-argenté très-brillant 
sous le ventre. L'Espadon devient énorme, car il n'est pas rare 
d'en voir de 4 mètres, et l'on en cite de 6 à 7 mètres de longueur 
et du poids de 150 à 200 kilogrammes. Il visite notre littoral et 
l'on en pêche pendant la passe des Thons. Sa chair, quoique 
sèche, est d'assez bon goût; on estime surtout la queue. 

Les Coryphèines, Coryphœna, Lin. 
1. La Dorade, Coryphœna hippurus, Lin. (Ne pas confon- 
dre avec la Daurade commune, Sparus aurata.) 
C'est un Poisson de la haute mer, remarquable par la beauté de 
ses couleurs. Il est long de l m à l ra ,25, d'un beau bleu-argenté, 
tacheté de jaune; presque toutes ses nageoires jaunes. On prend 
ce poisson sur nos côtes lorsqu'il est à la poursuite de sa proie, 
surtout des Poissons volants. Si ses couleurs sont brillantes, sa 
chair n'est pas estimée. 

Famille des Squammipennes. 

Cette famille comprend un grand nombre de Poissons 
très-remarquables par l'éclat et la variété de leurs couleurs, 



412 HISTOIRE NATURELLE. 

l'originalité de leur conformation et de leurs habitudes ; 
mais , presque tous appartiennent aux mers étrangères ; 
deux espèces seulement vivent dans la Méditerranée : ce 
sont la Castagnole et la Fiatole. 

Les Castagnoles. 

1. La Castagnole, Sparus raïi, Bl. 

La couleur de ce Poisson est un blanc-argenté un peu obscur, 
tirant sur l'étain. 11 pèse de 5 à 6 kilogrammes, et quelquefois il 
est long de 85 centimètres. Il est commun dans la Méditerranée 
et sur les côtes de ce département. Sa chair est estimée. 

Les Stromatées. 

4. La Fiatole, Stromateus fiatola, Lin. 

Ce Poisson est remarquable par ses taches et ses bandes inter- 
rompues de couleur dorée, sur un fond gris de plomb. 

Famille des Bouches en fliite. 

Le nom de cette famille vient de la forme allongée de 
toute la partie antérieure de la tête, à l'extrémité de 
laquelle se trouve la bouche. Deux genres se partagent 
cette famille : les Fistulaires et les Centriques. Les Fistu- 
laires habitent les Antilles et la mer des Indes. Les 
Centriques n'ont qu'un seul représentant dans la Médi- 
terranée, vulgairement appelé Bécasse-de-Mer. 

Genre Centrique, Centriscus, Lin. 

1. La Bécasse de mer, Centriscus scolopax, Lin.; en cata- 
lan Trumpcte (trompette). 

Cette espèce est très-commune sur notre littoral ; sa longueur 
est d'environ 20 centimètres; sa couleur est argentée et rosée 
sur la tête et sur le dos. Sa chair est dédaignée. 






MOLLUSQUES. 413 



CHAPITRE V. 

ANIMAUX INVERTÉBRÉS. 



mollusques. 

Les Mollusques forment une classe d'êtres bizarres, 
aussi curieux par la forme extérieure que par la nature 
de leur organisation interne. Ce sont des animaux mous, 
sans squelette interne ou externe, et sans membres arti- 
culés. Leur système nerveux ne se réunit point en une 
moelle épinière, mais seulement en un certain nombre 
de masses médullaires dispersées en différents points du 
corps , et dont la principale , que l'on peut appeler cer- 
veau, est située en travers sur l'œsophage qu'elle enve- 
loppe d'un collier nerveux. Leurs organes du mouvement 
et des sensations n'ont pas la même uniformité de nom- 
bre et de position que dans les animaux vertébrés, et la 
variété est plus frappante encore pour les viscères et 
surtout pour la position du cœur et des organes respira- 
toires. 

Chez un petit nombre de ces êtres, il existe des 
appendices flexibles et allongés destinés à la locomotion ; 
mais, dans la plupart des cas, l'animal ne peut se dépla- 
cer que par les contractions successives des divers 
points de la surface inférieure de son corps. 



414 HISTOIRE NATURELLE. 

La peau des Mollusques, toujours molle et visqueuse, 
forme souvent des replis qui enveloppent plus ou moins 
complètement le corps, et cette disposition a fait donner 
le nom de manteau à la portion des téguments qui 
forment d'ordinaire ces expansions. Souvent le manteau 
est presque entièrement libre, et constitue deux grandes 
voiles qui cachent tout le reste de l'animal , ou bien les 
deux lames se réunissent de manière à former un tube; 
mais d'autres fois il ne consiste qu'en une espèce de 
disque dorsal dont les bords seuls sont libres ou entou- 
rent plus exactement le corps sous la forme d'un sac. 
En général, cette peau molle est protégée par une espèce 
de cuirasse pierreuse nommée coquille. C'est une sécré- 
tion ayant quelque analogie avec celle de l'épidémie, qui 
produit cette enveloppe. Les follicules, logés d'ordinaire 
dans les bords du manteau, déposent à sa surface une 
matière semi-cornée mêlée à une proportion plus ou 
moins forte de carbonate calcaire qui se moule sur les 
parties sous-jacentes et se solidifie. La lame ainsi formée 
s'épaissit et s'accroît par le dépôt successif de matières 
nouvelles. Quelquefois la coquille reste renfermée dans 
l'épaisseur de la peau des Mollusques ; mais, en général, 
elle est extérieure et dépasse même les bords du manteau, 
de façon à fournir à l'animal un abri parfait. On donne 
communément le nom de Mollusques nus à ceux qui 
sont dépourvus de coquilles, ou qui n'ont qu'une coquille 
intérieure, et le nom de Conchifères à ceux dont la 
coquille est visible au dehors. 

L'étude des Mollusques terrestres et fluviatiles avait 
été négligée dans ce département; aucun naturaliste n'avait 
tourné ses regards sur des êtres qui ne paraissaient offrir 



MOLLUSQUES. 415 

qu'un médiocre intérêt, et que leur petitesse, la modestie 
de leur parure, leur utilité contestable, la facilité de se 
les procurer, car tous vivent plus ou moins près de nous, 
faisaient dédaigner. Mais en 1856, M. Aleron , modeste 
ouvrier de notre ville, qui pendant ses heures de loisir 
s'appliquait à l'étude de l'histoire naturelle , offrit à la 
Société Philomathique de Perpignan, un tableau dans 
lequel il avait rassemblé toutes les coquilles terrestres et 
fluviatiles qu'il avait pu ramasser dans le pays. Je fus 
chargé de faire un rapport sur cette collection, et je 
saisis cette circonstance pour publier dans le troisième 
Bulletin de la Société (1857) le catalogue raisonné des 
Mollusques terrestres et d'eau douce découverts jusqu'alors 
dans les Pyrénées-Orientales. 

Depuis cette époque, plusieurs espèces nouvelles ont 
été découvertes par M. Aleron, par M. Farines, pharma- 
cien, par M. le Docteur Paul Massot, par M. Michaud, 
par M. le Docteur Penchinat et par nous-même. Nous 
les rapportons toutes dans cette Histoire Naturelle , les 
faisant suivre d'une description très-concise, mais suffi- 
sante pour les déterminer facilement. 

Nous avons adopté la classification de M. Dupuy, en 
apportant, dans les espèces, les modifications indiquées 
par M. Moquin-Tandon , dans son admirable Histoire 
Naturelle des Mollusques terrestres et fluviatiles de la 
France, ouvrage que nous n'avons pu consulter que 
malheureusement trop tard. 

Le tableau ci-après fera voir l'ensemble des Ordres, 
des Familles et des Genres qui font partie de notre 
travail. 



416 



HISTOIRE NATURELLE. 



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MOLLUSQUES. 417 

l rc Section. — Pulmonés inopercidés terrestres, comprenant 
trois familles. 

l re Famille. — Limaciens, Lam. 

Caractères. — Animal. Allongé, non enroulé postérieure- 
ment, rampant sur un plan locomoteur, presque aussi long 
que le corps, et qui en est peu distinct; une cuirasse à la 
partie supérieure; tête munie de quatre tentacules, dont 
les deux supérieurs oculés au sommet; mufle médiocre; 
mâchoire solitaire ou nulle; pied non distinct du corps, 
servant à la reptation ; organes générateurs k orifice com- 
mun, du côté droit. 

La Limace est un Mollusque Gastéropode , allongé, variable 
dans sa forme, à cause de son extrême contractilité ; mais qui, 
observée au moment où elle rampe à la surface du sol, présente 
assez exactement la forme d'un ellipsoïde très-allongé , dont la 
tête est à l'une des extrémités. La surface par laquelle elle est en 
contact avec le sol, est plane et porte le nom de pied; l'autre sur- 
face est convexe, formée par la peau qui constitue la face dorsale 
de l'animal; elle se termine en pointe à l'extrémité postérieure. 

Vers l'extrémité antérieure, on remarque sur le milieu du dos, 
une partie de la peau, saillante, comme détachée, sous laquelle 
l'animal peut ordinairement cacher sa tête lorqu'il la contracte : 
on lui a donné le nom particulier de cuirasse. Elle est ornée de 
stries transversales, diversement 'contournées, qui forment une 
espèce de bourrelet. 

La tête est à peine distincte du reste de l'animal par un étran- 
glement qui ressemble à un cou. Cette tête est généralement 
petite, obtuse, séparée du pied par un sillon peu profond, et 
présentant en avant une ouverture transverse , qui est celle 
de la bouche; quatre tentacules la surmontent. Ces tentacules 
sont cylindracés et terminés en avant par une petite dilatation 
sphérique, sur laquelle la peau est très-amincie. Deux de ces 

TOME III. 27 



418 HISTOIRE NATURELLE. 

tentacules sont plus courts; ils sont antérieurs et inférieurs. Les 
deux autres, plus allongés, se rapprochent par leur base; ils sont 
supérieurs et postérieurs par rapport aux premiers. A l'extré- 
mité de ceux-ci, on remarque un point noir, qui, d'après les 
observations de M. Swammerdam, présente les parties consti- 
tuantes d'un organe de vision. Ces tentacules sont un prolon- 
gement de la peau ; ils sont creux en dedans, formés principalement 
de muscles annulaires, au moyen desquels ils peuvent opérer l'un 
de leurs mouvements principaux ; car ces organes peuvent rentrer 
sur eux-mêmes et sortir de l'intérieur du corps de la même ma- 
nière qu'un doigt de gant que l'on retourne. 

En observant attentivement la Limace, on voit au-dessous de 
la base du grand tentacule droit, un mamelon très-obtus, percé 
au centre d'une ouverture peu apparente. Cette ouverture donne 
issue aux organes de la génération au moment de l'accouplement. 
Sur le côté droit du bouclier, et creusée dans l'épaisseur de son 
bord, se montre une ouverture assez grande, très-contractile, 
et dont la contractilité peut se comparer à celle de l'iris de l'œil. 
Cette ouverture donne accès à l'air dans une cavité assez grande, 
destinée à la respiration. Enfin, tout près de celle-ci, et un peu 
en arrière , se trouve une troisième ouverture , qui termine l'in- 
testin et donne issue aux excréments. 

L'enveloppe générale des Limaces est comparée à une mem- 
brane muqueuse. On voit s'établir à la surface une abondante 
sécrétion qui, quelquefois, ruisselle dans les sillons dont elle est 
creusée. Cette matière, muqueuse, gluante, permet à l'animal 
de ramper sur les corps les plus lisses, et de s'y attacher avec 
assez de solidité. C'est encore cette matière qui, abandonnée par 
l'animal, en une couche mince, partout où il passe, laisse une 
trace luisante qui décèle- la route qu'il a parcourue. 

Corps nu, sans coquille extérieure. 

Genre Arion, Avion, Fer.; en catalan Llimau. 
M. de Férussac, ayant voulu faire deux genres des Li- 



MOLLUSQUES. 419 

maces, a réuni sous le nom d'Avion toutes les espèces qui 
portent à l'extrémité postérieure du corps un crypte mu- 
queux ou glande mucipare. Ce caractère ne se traduisant 
à l'intérieur par aucune modification apparente dans l'or- 
ganisation , beaucoup de naturalistes ont rejeté ce genre 
comme inutile. 

. ( Arion des charlatans, Avion empivicovum, Fer. 
, ' ( Arion roux, Avion vufus, Drap. 

Animal. Fortement ridé, dos arrondi, terminé par un pore 
muqueux; cuirasse grenue, ovale, s'élargissant postérieurement; 
ouverture pulmonaire très-grande, et située à la partie antérieure 
de la cuirasse. 

Couleur. D'un jaune-rougeâtre ou fauve-noirâtre ; la marge 
du pied, rougeâtre-orangé; tentacules noirâtres; concrétions 
nombreuses, inégales. 

Sa longueur est de 10 à 12 centimètres. 

La diversité de la couleur plus ou moins foncée qu'affecte cette 
Limace, ainsi que sa grosseur, sont trop variables pour pouvoir 
établir des caractères suffisants pour en faire diverses espèces; 
aussi, ces différences de coloration et de taille, ont donné lieu à 
une infinité de variétés, que nous ne rapporterons pas, et qui 
sont signalées dans les divers auteurs qui ont traité cette matière. 

Cette Limace est assez commune dans les fossés humides, les 
jardins, les bois et les prairies de toute la plaine du Roussillon. 
Nous la trouvons aussi, dans les mêmes conditions, dans les bois 
humides des parties basses de nos montagnes. 

2. Arion des jardins, Avion hovtensis, Fer., ou subfuscus, 
Pfeiff. 

Animal. Corps arrondi, sans carène, finement strié, d'un gris- 
roussàtre ou brun, variant beaucoup; pied séparé du corps par 
un pore muqueux, à la partie postérieure; cuirasse légèrement 



420 HISTOIRE NATURELLE. 

rugueuse, ovale, orangée, rétrécie antérieurement; les tentacules 
supérieurs allongés, noirâtres; les inférieurs courts; ouverture 
pulmonaire à la partie antérieure de la cuirasse; pied, tantôt 
grisâtre ou blanchâtre, les bords souvent un peu orangés. 

Sa longueur est de 35 à 45 millimètres. 

Dans son jeune âge, sa couleur est blanche et affecte diverses 
nuances de gris; puis, lorsqu'elle arrive à son parfait accrois- 
sement, elle devient d'un brun-sombre, et le bord de son pied 
prend une couleur orange. 

On pourrait aussi faire une infinité de variétés de cette espèce*, 
si on avait égard aux différences de coloration et de taille de ces 
animaux, depuis leur naissance jusqu'à leur parfait accroissement. 

Beaucoup trop commune dans les champs humides et les jar- 
dins, où elle fait de très-grands ravages, nos cultivateurs doivent 
prendre les plus minutieuses précautions pour s'opposer à ses 
dégâts. 

Genre Limace, Limax, Fer.; en catalan Llimau. 

Caractères. — Animal. Glande mucipare caudale nulle, 
un rudiment testacé, aplati dans l'épaisseur de la cuirasse; 
cuirasse à la partie antérieure et supérieure du corps; 
cavités respiratoires et anales sous le repli, s'ouvrant du 
côté droit; orifices des organes générateurs à droite, 
près du grand tentacule. 

Coquille intérieure (développée dans l'intérieur de la 
cuirasse) rudimentaire, solide, ovale, non spirale, repré- 
sentée dans quelques cas par de très-petites granulations 
calcaires. 

1. Limace des anciens ou gigantesque, Limax maximus, 
Lin.; antiquorum, Fer.; cinereus, Mull., Drap. 

Animal. Strié, rugueux; dos arrondi, caréné; extrémité posté- 
rieure aiguë; pied adhérent au dos; cuirasse finement grenue, 



MOLLUSQUES. 421 

ovale-allongée; ouverture pulmonaire à la partie postérieure; 
tentacules supérieurs longs et déliés, gris ou vineux, oculésî 
les inférieurs courts. La couleur générale du corps est d'un gris 
cendré, orné de belles taches noires ou noirâtres, diversement 
disposées; le dessous d'un cendré-roussâtre. 

Coquille. Assez épaisse, ovalaire, longue de 10 à 12 milli- 
métrés, et large de 6 à 8 millimètres. 

C'est la plus grande de toutes les Limaces : lorsqu'elle est bien 
développée par une température humide, elle mesure 140 à 160 
millimètres de long. Elle habite les forêts de nos montagnes, 
celles qui sont très-ombragées et où les rayons du soleil pénè- 
trent peu, toujours près des ravins humides et souvent aux 
endroits où des matières sont en putréfaction; la forêt des 
Moines, à Saint-Martin-du-Canigou ; la forêt de Salvanère; le 
bois des Fanges, etc. Elle est très-commune dans cette dernière 
localité. 

Cette espèce présente trois variétés bien belles : 

V. A. Se distingue par une couleur gris -cendré, avec des 
lignes longitudinales noires et la cuirasse bleuâtre. 

V. B. Une couleur uniforme grise et la cuirasse tachetée de 
noir. 

V. C. Dos fascié de noir, et la cuirasse parsemée de taches de 
la même couleur; mais diversement disposées. 

Si l'on voulait avoir égard à la diversité des couleurs aux 
divers âges, on en ferait des variétés plus nombreuses. 

2. Limace agreste, Limax agrestis, Lin., Drap. 

Animal. Finement strié; dos caréné à la partie postérieure, 
terminé en pointe par la carène ; cuirasse grenue et parfois gib- 
beuse postérieurement; ouverture pulmonaire bordée de blan- 
châtre; couleur d'un gris-cendré pur, quelquefois pointillé de 
noir; la tète et les tentacules, noirâtres; pied d'un blanc-jaunâtre 
ou gris-sale, les bords très-pâles. 

Habite les taillis humides, les jardins des parties basses, les 



422 HISTOIRE NATURELLE. 

champs, sous Chàteau-Roussillon. Elle fait des ravages dans nos 

potagers. 
Longueur de 35 à 45 millimètres. 

3. Limace des bois, Limax aylvaticm, Drap. 

Animal. Finement strié; dos arrondi antérieurement, caréné à 
la partie postérieure, et terminé en pointe par la carène ; cuirasse 
ovale-allongée, avec une forte saillie à la partie postérieure; 
ouverture pulmonaire jaunâtre; couleur générale, violâtre-pâle 
ou lie-de-vin; tête et tentacules noirâtres. 

Habite les bois et les ravins humides des montagnes infé- 
rieures. Je l'ai souvent trouvée dans les châtaigneraies des mon- 
tagnes de Céret et de Saint-Laurent-de-Cerdans. 

Longueur de 40 à 50 millimètres. 

On confondrait cette Limace avec la Limace-Agreste, si la gib- 
bosité de la cuirasse ne la distinguait de cette dernière ; car les 
couleurs, la taille et les habitudes sont presque les mêmes, et 
nous ne pensons point que ce soit une simple variété, comme 
quelques naturalistes l'ont prétendu. 

4. Limace jayet, Limax gagates, Drap. 

Animal. Strié, ridé, la carène traverse le corps depuis la cui- 
rasse jusqu'à l'extrémité postérieure, qui est aiguë; la carène 
est séparée postérieurement du plan musculaire du pied par un 
pore muqueux; cuirasse, ovale-allongée, très-ridée, surmontée 
d'un disque plus petit, de même forme; ouverture pulmonaire, 
vers la partie postérieure ; tentacules supérieurs , renflés à leur 
base et allongés; les inférieurs, courts. 

Son nom seul indique la couleur de son corps, qui est d'un 
noir de jais-luisant ; le dessous du pied est un peu moins foncé. 

Habite les prairies basses et humides, les bords des fossés 
humides des routes, les ravins des parties basses des montagnes. 

Sa longueur est de 65 â 70 millimètres. 



MOLLUSQUES. 4-23 

5. Limace marginée, Limax marginalus, Drap. 

Animal. Son aspect général est ridé; dos fortement caréné, 
depuis le bouclier jusqu'à l'extrémité postérieure, qui est obtuse 
et presque bilobée; carène jaunâtre; un pore muqueux sépare 
le dos du plan musculaire du pied ; cuirasse ovale-arrondie , 
très-grenue, comme jaspée de jaune et entourée d'un cercle 
noir; tentacules supérieurs courts et renflés; les inférieurs 
très-courts, de couleur fauve. La couleur est d'un gris-jaunâtre, 
quelquefois verdâtre, pointillé de noir, quelquefois ces points 
forment des lignes longitudinales interrompues. 

Habite les lieux où sont déposés des décombres, entre les 
pierres des vieux murs , sous les pierres près des vieilles habi- 
tations rurales, dans les parties humides des glacis des fortifi- 
cations de Perpignan. 

Sa longueur est de 80 à 85 millimètres. 

Genre Testacelle, Testacella, Drap., Cuv., Lam. 

Caractères. — Animal. Limaciforme, cuirasse nulle, la 
partie postérieure du corps recouverte d'une coquille 
petite, solide, aplatie, à peine spirale, ouverture très- 
grande, point de pore muqueux terminal. 

1. Testacelle hormier, Testacella haliotidea, Drap. 

Animal. Allongé, d'un gris légèrement roussâtre, uni, quel- 
quefois tacheté de noir, demi -cylindrique, un peu ridé, sans 
carène; manteau très-petit, mince, débordant à peine la coquille; 
pied large, d'une teinte jaunâtre en dessous; tentacules courts, 
et de la même couleur que le reste du corps. 

Coquille. Solide, très-aplatie , rudiment de spire petit, l'ou- 
verture très-large, formant à elle seule la presque totalité de la 
coquille, sur laquelle on voit les stries d'accroissement qui la 
rendent rugueuse à l'extérieur ; l'intérieur est lisse et presque 



424 HISTOIRE NATURELLE. 

nacré. La longueur de la coquille est de 8 millimètres, sur 5 
dans sa largeur. 

Habite les lieux humides, les jardins, les bords des sources 
des eaux vives, dans les ravins des basses montagnes. 

2. Testacelle de Companyo, Testacella Companyonii, Dup. 

M. Moquin-Tandon ne l'admet que comme une variété remar- 
quable de la Testacelle-Hormier, par le grand développement de 
sa coquille. 

Animal. De la forme d'une Limace, dépourvu de cuirasse, 
point de carène, très-rugueux à la partie supérieure du corps, 
rides irrégulières; couleur générale d'un vert jaspé de points 
irréguliers noirâtres, qui deviennent plus nombreux en s'éloi- 
gnant du centre, finissant par se réunir et former sur les côtés 
du corps des lignes longitudinales noires interrompues, et qui 
tranchent d'une manière bien distincte avec le reste du corps de 
l'animal; pied large, d'un jaune-vif , qui fait ressortir les lignes 
noires des côtés du corps , le jaune beaucoup plus prononcé sur 
les bords; tentacules courts, rétractiles; les supérieurs oculés 
et de couleur verdâtre. 

Coquille. Ovale, auriforme, un peu allongée, rétrécie anté- 
rieurement et élargie postérieurement, convexe en dessus, irré- 
gulièrement et assez grossièrement striée; le rudiment de spire 
est assez petit, mamelonné et obtus ; il n'est point, comme dans 
la Bisulcata, séparé du reste de la coquille par un sinus apparent; 
mais, à deux millimètres au-dessous, on voit une sinuosité assez 
bien marquée, qui est le résultat de l'enroulement de la colu- 
melle et de la jonction du bord extérieur au bord columellaire. 
L'ouverture est très-ample, sensiblement rétrécie antérieurement, 
et arrondie postérieurement; le bord columellaire, déprimé et 
sinué vers sa jonction avec le bord droit, y forme une gouttière 
bien marquée, et présente à son extrémité antérieure une très- 
légère trace de troncature. 



MOLLUSQUES. 425 

La couleur de la coquille est d'un gris sale extérieurement, 
d'un blanc pur et nacré dans l'intérieur. 

Dimensions de la coquille W : longueur, 17 millimètres; lar- 
geur, 8 millim.; épaisseur, 2 millim. »/ 2 , (Voyez la description 
qu'en a donnée M. l'abbé Dupuy dans son ouvrage.) 

Habite les parties humides de la fontaine du jardin des Moines, 
sous Saint-Martin-du-Canigou, où nous avons trouvé la première 
en 1822; les lieux humides de la métairie Pallarès, sur la mon- 
tagne de Glorianes, près de Rigarda, qui, par sa position, est à 
peu près à la même altitude, et où nous en avons pris deux en 1830 ; 
elle est encore au bord du ravin qui traverse le bois des Moines, 
aux parties supérieures de Sainl-Martin-du-Canigou, où nous 
l'avons trouvée en juillet 1854. C'est sur l'individu pris dans cette 
dernière localité que nous avons pu faire la description de l'ani- 
mal, et, en rappelant bien nos souvenirs, ce sont bien les mêmes 
couleurs que nous avions observées sur les autres individus, dont 
nous n'avions pas pris note. 

En communiquant à la Société Philomathique la découverte 
de celte Testacelle, je n'osais pas affirmer que ce fût une espèce 
nouvelle, et je disais: « Nous avons trouvé un individu de ce genre 
à Saint-Martin-du-Canigou, dont la coquille, communiquée à 
M. Boubée, a été citée dans le Bulletin des Voyages de ce natu- 
raliste, comme un fait très-remarquable par son développement : 
elle a 17 millimètres de longueur, sur 8 de largeur. Depuis lors, 
nous avons trouvé deux autres individus dans une localité, qui, 
par sa position , correspond assez à celle où nous avions trouvé 
la première (dans les lieux humides de la métairie de M. Pallarès, 
sur la montagne de Glorianes, près de Rigarda, en Confient). 
Nous ne pouvons pas affirmer si c'est une espèce différente; des 
observations que nous pourrons terminer, nous l'espérons, l'été 
prochain en revenant sur les mêmes lieux, nous permettront de 
nous décider d'une manière positive. Ce que nous pouvons affîr- 

(I) Voyez Planche /, fig. 2 et 3. 



426 HISTOIRE NATURELLE. 

mer seulement dans ce moment, c'est que la grosseur de l'animal 
et les couleurs habituelles de son corps, sont bien différentes. 
Nous rendrons compte de nos observations à la Société, aussitôt 
que nous saurons quelque chose de positif; car notre habitude 
n'est point de nous prononcer sur l'établissement d'une espèce 
nouvelle, à la moindre différence. Il faut qu'une série de faits 
bien constatés, et des caractères spéciaux viennent à son appui. » 

Nous avons été assez heureux de trouver un autre individu de 
cette Testacelle dans le ravin qui traverse le bois des Moines, au- 
dessus de Saint-Martin-du-Canigou. Nous avons pu en prendre le 
dessin et en faire la description ; nous sommes donc assuré main- 
tenant que c'est une espèce qui n'a aucun rapport avec celles qui 
avaient été décrites avant celle-là. 

L'aspect de la coquille seule, après l'avoir comparée avec celles 
des Testacella haliotidea et bisulcata, déterminèrent M. l'abbé 
Dupuy à en faire une nouvelle espèce, qu'il a eu la bonté de 
me dédier dans le savant ouvrage qu'il a publié sur l'histoire 
naturelle des Mollusques terrestres et d'eau douce qui vivent en 
France. 

Les dimensions de celte coquille avaient déjà éveillé l'attention 
de M. Boubée, peu de temps après qu'elle avait été prise. M. Dupuy, 
dans ses conclusions, en parlant de cette coquille, s'exprime ainsi : 
« Assez heureux pour avoir pu comparer l'échantillon qui reste 
a seul à M. Gompanyo, soit avec ceux de la Testacella haliotidea, 
« si commune dans une grande partie de la France, soit avec la 
« Testacella bisulcata, dont M. Mouton a bien voulu m'adresser 
« un grand nombre d'exemplaires, je crois pouvoir mettre hors 
« de doute la légitimité de cette espèce. A ne considérer d'abord 
« que sa taille, elle esta peu près double de celle de la Testacella 
« haliotidea, et les plus grands échantillons de la Testacella bisul- 
« cata n'atteignent que les deux cinquièmes de sa longueur, d'où 
« nous devons conclure une différence énorme dans l'animal. 
« Cette différence est plus sensible encore, lorsqu'on la compare 



MOLLUSQUES. 427 

« avec cette dernière. Elle est d'ailleurs séparée de la première, 
« par tous les caractères qui distinguent la Testacella bisulcata de 
« la Testacella haliotidea, puisqu'elle a les plus grands rapports 
« avec la Testacelle à deux sillons. 

« D'un autre côté, elle diffère de celle-ci : 1° par sa taille; 
a 2° par la convexité de sa coquille , la première étant toujours 
« à peu près plane ; 3° par son sommet mamelonné, et non séparé 
« intérieurement du reste de la coquille par un sinus nettement 
«tranché; 4° par la troncature antérieure de la columelle, 
« beaucoup moins prononcée dans celle-ci; enfin, par plusieurs 
« autres caractères, qu'il est facile de voir en comparant les 
« figures et les descriptions. » 

2me Famille. — Limaçons, Fer., Escargots, Cuv.; 
en catalan Cargols. 

Caractères. — Animal. Allongé, corps distinct du plan 
locomoteur, roulé en spirale et renfermé en tout ou en 
partie dans une coquille; tête munie de quatre tenta- 
cules, dont les deux supérieurs oculés et renflés au 
sommet. 

Coquille. Très-variable, mais toujours extérieure et 
roulée en spirale. 

Les animaux de cette famille ont les mêmes mœurs 
que les Limaces. L'hiver, ils ferment leur coquille au 
moyen d'une ou plusieurs cloisons membraneuses, que 
l'on a nommées épiphragmes. 

Genre Vitrine, Vitrina, Drap. 

1. Vitrine allongée, Vitrina elongata, Drap., Vitrina 
semilimax, Moq.-Tand. 

Animal. Grêle, d'un gris-vineux; ne peut jamais être contenu 
dans la coquille. 



428 HISTOIRE NATURELLE. 

Coquille. Extrêmement brillante, très-mince et fragile, parfai- 
tement transparente, imperforée, aplatie et transversalement 
allongée. 

Hauteur, 1 millim. l / 2 à 3 millimètres; longueur, de 4 à 6 
millimètres ; largeur, de 3 à 4 millimètres. 

Habite sous la mousse dans les châtaigneraies humides de la 
vallée de Saint-Laurent-de-Cerdans, au pied des arbres, près 
des ravins et sous les pierres humides; à Serrallongue et à La 
Manère, dans les mêmes lieux. Dans la vallée de Valmanya , nous 
l'avons prise dans les ravins de la métairie de M. Jaubert de 
Passa. 

2. Vitrine diaphane, Vitrina diaphana, Drap. 

Animal. D'un gris-blanchâtre; le manteau, un peu noirâtre. 

Coquille. Convexo-plane, allongée transversalement, extrê- 
mement brillante, très-fragile, parfaitement transparente. 

Hauteur, de 3 à 5 millimètres; longueur, de 6 à 7 millimètres; 
largeur, de 3 à 4 millimètres. 

Habite les lieux humides de la vallée de la Tet; dans tout le 
riverai sous les pierres humides, et au pied des arbres des fossés 
où l'eau passe souvent. On la trouve aussi attachée aux feuilles 
des broussailles qui ont servi à arrêter l'eau dans les fossés, et 
parmi les luzernes qui sont au bord de la rivière ; dans les ravins 
humides des environs de Consolation, vallée de Collioure. 

3. Vitrine transparente, Vitrina pellucida, Drap. 

Animal. Variant beaucoup , en gris , fauve , rougeâtre ; quel- 
quefois sa couleur est uniforme ou irrégulièrement tachetée. 

Coquille. Déprimée, fragile, très-brillante, mince, vitrée, 
d'un transparent un peu jaunâtre; à la loupe, paraissant fine- 
ment striée. 

Hauteur, de 3 à 5 millimètres; longueur, de 6 à 8 millimètres; 
largeur, de 4 à 6 millimètres. 



MOLLUSQUES. 429 

Habite sous Chûteau-Roussillon, dans les fossés des jardins 
et des prairies, au pied des arbres, dans les gazons, sous les 
pierres et près des mares d'eaux vives, sur les feuilles mortes 
qui sont au bord , et parmi les broussailles qui forment les bar- 
rages ; dans les environs de Port-Vendres et de Consolation , au 
bord des ravins. 

4. Vitrine globuleuse, Vitrina subglobosa, Mich. 

Animal. D'un gris légèrement jaunâtre ; tentacules grisâtres ; 
yeux noirs ; pied blanchâtre. 

Coquille. Subglobuleuse, très-fragile, transparente, vitrée, 
d'un vert-tendre, subperforée, ouverture ovale-arrondie, sommet 
mamelonné et proéminent. 

Hauteur, de 3 à 5 millimètres; longueur, de 3 à 6 millimètres; 
largeur, de 4 à 5 millimètres. 

Habite au bord des ravins , et tous les lieux humides du bois 
des Fanges ; les ravins de la vallée de Saint-Laurent-de-Cerdans, 
parmi les bois de châtaigniers , au pied des arbustes garnis de 
mousse , et sur les feuilles et les écorces charriées par les eaux 
des ravins. Assez commune aux Fanges, où nous l'avions déjà 
prise lorsque M. Michaud la fît connaître. 

Genre Ambrette, Succinea, Drap. 

Caractères. — Animal. Épais, pouvant à peine être 
contenu dans sa coquille ; muni de quatre tentacules 
contractiles et rétractiles; les inférieurs, très-grêles; 
pied ovale-allongé. 

Coquille. Extérieure, dextre, ovale-allongée, en forme 
d'oublié, mince, plus ou moins transparente ; spire courte, 
le dernier tour est à lui seul beaucoup plus grand que tous 
les autres ensemble; ombilic nul. 

1. Ambrette amphibie, Succinea putris , Lin., Succinea 
amphibia, Drap. 



430 HISTOIRE NATURELLE. 

Animal. D'un blanc-grisâtre ou jaunâtre en dessus, plus clair 
en dessous, paraissant lisse à l'œil nu, et, à la loupe, un peu 
granuleux, glutineux; tentacules supérieurs allongés, renflés à 
l'extrémité; les inférieurs, à peine apparents; pied large, non 
frangé, d'un roux-jaunâtre, plus pâle en dessous. 

Coquille. Ventrue, allongée, mince et finement striée; ouver- 
ture très-large et ovale; sommet mamelonné; couleur, d'un vert- 
jaunâtre. Hauteur, de 16 à 25 millimètres; largeur, de 10 à 14. 

Habite les bords des ruisseaux de toute la partie basse de la 
Salanque, les mares d'eau que laissent les inondations; elle se 
prend aux feuilles des plantes qui viennent dans les mares, et sur 
les broussailles des bords des fossés. 

2. Ambrette oblongue, Succinea oblonga, Drap., Succinea 

longiscata, Morel. 

Animal. Blanchâtre ou blanc-grisâtre, avec une teinte légè- 
rement verdâtre, qui tient à ce que cette espèce est constamment 
dans les marécages; les tentacules supérieurs noirâtres, légè- 
rement renflés à l'extrémité; les inférieurs, presque pas appa- 
rents ; le manteau, un peu ponctué et plus foncé. 

Coquille. Ovale-allongée, finement et irrégulièrement striée; 
ouverture ovale et légèrement oblique, très-mince; d'un vert- 
pâle ou blanchâtre. Hauteur, de 16 à 18 millimètres; largeur, 
de 6 à 9 millimètres. 

Habite tous les bas-fonds marécageux de tout le littoral se 
rapprochant des prairies maritimes, parmi les joncs et les plantes 
qui vivent dans ces lieux. 

3. Ambrette de Pfeiffer, Succinea Pfeifferi, Rossm. 

Animal. Glutineux, gris, épais, quelquefois noirâtre, finement 
granuleux ; tentacules supérieurs épais , allongés , légèrement 
renflés à l'extérieur; les inférieurs très-courts; pied large, de 
couleur pâle en dessous. 



MOLLUSQUES. 431 

Coquille. Ventrue, allongée, mince, plus solide que la pré- 
cédente, finement striée, nacrée à l'intérieur; d'une couleur 
d'ambre très-prononcée, presque transparente ; ouverture ovale- 
allongée. Hauteur, de 12 à 20 millimètres; largeur, de 9 à 12. 

Habite les mares de toute la Salanque; elle est attachée au 
pied des arbustes et des plantes qui sont au bord des eaux crou- 
pissantes. 

Nous avions confondu cette espèce avec l'Ambrette-Amphibie ; 
mais , en observant l'animal , et surtout la forme de la coquille, 
nous avons dû les séparer; en effet, cette dernière est moins 
ventrue et plus allongée, et sa coquille est dans un état de 
torsion dans toutes ses parties, ce qu'on ne remarque point 
dans l'Ambrette-Amphibie. 

Genre Hélice, Hélix, Drap.; en catalan 

Cargol. 

Caractères. — Animal. Allongé, postérieurement roulé 
en spirale, muni d'un manteau charnu, en forme de 
collier, entourant le cou et se continuant en une tunique 
membraneuse qui revêt le corps; quatre tentacules, les 
deux supérieurs beaucoup plus longs , épaissis à leur 
extrémité , globuleux et oculifères ; les inférieurs sont 
plus courts, s'inclinent ordinairement vers le corps, sur 
lequel l'animal marche, et sont destinés au tact. 

Coquille. Dextre, très-variable dans sa forme, selon 
les espèces, globuleuse, conoïde ou discoïde; ouverture, 
la plupart du temps, plus large que haute, de forme 
variable, le plus souvent demi-lunaire, aplatie ou angu- 
leuse, contiguë à l'axe de la coquille ; péristome épaissi 
ou refléchi, continu ou disjoint; columelle, sans tronca- 
ture à la base. 

L'ouverture de la coquille est ordinairement fermée 



432 HISTOIRE NATURELLE. 

par un épiphragme qui varie beaucoup selon les espèces. 
Il se forme lorsque l'animal se retire dans la coquille 
pour y prendre quelque temps de repos. L'animal peut 
toujours se retirer en entier dans la coquille. 

Bien que les coquilles des animaux appartenant à ce 
genre soient toujours dextres, elles offrent quelquefois 
des individus sénestres. C'est toujours à la suite de 
quelque accident que cette bizarrerie se forme. Nous en 
possédons plusieurs de sénestres et de différentes espè- 
ces, et nous avons toujours remarqué que les coquilles 
offrent la trace de quelque accident; elles ne sont pas 
toujours aussi bien faites que celles qui sont dextres. 

Nous voyons aussi des coquilles squalaires à divers 
degrés; c'est aussi quelque accident qui occasionne la 
forme qu'affecte la coquille. Nous avons élevé des Lima- 
çons de ce genre; d'abord, afin de permettre à l'animal 
d'achever sa coquille, si elle n'était pas bien formée, et, 
puis, pour nous assurer si l'accouplement donnerait des 
individus scalaires. Nos observations ont toujours été 
négatives. Les animaux produits par ces accouplements, 
ont toujours été dans l'état normal de l'espèce. 

A. Enflées, Inflatœ. 
1. Hélice naticoïde, Hélix naticoides, Drap., Hel. aperta, 
Born.; en catalan Cargol tapât. 

Animal. Épais, rugueux, d'un gris-jaunâtre-brun, trois bandes 
longitudinales d'un bleu-cendré sur le cou; pied large, non 
frangé, d'un brun-jaunâtre. 

Coquille. Ovale , globuleuse , grossement striée ; ouverture 
très-ample; de couleur verte ou brun-foncé; épiphragme très- 
bombé et solide. Hauteur, de 24 à 30 millimètres; diamètre, de 
20 à 26 millimètres. 



MOLLUSQUES. 433 

Habite les vignes et les champs ; parmi les broussailles et les 
haies des parties basses des Albères. 
Elle .est très-recherchée; sa chair est bonne. 

2. Hélice mélanostome, Hélix melanostoma, Drap. 

Animal. Gros, épais, brunâtre, rugueux, trois bandes longitu- 
dinales blanchâtres, dont celle du milieu plus étroite ; pied d'un 
jaune-sale. 

Coquille. Globuleuse, finement et irrégulièrement striée, 
solide; couleur d'un blanc-cendré, fasciée de brun; gorge et 
péristome d'un pourpre-noirâtre; épiphragme mince, de cou- 
leur blanche. Hauteur, de 34 à 40 millimètres; diamètre, de 32 
à 38 millimètres. 

Habite les haies des vignes, les plantations d'oliviers et les 
roches calcaires des environs de Maury et de Saint-Paul-de- 
Fenouillet. 

5. Hélice vigneronne, Hélix pomatia, Lin.; en catalan 
Cargol gros. 

Animal. Épais et lourd, très-grossement rugueux, d'un gris- 
jaunâtre ou verdâtre; tentacules très-longs, d'un gris-jaunâtre; 
pied très-large, un peu jaunâtre sur ses bords. 

Coquille. Forte, globuleuse, irrégulièrement striée, ouver- 
tement perforée; péristome , évasé et réfléchi, recouvrant en 
partie la fente ombilicale; test solide, d'une couleur blanchâtre- 
sale, entourée de bandes fauves assez obscures; la gorge et le 
pourtour de l'ouverture d'un blanc-sale. Hauteur, de 40 à 50 
millimètres; diamètre, de 38 à 50 millimètres. 

L'épiphragme est solide, convexe, d'un gris-blanchâtre, opa- 
que, crétacé , très-adhérent en hiver. C'est la plus grosse espèce 
que nous ayons dans le pays. 

L'Hélice-Vigneronne n'est pas de ce département; cependant 
elle s'y reproduit, et notre climat paraît bien lui convenir. Voici 
comment elle y a été introduite : M. Kindelan, colonel du 40 me 
tome ni. 28 



434 HISTOIRE NATURELLE. 

de ligne, conchyliologiste distingué, habitait Perpignan en 1822. 
Son chirurgien -major, qui était de Mâcon, où cette Hélice est 
commune et fort estimée des gourmets , faisait venir de son pays 
de temps à autre un panier de ces Escargots, qui étaient desti- 
nés à la table du colonel. J'eus l'idée de propager le Pomatia 
dans le pays, et j'en déposai quelques individus dans le jardin 
de M. Rigaud, aux Tanneries. Ces Hélices se trouvèrent si bien 
dans ce lieu, qu'à la seconde année on se vit forcé de les 
détruire; le jardin et surtout les treilles étaient dévastés, tant 
leur multiplication était grande. 

A la même époque, M. Aleron déposa dans sa vigne, au terroir 
du Vernet, plusieurs exemplaires de Y Hélix pomatia, qui lui 
avaient été donnés par M. le colonel Kindelan. Ces Hélices se 
reproduisirent, et les jeunes vinrent fort bien; mais leur chair 
étant très-bonne et la coquille fort grosse , elles furent recher- 
chées par les vignerons, qui en rendirent l'espèce rare. 

M. Calmettes en avait aussi apporté de Paris, qu'il déposa dans 
ses propriétés à Elne. Elles se reproduisirent fort bien ; mais , 
comme les campagnards font une razia complète de toute espèce 
d'Escargots, ceux-ci présentant un plus gros volume et une chair 
plus fine que les autres espèces, sont devenus fort rares. 

Dans le Nord, ce Limaçon est très-recherché, et on voit dans 
l'étalage des marchands de comestibles, à Paris, des corbeilles 
remplies de cette Hélice. On le sert au gratin ou de toute autre 
manière dans les restaurants. Les Romains en faisaient un grand 
cas et en étaient très-friands ; car, dans leurs villas, ils avaient des 
parcs où cette espèce était élevée : elle était réservée à la partie 
opulente de la société. 

B. Chagrinées, Aspersa. 
4t. Hélice chagrinée, Hélix aspersa, Mull.; en catalan 
Cargol boca moll. 
Animal. Robuste, d'un jaune-verdâtre en dessus, un peu pale 
en dessous; tentacules supérieurs longs, ponctués de noirâtre, 



MOLLUSQUES. 435 

renflés au sommet; les inférieurs courts; pied non frangé, 
légèrement horde de jaunâtre. 

Coquille. Conique, globuleuse, stries chagrinées et éloignées, 
opaque, grise, fauve ou brunâtre; le fond est d'une couleur plus 
foncée, toujours coupé par des bandes continues ou interrompues; 
elle varie à l'infini par les couleurs et par la grosseur des individus, 
selon la localité où ils vivent. Péristome très-évasé, blanc inté- 
rieurement, non ombiliqué. 

Moins bonne que la précédente , elle est cependant très- 
recherchée par nos travailleurs , qui ne font pas un repas dans 
les champs sans cette coquille. Ils la font cuire sur un brasier 
ardent, et l'assaisonnent de sel. Hauteur, de 30 à 45 millimètres ; 
diamètre, de 24 à 46 millimètres. 

Habite tout le pays, les jardins, les haies des champs, les 
vignes, etc.; très-commune dans les calcaires des montagnes où 
croissent les buis, elle y prend de fortes dimensions, et, si on ne 
la laisse pas jeûner pendant quelques jours, elle a un goût amer 
qui est désagréable. 

On l'emploie comme médicament. Quelques individus, bouillis 
dans du lait sucré, forment une tisane préconisée dans les affec- 
tions catarrhales. On en fait des bouillons, qu'on administre 
dans les affections de poitrine. On l'administre crue, roulée dans 
du sucre, dans la deuxième période de la phthisie pulmonaire. 

Nous avons, de cette espèce, plusieurs exemplaires scalaires à 
divers degrés. Un surtout, à tours entièrement séparés, et présen- 
tant, en quelque sorte, une corne d'abondance. 

Nous possédons trois individus séneslres. L'épiphragme est 
mince, d'un cendré-blanchâtre. Nous trouvons des variétés très- 
nombreuses, selon les localités. 

C. Splendide, Splendidœ. 
5. Hélice vermiculée, Hélix vermiculata, Mull.; en cata- 
lan Monjoya. 
Animal. Rugueux supérieurement, à rides oblongues, moins 



43G HISTOIRE NATURELLE. 

gros que l'espèce précédente, d'un gris-jaunâtre un peu ardoisé, 
assez clair; tentacules longs, minces, ardoisés; pied un peu 
arrondi antérieurement, dessous d'un brun-jaunâtre. 

Coquille. Globuleuse, déprimée, finement striée, épaisse, 
opaque, blanche ou légèrement jaunâtre, avec des bandes fauves 
ou brunâtres, continues ou interrompues, variant beaucoup par 
la disposition des bandes, quelquefois sans bandes et parsemée 
de petits traits blanchâtres; péristome interrompu, un peu ré- 
fléchi, blanc-sale intérieurement. Hauteur, de 18 à 30 millim.; 
diamètre, de 24 à 35 millimètres. 

Plus estimée que la précédente, on en fait une grande consom- 
mation; sa chair est plus fine et meilleure. On en trouve d'entiè- 
rement blanches, et on pourrait faire plusieurs variétés par la 
disposition des bandes ou par la couleur de la coquille. 

Habite dans les champs, les haies et particulièrement les vignes ; 
elle s'attache aux souches et se met aussi dans la terre ; elle se 
reproduit énormément. J'en possède un exemplaire sénestre. 

6. Hélice lactée, Hélix lactea, Mull.; en catalan Llobera. 

Animal. Rugueux, plus effilé que dans l'espèce précédente, 
plus allongé; les tentacules plus longs, plus grêles; la couleur 
générale plus sombre; le manteau plus noir et parsemé de 
petits points, qui simulent une poussière grisâtre; pied non 
frangé, arrondi par devant, dessous un peu noirâtre. 

Coquille. Déprimée, très-obtuse au sommet, guillochée de 
stries fines et transverses, qui ne sont visibles qu'à la loupe. 
Elle est irrégulièrement parsemée de points très-nombreux et 
apparents, d'un blanc-de-lait pur sur un fond brun-noir; l'ouver- 
ture est transversalement ovale ; d'une couleur fauve ou pourpre- 
noirâtre à la gorge et dans tout l'intérieur. Elle est très-variable 
dans sa couleur. Sa forme est assez constante ; péristome inter- 
rompu, très-évasé, épaissi, blanchâtre ou d'un jaune-sale inté- 
rieurement. 



MOLLUSQUES. 437 

Habite les vignes et les champs des coteaux de Château- 
Roussillon, et les vignes des àspres de toute cette région. Elle 
se trouve en très-grande quantité a las Lloberas, contrée coupée 
de ravins, où le soleil darde avec force, et formant un triangle 
assez étendu entre Perpignan, Cabestany et Chàteau-Roussillon. 
Elle est très-recherchée, car sa chair est bonne et fine. 

Hauteur, de 35 à 45 millimètres ; diamètre, de 30 à 40 millim. 

J'en possède un exemplaire scalaire, et comme cette diffor- 
mité n'a pas encore été signalée dans cette espèce, je l'ai fait 
dessiner. (Voyez Planche I, fig. 4. ) 

Nos paysans appellent cette espèce Llobera. Est-ce parce 
qu'elle habite la localité qui porte ce nom? ou bien, est-ce le 
Mollusque qui a imposé son nom à cette localité , où il est très- 
commun? C'est ce que je n'ai pu découvrir. Elle vit là, depuis 
un temps immémorial, et s'y reproduit d'une manière admirable 
et très-constante dans ses couleurs. 

Nous avons reçu de l'Algérie , de Valence et de Barcelone des 
variétés nombreuses de VHelix lactea; elles différaient, tant par la 
forme plus ou moins grande, que par la disposition des couleurs 
et des lignes plus ou moins variées de leur coquille ; mais nous 
n'avons pu obtenir ici leur reproduction similaire. — M. Canta 
avait déposé dans une de ses propriétés, voisine de la localité des 
Lloberas, plusieurs individus, variant de formes et de couleurs, 
qu'il avait reçus de Valence (Espagne). Les jeunes sujets qui 
vinrent durent supporter l'hiver si rigoureux de 1829 à 1830. 
Ceux qui résistèrent à cette froide température, n'atteignirent ni 
la grosseur ni les brillantes couleurs de ceux venus d'Espagne. 
Il paraît que cette espèce exotique a besoin de beaucoup de 
chaleur pour se développer; car les nôtres, celles du pays, sont 
régulières dans leur forme et varient peu dans leurs couleurs. 

7. Hélice deCompanyo, Hélix Companyonii, Aleron. 

Animal. Grisâtre , tout le dessus du corps est parsemé de 
petites taches noires régulièrement espacées, qui lui donnent 



438 HISTOIRE NATURELLE. 

un aspect élégant, surtout lorsqu'il s'allonge pour se transporter 
d'un lieu à un autre ; les bords du pied sont blanchâtres et fran- 
gés ; tentacules gros à la base , d'un gris d'ardoise ; yeux très- 
petits à l'extrémité des tentacules, noirs et apparents. 

Coquille. Déprimée, quelquefois légèrement globuleuse, très- 
obtuse au sommet, imperforée, et si finement striée, qu'il faut le 
secours d'une loupe pour bien observer les stries ; ouverture trans- 
versalement ovale ; péristome évasé , épaissi et blanc intérieure- 
ment; test presque opaque et assez solide. La coquille est brillante 
en dessous ; d'un aspect mat en dessus, sur un fond blanc ou blan- 
châtre. Elle présente en dessus une surface, comme maculée et 
toute bigarrée d'un fauve plus ou moins fortement prononcé : 
toutes ces taches ne présentent point la même couleur uniforme. 
Le dessous est blanc-brillant et radié de fauve. Épiphragme com- 
plet, mince, blanc, aplati, opaque, non irisé, papyracé, bords 
miroitants. Hauteur, de 9 à 12 millim.; diamètre, de 15 à 20. 

Habite la dernière anse de la vallée de Banyuls-sur-Mer, sur 
les bords d'un ravin des Albères qui se dégorge à la mer au Cap- 
Cerbère. Elle se cache dans les fentes des rochers, dans les brous- 
sailles et au pied des arbustes, le long de ce ravin. 

En 1818, nous prîmes ce Mollusque en assez grande quantité 
dans la localité que nous signalons, et nous le distribuâmes à 
plusieurs naturalistes. Nous avions pensé que c'était une variété 
de YHelix ondulata ou de YHelix serpenlina , desquelles il se 
rapproche beaucoup. Plus tard, M. Aleron l'ayant pris dans la 
même localité, et l'ayant observé attentivement, reconnut que 
c'était une nouvelle espèce, qu'il me dédia. 

M. Dupuy, dans son savant ouvrage, lui a conservé le nom que 
lui avait donné M. Aleron. M. Canta, explorant cette même vallée 
de Banyuls, a trouvé la même coquille dans un autre ravin qui 
descend aussi d'une gorge des Albères, et qui va se jeter à la 
mer. Le docteur Penchinat nous dit que , ayant parcouru cette 
contrée, il n'y a pas trouvé cette Hélice. 



MOLLUSQUES. 439 

8. Hélice splendide, Hélix splendida, Drap. 

Animal. Grêle, blanchâtre, très-délicat, presque pellucide, 
finement rugueux en dessus; pied d'un blanc -jaunâtre, très- 
peu frangé. 

Coquille. Déprimée, imperforée, très-brillante et lisse ; ouver- 
ture très -oblique, ovale; péristome interrompu, légèrement 
épaissi, blanc ou rosé intérieurement. Cette coquille est assez 
solide; le fond est d'un blanc plus ou moins pu^ orné de cinq 
bandes fauves plus ou moins foncées, souvent continues et quel- 
quefois interrompues. 

Elle varie extraordinairement par la disposition des bandes et 
par la couleur qu'elles affectent. C'est une fort jolie coquille ; 
on la range en séries , selon la disposition des bandes et des 
points qui l'entourent. 

Habite les vignes de toute la région calcaire , sur les plantes 
et les buissons, Casas-de-Pena et le long de l'Agly, Salses et 
toutes les basses Corbières. Nous la retrouvons au bas des Albè- 
res et sur les monts de la vallée du Réart. 

La variété Rose est très-estimée : elle vit sur les garrigues de 
La Cantarane, sur les garrigues de Thuir, Castelnau et Corbère; 
à Saint-Antoine-de-Galamus. 

Il est des individus qui n'ont que la bouche rose ; d'autres , 
dont la couleur est plus ou moins prononcée sur toute la 
coquille, qui est alors comme jaspée de petits points noirs, 
et où le rose est très-prononcé vers la callosité du bord colu- 
mellaire. Dans les individus roses, le manteau prend une teinte 
rosée. 

On en fait plusieurs variétés, dont une a été dédiée à notre 
savant confrère, M. Penchinat, qui l'avait trouvée sur les Albères. 
Cette variété est entourée de cinq lignes brunes et est nuancée de 
rose-obscur en dessus et en dessous; péristome rose-vif. 

M. Penchinat l'a trouvée au Cap-Béam, près du phare; il a 
aussi trouvé ce type à Consolation. 



440 HISTOIRE NATURELLE. 

D. Némorales, Nemorales. 

9. Hélice sylvatique, Hélix sylvatica, Drap. 

Animal. Robuste, allongé, assez grossement rugueux; tenta- 
cules d'un beau noir ou violet ; deux larges bandes régnent le 
long du dos, d'un gris ou d'un pourpre-noirâtre, séparées par 
une ligne médiane d'un blanc-jaunâtre; pied non frangé, d'un 
brun-noirâtre-foncé , plus clair sur les bords. 

Coquille. Globuleuse, déprimée, imperforée, lisse et brillante; 
ouverture arrondie; péristome légèrement évasé, d'un brun-violet 
au bord et garni en dedans d'un bourrelet blanc, quelquefois légè- 
rement fauve. Cette coquille est assez solide, brillante, blanche ou 
blanchâtre en dessus; le dessous est souvent d'un blanc-jaunâtre. 
Comme toutes les coquilles à plusieurs bandes, elle est sujette à 
beaucoup varier par la disposition de ces bandes et par leurs 
couleurs. Épiphragme assez mince, blanchâtre et très-opaque. 

Habite. M. Aleron la rapportée des bois des Albères, où elle 
est commune. Je l'ai prise moi-même sur la montagne de Céret, 
dans les bois du Puits de la Neige, et à Saint-Laurent-de-Cerdans, 
dans les châtaigneraies un peu élevées. 

10. Hélice némorale, Hélix nemoralis, Lin. 

Animal. Pâle, la tête et les tentacules cendrés; de leur base 
partent deux lignes grisâtres, qui se prolongent parallèlement 
sur le cou. 

Coquille. Finement striée, globuleuse, imperforée ; ouverture 
subarrondie, le plus souvent ovale, solide, brillante, ornée de 
bandes fauves ou d'un pourpre-noirâtre, rarement interrompues, 
variant à l'infini, selon les individus, par la disposition des bandes, 
par leur nombre et par la couleur du test de la coquille ; péris- 
tome légèrement réfléchi, d'un fauve-pourpre; la gorge, qui est 
aussi de cette couleur, est toujours moins foncée que le péris- 
tome. Hauteur, de 14 à 26 millimètres; diamètre, de 20 à 30 
millimètres. 



[mollusques. 441 

On peut faire des variétés à l'infini , si on a égard à la dispo- 
sition des bandes et à leur nombre : 1° à bandes distinctes; 2° à 
bandes soudées; 3° à bandes interrompues, réduites à des taches 
ou à des points; 4° à des bandes demi-effacées, souvent transpa- 
rentes. Chacune de ces divisions peut donner de trente à quarante 
variétés différentes. 

Habite les bois, les vignes, les haies des jardins; elle est dans 
toutes les régions du département, même les plus élevées, puis- 
qu'on la trouve dans la vallée de Carol, et dans cette localité les 
individus sont très-gros et les couleurs très-brillantes. 

M. Hélice des jardins, Hélix hortensis, Mull. 

Animal. Diffère peu de l'Hélice-Némorale; il parait un peu 
plus délicat. 

Coquille. Entièrement semblable à celle de l'Hélice-Némorale; 
elle est généralement un peu plus petite ; le péristome est toujours 
blanc; épiphragme plan, opaque, mince et d'un blanc-jaunâtre. 
Hauteur, de 14 à 25 millimètres; diamètre, de 18 à 30. 

On forme aussi de cette espèce, comme de la précédente, pres- 
que la même quantité de variétés, par la même disposition des 
bandes qui couvrent le test de la coquille. 

Habite. Moins répandue que la Némorale, on ne la trouve 
presque jamais dans les mêmes localités; seulement, j'ai remarqué 
qu'elle ne vit point dans les hautes régions et qu'elle ne dépasse 
pas les limites des basses montagnes. 

12. Hélice porphyre, Hélix arbustorum, Lin. 

Animal. Allongé, d'un brun-noirâtre plus ou moins foncé, très- 
variable dans ses couleurs; points oculaires très-noirs. 

Coquille. Globuleuse, très-finement striée; ouverture arron- 
die; péristome réfléchi, épaissi, très-blanc en dedans. Elle est 
d'une couleur habituellement très-fauve, variant à l'infini par les 
nuances de son test, qui, cependant, a une teinte fauve plus ou 
moins claire ; on la trouve souvent avec des bandes plus ou moins 



442 HISTOIRE NATURELLE. 

bien formées. Hauteur, de 12 à 26 millimètres; diamètre, de 16 
à 26 millimètres. 

Habite les bois des montagnes moyennes, à une certaine élé- 
vation, c'est-à-dire que nous ne la trouvons jamais à la hauteur 
de la région des sapins; elle est commune parmi les broussailles 
et les haies, ainsi que dans les clairières des bois de chênes, 
chênes-verts et frênes qui couvrent les régions peu élevées. 

15. Hélice de Xatart, Hélix Xatartii, Far. 
(Une des plus belles variétés de l'Hélice-Porphyre. Moq.-Tand.) 

M. Farines ne donne point la description de l'animal ; mais , 
comme nous avons pris ce Mollusque dans diverses localités de 
nos montagnes, nous avons pu le décrire et le comparer avec 
celui de l'Hélice-Porphyre, avec lequel il a beaucoup de rapports. 

Animal. Il paraît généralement plus clair, et ses points oculaires 
sont moins noirs que dans l'Hélice-Porphyre. 

Coquille. M. Farines décrit la coquille à l'état adulte : « Test 
solide, d'u ne couleur jaunâtre tirant sur le vert, brunâtre et comme 
rôti, surtout sur le tour inférieur de la spire, qui est marqué 
d'une bande brune, clair-semée de taches jaunes, plus nom- 
breuses vers la partie postérieure de la coquille ; ouverture 
semi- ovale; péristome blanc, peu réfléchi; trou ombilical 
moyen et un peu masqué par la columelle. Celte coquille est 
très-striée et comme côtelée par des replis très-saillants, qui 
sont probablement des restes d'anciens péristomes. Ces stries, 
beaucoup plus apparentes en dessous qu'en dessus de la coquille, 
constituent un caractère distinctif entre cette Hélice et V Hélix 
arbastorum. La spire, quoique un peu convexe, est beaucoup 
plus aplatie, et sa grosseur beaucoup moins variable que dans 
les différentes variétés de YHelix arbustorum. 

<r Dans le jeune âge, cette coquille est transparente, fragile, d'une 
couleur jaune-verdâtre, unie, sans bande brune ni taches jaunes, 
profondément striée ; son ombilic est en grande partie recouvert 



MOLLUSQUES. Mo 

par la columelle. Au fur et à mesure qu'elle avance en âge, elle 
acquiert de la solidité, se fonce en couleur, l'ombilic se déve- 
loppe et se découvre. 

«Habite sur toute la chaîne des Pyrénées-Orientales, à une 
élévation de 1.200 mètres au-dessus du niveau de la mer, parti- 
culièrement du côté de Prats-de-Mollô, au lieu dit le Col de las 
Molas. Elle est assez commune sur le chemin de Nuria, par 
Campredon, sur le gazon et sur les pierres, le long d'un petit 
ruisseau, en face de la Coma de la Vaca, sur le pendant de Font 
Lleteru. Je l'ai prise, mais en petite quantité, auprès d'une fon- 
taine de la vallée d'Orry, sur un pied de YAconitum napellus, et 
en assez grande quantité à l'extrémité de la vallée de Carença , 
près de la Cullade de las très Creus. » 

Nous avons pris nous-même cette coquille dans plusieurs loca- 
lités, toujours sur des points très-élevés (2.000 mètres d'altitude), 
à la Font de la Conque, avand d'arriver à Cady ; h la Jasse de la 
Llapoudère, revers méridional de Cady; au plateau de Cambres 
d'Aze; à la vallée d'Eyne; à la vallée de Llo, tout près de la fon- 
taine du Sègre. Examinée de bien près, on pourrait constituer 
une nouvelle variété pour chaque localité, soit par la couleur 
générale de la coquille, soit par rapport à certaines raies et points 
qui sont parsemés sur le test, soit même par sa grosseur. Cepen- 
dant, il en est.une qui l'emporte en beauté sur toutes les autres, 
c'est celle qui se trouve à l'extrémité de la vallée de Llo. 

Hauteur, de 12 à 25 millimètres; diamètre, de 14 à 24. 

E. Porcelaines, Candidissimœ . 

14. Hélice porcelaine, Hélix candidissima, Drap., Zoniies 
candidissimus, Moq.-Tand. 

Animal. Raccourci, trapu, fortement rugueux, brunâtre ou 
d'un brun-rougeàtre; tentacules épais à la base, globuleux; 
points oculaires noirs ; pied d'un cendré-roussàtre, très-finement 
bordé de noirâtre. 



444 HISTOIRE NATURELLE. 

Coquille. Globuleuse, solide et fort dure, uniformément 
convexe en dessus, aplatie en dessous, striée en dessus, lisse en 
dessous, très-blanche à l'extérieur et d'un fauve-jaunâtre à l'in- 
térieur; ouverture arrondie; péristome simple; épiphragme assez 
solide, plan et opaque, d'un blanc-pur. 

Hauteur, de 10 à 15 millimètres; diamètre, de 16 à 22. 

Habite le bas des Albères. M. Aleron l'a recueillie sur la roule 
de Sorède à Laroque, dans les haies des champs et des vignes. 
Je l'ai prise à la montagne de Céret , dans les gorges exposées 
au midi. 

F. Alpines, Alpinœ. 

Ce groupe n'a pas de représentant dans ce département. 

G..Planospires, Planospirœ. 

15. Hélice des Pyrénées, Hélix Pyrenaica, Drap. 

Animal. Finement granuleux, grêle, allongé, d'un cendré- 
bleuâtre ; tentacules supérieurs grêles et noirâtres ; pied assez 
large, caréné postérieurement. 

Coquille. Déprimée, assez aplatie en dessus, ombiliquée, 
très-finement striée, mince, presque transparente, d'une cou- 
leur olivâtre lorsqu'elle est fraîche; ouverture assez ovale; 
péristome réfléchi, d'un blanc-pur après la mort de l'animal; 
épiphragme très-mince, finement plissé, très-miroitant. Hauteur, 
de 8 à 10 millimètres; diamètre, de 16 à 26 millimètres. 

Habite. Commune aux environs de Prats-de-Mollô, dans les 
lieux frais et ombragés; aux environs de La Preste; à Arles, au 
pied des montagnes du Mas de la Guardia; dans les environs de 
Villefranche , à la Trencada d'Ambulla ; sur la route de Vernet 
à Castell, près de la rivière qui descend de Saint-Martin-du- 
Canigou. Elle manque dans la vallée de l'Agly. 

16. Hélice de Quimper, Hélix Quimperiana, Fer., Hélix 

Kermorvani, Moq . -Tand . 



MOLLUSQUES. 445 

Animal. Grêle et effilé, d'un brun-rougeâtre, rugueux en dessus; 
tentacules très-minces et longs; côtés du corps et dessous du pied 
d'un blanc-jaunâtre. 

Coquille. Très-déprimée en dessus, à spire entièrement plane, 
irrégulièrement striée, mince, très-fragile, d'un roux-fauve; 
ombilic ouvert, laissant voir tous les tours de la spire ; péristome 
interrompu, réfléchi; bourrelet interne rosé ou blanc; ouverture 
arrondie, échancrée; épiphragme très-mince et vitreux. Hauteur, 
de 10 à 12 millimètres ; diamètre, de 22 à 30 millimètres. 

Habite les lieux frais , près des eaux vives , dans les parties 
basses sous Château-Roussillon. 

Ce Mollusque fut apporté de Brest par M. le baron Kindelan. 
Ses habitudes, dans la Bretagne, sont de vivre dans les lieux frais 
et ombragés; je crus qu'il se propagerait en le déposant dans un 
lieu semblable; je choisis les environs de Château-Roussillon, 
où des eaux vives abondent et où le pays est couvert de beaucoup 
d'arbres. 11 s'y reproduisit fort bien, et pendant plusieurs années, 
je recueillis divers sujets; mais, soit que pendant l'été la chaleur 
ait été trop forte, soit que ce Mollusque n'ait pas trouvé la nour- 
riture qui lui convenait, soit enfin qu'une forte inondation de La 
Tétait couvert de vase tous les bas fonds, il a fini par se perdre, 
car depuis quelques années nous ne le trouvons plus. 

17. Hélice cornée, Hélix comea, Drap. 

Animal. Grêle, allongé, finement rugueux, à rides allongées; 
noirâtre en dessus, s'aflaiblissant à mesure qu'on approche du 
manteau ; pied assez étroit, d'un roux-noirâtre en dessous. 

Coquille. Déprimée, peu convexe en dessus et légèrement 
bombée en dessous, ombiliquée, finement striée, assez solide, 
brillante, d'une couleur de corne assez claire; ombilic très-ouvert; 
ouverture ovale. Hauteur, de 6 à 8 millimètres; diamètre, de 12 
à 16 millimètres. — On trouve des individus qui sont entièrement 
blancs, mais ils sont rares. 



446 HISTOIRE NATURELLE. 

Habite les bois de châtaigniers de la montagne la Senyorial 
d'Arles. Nous l'avons prise dans les bois des basses Albères, 
toujours près des ruisseaux, sur le gazon frais et au pied des 
arbres et des roches qui les avoisinent; dans la vallée de La Tet 
à Serdinya, Villefranche, Estoher, etc., etc. 

18. Hélice squammeuse, Hélix squammatina, Marcel de 
Serres. 

(Variété de YHelix cornea, Moq.-Tand.) 

Animal. Se rapporte parfaitement à celui de YHelix cornea; 
seulement, sa couleur est lie-de-vin très-prononcée. 

Coquille. Mêmes caractères de la précédente ; seulement les 
stries plus prononcées, sont comme des squammes superposées 
très-régulièrement les unes au-dessus des autres. 

Hauteur, de 5 à 7 millimètres; diamètre, de 10 à 44 milli- 
mètres. 

Habite les lieux frais des châtaigneraies de Saint-Laurent- 
de-Cerdans, où l'eau coule toujours; sur les roches humides 
des environs de La Preste , surtout au bord du ruisseau qui est 
auprès de la route , sur une grande roche de marbre près 
l'établissement thermal. 

Celte espèce est considérée par MM. Dupuy et Moquin-Tandon 
comme une variété de YHelix cornea; cependant elle en diffère 
d'une manière notable par l'habitat, par la couleur lie-de-vin et 
par les squammes plus prononcées. Soumise à M. Marcel de 
Serres, ce naturaliste n'avait pas hésité à la considérer comme 
une espèce nouvelle. 

Ce Mollusque ne s'est point reproduit aux environs de Perpi- 
gnan où nous l'avions déposé; cependant, nous avions choisi 
un lieu qui se rapprochait beaucoup de celui où nous l'avions 
trouvé. Mais la température de la plaine, beaucoup plus élevée 
que celle de La Preste et de Saint-Laurent-de-Cerdans, ne lui 
a pas été favorable. 



MOLLUSQUES. 447 

19. Hélice de Desmoulins, Hélix Desmolinsii, Far. 

Animal. Grêle, allongé, finement rugueux, à rides allongées; 
d'une couleur de chair-sale, une double bande obscure sur le 
cou; pied d'un jaune-rougeâtre en dessous. 

Coquille (description de M. Farines). « Solide, transparente, 
couleur de corne-clair ou blanc-sale, légèrement fasciée, striée 
longitudinalement; ouverture un peu ovale, presque orbiculaire, 
caractère qui la distingue de Y Hélix cornea, qui a l'ouverture 
beaucoup plus ovale, et dont le péristome forme un angle un 
peu droit à son bord gauche. Ce caractère est saillant si on met 
ces deux coquilles l'une à côté de l'autre. Péristome continu, 
blanc, réfléchi; ombilic un peu évasé, très -profond; spire 
aplatie, mais un peu moins que celle de YHelix cornea. 

« Habite les endroits frais et gazonnés de la montagne des Al- 
bères, surtout dans les jardins de l'ermitage de N.-D. du Castell, 
au pied des murs et entre les pierres, où on la trouve abondam- 
ment un jour de pluie, et dans bien d'autres localités de cette 
montagne. » 

Nous l'avions recueillie à La Preste, en 1823, et sous Saint- 
Martin-du-Canigou, au bord de la rivière, au-dessus du village de 
Castell. Après l'avoir examinée attentivement, nous vîmes bien 
qu'elle avait quelque chose de particulier qui la distinguait de 
YHelix cornea, de laquelle elle se rapproche beaucoup; mais, le 
caractère qui l'en sépare tout-à-fait, c'est que le péristome est 
constamment continu. Nous avions dans notre collection cette co- 
quille sous le nom d'Hélix cornea de La Preste, 1823, à observer. 

Notre confrère, le docteur Penchinat, en nous indiquant les 
localités des Albères, où vivent certains Mollusques, nous écrit 
au sujet de YHelix Desmoiilinsii : « Vit à l'ermitage de Notre-Dame 
du Castell, près de Sorède. Je l'ai trouvée sur plusieurs points 
de la chaîne des Albères, au-dessus de Consolation; à la Tour- 
du-Midi, au-dessus de Banyuls-sur-Mer, toujours à des altitudes 
de 5 à 600 mètres ; je ne l'ai jamais trouvée plus bas. » 



448 HISTOIRE NATURELLE. 

M. Moquin-Tandon considère cette espèce comme une variété 
de la Cornea. Cependant, la continuité constante de son péris- 
tome la distinguera toujours de la Cornea, dont le péristome 
n'est jamais continu. De plus, le dernier tour caréné de la 
Desmolinsii, son ouverture qui n'est jamais gibbeuse au bord 
columellaire, son test beaucoup plus mince, son aspect mat et 
soyeux, et son faciès général seront des caractères assez sensibles 
pour distinguer ces deux espèces. 

20. Hélice lampe, Hélix lapicida, Lin. 

Animal. Grêle, finement rugueux, noirâtre et quelquefois 
cendré; tentacules noirâtres; deux lignes de la même couleur 
s'étendent et se prolongent jusque vers le manteau; pied étroit, 
aigu, plus pâle en-dessous, finement bordé de blanchâtre. 

Coquille. Déprimée, convexe sur les deux faces; stries trans- 
versales, coupées par de plus petites stries flexueuses; solide, 
opaque, roussâtre, ou d'un roux-jaunâtre, quelquefois flammulée 
de taches plus ou moins obscures. On trouve souvent des indi- 
vidus entièrement blancs; néanmoins l'animal conserve sa cou- 
leur noirâtre. Ouverture ovalaire; péristome continu, réfléchi, 
mince, blanc intérieurement; épiphragme fort mince et vitreux. 
Hauteur, de 7 à 10 millimètres; diamètre, de 14 à 20 millim. 

Habite le pied de nos montagnes, au bas des murs, sur les 
routes, sur les buissons; elle se plaît sur les terrains calcaires 
et rocailleux; fort commune à Céret et le long des Albères; 
dans les montagnes inférieures de la vallée de La Tet, jusqu'à 
la hauteur d'Olette. 

21. Hélice mignone, Hélix pulchella, Mull., Drap. 

Animal. Gélatineux, grêle, d'un blanc-diaphane en-dessus, 
plus foncé en dessous, fort agile dans ses mouvements ; tentacules 
très-courts, fort transparents, d'un blanc à peine jaunâtre; pied 
large, blanc-jaunâtre, légèrement bordé de blanchâtre. 



MOLLUSQUES. 449 

Coquille. Déprimée, finement striée, aplatie en-dessus, 
convexe en dessous, solide, glabre et brillante; ombilic large; 
ouverture très-oblique, transversalement ovale; péristome ré- 
fléchi, mince, blanc intérieurement; épiphragme fort mince et 
vitreux. 

Hauteur, de 1 millimètre à 1 millimètre l /îj diamètre, de 
1 millimètre 1 / 2 à 2 millimètres { l 2 - 

Habite les parties basses des montagnes, près des lieux hu- 
mides; sur les rochers et dans les broussailles des deux vallées 
du Tech et de La Tet; nous la trouvons assez fréquemment au 
bord des ruisseaux et parmi les broussailles sous le Mas Anglada, 
près Chàteau-Roussillon. 

22. Hélice à côtes, Hélix costata, Mull. 

Animal. Presque pas de différence avec l'espèce précédente. 
On les confondrait si on les examinait sans faire attention à la 
coquille. 

Coquille. Solide, d'une couleur grise et mate, subdéprimée, 
assez aplatie en dessus, convexe en dessous, relevée de côtes 
bien prononcées , largement ombiliquée ; ouverture arrondie ; 
péristome réfléchi, à bords épaissis à l'intérieur; épiphragme 
vitreux et fort mince. 

Hauteur, de 1 millimètre i / 2 à 2 millimètres; diamètre, de 2 
à 4 millimètres. 

Habite les lieux humides de la montagne de Céret, Arles et 
Saint-Laurent-de-Cerdans ; jamais dans la plaine. On la confond 
souvent avec la précédente; mais, en y faisant attention, on la 
distingue bientôt à sa plus forte taille et aux côtes bien pronon- 
cées de la coquille. 

25. Hélice planorbe, Hélix obvoluta, Mull., Drap. 

Animal. Noirâtre, allongé, finement rugueux en dessus; ten- 
tacules assez longs; manteau un peu couleur de chair. 

TOME m. 29 



450 HISTOIRE NATURELLE. 

Coquille. Déprimée, plane, même un peu concave en dessus, 
convexe en dessous, ombiliquée, assez mince, opaque, hérissée 
de poils assez raides , disposés en lignes , d'un fauve-rougeâtre 
uniforme ; ouverture triangulaire ; péristome réfléchi , rosé ; 
épiphragme blanc et assez solide. Hauteur, de 6 à 8 millim.; 
diamètre, de 12 à 15 millimètres. 

Habite sur les roches calcaires et humides, au bas de la Tren- 
eada d'Ambulla et aux environs de Villefranche. Nous l'avons prise 
aussi dans les environs de Castell et à Sainl-Martin-du-Canigou , 
où elle n'est pas commune. 

H. Personnées, Personatœ. 
Cette section manque totalement dans ce département. 

I. Fauves , Fulvœ. 
Manquent dans ce pays. 

J. Rousses, Rufœ. 
N'ont pas de représentants dans ce département. 
K. Hispides, Hispidœ. 
24. Hélice hispide, Hélix hispida, Lin., Drap. 

Animal. De couleur noirâtre, un peu ardoisé en dessus, brun- 
grisâtre en dessous, finement rugueux; tentacules supérieurs 
assez longs. 

Coquille. Déprimée, ouvertement ombiliquée, finement striée, 
cornée, assez solide, fauve et quelquefois jaunâtre, de couleur 
rougeâlre dans l'état frais, lorsqu'elle est parée de poils courts, 
épais et raides; ouverture ovalaire échancrée; péristome à peine 
évasé et tranchant; épiphragme vitreux et mince. Hauteur, de 
5 à 7 millimètres; diamètre, de 6 à 10 millimètres. 

Habite les endroits frais des environs de La Manère, de Prats- 
de-Mollô. Nous l'avons rapportée des environs de Saint-Martin- 
du-Canigou, du bois des Moines, des clairières du Randé, en 
montant à Cady; elle est commune dans le bois des Fanges. 



MOLLUSQUES. 451 

L. Chartreuses , Carthusiance. 
2o. Hélice strigelle, Hélix strigella. 

Animal. Affectant tantôt le gris, le jaune, le roux ou le blan- 
châtre; tentacules noirs; manteau de la même couleur du resle 
de l'animal, parsemé de taches noires. 

Coquille. Globuleuse, déprimée, médiocrement ombiliquée, 
obliquement striée, assez solide, d'un fauve-rougeâtre, quelquefois 
de couleur de corne-claire ou blanchâtre; péristbme réfléchi, 
avec un bourrelet intérieur blanc ou roux, orné d'une bande 
blanche au milieu du dernier tour, nettement tracée; épiphragme 
vitreux et mince. Hauteur, de 9 à 12 millimètres; diamètre, de 
15 à 18 millimètres. 

Habite les haies et les buissons, sous les pierres et au pied 
des arbres de tous les bois de nos montagnes moyennes. Amenée 
probablement par les inondations à la pépinière départementale 
de Perpignan, elle est commune dans les taillis et dans les 
buissons qui bordent la rivière. C'est dans cet endroit plus par- 
ticulièrement qu'on trouve la variété rougeâtre avec la bande 
blanche sur le dernier tour. La variété d'un brun-obscur s'y 
trouve rarement. Le D r Penchinat l'a trouvée sur les Albères. 
Nous l'avons trouvée dans les environs de La Preste; elle est 
très-rare dans cette localité. 

26. Hélice chartreuse, Hélix cartlmsiana, Mull., Drap. 

Animal. Allongé, blanchâtre, ou d'un blanc-jaunâtre, finement 
rugueux en dessus; manteau brun, parsemé de taches bleuâtres 
irrégulières. 

Coquille. Subdéprimée, presque aplatie en dessus, finement 
striée , solide , mince , transparente , cornée ou blanchâtre ; 
ouverture demi-arrondie; péristome opaque et assez mince; 
épiphragme blanc-de-lait. Hauteur, de 7 à 9 millim.; diamètre, 
de 12 à 18 millimètres. 

Habite les haies des jardins de Saint-Estève et les champs de 



452 HISTOIRE NATURELLE. 

cette contrée, dans les broussailles qui ont servi d'arrêt à l'eau 
des arrosages, sur les plantes et les arbustes du bord des fossés; 
les jardins Saint-Jacques, et les bas fonds de Chàteau-Roussillon. 

27. Hélice à lèvre rousse, Hélix rufilabris, Jeffr. 
Animal. Finement rugueux, allongé, noir; tentacules grêles et 

longs; manteau bleuâtre, marbré de blanc-jaunàtre. 

Coquille. Déprimée, perforée, polie, solide, opaque, rous- 
sâtre ou d'un roux -blanchâtre, quelquefois marquée de deux 
bandes d'un blanc-mat un peu obscur; ouverture arrondie; 
périslome simple, bordé de roux intérieurement; épiphragme 
vitreux et mince. Hauteur, de 6 à 8 millimètres; diamètre, de 
8 à 10 millimètres. 

Habite la vallée d'Estoher, dans les lieux arides des coteaux 
de cette contrée. Lorsqu'une plante est à sa convenance, elle s'y 
trouve ordinairement en grande compagnie. Je l'ai prise sur la 
Centaurea aspera. 

M. Moquin-Tandon la classe V. B. minor, Drap., Hélix rufi- 
labris, Jeffr. 

28. Hélice marginée, Hélix limbata, Drap. 

Animal. Effilé, d'un gris-jaunâtre, légèrement rauSsâlre anté- 
rieurement; tentacules allongés, d'un gris-foncé; manteau blanc, 
marqué de petits points et de lignes d'un fauve-rougeâtre. 

Coquille. Globuleuse, convexe des deux côtés, finement striée, 
solide, assez mince, presque brillante, marquée sur le milieu du 
dernier tour d'une bande blanche, quelquefois roussâtre ou rou- 
geâtre; ouverture ovale; péristome réfléchi, avec un bourrelet 
intérieur blanc ou fauve. Hauteur, de 8 à 12 millim.; diamètre, 
de 12 à 15 millimètres. 

Habite les haies des propriétés rurales dans les environs 
d'Arles-sur-Tech , Serrallongue, le pied des Albères, entre Le 
Boulou et Sorède. Dans une journée humide , on la voit sur 
les buissons et sur les plantes. 



MOLLUSQUES. 453 

29. Hélice cinctelle; Hélix cinctella, Drap. 

Animal. Très-délicat, blanchâtre ou d'un blanc légèrement 
jaunâtre; tentacules allongés, d'un gris-ardoisé, transparent; 
pied très-long, étroit, très-finement bordé de blanchâtre. 

Coquille. Subglobuleuse, déprimée, convexe des deux côtés, 
carénée, finement striée, très-mince, transparente, d'un jaune- 
rougeâtre, avec une bande d'un blanc-mat sur la carène du dernier 
tour; ouverture ovale, anguleuse à la carène; péristome inter- 
rompu, droit, peu évasé, mince; épiphragme vitreux, fort mince, 
transparent. Hauteur, de 6 à 8 millim.; diamètre, de 10 à 12. 

Habite dans la vallée du Tech, aux environs de La Manère, 
de Prats-de-Mollô et de La Preste, où elle est assez commune. 
Par une matinée humide, on la voit se promener sur les buis. 
Elle se trouve aussi aux environs de la Tour de Mir. Je l'ai prise 
sur les ronces dans les environs de Serdinya et d'Olette, vallée 
de La Tel. 

M. Lamellées, Lamellatœ. 

30. Hélice des rochers, Hélix rupeslris, Drap. 

Animal. Noir, plus ou moins foncé; tentacules supérieurs 
courts, les inférieurs ne sont visibles qu'à la loupe; l'animal 
porte la coquille très-élevée quand il marche. 

Coquille. Petite, fauve ou d'un fauve-noirâtre, subglobuleuse, 
largement ombiliquée, très-finement striée en dessus; péristome 
interrompu, droit, concolore, à bords assez rapprochés, très- 
convergents. Hauteur, de 1 millim. à 1 millim. l / 2 ; diamètre, 
de 1 millim. 1 / 2 à 2 millimètres. 

Habite toutes les parties inférieures des montagnes calcaires , 
où elle est appliquée en très-grande abondance contre les rochers; 
Casas-de-Pena, les garrigues de Baixas, de Salses, de Castelnau, 
de Thuir, d'Arles-sur-Tech et la Trencada d'Ambulla. 

N. Brillantes, Nitentes. 

51. Hélice pygmée, Hélix pygmœa, Drap. 



454 HISTOIRE NATURELLE. 

Animal. Petit, ramassé, gris ou noirâtre; tentacules très-longs, 
demi-transparents; le point oculaire très-noir; pied d'un gris- 
ardoisé assez clair. 

Coquille. Très-petite, déprimée, un peu convexe des deux côtés, 
brillante, cornée ou d'un roux-fauve, largement ombiliquée ; ouver- 
ture arrondie ; péristome droit, simple et aigu ; épiphragme vitreux 
et très-mince. Hauteur, 1 / 2 millimètre; diamètre, 1 millimètre. 

Habite. Son extrême petitesse la rend difficile à trouver. Arles, 
dans les prairies au bord du Tech, sous le Mas de la Guardia; dans 
les lieux ombragés et humides le long des Albères, près des ruis- 
seaux, parmi les broussailles et sous les pierres, sur les feuilles 
mortes et charriées par l'eau, et sous les pierres au bord des 
torrents. 

52. Hélice brillante, Hélix nitida, Mull., Zonites nitidus, 
Moq.-Tand. 

Animal. Rugueux, noir; tentacules de la même couleur, les 
supérieurs épais et assez allongés ; pied un peu tronqué antérieu- 
rement et de la couleur du corps, le dessous un peu plus clair 
vers le centre et à l'extrémité. 

Coquille. Subglobuleuse, un peu déprimée, finement striée 
longitudinalement, mince, transparente, luisante, cornée et quel- 
quefois verdàtre; ombilic assez large; ouverture très-arrondie; 
péristome simple , à bords écartés ; épiphragme mince , transpa- 
rent, un peu irisé, membraneux. Hauteur, de 3 à 5 millimètres ; 
diamètre, de 5 à 8 millimètres. 

Habite les lieux frais et ombragés des prairies de la Salanque, 
près des flaques d'eau, parmi les broussailles et dans les mousses 
qui croissent au pied des arbustes; mêmes gîtes dans les jardins 
de Saint-Jacques de Perpignan ; les prairies et les fossés de la 
vallée de Vernet-les-Bains. 

5o. Hélice semi-rousse, Hélix olivetorum, Gmel., Zonites 
olivetomm, Moq .-Tand . 



MOLLUSQIES. 455 

Animal. Ramassé et rugueux, d'un gris-bleuâtre-ardoisé très- 
foncé par dessus, plus clair sur les côtés, avec une très-légère 
teinte de jaune-brun intérieurement; tentacules de la même 
couleur, allongés, presque transparents; pied assez long, large, 
fortement rebordé, bilobé par devant, gris-ardoisé, légèrement 
brun et bordé de noir. 

Coquille. Globuleuse , assez largement ombiliquée, très-fine* 
ment striée, assez solide, brillante, d'une couleur de corne- 
roussâtre en dessus, un peu jaunâtre en dessous ; ouverture 
subarrondie, peu oblique; péristome mince; épiphragme peu 
sensible. Hauteur, de 12 à 15 millim.; diamètre, de 20 à 25. 

Habite les lieux frais et ombragés de nos montagnes secon- 
daires, dans la vallée de Rigarda et de Glorianes, près des ravins 
et des bois humides. Je l'ai prise aussi dans les ravins du bois 
des Fanges et de Saint-Martin, près de Fosse. 

34. Hélice nitidule, Hélix nitidula, Drap., Zonites niti- 
dulus, Moq.-Tand. 

Animal. Très-petit, gris de perle, tacheté de points irréguliers 
noirs et blancs ; tentacules effilés et longs ; le point oculaire très- 
noir. 

Coquille. Subglobuleuse, déprimée, largement ombiliquée, 
très-finement striée, mince, glabre, très-peu brillante, légère- 
ment transparente, d'un roux-fauve en-dessus, mate et d'un blanc 
légèrement bleuâtre en dessous , surtout autour de l'ombilic ; 
ouverture subovale-arrondie; péristome simple, à bords écartés. 
Hauteur, de 4 à 6 millimètres; diamètre, de 8 à 10 millimètres. 

Habite le pied des roches humides sur les montagnes, à une 
certaine élévation , sur les mousses , sous les pierres et parmi 
les détritus. On la trouve, après les fortes crues de nos rivières, 
parmi les broussailles et les terres qui ont été déposées par l'eau 
au bord des fossés et au pied des arbres dans les plaines des trois 
bassins; mais alors il est rare de la trouver vivante. Je l'ai prise 



456 HISTOIRE NATURELLE. 

dans les environs de La Preste et dans les lieux humides des bois 
de la Font de Comps. 

35. Hélice lucide, Hélix lucida , Drap., Zonites lucidm, 

Moq.-Tand. 

Animal. Grêle, allongé, d'un gris-bleuâtre en dessus, plus foncé 
en dessous; tentacules supérieurs effilés, d'un brun presque noir; 
pied grisâtre, transparent, non frangé sur les bords. 

Coquille. Convexe en dessus, finement striée, très-mince, 
transparente, glabre, brillante, fauve en dessus, blanchâtre en 
dessous près de l'ombilic ; ouverture ovale ; péristome droit ; 
épiphragme très-mince et transparent. Hauteur, de 6 à 10 mill.; 
diamètre, de 15 à 18 millimètres. 

Habite. Très-rare dans les environs de Perpignan, et toujours 
amenée par les eaux; on la trouve alors dans les détritus des 
broussailles, dans les prairies basses des trois bassins et dans 
la vase déposée dans les fossés. Je l'ai prise assez abondamment 
aux environs de Céret et d'Arles, dans les ravins et les prairies 
humides, sous les pierres et surtout dans les trous des murs en 
pierre sèche qui séparent les propriétés. 

36. Hélice luisante, Hélix niiens, Mich., Z orales nitens, 

Moq.-Tand. 

Animal. Grêle, effilé, strié longitudinalement, d'un gris-bleuâtre 
plus ou moins ardoisé ; pied non frangé, d'un gris légèrement brun. 

Coquille. Déprimée, un peu convexe, striée en dessus, mince, 
brillante, blanchâtre, quelquefois roussâlre et variant beaucoup ; 
ombilic assez large; péristome simple, à bords un peu écartés; 
épiphragme rarement complet, irisé, membraneux. Hauteur, de 
4 à G millimètres; diamètre, de 8 à 12 millimètres. 

Habite. Nous l'avons toujours trouvée dans les environs de 
Torreilles, dans les dépôts résultant d'une forte crue de l'Agly, 
ce qui nous porterait à croire qu'elle doit habiter les montagnes 
de cette vallée, où nous ne l'avons jamais prise. 



MOLLUSQUES. 457 

57. Hélice cristalline, Hélix cristallina, Mull., Zonites 

crislallinus, Moq.-Tand. 

Animal. Gélatineux, très-minime; tentacules supérieurs très- 
grêles; points oculaires très-noirs; manteau d'un jaune-léger et 
transparent; pied étroit, très-aigu en arrière. 

Coquille. Très-mince, déprimée, très-brillante, d'un blanc 
transparent; ombilic petit; ouverture arrondie; péristome mince; 
épiphragme incomplet. Hauteur, de 1 millim. à 1 millim. !/ 2 ; 
diamètre, de 2 à 3 millimètres. 

Habite. Il est probable qu'elle habite les bois de nos monta- 
gnes; mais sa petitesse a été cause que nous ne l'avons jamais 
rencontrée; elle est toujours, après le débordement des rivières, 
dans les détritus amenés par les eaux et déposés sur nos prairies 
marécageuses dans les trois bassins. 

58. Hélice peson, Hélix algira, Lin., Zonites algirus, 
Moq.-Tand. 

Animal. Gros et rugueux, d'un gris-ardoisé plus ou moins foncé ; 
tentacules très-allongés et grêles ; points oculaires petits et noirs, 
peu saillants, à peine apparents ; pied non frangé, fortement bordé 
de noirâtre. 

Coquille. Convexo-déprimée en dessus, largement ombiliquée, 
fortement et irrégulièrement striée en dessus, glabre, solide, d'une 
couleur de corne légèrement verdâtre ou jaunâtre en dessus, plus 
pâle, souvent blanchâtre et luisante en dessous; ombilic large; 
ouverture subarrondie; péristome à peine épaissi en dedans; épi- 
phragme complet, lisse, mince, plissé, peu transparent, irisé, 
un peu nacré dans quelques parties. Hauteur, de 16 à 25 inill.; 
diamètre, de 30 à 50 millimètres. 

Habite les coteaux de Château-Roussillon, dans les parties 
basses; les coteaux du Mas del Comte, et les fossés de la citadelle. 

VHelix algira ne vivait point en Roussillon; nous en portâmes 
quelques sujets de Montpellier, où elle est fort commune, et nous 



458 HISTOIRE NATURELLE. 

les déposâmes dans les trois localités que nous venons de signaler. 
Ils se sont reproduits, et leur espèce se conserve, grâce à leur 
chair coriace, qui est dédaignée de nos cultivateurs, tandis que la 
Pomatia a presque disparu. 

O. Boutons, Rotundatœ. 
59. Hélice bouton, Hélix rotunclata, Mull. 

Animal. Allongé, grisâtre ou d'un noir-bleuâtre, ponctué de 
noir en dessus et latéralement; tentacules supérieurs fort longs 
et grêles , de la même couleur que le corps ; boutons oculaires 
gros , assez globuleux , très-arrondis ; pied étroit , fortement 
rebordé, non-frangé. 

Coquille. Très-ouvertement ombiliquée, convexe en dessus, 
à tours de spire très-serrés, subcarénée, régulièrement striée, 
côtelée, assez solide, couleur- de corne, flammulée de fauve- 
rougeâtre ; ouverture transversalement ovalaire , déprimée et 
rétrécie ; épiphragme vitreux et fort mince. Hauteur, de 2 à 4 
millimètres; diamètre, de 5 à 8 millimètres. 

Habite le long de La Tet, dans les bosquets et les taillis, où 
elle est fort commune. On la prend en abondance dans les allu- 
vions , après une forte crue. 

40. Hélice lenticule, Hélix lenticula, Fer. 

Animal. Grêle, finement rugueux, blanchâtre ou d'un gris- 
bleuâtre en dessus, plus clair sur les côtés, blanc-jaunâtre en 
dessous; tentacules supérieurs épais et médiocrement allongés; 
pied long et étroit, pointu antérieurement. 

Coquille. Déprimée, légèrement bombée en dessus et bien 
convexe en dessous, ouvertement ombiliquée, très-finement striée, 
solide , d'un corné-fauve ou roussâtre et unicolore ; carène assez 
aiguë; ouverture arrondie, légèrement échancrée et anguleuse à 
la carène; épiphragme d'un blanc-de-lait opaque. Hauteur, de 
3 à 4 millimètres; diamètre, de 7 à 8 millimètres. 



MOLLUSQUES. 459 

Habite. On la trouve dans les environs de Chàteau-Roussillon, 
autour des ruines de cette localité. Très-commune à Collioure, 
au pied des murs des glacis de la place et du fort Miradou, 
attachée aux orties qui y croissent abondammemt. Elle y est en 
compagnie de YHelix Nitens, Conspurcata, Pulchella, Verniculata. 
$e trouve aussi à Cosperons, d'après le docteur Penchinat. 

Ai. Hélice de Rang, Hélix rangiana, Desh. 

Animal. Très-grêle, délicat, finement chagriné en dessus, 
presque transparent, d'un gris légèrement bleuâtre en dessous; 
pied presque tronqué antérieurement, d'un jaune-clair un peu 
roussàlre. 

Coquille. Lenticulaire, presque aplatie en dessus et convexe 
en dessous, fortement ombiliquée et carénée, striée, côtelée, 
assez solide quoique mince, d'une couleur cornée-fauve uni- 
forme, un peu plus claire en dessous; ouverture rétrécie et 
échancrée en croissant; péristome non continu, réfléchi, bi- 
denté; épiphragme vitreux et fort mince. Hauteur, de 4 à 5 
millim. */a '■> diamètre, de 7 à 8 millimètres. 

Habite entre Collioure et Consolation , à mi-chemin à gauche 
de la route, tout près d'une rangée de peupliers; dans les murs 
des vignes, où elle est abondante, et autour des habitations de 
la chapelle de Consolation , au pied des murs et des jardins. 

M. Rang, en station à Port-Vendres, trouva cette coquille dans 
le ravin qui descend de Consolation. On crut qu'elle était amenée 
par l'eau de la montagne où est située la Tour du Diable; on la 
chercha vainement dans cette localité. M. Bélieu, qui s'occupait 
alors de conchyliologie et qui habitait Collioure, fit des recherches 
et découvrit les endroits où elle se trouve en abondance : c'est 
lui qui la propagea. Bien qu'on la trouve avec beaucoup de diffi- 
culté, à cause de sa petitesse et des gîtes qu'elle choisit, elle 
n'est pourtant pas rare; elle se lient de préférence clans les lieux 
humides, et ne sort que la nuit; elle s'enfonce à une grande 
profondeur dans la (erre pendant les fortes chaleurs, ce qui fit 



460 HISTOIRE NATURELLE. 

dire à M. Boubée, qui la cherchait et ne la trouva point, qu'on 
l'avait trompé sur l'habitat. Ce n'était pas étonnant : il avait été 
à Consolation en juillet, par une température de 30 à 35 degrés 
et une sécheresse extrême. Ce n'est point avec un temps pareil 
qu'on doit chercher les Mollusques, surtout de cette taille. Si on 
va sur les lieux par une journée de pluie, on est sûr d'en faire^ 
une bonne provision. 

M. Penchinat m'écrit, 2 mars 1861, au sujet de cette coquille: 
« On la trouve au pied des murs humides, à Consolation, dans les 
vignes et partout où ce Mollusque trouve à s'abriter du jour et du 
vent; son animal est très-sensible et se cache de suite dans les 
murailles, qu'il faut démolir pour l'attraper. J'ai trouvé cette 
coquille partout depuis le Cap-Cerbère , à Banyuls-sur-Mer, à 
Cosperons, à Port-Vendres et à Collioure, jusques au torrent du 
Ravenal, qu'elle ne dépasse pas. N'est pas très-commune. » 

P. Variables, Variabiles. 
42. Hélice albelle, Hélix explanata, Mull., H. albella, Drap. 

Animal. Grêle, allongé, pâle, fauve-roussâtre en dessus, plus 
clair en dessous ; tentacules supérieurs assez allongés ; point 
oculaire noir et apparent; côtés du corps d'un blanc-jaunâtre; 
pied non frangé sur les bords, qui sont un peu relevés, un peu 
transparents, d'une brun-jaunâtre clair. 

Coquille. Très-déprimée, très-aplatie en dessus, convexe en 
dessous; stries peu apparentes, fines; un peu épaisse, solide, 
mate, opaque, d'un blanc-jaunâtre, plus pâle vers l'ombilic : ce 
dernier très-large ; ouverture très-oblique , peu échancrée par 
l'avant-dernier tour; péristome interrompu, droit, avec un bour- 
relet intérieur blanc ou roussâtre. Hauteur, de 5 à 7 millimètres ; 
diamètre, de 12 à 16 millimètres. 

Habite sur les plages, aux environs de l'étang du Bordigol, 
près de Torreilles, et dans les environs de Salses, sur les dunes 
qui séparent l'étang de la mer; beaucoup plus commune près de 
Leucate et à l'île Sainte-Lucie, sur les plantes et sur les arbustes. 



MOLLUSQUES. 461 

43. Hélice petit troque, Hélix trochilus, Poir. 

Animal. Assez grêle, couvert de légères rugosités allongées; 
tentacules supérieurs minces et allongés ; corps d'un blanc- 
jaunàtre ou roussâtre. 

Coquille. Conique, déprimée, assez convexe en dessous, un 
peu ombiliquée, solide, blanche, plutôt d'un blanc -jaunâtre, 
quelquefois ornée d'une bande brun-fauve à la partie supérieure 
des tours; carène très-comprimée; ouverture ovale. Hauteur, de 
4 à 5 millimètres; diamètre, de 8 à 10 millimètres. 

Habite le bord de la plage, entre Saint-Laurent et Salses, 
sur les tiges des graminées et dans les champs de luzerne. Nous 
l'avions confondue avec VElegans, avec laquelle elle a beaucoup 
de rapports, et qui habite les mêmes lieux; elles sont souvent 
mêlées sur la même plante. 

44 Hélice élégante, Hélix elegans, Gmel. 

Animal. Petit, arrondi en avant, transparent, d'un gris-rous- 
sâtre en dessus, gris-jaunàtre-sale en dessous; tentacules gros, 
jaunâtres ; points oculaires noirs ; pied sans franges , fortement 
arrondi antérieurement; dessous du pied de couleur uniforme, 
bordé de grisâtre. 

Coquille. Offrant peu de différence par la forme avec celle 
de l'espèce précédente. De couleur uniforme blanche, entourée 
de la base au sommet d'une petite bande cornée-fauve ou d'un 
pourpre-noirâtre; elles varient par la disposition des couleurs, 
ce qui permet d'en faire plusieurs variétés ; ombilic très-petit ; 
ouverture peu oblique; péristome droit, peu épaissi, blanc, à 
bords très-écartés ; épiphragme complet, épais, solide, opaque, 
inégalement crétacé. Hauteur, de 6 à 8 millimètres; diamètre, 
de 8 à 10 millimètres. 

Habite les plages maritimes et les luzernières qui se rappro- 
chent le plus des dunes, à Canet, Saint-Laurent, Salses, et surtout 
aux environs de La Nouvelle et à l'île Sainte-Lucie. Commune 
sur les glacis du Fort Caire à Collioure. 



462 HISTOIRE NATURELLE. 

45. Hélice conique, Hélix trochoïdes, Poir., Hélix conica, 

Drap. 

Animal. Grêle, d'un gris-noiràtre ; tentacules supérieurs effilés, 
finement ponctués de noirâtre; manteau jaunâtre; pied étroit, 
d'un blanc-jaunâtre, non frangé, plus clair vers les bords. 

Coquille. Globuleuse, conique, obtuse au sommet, finement 
striée, perforée, opaque, solide, presque brillante, blanchâtre et 
souvent entourée de la base au sommet d'une ou plusieurs bandes 
fauves plus ou moins prononcées, entières ou interrompues, quel- 
quefois tachetée et souvent unicolore; ombilic très-petit; ouverture 
transversalement ovalaire-arrondie, plus large que haute; péris- 
tome interrompu, droit, un peu épais, roussâtre ou blanchâtre 
intérieurement; épiphragme blanc, mince, légèrement opaque. 
Hauteur, de 4 à 7 millimètres; diamètre, de 6 à 8 millimètres. 

Habite toutes nos plages , dans les pelouses et les prairies 
les plus rapprochées de la mer, sur les plantes, de préférence 
sur les chicoracées qui abondent dans ces lieux. 

La disposition des lignes qui couvrent cette coquille, permet 
d'en faire plusieurs variétés. 

46. Hélice pyramidée, Hélix pyramidata, Drap. 

Animal. Effilé, grêle, d'un gris-noirâtre en dessus, d'un blanc- 
jaunâtre en dessous ; tentacules supérieurs très-effilés et plus 
foncés que le reste de l'animal ; manteau d'un gris-jaunâtre. 

Coquille. Globuleuse , de forme conique en dessus, perforée, 
très-finement striée , épaisse , solide , opaque , presque brillante, 
unicolore , blanche , quelquefois diversement fasciée de fauve ou 
de noirâtre, et les bandes souvent interrompues; ombilic petit; 
ouverture oblique, transversalement ovale; péristome interrompu, 
droit, roussâtre ou blanc; épiphragme mince, très-peu transpa- 
rent, crétacé, avec une petite tache opaline. Hauteur, de 6 à 10 
millimètres; diamètre, de 8 à 12 millimètres. 

Habite les lieux stériles, les fossés des fortifications de la cita- 



MOLLUSQUES. 463 

délie et des lunettes de Perpignan , les pelouses qui bordent les 
dunes de nos plages; elle est très-commune au bas des coteaux 
qui entourent la plage de las Elmas, près de Banyuls-sur-Mer. 
Je l'ai trouvée aussi à l'île Sainte-Lucie. 

47. Hélice apicine, Hélix apicina, Lam. 

Animal. Epais, trapu, arrondi antérieurement, d'un gris- 
noirâtre; tentacules supérieurs gros, d'un brun-grisâtre; point 
oculaire très-noir; pied large, presque tronqué en avant, d'un 
gris-noirâtre. 

Coquille. Globuleuse, subdéprimée, légèrement aplatie en 
dessus, renflée en dessous, striée légèrement et irrégulièrement, 
mince, opaque, blanchâtre ou grisâtre, ornée de taches cornées, 
qui lui donnent un aspect flammulé, couverte de poils rares et 
courts; ombilic médiocre; ouverture ronde, un peu échancrée 
par l'avant -dernier tour; épiphragme mince, blanc, opaque, 
subcrétacé. Hauteur, de -4 à 5 millim.; diamètre, de 8 à 10 mill. 

Habite les prairies des bords de l'Agly, près de Saint-Antoine- 
de-Galamus, où M. Aleron l'a trouvée le premier. Nous l'avons 
prise dans la même vallée, dans les chaumes des champs, entre 
Casas-de-Pena et Rivesaltes, surtout dans les environs d'Espira- 
de-1'Agly. 

48. Hélice sale, Hélix conspurcata. Drap. 

Animal. Gris, ou d'un gris-bleuâtre en dessus, trapu, presque 
tronqué antérieurement; tentacules supérieurs allongés, de la 
même couleur que le corps, gros à l'extrémité; point oculaire 
noir et très-prononcé; pied presque tronqué antérieurement, 
côtés assez transparents, d'un brun-jaunâtre; dessous du pied 
d'un brun-sale, largement bordé de taches noires. 

Coquille. Déprimée, à peine légèrement convexe en dessus, 
et très-convexe en dessous, striée, côtelée, mince, opaque, hispi- 
dule, de couleur de corne-cendrée, finement tachetée, étroite- 
ment ombiliquée; ouverture oblique, ovale-arrondie, peu échan- 



464 HISTOIRE NATURELLE. 

crée ; péristome droit, interrompu, mince, à bords un peu 
écartés; épiphragme vitreux, mince, aplati, en partie transparent. 
Hauteur, de 3 à 5 millimètres; diamètre de 6 à 8 millimètres. 

Habite Perpignan, dans les fossés de la citadelle, au pied des 
murs et sur les plantes ; fort commune dans le cimetière de là 
porte Saint-Martin. . 

49. Hélice striée, Hélix stria ta. Drap. 

Animal. Court, d'un gris-jaunâtre, largement bordé de noirâ- 
tre ; quatre lignes plus obscures partent des quatre tentacules et 
s'étendent sur le corps ; pied presque tronqué antérieurement ; 
côtés assez larges, se rétrécissant en avant, d'un gris-jaunâtre. 

Coquille. Déprimée, un peu globuleuse, striée, légèrement 
échancrée, solide, épaisse, blanchâtre ou d'un blanc-jaunâtre, 
quelquefois unicolore , souvent fasciée de fauve ou de brun ; 
ouverture oblique, ovale-arrondie , médiocrement échancrée ; 
péristome interrompu, presque droit, avec un bourrelet intérieur 
blanc ou roussâtre; épiphragme plus ou moins complet, plissé, 
très-mince, transparent, irisé, membraneux. Hauteur, de 5 à 7 
millimètres; diamètre, de 8 à 10 millimètres. 

Habite les garrigues de Calce, dans les ravins, sous les pierres 
et sur les plantes; nous l'avons aussi trouvée dans la vallée du 
Réart, dans les environs de Notre-Dame du Col et dans les ravins 
des monts des environs de celte chapelle. 

50. Hélice des gazons, Hélix cespitum, Drap. 

Animal. Allongé, gros, finement rugueux, rides allongées, 
d'un blanc-jaunâtre-pâle plus foncé en dessus; tentacules supé- 
rieurs très -allongés; point oculaire noir; pied sans franges, 
légèrement pointu antérieurement, dessous de couleur uniforme. 

Coquille. Subglobuleuse, déprimée, striée régulièrement, 
opaque, passant du blanc-de-lait à la couleur pourpre-noirâtre, 
unicolore ou fasciée d'un fauve-purpurescent plus ou moins foncé ; 
les bandes varient considérablement en nombre et en couleur; 



MOLLUSQUES. 465 

ombilic très-ouvert ; ouverture oblique, arrondie, peu échancrée 
par l'avant-dernier tour ; périslome interrompu, droit, un léger 
bourrelet blanc intérieurement; épiphragme lisse, très-mince, 
peu transparent, à peine irisé, peu miroitant. Hauteur, de 12 à 
18 millimètres; diamètre, de 20 à 28 millimètres. 

Habite tout le pied des Albères ; très-commune aux environs 
de Céret, dans les jardins et surtout au Castellas (vieux château), 
auprès duquel se trouvent les carrières à plâtre. M. Michel en 
trouva un individu sénestre, sorte de monstruosité qui n'avait 
pas encore été signalée dans cette espèce. On peut en faire 
diverses variétés, si on considère la disposition des raies qui 
couvrent son test. 

51. Hélice ruban, Hélix ericetorum, Mull. 

Animal. Un peu grêle, rugueux, rides allongées, d'un gris- 
bleuâtre en dessus; tentacules supérieurs effilés et de la même 
couleur; points oculaires noirs, apparents; pied un peu anguleux 
en avant, transparent, d'un brun-jaunâtre, finement bordé de 
blanchâtre. 

Coquille. Déprimée, très-finement striée, stries irrégulières 
et éloignées les unes des autres, mince, blanche ou cendrée, 
unicolore, ou bien ornée de une à cinq bandes, tantôt larges, 
tantôt filiformes, largement ombiliquée; ouverture très-oblique, 
arrondie, peu échancrée par l'avant-dernier tour; péristome 
interrompu, droit, avec un bourrelet intérieur blanc ou rous- 
sâtre; épiphragme vitreux, très-mince, transparent, membra- 
neux, irisé. Hauteur, de 8 à 12 millimètres; diamètre, de 14 à 
25 millimètres. 

Habite les gazons et les pelouses des parties montueuses de 
nos montagnes moyennes, les basses Albères, les montagnes de 
Céret et Amélie-les -Bains, dans la vallée de Saint-Marsal 
jusqu'au pied de la Tour de Batère. Celles que nous trouvons 
dans cette dernière localité, sont plus petites. C'est encore une 

TOME m. 50 



466 HISTOIRE NATURELLE. 

de celles dont on peut établir diverses variétés, si on a égard à 
la disposition des bandes ou lignes qui couvrent la coquille. 

52. Hélice négligée, Hélix neglecta, Drap. 

Animal. On ne peut guère établir de différence avec celui de 
l'Hélice-Ruban. 

Coquille. Globuleuse, déprimée, plus ou moins aplatie en 
dessus, bombée en dessous, presque lisse, solide, opaque, 
blanche, souvent d'un fauve-rougeâtre , ornée de plusieurs ban- 
des entières ou interrompues, qui sont quelquefois flammulées; 
ouverture oblique, arrondie, un peu échancrée par l'avant-dernier 
tour; péristome interrompu, droit et tranchant, avec un bourrelet 
intérieur roux; épiphragme vitreux, mince, transparent, miroi- 
tant, irisé. Hauteur, de 7 à 12 millim.; diamètre, de 10 à 15. 

Habite les montagnes de la vallée du Réart, vers la Cantarana, 
Llaurô et ses environs , Oms et toute cette contrée, dans les pelouses 
et dans les jardins qui se trouvent dans la gorge. 

53. Hélice submaritime, Hélix submaritima, Rossin. 

Animal. Entièrement semblable à celui de l'Hélice-Variable. 
Nous avions confondu pendant longtemps cette espèce avec une 
des nombreuses variétés de YHelix variabilis; seulement elle était 
toujours moins forte de taille. 

Coquille. Globuleuse, déprimée, finement et irrégulièrement 
striée, solide, blanchâtre, tantôt unicolore, tantôt ornée de bandes 
brunes ou fauves , continues ou interrompues , dont les disposi- 
tions sont très-variables, médiocrement ombiliquée; ouverture 
oblique, arrondie, un peu échancrée par l'avant-dernier tour; 
péristome interrompu, droit, à bords peu rapprochés; épiphragme 
très-mince. Hauteur, de 8 à 12 millimètres; diamètre, de 14 à 18 
millimètres. 

Habite les prairies des environs de Perpignan, les jardins des 
bords de la rivière, dans les clairières des taillis et sous Château- 
Roussillon ; je l'ai aussi trouvée dans plusieurs de nos vallées, à 



MOLLUSQUES. 467 

Estoher, à Vernet, à Saint-Antoine-de-Galamus , vivant et se 
collant sur diverses plantes, toujours en grand nombre, comme 
le fait YHelix variabilis. 

54. Hélice variable, Hélix variabilis, Drap. 

Animal. Assez court, blanchâtre, grisâtre, plus souvent noirâtre 
ou tout noir en dessus; tentacules supérieurs allongés, sans être 
bien grêles, et d'une couleur plus foncée que le cou; pied large- 
ment arrondi antérieurement, sans franges, un peu jaunâtre; 
dessous du pied un peu roussâtre, bordé de blanc. 

Coquille. Globuleuse, élevée ou subdéprimée, finement et 
irrégulièrement striée, solide, opaque, blanche, extrêmement 
variable dans sa couleur, comme aussi dans la disposition des 
bandes nombreuses dont elle se couvre, qui sont brunes, 
entières , interrompues ou réduites à des flammes ou à des 
points, ce qui lui a probablement valu le nom de variable; 
ombilic variable dans son ouverture ; ouverture arrondie , un 
peu échancrée par l'avant-dernier tour; péristome interrompu, 
droit, avec un bourrelet intérieur brun-rouge ou blanchâtre; 
épiphragme vitreux et mince. Hauteur, de 10 à 18 millimètres; 
diamètre, de 13 à 22 millimètres. 

Habite partout dans le département, depuis les bords de la 
mer, jusqu'à la hauteur des montagnes moyennes, dans toutes 
nos vallées; on la trouve ordinairement en grand nombre sur les 
plantes, les chardons surtout et les lamarix. On peut en faire aussi 
un bon nombre de variétés; on en trouva de toutes blanches, avec 
la bouche rosée. 

55. Hélice maritime, Hélix maritima, Drap. 

Animal. 11 existe peu de différence entre l'animal de YHelix 
variabilis et celui de YHelix rnaritima. On les confondrait aisé- 
ment si on les voyait séparément; cependant, on en a établi une 
espèce, et tout porterait à croire que ce n'est qu'une des nom- 
breuses variétés qu'on trouve dans YHelix variabilis. 



468 HISTOIRE NATURELLE. 

Coquille. Elle ne présente pas non plus beaucoup de diffé- 
rence avec l'espèce précédente, et elle se rapproche beaucoup de 
certaines variétés de Y Hélix variabilis; mais, d'après Draparnaud 
et M. Dupuy, « elle s'en distingue par sa forme un peu plus coni- 
que, par sa consistance plus solide, par sa carène plus prononcée, 
par sa petitesse toujours constante, par son trou ombilical plus 
étroit, et surtout par la vivacité de ses couleurs. Les bandes sont 
d'un brun-foncé, quelquefois noires, ordinairement très-rappro- 
chées, presque confondues et interrompues, de façon que la 
coquille paraît souvent brune ou noirâtre, avec de petites bandes 
et taches agréablement entremêlées. » 

Ajoutons à cela une grande dose de bonne volonté pour en faire 
une nouvelle espèce. Quand on considère les nombreuses variétés 
des deux coquilles, si ce n'était la petitesse de l'Hélice-Maritime, 
qui est presque toujours d'un tiers plus petite que l'Hélice- 
Variable, on serait porté à les confondre; car, souvent dans les 
variétés de la première, on trouve des individus qui ne sont guère 
plus gros que les plus avantageux de la seconde. Hauteur, de 7 à 
10 millimètres; diamètre, de 7 à 10 millimètres. 

Habite les plages de la mer, et les prairies maritimes des bords 
de l'Agly, près Saint-Laurent-de-la-Salanque, et celles AuBordigol, 
près de Torreilles. Nous la trouvons aussi assez éloignée des dunes, 
sur les plantes des prairies des environs des cours d'eau près de 
Perpignan et de Rivesalles. On ferait de cette coquille les mêmes 
variétés qu'on peut faire de l'Hélice-Variable. 

56. Hélice rhodostome, Hélix pisana, Mull. 

Animal. Allongé, rugueux, d'un gris-jaunâtre en dessus, d'un 
jaune-roussâtre en dessous; tentacules supérieurs coniques, al- 
longés, transparents, d'un gris-jaunâtre; points oculaires petits, 
saillants, noirs ; pied large, sans franges, un peu tronqué antérieu- 
rement, dessous transparent sur les bords, d'un fauve-rougeâtre. 

Coquille. Globuleuse, très-variable dans ses couleurs, blanche, 
jaunâtre ou grisâtre, tantôt unicolore, souvent ornée de bandes 






MOLLUSQUES. 469 

fauves ou pourprées, quelquefois la coquille est comme fiammu- 
lée, d'autres fois elle est d'un blanc-de-lait uniforme, avec le 
bourrelet d'un rose très-vif, très-étroitement perforée, irrégu- 
lièrement striée; ouverture arrondie, quelquefois ovalaire, assez 
fortement échancrée par l'avant-dernier tour; péristome presque 
droit, avec un bourrelet qui, dans la plupart des individus, est 
coloré de rose; épiphragme vitreux et mince, excepté en hiver, 
saison pendant laquelle l'animal fixe sa coquille sur les plantes au 
moyen de son épiphragme, qui prend alors une consistance assez 
forte. Hauteur, de 14 à 22 millim.; diamètre, de 16 à 26 millim. 

C'est peut-être une des coquilles qui offre le plus de variétés 
par la grosseur et par la disposition de ses couleurs. 

Habite. Partout dans le département, et dans les trois bassins ; 
on la trouve abondamment dans les fossés des fortifications de 
Perpignan, attachée à toute sorte de plantes, sur le bord des gran- 
des routes, dans les champs, les jardins : elle est si abondante, 
qu'on la récolte pour en nourrir les Canards; édule, nos paysans 
en consomment énormément. 

57. Hélice conoïde, Hélix conoïdea, Drap. 

Animal. Peu rugueux, d'un blanc-roussàtre, plus pâle en 
dessous, assez allongé, transparent; tentacules grêles, assez 
longs et plus foncés que le cou; pied étroit et un peu pointu pos- 
térieurement, blanchâtre, nuancé de gris-roussâtre. 

Coquille. Globuleuse, conoïde, plus haute que large, striée 
irrégulièrement, solide, blanche, unicolore ou ornée de bandes 
brunes ou fauves, variant beaucoup par leur disposition ; ombilic 
petit; ouverture peu oblique, presque arrondie, très-peu échan- 
crée par l'avant-dernier tour; péristome interrompu, droit, 
mince, concolore, à bords assez rapprochés, convergents ; épi- 
phragme mince, transparent. Hauteur, de 6 à 8 millimètres; 
diamètre, de 5 à 7 millimètres. 

Habite sur les plantes, le long de nos côtes marines, et surtout 
dans les expositions méridionales de la vallée de Banyuls. 



470 HISTOIRE NATURELLE. 

58. Hélice bulimoïde, Hélix bulimoïdes, Moq.-Tand. 

Animal. Allongé, fortement tronqué par devant, se rétrécissant 
brusquement par derrière, un peu transparent, d'un brun-jaunâ- 
tre en dessus, plus clair en dessous; tentacules très-longs, grêles, 
cylindroconiques , finement chagrinés; points oculaires petits, 
noirs, transparents; pied arrondi par devant, largement bordé; 
dessous du pied de couleur uniforme, transparent sur les bords. 

Coquille. Allongée, conique, ventrue, turriculée en dessus, 
très -bombée en dessous, à stries longitudinales assez larges, 
inégales; mince, solide, un peu luisante, glabre, blanchâtre, 
presque opaque, avec une bande brune un peu transparente; 
ombilic très-petit ; ouverture oblique, presque longitudinalement 
ovale, un peu échancrée par l'avant-dernier tour; péristome 
interrompu, droit, mince, à bords un peu écartés; épiphragme 
complet, un peu épais, très-peu plissé, transparent, irisé. Hau- 
teur, de 8 à 12 millimètres ; diamètre, de 5 à 8 millimètres. 

Habite toutes les prairies maritimes et les luzernes sur tout le 
littoral, attachée aux tiges des plantes. Varie beaucoup par la 
grosseur et par la couleur de la coquille. 

Genre Bulime, Bulimus, Brug. 

Animal. Semblable à celui des Hélices ; tortillon plus 
allongé et tentacules inférieurs plus courts. 

Coquille. Ovale, oblongue ou turriculée ; dernier tour 
plus grand que le pénultième; ouverture ovale, bords 
inégaux, toujours désunis; columelle lisse, droite et sans 
troncature a la base. 

1. Bulime ventru, Bulimus ventrosus, Lud., Pfeiff., 
Bulimus venir icolus, Drap. 

Animal. Gris-jaunâtre, roussâtre, et souvent noirâtre, finement 
rugueux ; tentacules supérieurs allongés , fortement boutonnés à 
l'extrémité ; point oculaire d'un roux-noirâtre. 



MOLLUSQUES. 471 

Coquille. Ovale-conique, obtuse au sommet, subperforée, irré- 
gulièrement striée, solide, opaque, blanche et plus souvent grise, 
ornée de bandes brunes ou fauves diversement disposées, qui 
rendent la coquille tachetée et comme bigarrée; ouverture obli- 
quement ovale, échancrée par l'avant-dernier tour. Hauteur, de 
8 à 12 millimètres; diamètre, de 6 à 8 millimètres. 

Habite les prairies maritimes le long du littoral ; on la trouve 
abondamment dans les champs de luzerne, même assez loin de 
la côte. 

2. Bulime aigu, Bulimus acutus, Brug. 

(M. Moquin-Tandon n'admet pas cette espèce. ) 

Animal. Peu différent de celui qui précède, mais plus minime. 

Coquille. Conique-turriculée, presque aiguë au sommet, striée 
irrégulièrement, assez solide et opaque, blanche ou grise, très- 
diversement fasciée de brun et de fauve ; épiphragme mince et 
vitreux. Hauteur, de 12 à 20 millim.; diamètre de 6 à 8 millim. 

Habite les prairies du pied de Château-Roussillon, près de la 
rivière ; on la trouve dans les prairies de toute la Salanque et 
dans celles qui bordent le pied des Albères; aux environs d'Arles 
dans les prairies du bord du Tech. 

3. Bulime radié, Bulimus radiatus, Brug., Bulimus 

détritus, Desh. 

Animal. Jaunâtre, rugueux, à rides un peu allongées ; tenta- 
cules supérieurs assez épais, très-obtus et bleuâtres ; point ocu- 
laire noir. 

Coquille. Ovale-allongée, ventrue vers le milieu, conoïde vers 
le sommet, obtuse, solide, brillante, blanche, variant beaucoup 
par la disposition de taches cornées qui couvrent quelquefois la 
coquille ; ouverture ovale ; épiphragme vitreux. Hauteur, de 24 à 
34 millimètres ; diamètre, de 8 à 12 millimètres. 

Habite la base de toutes nos montagnes, jusqu'à une certaine 
élévation : Saint-Antoine-de-Galamus, Villefranche , Serdinya, 



472 HISTOIRE NATURELLE. 

Olette, Géret et les montagnes de la vallée du Réart, Oms, 
Llaurô, la vallée de Saint-Laurent-de-Cerdans et les environs de 
Coustouges. On pourrait faire diverses variétés si on s'attachait à 
la coloration et aux bandes qui couvrent cette coquille. 

4. Bulime montagnard, Bulimus montanus, Drap. 

Animal. Trapu, finement rugueux, peu transparent, d'un gris- 
noirâtre ou bleuâtre; tentacules supérieurs assez longs, d'un 
brun-roussâtre , finement piquetés de brun; pied non frangé, 
grisâtre. 

Coquille. Conique-oblongue, finement striée, un peu ventrue, 
mince, assez solide, glabre, un peu luisante, d'un jaune-rougeâ- 
tre ; ombilic étroit ; ouverture un peu oblique, ovalaire ^péris- 
tome interrompu, évasé, épais, rougeâtre ou blanchâtre; épi- 
phragme mince, lisse, assez transparent. Hauteur, de 14 à 18 
millimètres ; diamètre, de 5 à 7 millimètres. 

Habite les forêts des régions alpines, la Font de Comps, les 
bois avant d'arriver au Randé, en montant à Cady; les environs 
de La Preste. Je l'ai trouvée dans les forêts qui avoisinent Salva- 
nère, au pied des arbres, dans la mousse, dans les broussailles 
amenées par les eaux, mais toujours en petit nombre. 

5. Bulime obscur, Bulimus obscurus, Drap. 

Animal. Noir ou d'un gris-noirâtre ; tentacules supérieurs 
assez épais ; manteau de la même couleur que le corps. 

Coquille. Ovale-oblongue, petite, striée, fragile, subpellucide, 
d'un brun uniforme plus ou moins foncé , munie d'une fente 
ombilicale; ouverture ovale, peu échancrée; péristome réfléchi. 
Hauteur, de 9 à 12 millimètres; diamètre , de 5 à 6 millimètres. 

Habite les lieux frais des bois de nos montagnes inférieures, 
dans la mousse qui couvre le pied des arbres , parmi les brous- 
sailles au bord des torrents. 

6. Bulime décollé, Bulimus decollalus, Brug. 



MOLLUSQUES. 473 

Animal. Gros et grossièrement rugueux, d'un gris-ardoisé plus 
ou moins foncé ; tentacules supérieurs épais; manteau d'un gris- 
bleuâtre. 

Coquille. Cylindrique-allongée, tronquée au sommet, irrégu- 
lièrement striée, solide, d'une couleur de corne uniforme plus 
ou moins foncée. On trouve des sujets entièrement blancs, surtout 
derrière la citadelle de Perpignan, dans les lieux où on a déposé 
des décombres. Hauteur, de 26 à 36 millimètres; diamètre, de 
10 à 16 millimètres. 

Habite les haies des champs et des vignes, sous les pierres, 
partout dans les trois bassins ; très-commune dans les fossés des 
fortifications de la ville et de la citadelle de Perpignan, dans les 
lieux où on a déposé des décombres, sous les pierres, près des 
buissons et au pied des chardons qui abondent dans ces lieux. 

Genre Agathine, Achatina, Lam. 
Animal. Semblable à celui des Bulimes. 

Coquille. Ovale-oblongue ou turriculée, semblable à 
celle des Bulimes dont elle ne diffère que par la colu- 
melle nettement tronquée à la base. 

1. Agathine aiguillette, Achatina acicula, Lam. 
(M. Moquin-Tandon l'a portée au genre Bulime, Bul. acicula.) 

Animal. Grêle, délicat, blanchâtre; tentacules filiformes, non 
renflés au sommet. 

Coquille. Très-allongée, petite, imperforée, très-lisse et bril- 
lante, ordinairement blanche, prend souvent une teinte roussâtre; 
ouverture oblongue ; péristome simple , sans bourrelet et sans 
ombilic. Hauteur, de 4 à 6 millimètres; diamètre, 1 millimètre. 

Habite. Elle est fort commune dans toutes les prairies des par- 
ties basses des trois bassins, dans la Salanque, surtout vers les 
parties les plus rapprochées des dunes. 



474 HISTOIRE NATURELLE. 

Genre Zue, Zua, Leac. 

Animal. Semblable extérieurement a celui des Agathi- 
nes, mais il est ovovivipare. 

(Les observations de M. Moquin-Tandon ne laissent aucun 
doute à ce sujet. ) 

Coquille. Ovale-allongée, imperforée; ouverture sans 
dents , piriforme , rétrécie et lancéolée à la partie supé- 
rieure; péristome simple; entièrement lisse et brillante. 

1. Zue brillante, Zua lubrica, Leac. 

Animal. Allongé, d'un gris-bleuâtre, rugueux; tentacules assez 
allongés, plus foncés que le corps. 

Coquille. Allongée, un peu ventrue, imperforée, cornée, très- 
lisse et brillante, variant beaucoup par la taille; ouverture ovale, 
fortement échancrée; péristome assez droit; columelle présentant 
à la base un indice de troncature. Hauteur, de 4 à 7 millimètres; 
diamètre, de 1 millim. V2 à 3 millimètres. 

Habite toutes nos prairies, dans les lieux frais et humides, 
près des ruisseaux où coule l'eau pour l'arrosage, sous les détritus, 
et attachée aux feuilles et aux broussailles. Commune dans les 
prairies de Thuir. 

M. Moquin-Tandon l'a rapportée au genre Bulime et en a fait 
son Bulime-Brillant. 

2. Zue follicule, Zua folliculus, Dup. 

Animal. Allongé, délicat, d'un gris-clair; tentacules courts et 
épais, plus foncés que le corps. 

Coquille. Ovale, subcylindrique, aiguë au sommet, imperforée, 
d'un corné-roussâtre, très-lisse, très-brillante ; ouverture allon- 
gée, rétrécie; péristome droit, tranchant, légèrement bordé de 
blanc-roussâtre. Hauteur, de 7 à 9 millimètres; diamètre, de 2 
à 3 millimètres. 

Habite dans les vignes du Vernet, près Pia; dans le Haut- 



MOLLUSQUES. 475 

Vernet de Perpignan; les monticules du Mas del Comte, et au 
Sarrat de las Guillas; Casas-de-Pena ; sous les pierres et dans les 
broussailles des endroits frais de toutes ces localités; se plaît au 
pied de certaines plantes, et, un jour d'humidité, on la voit marcher 
sur les tiges de ces plantes, surtout sur le fenouil, qui abonde dans 
ces lieux. En temps de sécheresse, elle s'enfonce très-profondé- 
ment dans la terre, au pied de ses plantes de prédilection; en 
arrachant les tiges, on la trouve en grande quantité dans la terre 
qu'on soulève. Ce fait, que j'ai remarqué à Casas-de-Pena pour la 
première fois, et que je dois au hasard , a été mis en pratique 
dans diverses circonstances, toujours avec succès. 
M. Moquin-Tandon a fait son Bulime-Follicule de cette coquille. 

Genre Clausilie, Clausilia, Drap. 

Animal. Semblable à celui des Bulimes, plus petit en 
tout point, le tortillon plus délié. 

Coquille. Sénestre (hors quelques rares espèces), 
turriculée-fusiforme , mince, obtuse au sommet; ouver- 
ture ovale, plissée; péristome continu, réfléchi; un osse- 
let élastique (clausilium), columellaire. 

1. Clausilie lisse, Clausilia laminata, Turt. 

Animal. Médiocrement allongé, d'un gris-bleuâtre uniforme; 
tentacules épais, les supérieurs allongés et de la même couleur 
de l'animal. 

Coquille. Fusiforme , un peu ventrue , assez solide , presque 
transparente, d'une couleur fauve un peu rougeâtre; ouverture 
ovale, piriforme ; péristome continu, épais et blanchâtre. Hau- 
teur, de 12 à 18 millimètres; diamètre, de 4 à 5 millimètres. 

Habite les roches d'où suinte l'eau dans les parties mon- 
tueuses, le bord des ravins dans les endroits sombres et humides 
près Saint-Martin-du-Canigou ; à Saint-Antoine-de-Galamus, au 
bord de la rivière; dans les environs de Villefranche, dans les 
fentes des roches humides près du ruisseau. 



476 HISTOIRE NATURELLE. 

2. Clausilie solide, Clausilia solida, Drap. 

Animal. Jaunâtre; tentacules supérieurs très-grêles, de la 
même couleur que le corps; le point oculaire très-noir. 

Coquille. Cylindrique, fusiforme, très-finement striée ; gorge 
plissée en dehors, gibbeuse, comprimée à la base, brillante, 
solide, d'un blanc-corné; ouverture arrondie; péristome épais, 
blanc. Hauteur, de 12 à 15 millim.; diamètre, de 2 à 3 millim. 

Habite les prairies des parties moyennes de toutes nos monta- 
gnes, dans les murs de soutènement d'où suinte l'eau des irriga- 
tions; sur les plantes près de l'eau et sur les roches humides de 
Casas-de-Pena ; dans quelques vallons des gorges de l'Albère, et 
près d'Arles , au pied de la montagne. 

5. Clausilie bidentée, Clausilia bidens, Turt. 

Animal. Grêle, d'un gris-roux et un peu noirâtre vers le mufle ; 
tentacules supérieurs épais, d'un gris-foncé. 

Coquille. Allongée, ventrue, un peu striée, assez mince, 
brillante, d'un roux-jaunâtre; fente ombilicale étroite; ouver- 
ture arrondie; péristome subcontinu. Hauteur, de 12 à 15 milli- 
mètres; diamètre, de 2 à 3 millimètres. 

Habite les murs des vieilles masures, surtout de celles qui sont 
couvertes de plantes et qui ont une certaine humidité ; les roches 
humides près des cours d'eau et dans les prairies, au pied des 
montagnes, dans la vallée du Tech. 

4. Clausilie ridée, Clausilia rugosa, Drap. 

Animal. Grêle, d'un gris-noirâtre ; tentacules supérieurs allon- 
gés, boutonnés au sommet, de même couleur que le corps. 

Coquille. Fusiforme, très -grêle, finement striée, côtelée, 
fragile, d'un corné-fauve; ouverture ovale, piriforme ; péris- 
tome continu, bordé tle blanc; gorge bossue et ridée. Hauteur, 
de 12 à 16 millimètres; diamètre, de 2 à 3 millimètres. 

Habite les roches humides, les murs des canaux et les fentes 



MOLLUSQUES. 477 

des vieilles murailles des propriétés rurales d'où suinte l'eau, 
dans les environs de Prades; dans les ravins des bois qui 
avoisinent le Mas Carol de M. Delcros, à Céret. Je l'ai aussi 
prise dans les environs de La Manère. 

5. Clausilie ventrue, Clausilia ventricosa, Drap. 

Animal. Assez gros, rugueux, à rides allongées; tentacules 
supérieurs allongés, d'un gris-noirâtre; point oculaire noir. 

Coquille. Fusiforme, ventrue, fortement striée, côtelée, so- 
lide, d'un fauve-rougeâtre , quelquefois très-brun; ouverture 
piriforme; péristome continu, réfléchi; gorge peu gibbeuse, sans 
sillon. Hauteur, de 18 à 22 millim.; diamètre, de 4 à 5 millim. 

Habite les environs de Prats-de-Mollô, près des eaux abon- 
dantes des fontaines qui sourdent des montagnes, sur les pierres, 
sur les plantes, et sur les mousses qui croissent dans les environs. 

Genre Balée, Balœa, Leac. 

Animal. Ressemble en tout point à celui des Clausilies. 

Coquille. Comme celle des Clausilies; mais manquant 

de clausilium, ce qui la faisait ranger dans le genre Pupa. 

1. Balée fragile, Balœa fragilis, Leac. 

Animal. D'un gris-jaunâtre, quelquefois verdâtre; tentacules 
supérieurs courts, boutonnés ; points oculaires très-noirs. 

Coquille. Sénestre, presque conique, très-finement côtelée, 
striée, subperforée, tendre, fragile, de couleur de corne un peu 
claire; ouverture ovale; columelle sans lamelle. Hauteur, de 7 à 
10 millimètres; diamètre, de 1 millim. i / 2 à 2 millim. J /2- 

Habite les lieux frais, les herbes, les mousses, se colle sur les 
murs humides, sur les pierres et sur l'écorce des vieux arbres 
des bas-fonds d'Arles-sur-Tech , de la vallée de Saint-Laurent-de- 
Cerdans , de Prats-de-Mollô , et surtout dans les environs de 
La Preste. Cette coquille avait été distraite des Maillots pour en 



478 HISTOIRE NATURELLE. 

former le genre Balée, mais M. Moquin-Tandon l'a rapportée 
aux Maillots. 

Genre Maillot, Pupa, Drap. 

Animal. On ne saurait lui trouver de différence entre 
celui des Clausilies et des Bulimes. 

Coquille. Perforée ou à fente ombilicale, ovale, plus ou 
moins ventrue; tours de spire augmentant graduellement; 
ouverture très-irrégulière , armée de dents ou de plis. 

1. Maillot à quatre dents, Pupa quadridens, Drap. 

Animal. Roussâtre, plus foncé sur la partie antérieure; tenta- 
cules supérieurs effilés, les inférieurs grêles; manteau d'un 
blanc-roussâtre. 

Coquille. Sénestre , oblongue-cylindrique , lisse , brillante , 
solide, couleur de corne-roux; fente ombilicale à peine sensible ; 
ouverture semi-ovale ; péristome évasé, blanc en dedans, à quatre 
dents, l'une au bord apertural, une seconde au bord extérieur, 
et deux au bord columellaire. Hauteur, de 6 à 14 millimètres; 
diamètre, de 2 à 4 millimètres. 

Habite sous les pierres, dans les fissures des rochers et dans 
les vieilles murailles des habitations isolées des basses montagnes. 
Je l'ai prise au Castellas (vieux château) de Céret, et sur les forti- 
fications de Villefranche. M. Aleron l'a prise sur les coteaux de 
Château-Roussillon. M. Penchinat l'a trouvée au-dessus de Conso- 
lation, dans la Coba de la Mare de Deu (grotte de Notre-Dame). 

M. Moquin-Tandon rapporte cette coquille aux Bulimes ; il en 
a fait le Bulimus quadridens. 

2. Maillot à trois dents, Pupa tridens, Drap. 

Animal. Épais, brun plus ou moins foncé en dessus; tentacules 
épais, allongés, légèrement enflés au sommet avec le point ocu- 
laire brun-foncé ; pied d'un brun-noirâtre , d'un blanc-sale en 
dessous. 



MOLLUSQUES. 479 

Coquille. Fusiforme, souvent ventrue, très-finement striée 
au point qu'elle paraît lisse, solide, presque luisante, d'un roux 
de corne un peu jaunâtre, uniforme. Hauteur, de 8 à 12 milli- 
mètres; diamètre, de 3 à 5 millimètres. 

Habite la base de toutes nos montagnes calcaires, les environs 
de Céret, Arles, Villefranche , la Trencada d'Ambulla, Casas-de- 
Pena, Estagel, et jusqu'à Saint-Paul-de-Fenouillet. 

M. Moquin-Tandon l'a rapporté au genre Bulime; il en a fait 
le Bulimus tridens. 

5. Maillot variable, Pupa variabilis, Drap. 

Animal. Épais, brun, finement tacheté de noir; tentacules 
supérieurs épais, presque pas renflés au sommet qui est noir. 

Coquille. Cylindrico -conique, presque aiguë au sommet, 
variant beaucoup par la forme, striée très-finement, de couleur 
brun-uniforme, brillante et presque transparente ; ouverture 
semi-ovale; péristome non continu, réfléchi, bordé de blanc. 
Hauteur, de 9 à 15 millimètres; diamètre, de 3 à 5 millimètres. 

Habite les roches calcaires de toute la chaîne des Corbières ; 
nous avons pris abondamment cette coquille dans les environs de 
Maury; très-commune à la Trencada d'Ambulla, parmi le gazon 
des fortificatioûs de Villefranche et à la montagne Saint-Jacques. 

4. Maillot froment, Pupa frumentum, Drap. 

Animal. On ne saurait lui trouver de différence avec celui du 
Maillot- Variable. 

Coquille. Ovale-allongée, acuminée, finement et obliquement 
striée, gorge un peu gibbeuse, couleur de corne-jaunâtre, presque 
transparente; fente ombilicale à peine marquée; ouverture semi- 
ovale et dentée ; péristome légèrement réfléchi, bordé de blanc. 
Hauteur, de 6 à 9 millimètres ; diamètre de 2 à 3 millimètres. 

Habite les parties basses de Casas-de-Pena, au pied des roches, 
parmi les herbes, et souvent on la voit attachée sur les rochers ; 
à Estagel, sur les calcaires; aux environs de Villefranche, parmi 



480 HISTOIRE NATURELLE. 

les graminées qui croissent au pied des roches calcaires, dans la 
partie nord des fortifications de la ville, et à la Trencadad'Ambulla. 

5. Maillot seigle, Pupa secale, Drap. 

Animal. Allongé, variant par la couleur générale du gris au 
noir fortement prononcé ; tentacules supérieurs courts et gros , 
boutonnés à l'extrémité qui est très-noire; pied frangé, d'un 
brun-grisâtre. 

Coquille. Cylindrico-conique, atténuée au sommet et presque 
obtuse, solide, brillante, de couleur de corne, brun ou fauve; 
ouverture obovale, un peu étroite ; péristome interrompu, évasé, 
épais, un peu tranchant, sans bourrelet extérieur. Hauteur, de 
6 à 9 millimètres; diamètre, de 2 à 3 millimètres. 

Habite les basses montagnes de la vallée du Réart, parmi les 
broussailles et dans les fentes des rochers ; on la voit marcher de 
grand matin ou pendant les jours humides, sur les pierres et 
sur les plantes. On la trouve aussi sur les montagnes de Corbère, 
Castelnau , Thuir , dans la partie qu'on appelle le Cake. 

6. Maillot de Boileau, Pupa Boileausiana, Charp. 

Animal. Peu différent de l'animal du Maillot-Seigle. 

Coquille. On l'a confondue souvent avec celle du Maillot- 
Seigle; cependant, en l'observant de bien près, on aperçoit un 
petit pli ajouté au grand pli extérieur de la paroi aperturale, et 
un autre pli très-mince qui suit l'angle supérieur du bord colu - 
mellaire; mais souvent ces deux plis s'oblitèrent, et alors il est 
bien difficile de les distinguer. Hauteur, de 5 à 8 millimètres ; 
diamètre, de 1 millim. l / 2 à 2 millimètres. 

Habite. Commune à la Trencada d'Ambulla et dans les envi- 
rons de Villefranche, attachée aux roches et aux murs; on la 
trouve aussi parmi les graminées au pied des roches. 

M. Moquin-Tandon la regarde comme une variété du Maillot- 
Seigle. 



MOLLUSQUES. 481 

7. Maillot clausilioïde, Pupa clausilioïdes, Boub. 

(M. Moquin-Tandon le regarde comme une variété du Pupa 
Pyrenœaria. ) 

Animal. Allongé, d'un gris-brun très-foncé en dessus, d'un 
jaune-clair sur tout le reste du corps; tentacules supérieurs 
allongés et fortement boutonnés à l'extrémité. 

Coquille. Gylindracée, atténuée aux deux extrémités, obtuse, 
fendue obliquement, finement striée; fente ombilicale bien 
marquée; ouverture ovale, oblique; péristome non continu, 
bordé de blanc; les tours de spire, au nombre de dix à douze, 
bien marqués par une suture qui les sépare ; couleur de corne- 
rousse, assez brillante. Hauteur, de 8 à 10 millimètres ; diamètre, 
2 millimètres. 

Habite les roches calcaires des environs de La Preste , sur 
lesquelles on le voit grimper dans les matinées humides ; il y 
est assez commun. Nous ne l'avons pas trouvé dans d'autres 
localités du département. 

Au premier aspect, on croit voir une Clausilie. Nous avions 
pris ce Maillot en abondance à La Preste en 1823, et nous l'avions 
classé sous le nom de Clausilie rare , à observer. Communiqué 
à M. Boubée, à son passage à Perpignan, il crut aussi que c'était 
une Clausilie. Examiné très-attentivement avec MM. De Boissi et 
Aleron, après en avoir ouvert plusieurs individus pour bien voir 
la conformation intérieure de la bouche, nous avons pensé que 
c'était un Maillot; ses habitudes sont celles des Maillots. Cepen- 
dant, au premier aspect, on croit voir une Clausilie; car il est 
allongé comme la plupart d'entre elles , et la bouche , quand on 
n'y porte pas beaucoup d'attention , ressemble à celle des Clau- 
silies. Tous les naturalistes, au premier abord, s'y sont mépris, 
et ont cru voir une Clausilie. 

8. Maillot des Pyrénées, Pupa pyrenœaria, Mich. 
Animal. Grêle, effilé, variant pour la couleur générale d'un 

TOME III. 51 



482 HISTOIRE NATURELLE. 

gris-noirâtre à un gris-jaunâtre; tentacules supérieurs effilés et 
boutonnés à l'extrémité, qui est très-noire ; le pied est d'un blanc 
presque transparent. 

Coquille. Oblongue, obtuse au sommet, finement striée, assez 
solide, couleur de corne brune, d'un aspect presque soyeux; 
ombilic assez ouvert ; ouverture subovale arrondie , armée de 
cinq à six plis; péristome continu, blanc, réfléchi; columelle 
calleuse par la continuation du péristome qui la recouvre. 
Hauteur, de 5 à 8 millimètres; diamètre, 2 millimètres. 

Habite les environs de La Manère, sur les confins des limites 
du département avec l'Espagne, sur les buis et parmi les pierres; 
on le trouve aussi dans les environs de La Preste, mais il y est 
fort rare; au plateau de la Tour de Mir, près de Prats-de-Mollô, 
où il est fort abondant dans les rochers calcaires couverts par les 
buis, et parmi les graminées qui se trouvent au pied des arbustes 
de cette région très-élevée. 

La variété à bord détaché et avancé, est fort commune à la 
Tour de Mir. 

9. Maillot avoine, Pupa avenacea, Moq. 

Animal. Presque tout noir; tentacules supérieurs épais, bou- 
tonnés à l'extrémité, dont le point oculaire est très-noir. 

Coquille. Conique, un peu allongée, aiguë au sommet, per- 
forée, lisse, assez solide, d'un fauve-brunâtre, brillante; ouver- 
ture semi-ovale; péristome simple, légèrement bordé de blanc- 
roussâtre. Hauteur, de 6 à 8 millim.; diamètre, 2 millimètres. 

Habite les environs de Saint-Paul-de-Fenouillet, sur les ro- 
chers et sur les plantes qui croissent à Saint-Antoine-de-Galamus 
et au pont de la Fou, dépendances de la même localité; on le 
trouve aussi sur les roches de la même chaîne , vers le col 
Saint-Louis. 

10. Maillot de Farines, Pupa Farinesi, Desmo. 
Animal. Petit, oblong, pointu en arrière, d'un brun très-foncé, 



MOLLUSQUES. 433 

presque noir; tentacules très-gros, lisses, noirâtres; pied faible- 
ment frangé, noirâtre ou d'un brun-foncé. 

Coquille. Cylindracée-conique, à rides longitudinales presque 
pas saillantes, serrées, très-fines, mince, un peu solide, luisante, 
d'un brun-vineux et quelquefois un peu grisâtre; ombilic ouvert,' 
demi-entouré par la base du dernier tour; ouverture ovale, obtuse 
à la base, plis nuls; péristome interrompu, très-peu réfléchi, 
mince, tranchant, sans bourrelet extérieur, d'un blanc-roussâtre! 

Habite sur les rochers , où on le voit appliqué et grimpant 
lorsquej'atmosphère est humide. Commun à La Preste, au Coral, 
à Casas-de-Pena, à Saint- Antoine-de-Galamus , aux environs dé 
Prades et de Villefranche, à la Trencada d'Ainbulla. 

i\. Maillot à grands bords, Pupa megacheylos, Ros. 

Animal. Semblable à celui du Maillot de Farines ; seulement il 
est plus rugueux sur le cou; pied arrondi par devant, d'un brun- 
roussâtre un peu clair, bordé de noirâtre. 

Coquille. Dextre, cylindrico-conique, obtuse au sommet, per- 
forée, finement striée, solide, cornée-fauve ou un peu rougeâtre- 
opaque; ouverture rétrécie d'en-bas, anguleuse vers la partie 
inférieure du bord columellaire; péristome étalé, aplati et large- 
ment bordé de blanc. En bien considérant le Maillot à Grands 
Bords, on le trouve un peu plus avantageux de taille que celui 
de Farines. 

Habite les mêmes localités que le précédent; ils sont souvent 
ensemble collés sur les mêmes roches calcaires. 

12. Maillot grain, Pupa granum, Drap. 

Animal. Très -petit, presque oblong, opaque, d'un noir- 
roussâtre, ou d'un gris-foncé ; tentacules gros, presque lisses, 
d'un gris-noirâtre; point oculaire noir; pied non frangé, d'un 
gris-foncé. 

Coquille. Cylindrique, obtuse au sommet, finement striée» 
mince, de couleur de corne-clair, subpellucide, presque bril- 



484 HISTOIRE NATURELLE. 

lante; fente ombilicale bien marquée; ouverture semi-ovale, 
péristome presque simple , à peine bordé de blanc-roussâtre. 
Habite les coteaux de Château-Roussillon , sous les plantes et 
les pierres; les coteaux pierreux du Haut-Vernet de Perpignan; 
sur les calcaires des bords de la Fou, chemin d'Arles à Gortsavi. 

13. Maillot polyodonte, Pupa polyodon, Drap. 

Animal. Trapu, un peu ridé en dessus, d'un roux variant du 
clair au noirâtre; tentacules supérieurs un peu allongés; point 
oculaire noir, assez saillant; pied à rebords larges, d'un brun- 
jaunâtre uniforme. 

Coquille, Dextre, ovale-oblongue, ventrue, atténuée au som- 
met, finement striée, assez solide, d'un corné-jaunâtre et bril- 
lante; ouverture arrondie; péristome légèrement réfléchi, peu 
épais, sans bourrelet extérieur, blanchâtre. 

Habite les environs de Villefranche, sur les roches calcaires; 
la vallée du Tech, aux environs de Céret, Arles, et remonte dans 
cette vallée jusqu'à Prats-de-Mollô et La Preste. 

14. Maillot de Dufour, Pupa Dufourii, Dup. 

Animal. Se rapprochant assez du Maillot -Polyodonte, mais 
beaucoup plus grêle. 

Coquille. Dextre , cylindrique , presque obtuse au sommet , 
très-finement striée, perforée, solide, cornée, un peu jaunâtre, 
d'un aspect soyeux et opaque ; ouverture arrondie, subovalaire ; 
péristome réfléchi, épaissi, bordé de blanc. 

Habite les carrières de Baixas, sur les calcaires et dans les 
broussailles qui se trouvent entre les roches; les fortifications 
de Villefranche et la montagne de la Trencada d'Ambulla; les 
carrières de Reynès et les environs d'Arles sur la route de 
Cortsavi. 

D'après M. Moquin-Tandon, on devrait le rapporter au Pupa 
cylindrica. 

45. Maillot semblable, Pupa similis, Drap. 



MOLLUSQUES. 485 

Animal. Roussâtre, peu rugueux; tentacules supérieurs assez 
effilés; points oculaires roux-noirâtre; pied étroit, allongé et 
aigu en arrière, d'un brun-verdàtre-foncé, bordé de noirâtre. 

Coquille. Dextre, subfusiforme, aiguë au sommet, presque 
fendue et lisse, assez solide, un peu luisante, opaque, d'un 
blanc-cendré, et souvent marbrée de bleu, légèrement cornée; 
ouverture ovale ; péristome presque continu , mince , dilaté , 
gorge rousse à l'intérieur. 

Habite sur les roches calcaires et les vieux murs de Salses et 
d"Opol ; les mêmes lieux dans les environs d'Estagel et des mon- 
tagnes voisines. 

D'après M. Moquin-Tandon , c'est le Pupa quinque dentata. 

16. Maillot barillet, Pupa doliolum, Drap. 

Animal. Grisâtre en dessus; tentacules supérieurs gros et 
allongés, d'une couleur un peu plus foncée; corps très-délicat 
et presque gélatineux. 

Coquille. Ovale-cylindrique, obtuse au sommet, fendue, striée 
très-finement, assez solide, d'un gris-verdâtre ou jaunâtre unifor- 
mes, luisante et peu transparente; ouverture ovale-arrondie ; 
péristome un peu épais, non continu, réfléchi, bordé de blanc 
ou de fauve. 

Habite au pied des arbres garnis de mousse, dans les bois 
avant d'arriver à la région des sapins ; sous les pierres et parmi 
les broussailles de la vallée de Conat, avant d'arriver à la Font 
de Comps; les bois de la gorge de Finestret, en montant à Val- 
manya , à la hauteur de la métairie de M. Jaubert de Passa , et 
darîs les environs de Cortsavi, vallée du Tech. 

17. Maillot des mousses, Pupa muscorum, Lara. 

Animal. Épais, noir; tentacules très-allongés et fortement 
boutonnés à l'extrémité, qui est très-noire; pied non frangé, 
grisâtre, avec une légère teinte brune ponctuée de noirâtre. 

Coquille. Dextre, petite, ovale-cylindrique, obtuse au sommet, 



486 HISTOIRE NATURELLE. 

finement striée, stries peu flexueuses, solide, presque brillante, 
d'un fauve-rougeâtre ; ouverture arrondie, un peu échancrée, 
gorge roussâtre ; péristome non continu , très-peu réfléchi , for- 
tement bordé de blanc. 

Habite dans les bois, sous la mousse, les pierres et les brous- 
sailles de toute la région des Albères; très-commun dans les 
alluvions des torrents qui descendent de ces montagnes. 

18. Maillot ombiliqué, Pupa umbilicata, Drap. 

Animal. Moyen, ovale-allongé, d'un brun-grisâtre, nuancé de 
noir; tentacules supérieurs allongés, renflés à l'extrémité; point 
oculaire très-noir; pied assez large, rebords très-marqués, lar- 
ges, sans franges. 

Coquille. Dextre, petite, oblongue, à stries longitudinales 
presque effacées, très-serrées, assez solide, presque pellucide, 
d'un corné-jaunâtre ou fauve, unicolore, perforée, ombiliquée, 
lisse; ouverture semi-ovale, unidentée; péristome non continu, 
large, un peu réfléchi, très-épais, blanchâtre et souvent roux. 

Habite parmi les broussailles des montagnes calcaires de Casas- 
de-Penà; les environs d'Estagel, Corbère et Thuir; les Graus- 
d'Olette, et à mi-côte de la Font de Comps. Le docteur Penchinat 
l'a trouvé sous les pierres, autour du phare du Cap-Béarn, 

49. Maillot antivertigo, Pupa antivertigo, Drap. 

Animal. Épais, court, d'un gris-noir très-ardoisé ; tentacules de 
la même couleur, peu enflés à leur extrémité ; point oculaire noir ; 
pied oblong, étroit, bordsjnon frangés, d'un gris-ardoisé uniforme. 

Coquille. Dextre, très-petite, ovale, ventrue, perforée, lisse, 
assez solide, brillante, d'un fauve-jaunâtre; ouverture bidentée; 
péristome réfléchi , fortement sinué. 

Habite sous les pierres et parmi les broussailles des prairies 
riveraines de La Tet et du Tech jusqu'à Prades et Arles. 

M. Moquin-Tandon a classé cette espèce dans le genre Vertigo 
antivertigo. 



MOLLUSQUES. 487 

20. Maillot vertigo, Pupa pusilla, Drap. 

Animal. Très-petit , oblong et arrondi en avant , d'un brun- 
ardoisé en dessus ; tentacules presque cylindriques , finement 
granulés, d'un gris-noirâtre; point oculaire noir; pied large 
et arrondi antérieurement , les côtés transparents , d'un brun- 
noiràtre-clair. 

Coquille. Sénestre, très-petite, ovale, ventrue, perforée, 
très-finement striée, ces dernières un peu flexueuses, solide, 
brillante, transparente, d'un fauve-brun ou jaunâtre unicolore; 
ouverture subcordiforme et bidentée; péristome réfléchi, presque 
continu, épaissi et sinué, assez solide, subpellucide, transparent, 
d'un fauve-jaunâtre unicolore. 

Habite sous les pierres et parmi les broussailles des prairies 
du Riu-Ferrer, près d'Arles-sur-Tech ; dans les prairies des envi- 
rons de Vinça et dans la gorge de Finestret. Nous trouvons ces 
deux dernières espèces dans les alluvions du bord de la mer, 
après de fortes inondations. 

o me Famille. — Auriculés, Fer. 

Genre Carichie, Carichium, Mull. 

Animal. Allongé; corps distinct du plan locomoteur, 
roulé en spirale et pouvant se renfermer à volonté dans 
une coquille ; tête munie de deux tentacules contractiles ; 
yeux à leur base postérieure. 

Coquille. Fusiforme, le dernier tour égalant au moins 
la moitié de la coquille; ouverture ovalaire, dentée. 

1. Carichie naine, Carichium minimum, Mull. 

Animal. Très-petit, d'un blanc transparent, à peine jaunâtre ; 
tentacules fort gros, un peu renflés; points oculaires très-noirs; 
pied non frangé, fortement arrondi antérieurement, de couleur 
blanchâtre, ponctué de noir. 



188 HISTOIRE NATURELLE. 

Coquille. Petite, obtuse, ovale, presque fendue, irrégulière- 
ment et finement striée, quelquefois très-lisse, solide, blanche, 
changeant de couleur lorsque l'animal en est séparé; ouverture 
ovale, tridentée; bords inclinés l'un vers l'autre et presque réunis 
par une callosité ; péristome réfléchi. 

Habite sous les pierres, parmi les mousses et les plantes dans 
les prairies humides de Castell-Rossellô, et près des flaques d'eau, 
où elle s'attache aux feuilles qui flottent dans ces flaques; les 
prairies entre Céret et Arles, sur le bord du Tech ; dans la vallée 
de La Tet, les prairies des environs de Prades, et dans ia vallée 
de Vernet, les prairies près de la rivière. 

2. Carichie myosote, Carichium myosotis, Brap. 

Animal. Moyen, ovoïde -allongé, ridé antérieurement, d'un 
noir-verdàtre en dessus, gris-ardoisé dessous; tentacules supé- 
rieurs divergents, gros, faiblement coniques, d'un brun-sale plus 
foncé à l'extrémité; pied non frangé, d'un noir-grisâtre. 

Coquille. D'un cône allongé, striée longitudinalement, stries 
fines et flexueuses, mince, assez solide, luisante, un peu trans- 
parente, d'un brun-fauve et variant beaucoup, tantôt unicolore, 
tantôt flammulée de diverses couleurs; ouverture obliquement 
ovale et un peu oblongue, étroite, obtuse à la base, aiguë au 
sommet; péristome interrompu, un peu évasé, légèrement épais, 
non tranchant, blanchâtre. 

Habite les prairies humides des bords de l'étang de Salses; 
sur les joncs et les plantes qui bordent les rigoles qui conduisent 
l'eau des fontaines Estramer et de Font-Dame à l'étang : elle n'y 
est point abondante. 

2 ine Section. — Pulmonés-inoperculés aquatiques, comprenant 
deux familles. 

i re Famille. — Limnéens, Lam. 

Genre Planorbe, Planorbis, Guett. 

Animal. Allongé, à tours de spire bien enroulés sur 



MOLLUSQUES. 489 

eux-mêmes dans un même plan horizontal; tentacules 
allongés ; yeux à la base interne des tentacules. 

Coquille. Discoïde, à tours enroulés les uns sur les 
autres et visibles presque toujours des deux côtés ; ouver- 
ture anguleuse, plus ou moins échancrée par l'avant- 
dernier tour. 

\ . Planorbe contourné, Planorbis contortus, Mull. 

Animal. Fort petit, d'un noir-rougeâtre en dessus, plus sombre 
en dessous; tentacules allongés, très-grêles, filiformes, peu 
transparents; pied d'un noir un peu rougeâtre, plus clair sur les 
bords, rétréci en arrière, large et arrondi en avant. 

Coquille. Dextre, petite, aplatie, presque pas concave en 
dessus, concave et profondément ombiliquée en dessous, lisse, 
mince, de couleur de corne transparente, mais presque toujours 
noirâtre à cause d'une croûte de limon qui s'y attache; péristome 
simple, droit et tranchant. 

Habite les eaux stagnantes des parties basses de la Salanque, 
près de Ganet, le Cagarell et les canaux entretenus par les eaux 
qui sourdent dans le voisinage des prairies de cette région. 

2. Planorbe corné, Planorbis corneus, Poir. 

Animal. Petit, faiblement marginé en avant, rétréci posté- 
rieurement, d'un noir luisant en dessus, moins foncé et un peu 
grisâtre en dessous ; tentacules écartés, filiformes, grêles, arron- 
dis au bout, peu transparents, d'un brun-sale; yeux ronds, noirs, 
très-peu apparents; pied opaque, très-faiblement translucide à la 
marge, à peu près noir, d'un roux plus ou moins foncé sur les 
bords. 

Coquille. Profondément ombiliquée en dessus, presque plane 
en dessous, à rides longitudinales, sensibles, serrées, inégales, 
coupées à angle droit dans les premiers tours par d'autres rides, 
épaisse, très-solide, glabre, assez luisante, d'un corné-brun- 
olivâtre en dessus, jaunâtre ou blanchâtre en dessous; ouverture 



490 HISTOIRE NATURELLE. 

assez grande, assez échancrée par l'avant-dernier tour ; péris- 
tome subcontinu, évasé, mince, tranchant, sans bourrelet. 

Habite les eaux vives et dormantes du moulin d'Ansignan, 
tout près de l'embouchure de la Désix avec l'Agly, seule localité 
du département où il existe. 

o. Planorbe blanc, Planorbis albus, Mull. 

Animal. Très-petit, ramassé, avec une grosse tête, d'un brun- 
sale foncé et un peu rougeâtre ; tentacules longs, grêles, un peu 
sétacés, transparents, d'un jaune-rougeâtre assez clair; points 
oculaires noirs; pied d'un brun -rougeâtre foncé, finement 
rugueux, grisâtre en dessous avec quelques petits points noirs. 

Coquille. A peine convexe en dessus, mince, fragile, un peu 
hispide, assez transparente, d'un vert-jaunâtre ou blanchâtre, 
unicolore ; rides longitudinales à peine sensibles, très-fines, iné- 
gales, coupées à angle droit par les rides spirales ; ouverture ovale- 
arrondie, un peu échancrée par l'avant-dernier tour; péris- 
tome subcontinu, évasé, très-mince, tranchant, sans bourrelet. 

Habite toutes les parties basses du littoral; il grimpe sur les 
plantes des fossés dont l'eau n'est pas courante. Le canal dit 
YAgulla de la Mar, qui traverse toutes les terres depuis Bages 
jusqu'à la mer, est le lieu où je l'ai pris assez communément. 

4. Planorbe nautiliforme , Planorbis nautileus , Desh., 
Planorbis imbricatns, Mull. 

Animal. D'un blanc-grisâtre, un peu noirâtre vers la tête qui 
est très-grosse; tentacules 'subcylindriques, obtus au sommet; 
points oculaires gros, peu saillants et noirs; pied d'un gris un 
peu rouge, plus transparent et plus clair sur les bords. 

Coquille. Dextre, très-petite, à peine ombiliquée en dessus et 
profondément en dessous, finement striée, mince, de couleur 
corne transparente, verdâtre et même un peu fauve ; ouverture 
arrondie, subovalaire, un peu comprimée; périslome évasé, 
mince, tranchant, non flexueux, à bord supérieur peu avancé. 



MOLLUSQUES. 491 

Habite les eaux vives des jardins de la Poudrière de Perpignan 
et dans les fossés un peu vaseux ; c'est en remuant avec la main 
la vase des bords de ces fossés, qu'on le trouve abondamment. Je 
ne l'ai jamais vu marcher. 

o. Planorbe spirorbe, Planorbis spirorbis. 

Animal. Court, épais, d'un gris-noirâtre ou rougeàtre; tenta- 
cules allongés, très-minces, très-pointus ; points oculaires très- 
petits, ronds, très-noirs; pied un peu plus transparent sur les 
bords. 

Coquille. Dextre, petite, aplatie, à peine concave en dessus 
et presque aplatie en dessous, très-finement et irrégulièrement 
striée, assez mince ; d'une couleur de corne claire , unicolore, 
presque transparente et un peu luisante ; ouverture arrondie , 
cchancrée ; péristome simple, droit, tranchant et subcontinu. 

Habite les fossés des prairies de Canohès, les ruisseaux des 
puits artésiens des environs de Toulouges, les fossés des prairies 
de Thuir et dans les eaux vives peu courantes du riverai. 
6. Planorbe tourbillon, Planorbis vortex, Mull. 

Animal. D'un brun-rougeàtre, grêle, terminé en avant par une 
tête fort grosse arrondie vers le bord antérieur; tentacules grêles, 
élargis à la base, transparents, d'un brun-jaunàtre un peu clair; 
points oculaires faiblement saillants, petits, ovoïdes, noirs; pied 
d'un brun-rouge un peu jaunâtre, plus clair sur les bords. 

Coquille. Dextre, petite, très-comprimée, très-finement striée, 
légèrement ombiliquée en dessus et plane en dessous, fragile, 
luisante, transparente, d'un corné-pàle en dessus et en dessous, 
souvent encroûtée de limon; ouverture ovale, aiguë des deux 
extrémités; péristome simple, droit et tranchant, non tlexueux, 
sans bourrelet, à bord supérieur peu avancé. 

Habite dans les mares des eaux naissantes des fossés des forti- 
fications de la ville et de la citadelle de Perpignan ; nous le trou- 
vons aussi dans les fossés des r;iu\ vives des prairies de la 
Salanque. 



492 HISTOIRE NATURELLE. 

M. Michel a trouvé dans les fossés des fortifications de Perpi- 
gnan, derrière la caserne Saint-Jacques, un exemplaire de cette 
espèce tout-à-fait scalaire; les tours de spire allaient en sens 
inverse, ce qui fait une double anomalie chez le même sujet. 

7. Planorbe bouton, Planorbis rotundatus, Poir. 

Animal. Très-petit, échancré antérieurement et brusquement 
atténué en arrière, d'un brun-rougeâtre tirant sur le noir en 
dessus, d'une teinte ardoisée claire en dessous; tentacules très- 
grêles, filiformes, d'un brun-grisâtre; points oculaires petits, 
ronds, noirs ; pied noirâtre, transparent vers les bords, dessous 
un peu plus foncé. 

Coquille. Déprimée, concave en dessus, aplatie en dessous, 
à stries longitudinales peu sensibles, très-fines, inégales, mince, 
glabre, un peu luisante, transparente, d'un corné-pâle ou fauve 
en dessus et en dessous, unicolore ; ouverture ovale, à peine 
échancrée par le dernier tour, à peine oblique ; péristome con- 
tinu, un peu évasé, avec un léger bourrelet intérieur blanchâtre. 

Habite les fossés des eaux vives de la Salanque d'Argelès, et 
plus particulièrement de Taxô-de-Baix, toutes les mares fangeuses 
du pied des Albères. Le docteur Penchinat a trouvé celte espèce, 
sous le nom de Planorbis leucostoma, Mill., dans le petit étang des 
anses Polilles. 

8. Planorbe caréné, Planorbis carenatus, Mull. 

Animal. Très-petit, d'un brun plus ou moins noirâtre surtout 
vers le mufle; tentacules grêles et pointus, d'un blanc-jaunâtre ; 
points oculaires très-petits, ronds, noirs ; pied arrondi antérieure- 
ment, d'un noir-rougeâtre, dessous d'un gris-rougeâtre plus foncé 
vers le milieu. . 

Coquille. Dextre, médiocre, légèrement concave en dessus, 
convexe en dessous, finement striée longitudinalement , stries 
serrées, subinégales, arquées; assez mince, peu solide, un peu 
luisante, assez transparente, de couleur cornée-pâle-jaunâtre en 



MOLLUSQUES. 493 

dessus et en dessous, unicolore ; ouverture ovale, anguleuse des 
deux côtés ; péristome simple, droit, tranchant et subcontinu. 

Habite les eaux stagnantes des fossés des fortifications de 
Perpignan, les fossés des prairies des bords de la mer et les 
mares de tout le littoral. 

9. Planorbe marginé, Planorbis complanatus, Drap. 

Animal. Petit, un peu bilobé antérieurement, grêle et presque 
pointu à la partie postérieure, d'un rouge-violet-foncé; tentacules 
grêles, filiformes, pointus ; points oculaires noirs. 

Coquille. Dextre, légèrement concave en dessus, plane en 
dessous, très-finement striée, peu solide, de couleur cornée- 
jaunâtre ou fauve en dessus et en dessous, unicolore, quelquefois 
salie de limon ; ouverture transversalement ovale ; péristome 
subcontinu, droit, tranchant, presque simple et bordé de blanc 
à l'intérieur. 

Habite les mêmes lieux que la précédente espèce; mais elle est 
plus abondante dans les fossés des prairies de toute la Salanque. 

Genre Physe, Physa, Drap. 

Animal. Ovale, spiral ; deux tentacules allongés, oculi- 
férés à leur base interne; pied allongé; manteau bilobé, 
quelquefois frangé sur les bords. 

Coquille. Sénestre, spirale-oblongue ; ouverture allon- 
gée, quelquefois lancéolée; columelle torse, bord extérieur 
mince et tranchant. 

\. Physe aiguë, Physa acuta, Drap. 

Animal. D"un brun-foncé parsemé de points noirâtres eri 
dessus, d'un brun-grisâtre plus sombre en dessous, assez grand 
relativement à la coquille , terminé antérieurement par une tète 
assez large; tentacules écartés, grêles, filiformes, un peu obtus 
au bout, peu transparents, d'un jaune-roussâtre; yeux très-peu 



494 HISTOIRE NATURELLE. 

saillants, assez grands, ronds, noirs; pied peu transparent, d'un 
brun-foncé, rétréci en arrière, un peu ardoisé, plus clair sur les 
côtés. 

Coquille. Allongée-ovoïde, assez ventrue, lisse, à stries longi- 
tudinales très-fines (il faut les voir à la loupe), mince, solide, 
luisante, presque opaque, couleur de corne claire ou blanchâtre ; 
ouverture obliquement étroite -ovale, aiguë supérieurement; 
péristome interrompu, un peu épaissi, avec un rudiment de 
bourrelet intérieur, à bord columellaire tordu, évasé, réfléchi, 
épais. Hauteur, de 10 à 16 millimètres; diamètre, de 6 à 9. 

Habite parmi les plantes qui couvrent les fossés de toutes les 
prairies qui avoisinent les fontaines Estramer et Font-Dame; 
nous l'avons aussi trouvée dans les rigoles qui conduisent les 
eaux des thermes de Vernet dans la rivière. 

2. Physe des mousses, Physa hypnorum, Drap. 

Animal. Oblong, tête peu large, étroit, très-obscur, d'un gris- 
brun, quelquefois noir, faiblement bleuâtre, velouté ; tentacules 
écartés, longs, subulés, très-aigus, d'un gris-blanchâtre; pied 
oblong-lancéolé, étroit, obtus, tronqué antérieurement, rétréci 
en arrière; les bords présentent une ligne translucide gris- 
blanchâtre. 

Coquille. Ovoïde, oblongue, presque lisse, à stries longitu- 
dinales, perceptibles à la loupe, mince, un peu solide, très- 
brillante, un peu transparente, fauve, quelquefois avec une 
teinte rougeâtre. Hauteur, de 10 à 14 millimètres; diamètre, de 
4 à 7 millimètres. 

Habite les ruisseaux qui arrosent les champs et les prairies 
des environs de l'étang de Saint-Nazaire ; nous l'avons trouvée 
aussi dans les eaux des prairies des environs de Thuir. 

5. Physe cornée, Physa cornea, Massot. 
Notre confrère, le docteur Paul Massot, découvrit cette Physe 



MOLLUSQUES. 495 

dans les ruisseaux des environs de la Poudrière de Perpignan, 
et la décrivit dans le Bulletin de la Société Agricole, Scientifique 
et Littéraire des Pyrénées-Orientales (1845). M. Moquin-Tandon 
n'admet pas celte espèce, et dit que c'est une variété de la Physe- 
des-Mousses. Nous ne partageons par cette opinion, car la forme 
extérieure est trop différente entre ces deux espèces. 

M. Massot décrit ainsi la Physe-Gornée : 

« Coquille. Sénestre, très-allongée et conique vers son som- 
a met, qui est aigu ; terne quoique lisse, avec des stries longitu- 
« dinales très-légères ; couleur cornée à peine transparente ; 
« cinq tours de spire, dont le dernier est plus grand que les 
« autres , proportion gardée ; ouverture ovale-oblongue , très- 
« rétrécie supérieurement, sa longueur n'égale pas à beaucoup 
« près la moitié de la longueur totale de la coquille. La base de 
« la columelle présente un léger bourrelet avec un bord rougeà- 
« tre; péristome simple. Hauteur, 8 millim.; diamètre, 3 millim. 

« Habite les Pyrénées-Orientales ; Perpignan , avenue de la 
« Poudrière. 

« Si cette espèce ressemble par sa forme à la Physe-des- 
« Mousses, elle en diffère par sa couleur, par le nombre des 
« tours de spire, par son ouverture, et notamment par sa grosseur 
« et sa taille. » 

4. Physe torse, Physa contorta, Mich. 

Nous la portons comme mémoire. M. Michaud l'a trouvée dans 
les ravins qui descendent des Albères, entre Collioure et Port- 
Vendres. M. Canta la possédait sans pouvoir préciser la localité 
où il l'avait trouvée; mais nous avons cherché vainement ce 
Mollusque dans ces localités, et notre confrère, le D r Penchinat, 
qui habite Port-Vendres , nous écrit : « Je n'ai pas trouvé la 
Physa conforta de Michaud, indiquée entre Collioure et Port- 
Vendres, dans les ravins qui coulent des montagnes ; nous n'avons 
pas de Physe ici. » 



496 HISTOIRE NATURELLE. 

Genre Lymnée, Lymnœa, Brug. 

Animal. Ovale-allongé, pouvant être contenu tout 
entier dans sa coquille; tortillon non enroulé sur le 
même plan, formant une spire plus ou moins allongée; 
tentacules aplatis , courts , subtriangulaires ; pied ovale, 
grand, fortement émarginé antérieurement, obtus posté- 
rieurement. 

Coquille. Dextre, oblongue, quelquefois subglobu- 
leuse, mince, plus ou moins transparente , à spire géné- 
ralement saillante; ombilic nul ou réduit à une petite 
fente oblique ; columelle un peu torse ; ouverture ovale, 
étroite, anguleuse en haut; péristome mince, un peu 
tranchant, sans bourrelet. 

1. Lymnée ovale, Lymnœa ovata, Lam. 

Animal. Court, épais, gris-noirâtre ou jaune-verdâtre, parsemé 
de plusieurs petits points noirâtres et jaunâtres, le dessous plus 
pâle; tentacules dilatés, peu pointus, grisâtres, bordés en avant 
de jaune-blanchâtre; pied ovale-allongé, très-large et obtus en 
avant; il l'est moins postérieurement. 

Coquille. Assez ventrue, à stries longitudinales peu sensibles, 
serrées, fines, peu flexueuses, mince, très-fragile, luisante, trans- 
parente, de couleur de corne pâle; ombilic en partie recouvert; 
ouverture, grande, ovale, aiguë supérieurement; péristome sub- 
continu, peu évasé, mince, à bord columellaire sensiblement 
tordu, dilaté, réfléchi. Hauteur, de 22 à 30 millim.; diamètre, 
de 14 à 20 millimètres. 

Habite dans les ruisseaux qui bordent les remparts des forti- 
fications de la Ville-Neuve, à Perpignan; les fossés des prairies 
de Thuir, et dans les prairies de la Salanque. 

2. Lymnée voyageuse, Lymnœa peregra, Lam. 



MOLLUSQUES. 497 

Animal. Très-ramassé, terminé antérieurement par une tête 
grosse, large, courte, semi-circulaire, rétréci et arrondi posté- 
rieurement, d'un brun-verdâlre à peine transparent, plus foncé 
en dessous; tentacules longs de 3 millimètres, triangulaires, très- 
larges à la base, un peu pointus au bout, d'un gris-verdàtre très- 
clair; pied presque tronqué en avant, d'un brun-verdâtre-sale. 

Coquille. Ovoïde-oblongue, à stries longitudinales un peu 
sensibles, fines, serrées, à peine flexueuses, mince, assez solide, 
peu luisante, d'un corné-fauve, quelquefois brune, rougeâtre ou 
grisâtre; ombilic recouvert en très-grande partie, fort étroit, 
quelquefois nul; ouverture grande, ovale-allongée, aiguë supé- 
rieurement ; péristome subcontinu , peu évasé , mince , à bord 
columellaire sensiblement tordu, très-dilaté, épaissi et à bord 
extérieur peu détaché de la coquille , arqué. Hauteur, de 10 à 
22 millimètres; diamètre, de G à 12 millimètres. 

Habite les fossés des fortifications derrière la citadelle de Per- 
pignan; les fossés des prairies de Canohès, dans la plaine de 
l'ancien étang; les prairies souvent inondées de Yall-Ric, sous 
Yilleneuve-de-la-Raho. 

3. Lymnée palustre, Lymnœa palustris, Drap. 

Animal. Oblong, presque cordiforme, un peu dilaté en tête 
de clou et fendu antérieurement, arrondi postérieurement, d'un 
gris presque noir,' quelquefois d'un noir-violet, comme velouté, 
d'un gris un peu verdàtre en dessous; tentacules écartés, larges 
à la base, aplatis, un peu pointus, légèrement arqués, peu trans- 
parents, brunâtres, très-clairs vers l'extrémité; pied oblong, à 
peu près de la largeur du chaperon, noirâtre, plus clair sur les 
côtés et en arrière, faiblement granuleux. 

Coquille. Ovoïde-allongée, à stries longitudinales sensibles, 
inégales, très-fines, mince, assez solide, peu luisante, subopaque, 
cornée-fauve ou brunâtre; ombilic presque couvert, extrêmement 
étroit ou nul ; ouverture formant plus du tiers de la hauteur, ovale, 
un peu étroite, légèrement anguleuse supérieurement; péristome 



498 HISTOIRE NATURELLE. 

subcontinu, faiblement évasé, mince, dilaté, réfléchi, un peu épais. 
Hauteur, de 12 à 24 millimètres; diamètre, de 6 à 12 millimètres. 
Habite toutes les mares stagnantes du littoral, à Sainte-Marie- 
la-Mer, Canet, Saint-Nazaire, Saint-Cyprien , etc., etc. 

4. Lyranée petite, Lymnœa minuta, Lam. 

Animal. Trapu, se dilatant à la partie antérieure, émarginé, 
arrondi postérieurement , d'un brun - noirâtre , très-finement 
ponctué de noir, plus foncé en dessus, un peu ardoisé en des- 
sous; tentacules triangulaires, larges à la base, un peu grêles à 
l'extrémité, transparents, d'un gris-clair, très-finement pointillés 
de noirâtre sur les bords; pied long, un peu moins large que le 
chaperon, dessous presque tronqué antérieurement, un peu plus 
clair sur les côtés. 

Coquille. Ovoïde-oblongue, un peu ventrue, stries longitu- 
dinales peu sensibles, serrées, fines, un peu flexueuses, mince, 
assez solide, légèrement luisante, d'un corné-pâle ou cendré- 
grisâtre, quelquefois un peu violacé; ombilic en partie recou- 
vert; ouverture anguleuse supérieurement; péristome subcontinu, 
non évasé, mince, à bord columellaire faiblement tordu, très- 
dilalé, très-réfléchi. Hauteur, de 9 à 10 millimètres; diamètre, 
de 3 à 5 millimètres. 

Cette coquille varie beaucoup par sa forme, et on peut en faire 
plusieurs variétés. 

Habite les marais des environs de Saint-Nazaire, et dans les 
environs de Canet, les rigoles de tous les bas-fonds; aux envi- 
rons de Collioure , dans les ravins et les flaques d'eau. 

Genre Ancyle, Ancylus. 

Animal. Ovoïde, relevé en cône, aplati en dessous, 
pouvant tout juste être contenu dans sa coquille, sans 
tortillon spiral ; tentacules courts, subulés ; pied ovalaire, 
un peu plus court que le corps, obtus en avant et en 
arrière, attaché par un pédicule rudimentaire. 






MOLLUSQUES. 499 

Coquille. Dextre ou sénestre, conique, non spirale, 
mince , peu transparente , à sommet pointu , légèrement 
recourbé en arrière; ombilic nul; colunielle nulle; ouver- 
ture arrondie, ovalaire ou elliptique; péristome mince, 
tranchant, sans bourrelet, continu; épiphragme nul. 

i. Ancyle lluviatile, Âncylus fluviatilis, Mull. 

Animal. Oblong, arrondi aux deux extrémités, lisse, plus ou 
moins transparent, d'un gris-ardoisé, rougeâtre au centre, fine- 
ment ponctué de noirâtre; tentacules très-écartés , dirigés en 
avant, grêles, filiformes, lisses, transparents, d'un blanc-grisâtre; 
pied non frangé, dessus lisse, d'un brun-jaunâtre, très-large 
latéralement; dessous oblong, élargi et arrondi à la partie anté- 
rieure. 

Coquille. Conique, en forme de bonnet phrygien plus ou 
moins élevé, à stries longitudinales fines, quelquefois presque 
nulles, mince, testacée, fragile, mate, d'un blanc-sale-grisâtre 
ou jaunâtre ; sommet plus ou moins rapproché du bord posté- 
rieur, dirigé en arrière, plus ou moins obtus; ouverture ovale- 
arrondie, tout-à-fait circulaire; péristome simple, mince, tran- 
chant, intérieur lisse, luisant, d'un blanc un peu nacré. Hauteur, 
de 3 à 6 millimètres; diamètre, de 4 à 10 millimètres. 

Habite. Commune dans toutes nos rivières et dans tous nos 
ruisseaux. Nous l'avons trouvée dans les ruisseaux des fontaines 
de la partie supérieure des Albères, à 1.000 mètres d'altitude. 

2. Ancyle lacustre, Anctjlus lacustris, Mull. 

Animal. Petit, terminé antérieurement par une grosse tête, 
peu transparent, d'un jaune-verdàtre, un peu ponctué de noirâtre; 
tentacules très-écartés, dirigés en avant, gros, pointus au bout, 
transparents, d'un gris-blancliâtre; pied d'un jaune-verdâtre, 
peu transparent; côtés pointus antérieurement, élargis brus- 
quement d'avant en arrière; dessous un peu moins coloré que 
le dessus. 



500 HISTOIRE NATURELLE. 

Coquille. Subconique, plus ou moins déprimée, très-oblique, 
lisse, à stries longitudinales excessivement fines, coupées par 
d'autres stries circulaires, très-mince, très-fragile, mate, assez 
transparente, couleur de corne blanchâtre ou grisâtre ; sommet 
presque médian, dirigé en arrière et à gauche, assez pointu; 
ouverture elliptique-allongée ; péristome simple , très-mince , 
tranchant, intérieur lisse, luisant, blanchâtre, à peine nacré. 
Hauteur, de 2 à 3 millimètres; diamètre, de 5 à 8 millimètres. 

Habite dans les mares de toute la Salanque, sur les tiges des 
plantes aquatiques; on la trouve souvent prise sous les feuilles 
mortes qui flottent dans les mares d'eau stagnante. Elle se trouve 
en abondance près de la métairie Picas, sur les feuilles des plantes 
qui vivent dans un large fossé produit par une inondation. 

2 me Sous-Ordre. — Operculés. 
Cyclostomacés. 

Genre Cyclostome, Cyclostoma. 

Animal. Spiral, oblong, sans collier ni cuirasse; ten- 
tacules cylindracés-subulés, un peu renflés à l'extrémité ; 
pied petit, allongé. 

Coquille. Dextre, ovale, assez épaisse, opaque, tours 
de spire convexes ; ouverture arrondie, régulière, entière, 
sans lames ni dents; péristome peu épais, souvent réflé- 
chi, presque continu; opercule épais et calcaire, ou 
mince et subcorné ; accroissement spiral. 

1. Cyclostome élégant, Cyclostoma elegans, Drap. 

Animal. Grand, ovale, très-épais, obtus et fortement bilobé en 
avant, noir en dessus, plus pâle en dessous ; tentacules très-écartés 
à la base, un peu renflés au sommet, opaques, presque noirs; 
pied arrondi antérieurement, non frangé, très-sombre. 

Coquille. Ventrue, conique-ovoïde, fortement et élégamment 



MOLLUSQUES. 501 

striée dans le sens de la spire, et coupée transversalement par 
des stries fines et peu apparentes, épaisse, très-solide, un peu 
luisante, d'un violacé-grisâtre ou roussàlre, avec des taches brunes 
ou violettes; sommet violet-foncé; ouverture arrondie, les deux 
bords formant à leur insertion un angle peu prononcé; péristome 
continu, presque droit, un peu épais; opercule spiral assez épais. 
Hauteur, de 12 à 18 millim.; diamètre, de 8 à 12 millimètres. 
Habite les baies et les broussailles de tous les champs, et les 
vignes qui bordent le pied de nos basses montagnes; est commun 
par tout; on le trouve, avec toutes ses variétés, aux fortifications 
de Yillefranche, et dans tous les environs, jusqu'à Olette. 

2. Cyclostome obscur, Cyclostoma obscurum, Drap. 
Animal. Un peu vermiforme, arrondi par devant, d'un roux- 
vineux en dessus, gris-blanchâtre en dessous; tentacules subulés, 
très-grêles, presque pointus à l'extrémité, transparents, d'un 
jaune-roussâtre ; pied très-grand , large , transparent sur les 
bords, en arrière, non frangé. 

Coquille. Allongée-conique, légèrement renflée inférieure- 
ment , striée longiludinalement , mince , assez solide , un peu 
mate, d'un cendré-roussâtre, souvent avec des rangées de points 
ou de petites taches d'une couleur fauve-rougeâtre; ombilic un 
peu ouvert, étroit; ouverture arrondie, un peu anguleuse supé- 
rieurement, roussâtre intérieurement; péristome réfléchi, très- 
évasé, mince, blanc. Hauteur de 10 à 14 millimètres; diamètre, 
de 4 à 6 millimètres. 

Habite tous les bois et les champs des coteaux des basses mon- 
tagnes, de toute la vallée du Réart; les basses Albères, et dans 
la vallée du Tech, remonte jusqu'à Prats-de-Mollô ; dans la vallée 
de La Tet, même habitat jusqu'à Olette; et dans celle de l'Agly, 
depuis Estagel jusqu'à Caudiès. 

3. Cyclostome de Noulet, Cyclostoma Nouleti, Dup. 
Animal. Petit, allongé, arrondi en avant, d'un brun-violacé 

en dessus, les côtés roussâlres; tentacules grêles, cylindriques, 



502 HISTOIRE NATURELLE. 

pointus à l'extrémité, transparents, d'un violacé plus clair que le 
corps; pied très-large, transparent, avec un rebord d'un blanc- 
roussâtre, non frangé, arrondi en avant; queue longue, pyra- 
midale et roussâlre. 

Coquille. Conoïde, renflée intérieurement, à rides longitu- 
dinales saillantes, écartées, fortes, un peu flexueuses, mince, 
mate, peu solide, à peine transparente, couleur d'un gris-noirâ- 
tre, avec des taches brunes peu apparentes, parsemées sur le 
dernier tour, sommet obtus, blanchâtre et un peu ridé; ombilic 
ouvert, très-étroit; ouverture arrondie, ovalaire, anguleuse à la 
partie supérieure, l'intérieur d'un brun-roussâtre; péristome 
subcontinu, adhérent au dernier tour, évasé, rélïéchi, avec un 
bourrelet intérieur, mince au bord, blanc, bordé de roussâlre. 
Hauteur, de 10 à 12 millimètres; diamètre, de 4 à 5 millimètres. 

Habite la partie supérieure de la Trencada d'Ambulla; les 
parties élevées des fortifications de Villefranche , au lieu dit 
montagne de Saint-Jacques; commun dans les Gorbières, entre 
Caudiès et La Pradelle, où il vit dans les broussailles, au pied 
des roches et souvent sur les roches. 

Nous applaudissons à l'heureuse idée de M. Dupuy d'avoir 
dédié cette espèce à l'homme laborieux, au savant modeste, qui 
a fait connaître par des publications dignes d'intérêt une grande 
partie de l'histoire naturelle du bassin sous-pyrénéen. 

4. Cyclostome évasé, Cyclostoma patidum, Drap. 

Animal. Petit, oblong, presque pointu antérieurement, très- 
arrondi en arrière, lisse, transparent, d'un gris -roussâlre, 
ponctué de noirâtre ; tentacules grêles , filiformes , pointus à 
l'extrémité, lisses, d'un gris-ardoisé; pied sans frange, d'un 
gris-roussâtre, plus clair sur la marge. 

Coquille. Conoïde-allongée, à stries longitudinales peu sail- 
lantes, très-fines, flexueuses, mince, solide, presque opaque, 
d'un roux-grisâtre; sommet un peu pointu, d'un gris-jaunâtre; 
ombilic presque recouvert, très-étroit; ouverture d'un gris- 



MOLLUSQUES. 503 

blanchâtre intérieurement; péristome continu, très-évasé, un 
peu réfléchi, toul-à-fait plan, blanchâtre; opercule enfoncé. 
Hauteur, de 5 à 8 millimètres; diamètre, de 2 à 3 millimètres. 
Habite les petits bois de Maury et de Saint-Antoine-de-Galamus; 
les bois qui bordent la rivière de l'Agly, rive droite, entre le pont 
de la Fou et Ansignan. On le trouve au pied des arbres et des 
arbustes , souvent attaché aux pierres. 

Genre Pomatias. 

N'a point de représentant dans le département. 

Genre Acmée. 

N'est pas représenté dans le pays. 

ORDRE DES PEGTINIRRANGHES. 

Famille des Péristomiens. 

Genre Bithinie, Bithinia. 

Animal. Ovale-allongé, a tortillon spiral, pouvant être 
contenu tout entier dans sa coquille; tentacules cylin- 
driques, sétacés, pointus; pied ovalaire ou arrondi, 
souvent étroit, ne dépassant pas le mufle. 

Coquille. Dextre, ovoïde ou conoïde-allongée, à spire 
saillante , mince , transparente , souvent encroûtée de 
matière végétale, à tours convexes; ombilic petit ou 
couvert ; ouverture presque droite, arrondie ou ovale ; 
péristome un peu épais, souvent avec un bourrelet inté- 
rieur, non réfléchi; opercule mince, subtestacé, orbi- 
culaire ou ovale, à noyau central. 

i. Bithinie de Férussac, Bithinia Ferussina, Dup., Pa- 
hidina Ferussina, Desmoul. 
Animal. Très -petit, transparent, d'un gris presque blanc, 



504 HISTOIRE NATURELLE. 

terminé en avant par une tête demi-ovalaire ; tentacules très- 
grêles, filiformes, un peu atténués, arrondis au bout, blanchâtres; 
pédicule long, grêle, cylindrique, couché en arrière, paraissant 
d'un gris-verdâtre. 

Coquille. Allongée, étroite, à peine ventrue vers la base, à 
stries longitudinales, très-fines et très-serrées, mince, fragile, 
transparente, d'un corné-pâle; sommet comme tronqué; ouver- 
ture arrondie-ovale, anguleuse; péristome continu, évasé au 
bord extérieur, mince, sans bourrelet; opercule très-mince, 
transparent, à fines stries rayonnantes. Hauteur, de 2 millim. i / i 
à 4 millimètres; diamètre, de 4 millim. à 4 millim. l / i . 

Habite les environs de l'étang de Salses, dans les canaux des 
petites sources qui s'y dégorgent; elle s'attache aux plantes qui 
vivent dans les eaux un peu stagnantes, et en promenant le filet 
dans la vase qui en couvre le fond, on en rapporte en quantité. 

2. Bithinie raccourcie, Bithinia abbreviata, Dup. 

Animal. Filiforme, blanchâtre, transparent; tentacules très- 
grêles, grisâtres, noirs à la pointe, qui est obtuse; pédicule 
très-grêle, allongé, noirâtre. 

Coquille. Subcylindrique, à peine ventrue, lisse, striée longi- 
tudinalement , mince, luisante, d'un corné-clair, peu solide; 
sommet obtus; ouverture ovale-arrondie; péristome continu, 
réfléchi au bord columellaire, un peu épais, sans bourrelet ni 
varice; opercule assez foncé, très-mince. Hauteur, de 2 millim. 
à 2 millim. '/ 2 ; diamètre, de 4 millim. à 4 millim. 3 / 4 . 

Habite dans les environs de Saint-Antoine-de-Galamus, atta- 
chée aux pierres, sur les bords de la rivière de l'Agly, et dans les 
nombreuses sources chaudes qui sourdent au pont de la Fou, 
près de Sainl-Paul-de-Fenouillel. Nous l'avons prise aussi dans 
les petites sources qui se jettent dans Le Tech près d'Arles. 

5. Bithinie verte, Bithinia viridis, Dup., Paludina viri- 
dis, Hart. 



MOLLUSQUES. 505 

Animal. Très-petit, un peu trapu, tête assez grosse, arrondi 
en arrière, d'un brun-grisâtre parsemé de petits points noirs; 
tentacules gros, cylindriques, arrondis au bout, d'un gris très- 
clair; pied dilaté antérieurement en deux lobes assez gros, arron- 
dis, un peu recourbés, dessous un peu ardoisé. 

Coquille. Assez ventrue, presque lisse, très-mince, un peu 
luisante, blanchâtre ou cendrée, quelquefois verdâtre ; sommet 
obtus; ombilic tout-à-fait recouvert ; ouverture arrondie; péris- 
tome continu, un peu réfléchi au bord columellaire, légèrement 
épaissi; opercule enfoncé, mince, à spire peu apparente. Hauteur, 
de 3 à 3 millim. V2J diamètre, de 1 millim. l f 2 à 2 millim. { f 2 . 

Habite sous les pierres des fontaines et des ruisseaux qui se 
jettent dans Le Tech au-dessus d'Arles ; elle paraît cependant 
préférer les sources des lieux un peu élevés, car on la trouve en 
abondance dans ces localités. 

4. Bithinie semblable, Bithinia similis, Dup., Paludina 
similis, Mich. 

Animal. D'un brun-noirâtre, trapu, tète grosse; tentacules 
grêles, cylindriques, obtus au bout, d'un brun-clair; pied long, 
cylindrique, dilaté en avant, arrondi postérieurement, d'un 
ardoisé-obscur et parsemé de petits points noirs. 

Coquille. Ventrue, épaisse, presque mate, d'un corné-pâle, 
quelquefois blanchâtre, roussâtre ou verdâtre; stries longitudi- 
nales fines, serrées, inégales; sommet un peu obtus; ombilic à 
moitié recouvert; ouverture oblique, faiblement anguleuse supé- 
rieurement ; péristome continu, réfléchi au bord columellaire, 
légèrement épaissi ; opercule mince, roux, à stries légèrement 
courbes. Hauteur, de 5 à 7 millim.; diamètre, de 2 millim. l / 2 à 5. 

Habite les fossés des environs de l'étang de Saint-Xazaire , 
parmi les plantes aquatiques ; on la trouve attachée sur les tiges, 
les broussailles et les pierres qui sont dans l'eau et au bord des 
fossés. On la trouve aussi, mais moins fréquente, dans les mares 
des parties basses de Canet, Sainte-Marie et dans l'étang de Salses. 



506 HISTOIRE NATURELLE. 

5. Bithinie impure, Bithinia tenlaculata, Gray., Paludina 
impur a, Brard. 

Animal. Grand, un peu allongé, arrondi aux deux bouts, l'an- 
térieur surmonté d'une tête petite, ovalaire, d'un noir-foncé ; 
tentacules très-écartés, longs, filiformes, larges à la base, pointus 
au bout , d'un brun-noirâtre et parsemés de points jaunes ; pied 
long, large, arrondi en avant, très-peu transparent, grisâtre sur 
les bords. 

Coquille. Ovoïde-allongée, ventrue, assez lisse, striée longi- 
ludinalement, mince, solide, luisante, d'un corné-jaune, quel- 
quefois fauve et souvent rougeâtre; sommet presque aigu ; ombilic 
tout-à-fait couvert; ouverture ovalaire; péristome continu, pres- 
que droit, un peu épaissi, sans bourrelet; opercule placé à l'entrée 
de la coquille, mince, un peu concave, très-peu transparent. 
Hauteur, de 8 à 15 millimètres; diamètre, de 5 à 8 millimètres. 

Habite dans tous les fossés des environs de l'étang de Salses, 
où elle est fort commune ; nous la trouvons aussi dans les fossés 
qui aboutissent au Cagarell, près de Canet. 

Genre Valvée, Valvata. 

Animal. Court, a tortillon spiral, pouvant être contenu 
dans sa coquille; tentacules fort longs, obtus et rappro- 
chés, les yeux à leur base interne; pied ovale, un peu 
émarginé antérieurement, arrondi postérieurement ; bran- 
chies longues en plumet. 

Coquille. Dextre, conoïde ou discoïde, un peu épaisse, 
opaque , à spire généralement peu saillante ; ombilic 
ouvert ; columelle presque droite ; péristome continu, 
mince, un peu évasé; opercule orbiculaire, très-mince, 
corné, à tours de spire croissant lentement et à noyau 
central. 

1 . Valvée piscinale, Valvata piscinalis, Fer. 



MOLLUSQUES. 507 

Animal. Grand, bilobé antérieurement, très-arrondi postérieu- 
rement, transparent, d'un gris-jaunàtre-clair; tentacules longs, 
un peu gros, élargis à la base, le bout obtus, transparents, d'un 
gris-jaunàtre-clair; pied long, séparé de la trompe, d'un gris- 
jaunàtre, dessous presque blanc sur les bords. 

Coquille. Arrondie, conoïde, à stries longitudinales fines, 
serrées, égales, mince, solide, légèrement luisante, olivâtre plus 
ou moins pâle et parfois verdâtre; sommet obtus; ombilic à peine 
échancré par le bord columellaire, assez évasé ; ouverture arron- 
die, légèrement anguleuse au sommet; péristome continu, simple, 
un peu évasé, droit, mince et tranchant au bord extérieur; oper- 
cule parfaitement circulaire, mince, de la couleur de la coquille. 
Hauteur, de 4 à 8 millimètres; diamètre, de 4 à 8 millimètres. 

Habite toutes les mares et les fossés dont l'eau est stagnante 
dans foute la plaine, entre Perpignan et la mer. 

Famille des Néritacés. 
Genre Néritine, Nerita. 

Animal. Globuleux, à tortillon spiral, pouvant être 
contenu tout entier dans sa coquille ; tentacules filifor- 
mes, allongés, pointus, offrant les yeux pédicules à leur 
base externe; pied plus court que la coquille, tronqué 
postérieurement; branchies pectiniformes; orifices géné- 
rateurs du côté droit. 

Coquille. Dextre, demi-globuleuse, aplatie, operculée, 
assez épaisse, opaque; ombilic nul; columelle formant 
un bord dilaté, tranchant; ouverture semi-lunaire; péris- 
tome mince, tranchant, un peu évasé; opercule calcaire, 
demi orbiculaire, muni d'une proéminence latérale du 
côté interne. 
1. Néritine fluviatile, Nerila fluviatiUs, Lin. 

Animal. Assez grand, arrondi en disque, d'un gris-noirâtre en 



508 HISTOIRE NATURELLE. 

dessus, blanchâtre en dessous, pointillé de noir; tentacules longs, 
grêles, sétacés, presque pointus au bout, d'un gris-d'ardoise- 
clair; pied très-large, arrondi en avant, côtés étroits, fortement 
inclinés, dessous blanchâtre. 

Coquille. Ovalaire, à stries longitudinales, fines, peu égales, 
mince, très-solide, peu luisante, opaque, jaunâtre ou verdâtre, 
avec des taches, des flammes ou des linéoles en zig-zag olivâtres 
ou d'un brun-rougeâtre; ouverture semi-lunaire; péristome très- 
mince, tranchant; bord columellaire non dentelé. Hauteur, de 4 
à 8 millimètres; diamètre, de 6 à 12 millimètres. 

Habite aux environs de Saint-Paul-de-Fenouillet, dans les 
eaux vives du bord de L'Agly; à Torreilles, sur les bords du Bor- 
digol; excessivement abondante à la Font Estramer, près de Salses, 
attachée aux roches calcaires qui en forment le bassin, et dans 
la rigole qui conduit l'eau dans l'étang. 

DEUXIÈME CLASSE.— ACÉPHALES. 
Acéphales bivalves. 

Famille des Nayades. 

Genre Anodonte, Anodonta. 

Animal. Ovalaire, plus ou moins allongé ; manteau a 
bords épais et frangés; branchies a tubes onduleux, 
formant par leur réunion une sorte de dentelle. 

Coquille. Ovalaire ou allongée, plus ou moins mince, 
régulière, équivalve, à sommets peu saillants, souvent 
éraillés; charnière sans dents; ligament linéaire, allongé; 
impressions musculaires écartées, distinctes, mais peu 
profondes. 

4. Anodonte des Cygnes, Anodonta Cygnea, Drap. 
Animal. Ovale, comprimé, gris-jaunâtre ou roussâtre ; pied 



MOLLUSQUES. 509 

d'un jaune-sale, orangé ou rougeâtre; manteau frangé, noirâtre; 
branchies d'un gris-rougeâlre. 

Coquille. Très-grande, ovale-allongée, ventrue et comprimée 
postérieurement, généralement mince, fragile, luisante, sillonnée 
d'un jaune-verdàtre avec des bandes transversales brunes, arron- 
die au côté antérieur, allongée postérieurement en bec obtus et 
médian, les deux bords presque parallèles; ligament allongé; 
lamelles rugueuses ; impressions musculaires superficielles, légè- 
rement striées; nacre brillante, d'un blanc un peu azuré et 
violacé, quelquefois couleur de chair. Hauteur, de 9 à 12 centim.; 
longueur, de 15 à 20 centimètres; épaisseur, de 5 à 8 centim. 

Habite dans les eaux du Grau d'Argelès. Dans cette grande 
mare qui communique très-souvent avec la mer et dont l'eau est 
très-saumàtre, ce Mollusque paraît se bien trouver, puisqu'il y 
acquiert de très-fortes dimensions. Nous le trouvons aussi dans 
les eaux de la rivière de La Tet, entre Perpignan et la mer, 
toujours dans les anses que forme cette rivière , et surtout dans 
celles qui se rapprochent le plus de son embouchure : les coquilles 
de cette localité sont plus grandes que celles qu'on trouve au 
Grau d'Argelès. 

V. Y, Ventricosa de Pfeiff. , dont la coquille est plus grande, 
plus allongée et plus ventrue, se trouve au Grau d'Argelès. 
(Penchinat.) 

2. Anodonte anatine, Anodonta anatina, Lam. 

Animal. Presque ovale, fortement comprimé, d'un gris-foncé ; 
pied d'un jaune-roussàtre ; manteau brunâtre sur les bords ; 
papilles postérieures très-foncées ; branchies gris-sale. 

Coquille. Petite, ovale-allongée, fort peu ventrue, comprimée 
postérieurement, à sillons transverses assez marqués, mince, un 
peu fragile, luisante, opaque, d'un brun-obscur; côté antérieur 
arrondi ; bord inférieur à peine arqué, médiocrement tranchant; 
bord supérieur arqué, non anguleux à sa jonction avec le bord 
antérieur ; sommets très-peu élevés , rapprochés du bord anté- 



510 HISTOIRE NATURELLE. 

rieur, très-obtus, usés et souvent excoriés ; ligament très-saillant, 
épais, brunâtre ; impressions musculaires assez marquées ; nacre 
brillante, azurée, tachée de roux ou de verdâtre. Hauteur, de 35 
à 45 millimètres; longueur, de 45 à 70 millimètres; épaisseur, 
de 12 à 20 millimètres. 

Habite la rivière de la Basse qui longe les remparts des Tan- 
neries de Perpignan, surtout vers l'endroit où se trouve le barrage 
pour conduire l'eau dans le ruisseau des Jardiniers. 

La Y. S, Rayii, Dup., dont la coquille elliptique, atténuée en 
avant, terminée en arrière par un rostre court, peu obliquement 
tronqué, assez convexe inférieurement, arquée, anguleuse supé- 
rieurement, a été trouvée par le docteur Penchinat aux environs 
d'Argelès-sur-Mer, ainsi que la V. 3, Coarctata, Pot. et Mich., 
qui se distingue par la coquille plus petite, ovale-allongée, à peine 
atténuée en avant, terminée en arrière par un rostre court et 
émoussé, peu convexe inférieurement, arquée, aiguë supérieu- 
rement. 

Nous avons trouvé, avec le docteur Paul Massot, la V. Z, 
Rostrata, Dup., dans la Basse, aux environs de Perpignan. Cette 
espèce est remarquable par sa coquille oblongue, à peine atténuée 
en avant, terminée en arrière par un rostre assez allongé, presque 
verticalement tronqué, presque droite inférieurement, assez ar- 
quée supérieurement. 

Si on voulait multiplier les variétés dans les Anodontes et les 
Unio, sans avoir égard à leur âge et aux lieux qu'elles habitent, 
ce serait à l'infini. 

Genre Margaritane. 

Ce genre n'a pas de représentant dans le département. 

Genre Mulette, Unio. 

Animal. Allongé, ovalaire, arrondi, subtétragone ou 
subtrigone ; manteau à bords épais, à peine frangés ; 



MOLLUSQUES. 511 

branchies à tubes presque droits, formant par leur réu- 
nion une sorte de grillage. 

Coquille. Allongée, ovalaire, arrondie, quelquefois 
subtétragone ou subtrigone, plus ou moins épaisse, à 
sommets saillants, plus ou moins profondément excoriés ; 
charnière dentée ; impressions musculaires écartées, assez 
profondes. 

1. Mulette littorale, Unio littoralis, Cuv., Unio rhomboï- 
deus, Moq.-Tand. 

Animal. Grisâtre, nuancé tantôt de rose, de jaunâtre ou de 
verdâtre ; pied médiocre , d'un brun-rouge-jaunâtre ; manteau 
bordé de brunâtre ; branchies d'un roux-obscur. 

Coquille. Forte, épaisse, ovale, légèremeut comprimée, sub- 
tétragone, brunâtre ou presque noire, fortement et inégalement 
striée ; extrémité antérieure courte et arrondie , la postérieure 
subanguleuse, rétrécie et tronquée ; sommets proéminents, ondu- 
lés-tubercules, excoriés lorsque la coquille est adulte; ligament 
médiocre, un peu oblique; dents cardinales très-épaisses et 
crénelées; impressions musculaires très-fortes et rugueuses; 
nacre d'un blanc-azuré très-brillant. Hauteur, de 40 à 50 millim.; 
longueur, de 50 à 80 millim.; épaisseur, de 20 à 30 millim. 

Habite tous les cours d'eau de la plaine, surtout ceux dont le 
courant est peu rapide : les ruisseaux des Jardiniers, de Malloles, 
la Basse de Perpignan, les canaux des prairies de Thuir et de 
Canohès. 

M. Farines a découvert, dans le ruisseau de Pia, une Mulette 
qu'il a décrite dans le premier Bulletin de la Société Philomathi- 
que de Perpignan, et qu'il a nommée Unio Pianensis; c'est une 
variété fort remarquable par la couleur incarnée que prend l'ani- 
mal, et qu'il communique à l'intérieur de la coquille. Sa forme 
est snbelliptique, à peine sinueuse inférieurement, peu atténuée 
postérieurement. M. Moquin-Tandon prétend que c'est une variété 



542 HISTOIRE NATURELLE. 

de la Mulette-Littorale ; mais quand on y regarde de près, on 
remarque quelque différence tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de 
la coquille. 

Habite le ruisseau de Pia, aux endroits les plus vaseux, où 
M. Farines l'a recueillie. M. Canta l'a trouvée dans le ruisseau de 
Malloles, et nous l'avons trouvée en nombre considérable et 
mêlée avec la Littorale, à la Basse vieille, près d'Orle. 

Une variété de la même espèce , remarquable par sa coquille 
subtétragone, droite ou subsinueuse inférieurement, peu atténuée 
postérieurement, est YUnio subtetragona, Mich., V. A, Subtetra- 
gone-Noulet. Les réflexions justes que M. le professeur Noulet 
fait sur cette dernière variété, nous font croire qu'elle ne peut 
être séparée de la Mulette-Littorale. 

Nous trouvons YUnio subtetragona au ruisseau de YEscourridou 
de Perpignan, presque à son embouchure avec La Tet. Nous 
concluons que si on voulait avoir égard aux formes variées qu'af- 
fecte YUnio littoralis, dans ses divers âges et selon la localité où 
elle vit, on en ferait un grand nombre de variétés. 

2. Mulette de Requien, Unio Requienii, Mich. 

Animal. D'un gris-jaunâtre; pied allongé, mince, d'un jaune- 
d'ocre-sale; manteau bordé de brun-foncé; papilles postérieures 
.d'un brun-noir; branchies grisâtres. 

Coquille. Oblongue, assez ventrue, médiocrement épaisse, 
solide, d'un brun un peu rougeâtre, avec des zones transversales 
brunâtres ou noirâtres; extrémité antérieure courte, arrondie, 
la postérieure à rostre médiocre, tronquée; bords parallèles, 
dont l'inférieur droit, un peu tranchant, le supérieur droit, puis 
brusquement oblique; sommets assez rapprochés de l'extrémité 
antérieure, enflés, striés, rarement usés; ligament médiocre, 
allongé, droit; dents cardinales fortes, peu épaisses, la posté- 
rieure de la valve gauche très-peu développée ; impressions 
musculaires antérieures profondes , les postérieures faiblement 



MOLLUSQUES. 513 

marquées; nacre blanche, légèrement azurée. Hauteur, de 22 à 
40 millim.; longueur, de 30 à 40 millim.; épaisseur, de 15 à 30. 

Habite dans un gouffre profond, très-vaseux, qu'a creusé Le 
Tech, un peu loin de son lit, sous Banyuls-dels-Aspres; ce gouffre 
est alimenté par les filtrations souterraines. Ce Mollusque y vit 
depuis un temps immémorial , et c'est-là qu'on trouve le vrai 
type toujours uniforme de la Mulette de Requien. 

V. A, Unio Aleronii, Comp. et Massot. J'avais découvert dans 
le ruisseau des prairies de Thuir, une Mulette qui était si diffé- 
rente de Y Unio Requienii de Mich., que nous avions cru, avec 
mon confrère M. Paul Massot, qui l'avait aussi trouvée plus tard 
dans la vieille Basse, que c'était une nouvelle espèce. Nous 
l'avions décrite, figurée et dédiée à notre ami Aleron. Notre 
mémoire fut inséré dans le Bulletin de la Société Agricole, etc., 
des Pyrénées-Orientales, année 1846. 

M. Moquin-Tandon, dans ses éludes sur les Mollusques terres- 
tres et d'eau douce, basées particulièrement sur l'organisation 
de l'animal, a cru que la Mulette-Aleron n'était qu'une variété 
de la Mulette-Requien, et l'a classée dans les nombreuses variétés 
de cette espèce. 

V. B, Unio Turtonii, Payr. Remarquable par sa coquille 
allongée, sinuée inférieurement, arquée, un peu dilatée posté- 
rieurement; sommets plus comprimés. M. Moquin-Tandon a 
rangé aussi cette coquille parmi les variétés de Y Unio Requienii. 
Notre confrère, le docteur Penchinat, l'a trouvée dans les eaux 
douces des environs d'Argelès-sur-Mer, où elle est commune. 

3. Mulette des peintres, Unio pictorum, Lin. 

Animal. D'un roux-clair ou grisâtre; pied roifssâtre, assez 
grand; manteau bordé de brunâtre; papilles postérieures allon- 
gées, brunes; branchies grisâtres. 

Coquille. Ovale-allongée, cunéiforme, ventrue, assez épaisse, 
solide, d'un jaune-verdàtre, avec des zones transversales brunes; 
côté antérieur court et arrondi; côté postérieur à rostre long, 



TOMK III. 



514 HISTOIRE NATURELLE. 

aigu, tantôt obtus ou tronqué; bords presque parallèles, l'infé- 
rieur rétus ou droit, un peu tranchant, le supérieur oblique; 
sommets un peu rapprochés de l'extrémité antérieure , souvent 
usés; ligament fort, allongé, presque droit; dents cardinales 
fortes, comprimées, épaisses, la postérieure de la valve gauche 
rudimentaire; impressions musculaires assez marquées; nacre 
blanche, un peu azurée ou légèrement rosée. Hauteur, de 25 à 
40 millim.; longueur, de 60 à 80 millim.; épaisseur, de 20 à 30. 

Habite les ruisseaux des prairies de Canohès et de Thuir; les 
eaux vives des environs de Saint-Féliu. 

La Y. E, Rostratus, Moq.-Tand., est remarquable par sa coquille 
brunâtre, plus allongée en arrière, lancéolée. Elle a été trouvée 
par notre confrère, M. Paul Massot, dans la Basse, à la prise d'eau 
du ruisseau des Jardiniers , près la promenade des platanes à 
Perpignan. 

-4. Mulette de Moquin, Unio Moquinianus, Dup. 

Animal. D'un gris-jaunâtre; pied grand, d'un gris-rougeâlre ; 
manteau d'un brun-noirâtre; les papilles postérieures d'un brun- 
rougeâtre; branchies grisâtres, quelquefois un peu rousses. 

Coquille. Oblongue, assez épaisse, solide, d'un brun-olivâtre 
assez foncé; côté antérieur court et arrondi, le postérieur dilaté, 
subarrondi -tronqué ; bords presque parallèles; sommets assez 
rapprochés de l'extrémité antérieure, tubercules, fortement exco- 
riés; ligament épais, allongé; dents cardinales très-petites, à peine 
comprimées , à peine denticulées ; impressions musculaires pro- 
fondes, les postérieures à peine marquées; nacre d'un blanc- 
bleuâtre, quelquefois rosé. Hauteur, de 25 à 35 millimètres; 
longueur, de 50 à 70 millim.; épaisseur, de 18 à 25 millim. 

Habite YAgidia de la Mar, aux environs de Vall-Ric, sous 
Villeneuve-de-la-Raho ; à la vieille Basse, territoire de Perpignan, 
où on la trouve abondamment mêlée à la Mulelte-Aleron , avec 
laquelle on la confondrait au premier abord. Les jeunes sujets 
de cette dernière ont avec elle de très-grands rapports. 



mollusques. 515 

Famille des Cardiacés ou Cyclades. 

Cette famille se compose de deux genres : 1° Pisidie; 
2° Cyclade. 

Genre Pisidie, Pisidium. 

Animal. Ovoïde ou subglobuleux, inéquilatéral ; man- 
teau à bords épais et denticulés; pied plus ou moins étroit. 

Coquille. Subovoïde, inéquilatérale, à sommets plus 
ou moins antérieurs; ligament sur l'extrémité la plus 
courte, assez en arrière, extérieur ou subintérieur; dents 
cardinales peu obliques; dents latérales doubles dans la 
valve droite, presque simples dans la gauche. 

4. Pisidie fluviale, Pisidium amnicum, Jen., Cyclas 
pcdustris, Drap. 

Animal. Petit, transparent, d'un blanc -grisâtre; pied peu 
allongé, un peu épais, et légèrement pointu; manteau bordé 
de gris. 

Coquille. Ovalaire, inéquilatérale, à rides transversales sail- 
lantes, assez grosses et régulières, un peu épaisse, solide, opaque, 
d'un cendré-jaunàtre et souvent marquée de deux ou trois bandes 
noirâtres; côté antérieur arrondi; côté postérieur moins avancé 
plus haut que l'antérieur; bord inférieur un peu arqué, obtus; 
bord supérieur très-convexe ; sommets élevés, faiblement ridés, 
luisants, un peu excoriés; ligament court, étroit, peu visible à 
l'extérieur; charnière épaisse: dents cardinales peu développées, 
disposées en V renversé ; dents latérales un peu grandes, élevées' 
obtuses; nacre d'un blanc-azuré. Hauteur, de 6 à 8 millimètres ; 
longueur, de 7 à i°2 millimètres; épaisseur, de 4 à 6 millimètres. 

Habite la vase et au pied des plantes aquatiques des ruis- 
seaux des prairies de Toulouges, Canohès et Thuir; on la trouve 
parfois attachée à des morceaux de bois qui ont séjourné long- 
temps dans ces lieux. 



516 HISTOIRE NATURELLE. 

Nous avons trouvé la V. B, Striolatum, Jen., dont la coquille 
est plus petite, un peu plus bombée, et parsemée de rides plus 
saillantes et plus écartées, dans la vase des ruisseaux qui abou- 
tissent à la vieille Basse. 

2. Pisidie brillante, Pisidium nitidum, Jen., Cyclas 

nitida, Hanl. 

Animal. Blanchâtre; pied un peu long, pointu, dilaté à la 
base; manteau bordé de gris-sale. 

Coquille. Assez ventrue, à stries transversales peu marquées, 
fines, égales, très-mince, peu solide, d'un jaune plus ou moins 
pâle, transparente , souvent avec des bandes transversales grisâ- 
tres; côté antérieur arrondi, côté postérieur moins avancé que 
l'antérieur, subtronqué ; bords inférieur et supérieur convexes ; 
sommets enflés, élevés, assez obtus, luisants; ligament non 
visible à l'extérieur; charnière mince; dents cardinales très- 
petites, peu saillantes, accolées obliquement; dents latérales 
médiocres, minces, obtuses; les antérieures un peu plus grandes 
que les postérieures; nacre blanchâtre. Hauteur, de 2 à 3 milli- 
mètres; longueur, de 2 à 3 millimètres; épaisseur, de 1 millim. 
1 / 2 à 2 millim. l / 2 . 

Habite les fossés, les mares des environs du Cagarell, près 
le Mas de l'Esparrou, et toutes les mares et fossés des prairies 
maritimes de Canet. 

3. Pisidie naine, Pisidium pusillum, Jen., Cyclas fonti- 

nalis, Drap. 

Animal. Blanchâtre , un peu rosé ; pied un peu plus long que 
la coquille, très-grêle, un peu obtus; manteau bordé de gris- 
roussâtre. 

Coquille. Orbiculaire, peu ventrue, à stries transversales peu 
marquées, fines, inégales, mince, peu solide, luisante, peu trans- 
parente, d'un jaune-pâle et quelquefois cendrée; côté antérieur 
arrondi et un peu anguleux; côté postérieur moins avancé que 






MOLLUSQUES. 517 

l'antérieur et convexe; bord inférieur arqué, un peu tranchant; 
bord supérieur très-convexe; sommets enflés et élevés, obtus, 
sans stries; ligament étroit, non visible à l'extérieur; charnière 
mince; dents cardinales très-petites, peu saillantes; dents laté- 
rales médiocres, minces et obtuses. Hauteur, de 2 à 3 millimètres; 
longueur, de 2 à i millimètres; épaisseur, de 1 à 2 millimètres. 
Habite la vase des fossés des eaux vives des jardins de la Pou- 
drière, et les mêmes lieux dans les environs de Bonpas. 

Genre Cyclade, Cyclas. 

Animal. Ovoïde ou subglobuleux ; manteau à bords 
épais, (lenticules; pied plus ou moins large; siphon anal 
développé; branchies inégales, striées. 

Coquille. Subglobuleuse, à sommets plus ou moins 
médians; ligament sur l'extrémité la plus courte, inté- 
rieur ou extérieur ; dents cardinales assez obliques , une 
ou deux dans la valve droite, deux dans la valve gauche; 
dents iatérales doubles dans la valve droite, simples dans 
la gauche. 

1. Cyclade cornée, Cyclas cornea, Lam. 

Animal. Grisâtre, quelquefois roussâtre; pied plus long que la 
coquille, lancéolé, assez pointu, un peu laiteux, légèrement rosé 
vers l'extrémité; manteau à bords gris; siphons un peu allongés, 
couleur de chair-pâle, tronqués. 

Coquille. Subelliptique-courte, presque arrondie, très-enflée, 
à rides transversales faiblement marquées, peu régulières; mince, 
solide, un peu transparente, légèrement luisante, d'un gris-oli- 
vâtre, souvent avec des zones transversales inégales plus foncées; 
coté antérieur obtus, côté postérieur avancé comme l'antérieur, 
arrondi; bord inférieur arqué, tranchant; bord supérieur convexe; 
sommets assez élevés, lisses; ligament non visible à l'extérieur; 
charnière petite; dents cardinales petites, en V renversé, assez 



518 HISTOIRE NATURELLE. 

évasées, l'antérieure assez oblique, étroite, presque carrée, la 
postérieure oblique aussi et un peu plus étroite ; dents latérales 
minces, un peu obtuses; les antérieures plus grandes que les 
postérieures ; impressions musculaires à peine visibles ; nacre 
d'un blanc-bleuâtre. Hauteur, de 6 à 10 millimètres; longueur, 
de 8 à 15 millimètres; épaisseur, de 5 à 8 millimètres. 

Habite les ruisseaux des environs de Perpignan où l'eau 
est stagnante et où il s'amasse de la vase ou du sable; elle s'y 
enfonce, et ce n'est qu'en y plongeant la main qu'on peut la saisir. 
On la trouve quelquefois attachée à des tronçons de bois qui ont 
séjourné plus ou moins longtemps dans ces lieux. 

2. Cyclade lacustre, Cyclas lacustris , Moquin-Tandon , 
Cyclas caliculata, Drap. 
Animal. Blanchâtre, un peu rosé ; pied deux fois plus long que 
la coquille, obtus à son extrémité ; manteau à bords grisâtres; 
siphons allongés. 

Coquille. Arrondie ou elliptique, comprimée, à rides trans- 
versales, fines, peu apparentes, inégales, fort mince et fragile, 
luisante, transparente, cendrée ou roussâtre, quelquefois des 
zones transversales plus foncées couvrent son test ; côté antérieur 
arrondi, presque tronqué, côté postérieur un peu plus haut et 
tronqué; bord inférieur arqué et tranchant, bord supérieur 
droit; sommets élevés, aigus, petits, mamelonnés, obtus et lui- 
sants; ligament non visible à l'extérieur, court; charnière mince; 
dents cardinales très - petites , à peine pointues, l'antérieure 
tronquée au sommet, la postérieure rudimentaire ou nulle, les 
latérales petites, très-minces; impressions musculaires, très-peu 
apparentes; nacre blanchâtre, légèrement azurée. Hauteur, de 
8 à 10 millimètres; longueur, de 8 à 12 millimètres; épaisseur, 
de 4 à 6 millimètres. 

Habite dans la vase de la rivière de la Basse, surtout dans les 
mares bourbeuses de la vieille Basse, vers Toulouges. En fouillant 
la vase on est sur d'en faire bonne provision. 



MOLLUSQUES. 519 

3. Cyclade de Mouchons, Cyclas Mouchousii, N. S. 

Animal. D'un gris-jaunâtre, un peu rosé; pied plus allongé 
que la coquille, dilaté antérieurement et renflé vers l'extrémité 
postérieure, d'un rose-vif; manteau rose-foncé sur les bords, qui 
sont un peu frangés ; siphons allongés, transparents, de couleur 
de chair-pâle, tronqués; le respiratoire cylindracé, à orifice 
médiocre; l'anal court, à orifice petit. 

Coquille. Subelliptique, courte, arrondie, très-peu ventrue, 
subéquilatérale, à rides transversales très-marquées, égales, très- 
régulières, un peu épaisse, assez solide, luisante, transparente, 
couleur de corne-clair, unicolore. Je n'ai remarqué dans aucun 
individu, et j'en ai pris beaucoup, de zones colorées sur la coquille 
ni des bandes marginales. Côtés antérieur et postérieur également 
avancés, arrondis, subtronqués, très-égaux; bord inférieur légè- 
rement arqué, tranchant; bord supérieur convexe; sommets élevés, 
lisses, luisants, un peu recourbés en dedans ; ligament non visible 
à l'extérieur, très-court; charnière mince, offrant en dessous un 
relief arqué, très-sinueux; dents cardinales petites, disposées en 
V renversé très-évasé; l'antérieure peu oblique, presque carrée, 
tronquée au sommet; la postérieure rudimentaire, presque nulle; 
dents latérales petites, minces, subtriangulaires, obtuses; les anté- 
rieures plus grandes que les postérieures; impressions musculaires 
et palléales, très-peu apparentes; nacre d'un blanc légèrement rosé, 
qui se perd bientôt après la mort de l'animal. Hauteur, de 8 à 10 
millim.; longueur, de 6 à 8 millim.; épaisseur, de 4 à 6 millim. 

Rapports. Elle aurait au premier abord quelque ressemblance 
avec la Cvclade-Cornée; mais elle s'en éloigne par le faciès général 
de l'animal, ainsi que par l'aspect de la coquille. Les rides trans- 
versales très-régulières qui couvrent son test, jamais des bandes 
marginales colorées ; les côtés antérieur et postérieur, également 
avancés et arrondis, l'en distinguent tout-à-fait. Sa taille aussi 
diffère un peu. Elle se rapprocherait encore de la Cyclade-La- 
cùstre, mais elle s'en éloigne par l'aspect général de la coquille. 
Les rides transversales de cette dernière sont très-peu apparentes, 



520 HISTOIRE NATURELLE. 

tandis qu'elles sontlrès-visiblesettrès-régulièressur notre coquille. 
La disposition des dents cardinales sont aussi très^différentes, ce 
qui les sépare d'une manière complète. N'ayant pas trouvé dans 
les coquilles de ce genre aucune espèce à laquelle je puisse la 
rapporter, je me suis convaincu que c'était une espèce nouvelle. 

Je me fais un plaisir de la dédier à mon ami M. Henri Mou- 
chous. L'intérêt qu'il porte au progrès des sciences naturelles 
et surtout à ce qui intéresse le Roussillon, m'en fait un devoir. 

Habite dans les lacs de l'extrémité de la vallée de Cady, los 
Estanyols, petites mares à plus de 2.000 mètres d'altitude, sur 
une montagne couverte de neige pendant huit mois de l'année. 
Ces mares sont alimentées par les eaux des neiges supérieures que 
la chaleur de l'été ne peut fondre en entier. Ce Mollusque vit dans 
ces mares, parmi les plantes qui croissent dans ces eaux très- 
froides, et dans la vase qui en tapisse le fond. J'avais visité avec 
attention les divers lacs de nos montagnes, ceux de Nohèdes, de 
Carença, de Carlite, les Bouillouses, sans y avoir jamais découvert 
la moindre trace de Mollusque. En visitant Cady, le hasard me 
conduisit à vouloir arracher un pied de Plantago-Monosperma de 
Pourret; quel fut mon étonnement de trouver parmi la vase qui 
tenait aux racines de la plante et à son collet, un Mollusque qui 
vivait à une si haute élévation, et pour ainsi dire parmi la neige. 
Je fouillai la vase des bords et j'en trouvai un grand nombre. Ayant 
comparé ce mollusque et sa coquille à tout ce qui a été décrit en 
ce genre, je me suis convaincu que c'était une espèce inédite. 

Famille des Dreïssénadées. 

Genre Dreïssène, Dreïssena. (Le seul qui compose cette famille.) 
Moules d'eau douce qui habitent dans les fleuves et 
les rivières. Ces coquilles ne vivent pas dans les eaux du 
département des Pyrénées-Orientales; nos rivières, à leur 
embouchure, sont à sec une partie de l'année, et lorsque 
elles ont de l'eau, ce sont des torrents très-impétueux qui 
n'offrent pas de sécurité à ce genre de Mollusques. 



INSECTES. 521 



CHAPITRE VI. 

ENTOMOLOGIE. 

Insectes Coléoptères. 

L'Entomologie est la partie de la Zoologie qui traite 
de la connaissance des Insectes. 

Il n'entre pas dans notre cadre d'embrasser les divers 
groupes d'animaux dont s'occupe l'Entomologie ; nos 
études se bornent a la partie qui traite des Insectes 
Coléoptères et Lépidoptères. 

Le caractère saillant des Insectes Coléoptères est 
d'avoir le corps articulé, c'est-à-dire formé d'anneaux 
plus ou moins solides, placés les uns à la suite des 
autres et maintenus par une membrane commune ou 
peau; d'être pourvus de trois paires de pattes, de deux 
antennes et de quatre ailes dont les supérieures, plus ou 
moins dures ou coriaces, appelées élytres, servent d'étui 
aux inférieures qui sont des pièces membraneuses sèches, 
élastiques, transparentes et pliées en travers sous les 
premières dans le repos. Indépendamment de ce dernier 
caractère qui leur est exclusivement propre, les Coléop- 
tères se distinguent encore des autres Insectes à quatre 
ailes, par leurs mâchoires libres et non terminées en 
galète, comme dans les Orthoptères. 



522 HISTOIRE NATURELLE. 

On distingue dans les Coléoptères, comme dans tous 
les Insectes, le tronc et les membres. Le tronc est com- 
posé de trois régions principales : la tête, le thorax ou 
corselet et l'abdomen. Les membres, au nombre de dix, 
sont les quatre ailes, dont nous avons déjà parlé, et six 
pattes attachées par paires au corselet. La tête, de gran- 
deur et de forme variées, offre constamment a l'observa- 
tion : le crâne, qui s'articule en arrière avec le prothorax; 
la bouche, qui est formée de diverses parties disposées 
symétriquement; deux yeux et deux antennes. 

On distingue deux sortes d'yeux dans plusieurs ordres 
d'Insectes : les yeux lisses, dont le nombre varie, et les 
yeux composés ou à facettes, qui n'excèdent jamais deux. 
Les Coléoptères ont toujours des yeux à facettes. 

Les antennes varient singulièrement de forme et de 
proportion dans les Coléoptères, non seulement selon 
les familles ou les genres, mais entre chaque sexe. Elles 
sont ordinairement plus volumineuses dans les mâles. 

Les élytres, dans le repos, se joignent l'un contre 
l'autre par leur bord interne, et forment sur le dos de 
l'Insecte une ligne médiane qu'on nomme suture. Us 
ne peuvent s'écarter du corps qu'à angle droit, et ne 
frappent pas l'air dans le vol : une fois étendus ils 
restent fixes. 

Les Coléoptères, ainsi que les autres Insectes, ont 
deux sexes séparés, et l'acte de la reproduction est un 
véritable accouplement. 

Les sexes, dans les Coléoptères, se distinguent à l'ex- 
térieur par des différences , soit dans les antennes , soit 
dans les pattes, soit dans d'autres parties du corps qu'il 
serait trop long d'énumérer ici. Leur accouplement n'a 



INSECTES. 523 

lieu qu'une fois, et sa durée varie depuis quelques heures 
jusqu'à un ou deux jours. La copulation achevée, le mâle 
ne tarde pas à périr, et la femelle meurt immédiatement 
après la ponte. 

Les œufs, qui varient pour le volume, la forme, la 
couleur et la consistance , sont déposés en des lieux et 
dans des substances analogues au genre de vie des larves 
qui doivent en naître. Quelques espèces pondent dans 
des eaux tranquilles ; d'autres les placent sur certaines 
plantes; plusieurs à l'aide de leur tarière, les introduisent 
dans le bois ; des tribus entières les déposent sur les 
matières animales ou végétales en décomposition et sur 
les cadavres en putréfaction; un grand nombre enfin les 
enferment dans la terre. 

Les larves qui naissent de ces œufs diffèrent singuliè- 
rement entre elles. En général, elles ressemblent à un 
ver molasse composé de douze anneaux plus ou moins 
distincts, non compris la tête. La plupart de ces larves 
ont la faculté locomotive très-peu développée. 

Le temps que les larves des Coléoptères mettent à 
croître, depuis leur sortie de l'œuf jusqu'à leur transfor- 
mation en nymphe, est plus ou moins long, suivant le 
genre de nourriture. On a remarqué que celles qui se 
nourrissent de feuilles, atteignent toute leur taille au bout 
d'un mois ou six semaines, tandis que celles qui vivent 
de racines ou dans l'intérieur du tronc des arbres n'y 
arrivent qu'au bout de deux ou trois ans. 

C'est principalement sous la forme de larves que les 
Coléoptères font le plus de tort à l'agriculture et à l'in- 
dustrie. Les ravages causés par les larves des Bruches, 
des Charançons, des Calandres, des Hannetons, des 



524 HISTOIRE NATURELLE. 

Anthrènes, des Dermestes, des Altisses, des Galeruques 
et autres analogues, ne sont que trop connus. 

Les Coléoptères sont répandus partout. Les uns sont 
aquatiques, et vivent dans les eaux dormantes ; les autres, 
en bien plus grand nombre, sont terrestres et ont des 
habitudes très-variées; on en rencontre courant sur la 
terre ou sur le sable; on en trouve dans les fientes des 
animaux, dans la terre, sous les pierres, sous la mousse, 
à la racine des végétaux, dans les troncs ou sous les 
écorces des arbres morts ou vivants, dans les cadavres 
en putréfaction, dans les matières animales ou végétales 
en décomposition, dans celles qui sont desséchées; enfin, 
on en voit fréquemment sur les fleurs et les feuilles des 
plantes et des arbres. Les uns sont diurnes, les autres 
sont nocturnes ; ceux-ci se tiennent cachés pendant le 
jour, font la chasse aux autres Insectes et les dévorent. 
Il est a remarquer qu'on ne trouve aucun Insecte veni- 
meux parmi les Coléoptères; pas un n'est armé d'aiguil- 
lon pour blesser, comme on le voit chez beaucoup 
d'Hyménoptères, Seulement, quelques-uns pourvus de 
fortes mandibules, comme les Scarites, les Cerfs-Volants, 
les Capricornes, etc., mordent ou pincent fortement 
quand on les saisit sans précaution ; mais il n'en résulte 
d'autre mal que celui d'une petite coupure ou d'une 
petite déchirure (1) . 

L'entomologie de nos contrées n'était pas connue il y a 
cinquante ans : les naturalistes qui visitaient les Pyrénées- 
Orientales n'y séjournaient pas assez pour en apprécier 
les richesses. Personne dans la localité ne s'en était occupé 

(I) Voir \c dictionnaire universel d'Histoire Naturelle, par Cil, d'Orbigny. 



INSECTES. 525 

encore. Nous avons été le premier à colliger les Insectes 
que nos diverses régions fournissent, et notre collection a 
toujours été ouverte à ceux qui ont témoigné le désir de 
s'occuper de cette branche des sciences naturelles. 

A l'origine de nos études entomologiques , nous 
n'avions aucun document, aucune collection pour com- 
parer nos espèces à celles déjà découvertes ; aussi avons- 
nous marché à tâtons pendant longtemps. En 1821 , 
MM. Baslard et Leclerc-Thouin , aides naturalistes du 
Jardin-des-Plantes de Paris, visitèrent notre département. 
Leurs conseils nous furent très-favorables ; ils nous 
aidèrent de leur expérience pour classer nos collections, 
et emportèrent à Paris les espèces douteuses, pour les 
étudier dans le silence du cabinet. Ils nous encouragèrent 
à persévérer dans les recherches que nous avions entre- 
prises. 

Peu de temps après, M. le comte Dejean, dont l'obli- 
geance a été extrême pour nous, parcourut aussi les 
Pyrénées-Orientales; nous eûmes même la satisfaction 
de l'accompagner dans quelques-unes de ses courses ; 
depuis cette époque, notre collection s'étendit considé- 
rablement par des échanges et par les bons rapports 
que nous avons toujours conservés avec cet entomolo- 
giste célèbre. 

M. Dejean nous mit en relations avec les naturalistes 
de l'Allemagne, de la Suisse et de toutes les parties de 
la France; ceux-ci sollicitèrent des échanges, et c'est 
ainsi que notre collection prit un grand accroissement. 
Plus tard , M. Audouin, professeur du Jardin-des-Plantes, 
vint aussi étudier les Insectes nuisibles à la vigne et aux 
oliviers. Nous lui fimes part de nos observations à ce 



526 HISTOIRE NATURELLE. 

sujet ; nous lui donnâmes beaucoup d'Insectes du pays ; 
il nous en dédommagea, par bon nombre d'espèces 
étrangères et rares qu'il nous adressa à sa rentrée à Paris. 
Quoique nous ayons réuni un grand nombre d'Insectes, 
nous n'avons pas la prétention de croire qu'ils représen- 
tent la statistique complète des Coléoptères du départe- 
ment ; nous sommes persuadé , au contraire , qu'il reste 
beaucoup d'espèces à découvrir, et nous engageons les 
jeunes gens à diriger leurs études vers cette branche des 
connaissances naturelles, qui donne tant d'attraits, et 
fait passer bien des moments heureux, en contemplant 
les merveilles de la nature dans ses infîniments petits : 
il y a beaucoup a faire dans les petites espèces qui n'ont 
pas été suffisamment étudiées. Nos travaux, tout incom- 
plets qu'ils sont, auront du moins le mérite d'avoir 
ouvert la marche à ceux qui nous succéderont. L'Ento- 
mologie n'est pas un but de curiosité seulement; son 
étude peut être très-utile à l'agriculture, en faisant con- 
naître les moyens de détruire les Insectes qui dévorent 
nos récoltes. Des hommes du plus haut mérite y ont 
consacré leurs veilles; des hommes sérieux y ont porté 
toute leur attention ; des guerriers n'ont pas dédaigné 
de s'en occuper d'une manière spéciale ; et nous avons 
été témoin qu'au milieu des combats, un homme, haut 
placé , mettait pied à terre pour ramasser un Insecte. 
L'Empereur faisait un grand cas de cet homme, puisqu'il 
l'avait attaché à sa personne comme aide-de-camp W. 

(I) l£n 1809 M. le comte Dejean , colonel du 9 me Dragons, faisait 
partie de la division Kelerman dans les Asturies : nous battions en retraite 
d'Oviedo, et nous montions les jjorges de Pajarcs , pour venir sur le 
royaume de Léon, sous le feu de la mousu.ueteric des Espagnols, cachés 



INSECTES. 



527 



Notre travail contient rémunération des Coléoptères 
observés jusqu'à ce jour dans le département des Pyré- 
nées-Orientales, avec l'indication précise des localités où 
nous les avons trouvés. 

Pour montrer l'abondance et la variété des produits 
de notre département, nous avons indiqué à la suite du 
nom de l'auteur, la région où l'espèce avait été primiti- 
vement trouvée. 

La classification que nous avons suivie, est celle que 
M. le comte Dejean a adoptée dans son catalogue des 
Coléoptères, publié en 1837, et que nous exposons dans 
le tableau ci-après. 

CLASSIFICATION DES COLÉOPTÈRES, 

D'APRÈS M. LE COMTE DEJEAN. 



1" Section. 
PENTAMÈRES. 

Carabiques. 

Hydrocanthares. 

Brachélytres. 

Sternoxes. 

Malacodermes. 

Térédiles. 

Clavicornes. 

Palpi cornes. 

Lamellicornes. 



2° Section. 
HÉTÉROMÈRES. 

Mélasomes. 

Taxicornes. 

Ténébrionites. 

Hélopiens. 

Trachélides. 

Vésicants. 

Sténélytres. 



3" Section. 
TÉTRAMÈRES. 

Curculionites. 
Xylophages. 
Longicornes. 
Chrysomélines. 

4 e Section. 
TRUIÈRES. 

5" Section. 
DIMÉRES. 



clans les bois qui couvrent ces montagnes difficiles. Dans cette circonstance, 
je ie vis descendre de cheval pour ramasser un Carabe que les soldats dans 
leur marche avaient chassé des broussailles. Toutes les lois que la division 
faisait une halte , il explorait les lieux voisins. C'est ainsi qu'il était 
parvenu, en récoltant des Insectes de tous les pass, à faire la collection la 
plus riche d'Europe: elle renfermait, en Coléoptères seulement, vingt-deux 
mille trois cent quatre-vingt-dix-neuf espèces et une infinité de variétés. 
J'étais loin di me douter alors que je verrais plus tard M. le comte Dejean, 
lieutenant-général, venir parcourir les Pyrénées-Orientales en entomolo- 
giste, et que moi-même je m'adonnerais avec ardeur à l'étude de cette science. 



528 HISTOIRE NATURELLE. 

PENTAMÈRES. 
Famille des Carabiques. 

La famille des Carabiques, selon M. Dejean, se com- 
pose des Insectes pentamères qui ont six palpes, des 
antennes filiformes ou sétacées , quelquefois monili- 
formes, et des pattes uniquement propres à la course. 
Tous sont carnassiers. 

Cette famille joue parmi les Insectes, le même rôle 
que celle des Carnassiers parmi les Mammifères. Obligés, 
par leur organisation , de vivre aux dépens des autres 
Insectes, tantôt ils les attaquent à force ouverte, tantôt 
ils se tiennent en embuscade pour les surprendre. Des 
mandibules fortes, tranchantes et plus ou moins aiguës 
à l'extrémité, une grande force musculaire dans leurs 
pattes qui leur permet autant de vigueur que de promp- 
titude dans leurs mouvements, tout dans leur structure 
leur donne un grand avantage sur ceux dont ils font leur 
proie. Cependant, à l'exception des Cicindèles, qui volent 
avec la plus grande légèreté, les espèces des autres genres 
font peu usage de leurs ailes quand elles en ont; car la 
plupart en manquent, surtout les grandes espèces; mais 
en revanche, elles sont très-agiles à la course. Ces In- 
sectes ne chassent ordinairement que la nuit, et se tien- 
nent cachés pendant le jour sous des pierres, dans la 
mousse, au pied des vieux arbres ou bien sous les écorces. 
Le plus grand nombre d'entre eux répandent une odeur 
fétide; et, quand on les prend, ils laissent échapper par 
la bouche en même temps que par l'anus, un liquide acre 
et caustique qui, dans quelques-uns, sort avec bruit, sous 
la forme d'une vapeur blanchâtre. 



[NSECTES. 529 

Premier Genre, Cicindela, Lin. 

Les Cicindèles sont le plus souvent ornées de couleurs 
métalliques très-brillantes, avec des taches plus claires 
que le fond. Elles ont la tête forte, plus large que le 
corselet, de gros yeux, des antennes presque filiformes, 
des mandibules allongées, terminées par un crochet aigu 
et quadridentées au côté interne, des palpes velues, des 
ailes propres au vol sous leurs élytres, et des pattes grêles 
et longues, avec des tarses très-déliés. Ce sont des Insectes 
carnassiers et voraces, dont la démarche est vive et légère, 
et le vol court et rapide. On les rencontre le plus souvent 
dans les lieux sablonneux exposés au soleil , où ils cher- 
chent leur proie ; cependant quelques espèces, telles que 
la Germanica, ne se rencontrent que dans les champs, 
où elles courent entre les herbes, sans jamais faire usage 
de leurs ailes. 

1. Cicindela campestris, Geer. Gallia. 

Commune dans les champs, le long des chemins sablonneux, 
dans tout le département. 

2. Cicindela Marocana, Fab. Gallia meridionalis. 

Elle est regardée comme une variété de la précédente. On la 
trouve dans les mêmes lieux; elle diffère de la première par les 
couleurs générales plus sombres, et par les taches des élytres qui 
sont moins apparentes, quelquefois même sans la moindre tache. 

5. Cicindela silvicola, Meg., Dej. Gallia orientalis. 

Trouvée constamment dans les prairies des parties montueuses 
du bois de Boucheville; au Randé, près Cady, et dans les prairies 
qui bordent Le Tech à La Preste. Nous avons pris dans les mêmes 
localités une variété dont les lignes de dessus les élytres, sont 

TOME III. 54 



530 HISTOIRE NATURELLE. 

moins prononcées, quoique ayant les mêmes dispositions et les 
couleurs moins vives. Nous avons reçu celte espèce de nos cor- 
respondants d'Allemagne, sous le nom de Cicindela hybrida. 

A. Cicindela silvatica, Fab. Paris. 

Cette espèce est assez rare. On la trouve dans les clairières des 
bois un peu élevés; nous l'avons rapportée de la Font de Comps, 
avant d'arriver au plateau; nous l'avons prise aussi dans les prai- 
ries de la Borde Girvès, et au Pla dels Abellans, au-dessus de 
Mont-Louis. 

5. Cicindela trisignata, Illig. Gallia meridionalis. 

Trouvée sur les sables de la rivière de La Tet, près de son 
embouchure; aux environs des mares et des dunes, près Canet; 
à l'embouchure de l'Agly, près Saint-Laurent-de-la-Salanque. 

6. Cicindela circumdata, Dej. Gallia meridionalis. 

Cette jolie espèce se trouve sur les sables du bord de l'étang 
de Saint-Laurent-de-la-Salanque, près des salins, et dans les 
marais salants de l'île Sainte-Lucie. 

7. Cicindela littoralis, Fab. Gallia meridionalis. 

Elle habite les champs qui ont été inondés et le bord des 
flaques d'eau le long du littoral, d'où elle ne s'éloigne point; 
elle est difficile à saisir, car elle vole très-loin ; de grand matin, 
en parcourant ces parages avant le lever du soleil, on la prend 
plus facilement. 

8. Cicindela flexuosa, Fab. Gallia meridionalis. 

On la prend communément sur les sables, le long de la rivière 
de La Tet, à la pépinière départementale; .sur les dunes, près 
Canet, et sur tout le littoral, à l'embouchure des torrents et 
rivières qui se perdent dans les sables. 






[NSECTES; 531 

9. Cicindela scalaris. Dejean. \ 

paludosa, Dufour. G * a meridioml ^ 
equestris, Bonelli. ) Hispania. 

On prend cette jolie espèce dans les prairies maritimes près 
Canet, et dans celles du Bordigol, près Torreilles. Il faut la chercher 
de grand matin sur les masses de joncs qui bordent les routes; 
on peut alors en faire grande provision , car elle s'y tient blottie. 
Mais dès que le soleil a échauffé l'atmosphère , elle vole avec 
une telle rapidité, qu'on la saisit très-difficilement. Il y a dans 
cette espèce trois variétés bien distinctes par la disposition 
des couleurs et par celle des lignes qui sont sur les élytres; 
ce n'est donc pas étonnant qu'elle ait été signalée sous trois 
noms différents. Le filet à insecte est d'une grande utilité pour 
la prendre. 



Helvetia. 



10. Cicindela litterata, Sulzer. 

sinuata, Clairy. 

Cette jolie espèce se trouve dans les parties humides des envi- 
rons de l'étang de Salses qui ont été inondées pendant l'hiver; 
nous l'avons prise aussi aux environs de la Franqui, près les 
salins de M. Lacombe Saint-Michel, et à l'île Sainte-Lucie. 

11. Cicindela maura, Fab. Hispania. 

Cette belle et rare espèce habite l'embouchure des ravins qui 
se jettent dans la mer, près le Cap-Cerbère, aux limites du dépar- 
tement; elle est beaucoup plus abondante un peu plus loin, au 
Golfe de Roses, et sur le littoral de toute la Catalogne espagnole. 
M. le docteur Pujade nous l'a envoyée de l'Algérie où elle est 
abondante. 

12. Cicindela Germanica, Fab. Gallia. 

caerulea, Herb. Austria. 
Italica, Dupont. Itah'a. 



53:2 HISTOIRE .NATURELLE. 

Cette toute petite et intéressante espèce est commune dans les 
prairies et les luzernes des parties basses de Château-Roussillon, 
et dans toute la Salanque; elle ne vole point; elle est très-agile 
pourtant, et, en écartant les plantes, on peut en faire une ample 
provision. Elle varie beaucoup par la couleur de tout son corps 
et par les points qui sont sur les élytres; ce n'est donc pas 
étonnant que plusieurs noms lui aient été donnés. 

Deuxième Genre, Odacantha, Fab. 

1. Odacantha melanura, Fab. Paris. 

Lieux humides, sous les débris des végétaux, près des prairies 
des parties basses des environs de Ganet et de Sainle-Marie- 
la-Mer. 

Troisième Genre, Drypta, Fab. 

\. Drypta emarginata, Fab. Paris. 

On la voit communément parmi les broussailles , au pied des 
arbres et dans les herbes des fossés des remparts de la ville et 
de la citadelle de Perpignan. 

2. Drypta distincta, Rossi. ) „. . 

cylindricollis, Fab. ) 

Cette rare et jolie petite espèce se trouve dans les haies des 
prairies marécageuses des environs de Canel, et dans le bassin 
de l'Agly, entre le Bordigol et l'embouchure de cette rivière. 
Nous l'avons aussi trouvée dans les prairies des environs de la 
Font-Dame, près de Salses. M. Canta l'a prise dans les environs 
de Pézilla, sous les débris du millet dépiqué, blottie parmi la 
paille, avec une multitude de petits Carabiques : elle est rare 
dans toutes les localités. 

Quatrième Genre, Zuphium, Latr. 
I. Zuphium olens, Fab. Gallia meridionalis. 



INSECTES. 533 

Ce joli petit Insecte se trouve sous les pierres humides des 
ravins des parties élevées; on le trouve sur la plage après les 
débordements de nos rivières sous les débris des végétaux en- 
traînés par les eaux et rejetés par la mer. Nous l'avons pris dans 
les trois bassins que nos cours d'eau traversent pour se jeter à 
la mer, toujours près des matières qui sont en putréfaction et 
souvent sur les champignons qui se décomposent (très-rare). 

Cinquième Genre, Polistichus, Bonelli. 

1. Polistichus vittatus, Brul. ) _ ... ... 

_.. \ u allia meridionalis. 
fasciolatus, 01. ) 

Sous les pierres, dans les broussailles et au pied des arbres 
des ravins des régions supérieures , et sous les détritus des 
végétaux rejetés par les eaux dans toute la plaine (commun). 

2. Polistichus discoïdeus, Dej. Russia meridionalis. 

Cette jolie espèce, beaucoup plus rare que la précédente, se 
trouve dans les mêmes localités et avec les mêmes circonstances. 
Nous l'avons prise aussi dans les ravins des montagnes calcaires 
des Corbières, sous les pierres et dans les broussailles. 

Sixième Genre, Cymindis, Latr. 

\. Cymindis humeralis, Fab. Gallia. 

Sous les pierres, dans les ravins des montagnes secondaires et 
dans les broussailles emmenées par les cours d'eau qui arrosent 
les prairies de ces localités (commun). 

2. Cymindis lineata, Schônheer. Gallia meridionalis. 

Sous les pierres humides des ravins des environs de Cady et 
du Randé; aux environs de Mont-Louis, sous les pierres et les 
conduites d'eau des prairies (rare). 

3. Cymindis homagrica, Dufts. Auslria. 



534 HISTOIRE NATURELLE. 

Les ravins de la montagne de Céret et aux environs de la forêt 
communale , parmi les broussailles et sous les pierres ; acci- 
dentellement près de la ville de Géret, où il est probablement 
entraîné par les eaux; on le trouve aussi dans la vallée d'Arles- 
sur-Tech (assez rare). 

4. Cymindis coadunata, Dej. Gallia meridionalis. 

Parmi les broussailles des ravins de la vallée de l'Agly, envi- 
rons de Saint-Paul; à Gaudiès, au bois des Fanges, parmi les 
débris des végétaux; aux Albères, près Notre-Dame du Castel, 
dans les bois sous les pierres qui bordent les ravins (rare). 

5. Cymindis melanocephala, Dej. Pyrenœis. 

Trouvé dans la vallée d'Eyne, sous les pierres, près des Jasses 
où se retirent les bestiaux; dans les mêmes gîtes, au Ganigou, 
près la Jasse de la Llapoudère, et à La Preste (rare). 

6. Cymindis axillaris, Dufts. Gallia meridionalis. 

Torrents de la vallée de Finestret, sous les pierres, près du 
Nentilla; sous les pierres et les broussailles des parties élevées 
de la vallée de Rigarda (commun). 

7. Cymindis basalis, Gyllenh. ) 

punctata, Bonelli. ) 

Cette jolie espèce est assez rare ; nous l'avons prise dans la 
vallée de Cornella et de Vernet-les-Bains, au bord des champs 
sous les pierres et les broussailles. 

8. Cymindis miliaris, Fab. Gallia. 

Trouvé sous les pierres et les broussailles des torrents dans 
les parties moyennes du Canigou, au-dessus de Saint-Martin, 
particulièrement dans la forêt appelée des Moines ; nous l'avons 
aussi trouvé dans la vallée de Valmanya et près de Gortsavi (rare). 



INSECTES. Ô3Ô 

9. Cymindis buf'o, Fabric. ) _. ... 

J ^ . .. ^ . | Siciba. 

Fammn, Dejean. ) 

Cette petite et jolie espèce se trouve sous les pierres et parmi 
les détritus des végétaux des parties basses situées au pied de 
nos montagnes ; mais elle y est entraînée par les eaux qui , 
toujours après les fortes pluies , font déborder nos rivières. 
On rencontre la plupart des espèces de ce genre sous les brous- 
sailles que les inondations entraînent et qui sont rejetées par la 
mer sur la grève (rare). 

10. Cymindis meridionalis, Dej. Gallia meridionalis. 

Variété de YHomagrica, Dufts, 

Nous avons trouvé cette intéressante espèce sous les pierres 
et sous les broussailles, dans les ravins des montagnes intermé- 
diaires qui séparent Thuir d'Oms ; elle diffère par des caractères si 
tranchés du Cym. homagrica de Dufts., que nous avons cru devoir 
lui conserver le nom donné par M. Dejean. Les stries des élytres 
sont moins profondes, moins fortement ponctuées; une tache 
numérale un peu allongée se détache du bord extérieur; il y 
a absence de la bande longitudinale des élytres; corselet plus 
allongé et plus rouge; tète plus foncée; couleur des élytres plus 
brune (rare). 

Septième Genre, Demetrias, Bonel. 

i. Demetrias unipunctatus, Creuts. Gallia. 

Sous les broussailles qui ont été rejetées par les eaux, et dans 
les fossés des parties basses de Canet; au printemps on le prend 
en fauchant avec le filet sur les fourrés des prairies (commun). 

2. Demetrias atricapillus, Lin. Paris. 

On le trouve au pied des arbres des prairies de Thuir et de 
Canohès, et dans la belle saison, en fauchant avec le filet sur 



536 HISTOIRE NATURELLE. 

les plantes; en hiver, dans les broussailles et fossés des prairies 
de Canet(rare). 

5. Demetrias elongatus, Zenk. Paris. 

Peu de chose le distingue du précédent, dont il parait n'être 
qu'une variété ; on le trouve dans les mêmes lieux. 

Huitième Genre, Dromius, Bonel. 

\. Dromius linearis, Bonel. Paris. 

Bord des fossés des champs et prairies des parties élevées du 
département; ravins du bois de Bouchevjlle, et dans les ravins 
parmi les broussailles au-dessus de Gastell, près Vernet (rare). 

2. Dromius melanocephalus, Dej. Paris. 

Sous les écorces des vieux troncs à demi pourris; sous les 
pierres et fossés humides des prairies des parties basses du lil- 
toral des bassins de l'Agly et de La Tet. 

5. Dromius sigma, Ros. Russia. 

Sous les pierres, au pied des arbres et dans les prairies et 
champs de toute la Salanque; on en prend beaucoup en fau- 
chant avec le filet (commun). 

4. Dromius quadrisignatus, Dej. G allia. 

Sous les écorces des vieux troncs des prairies élevées ; souvent 
aussi dans la plaine après une inondation. 

5. Dromius quadrinotatus, Dufts. Paris. 

Je l'ai trouvé assez fréquemment dans les prairies humides de 
l'embouchure du Tech, près Saint-Cyprien, et à Céret, dans les 
prairies des environs du pont. 

6. Dromius quadrimaculatus, Puz. Paris. 



INSECTES. 537 

Prairies du Capcir el de la Cerdagiie, sous les pierres et sous 
les broussailles; après les inondations, parmi les broussailles du 
bassin du Tech et de La Tet; dans le Llaurenti auprès de Mijanès 
(rare). 

7. Dromius agilis, Fab. Paris. 

Commun au pied des arbres, sous les écorces et parmi les 
broussailles des parties basses de tout le littoral. 

8. Dromius meridionalis, Dej. Gallia meridionalis. 

Prairies et champs aux environs de Thuir, sous les pierres, au 
bord des fossés et sous les broussailles (assez commun). 

9. Dromius quadrillum, Dufts. Austria. 

Variété du Dromius qaadripustidatus, Fab. 

Nous l'avons toujours trouvé avec \e Dromius sigma dans les 
mêmes circonstances, les mêmes localités, et plus abondamment. 

10. Dromius corticalis, Duf. Hispania. 

Variété du Dromius plagiatus, Dufts. 

Habite, entre Arles et Saint-Laurent-de-Cerdans, les prairies 
humides, les rigoles qui conduisent les eaux, parmi les brous- 
sailles et sous les pierres; les rigoles des environs de Costujes 
(rare). 

11. Dromius foveola, Gyllenh. Suecia. 

Ravins et rigoles des prairies, derrière La Preste et au pied 
de Costa-Bona, aux environs de Peyre-Feu (rare). 

12. Dromius albonotatus, Dej. 

Toutes les rigoles des prairies des environs de Mont-Louis, 
sous les pierres cpii servent à dévier l'eau, et dans toute la 
Cerdagne. 



538 HISTOIRE NATURELLE. 

Neuvième Genre, Plochionus, Dej. 

i. Plochionus Bonfilsii, Dej. G allia meridionalis. 

Je n'ai trouvé cet Tnsecte qu'une seule fois, accidentellement, 
après l'inondation de 1842, sur la plage de Torreilles, parmi 
les broussailles rejetées par la mer; ce qui me fait présumer que 
ce joli et petit Insecte, doit vivre dans la vallée de l'Agly, mais 
je ne puis indiquer de localité précise (très-rare). 

Dixième Genre, Lebia, Latr. 

1. Lebia pubipennis, Du. ; rr . 

„ ..... ~ . Hispania. 

fulvicolhs, Dej. ) r 

Fossés herbeux des parties basses de Canet, parmi les brous- 
sailles et détritus des végétaux rejetés par la mer après les 
inondations (commune). 

2. Lebia cyanocephala, Fab. Gallia meridionalis. 

3. Lebia chlorocephala, Ent. Gallia borealis. 

Les deux espèces se trouvent sous les pierres de la rivière de 
l'Agly, et les rigoles des environs de Casas-de-Pena ; après les 
inondations, sur la plage des trois bassins (communes). 

4. Lebia caeruleocephala, Dhal. Gallia borealis. 

Cette espèce, regardée par M. Dejean comme une variété de la 
Lebia cyanocephala, Fab., se trouve sous les pierres, au sommet 
des montagnes à'Albadère et de Glorianes, exposition du midi; 
elle est mêlée à une foule d'autres Carabiques. 

Malgré tout le respect que nous portons aux observations faites 
par ce savant entomologiste, nous ne pouvons être de son avis: 
la Cœruleocephala a les élytres verts avec des stries ponctuées , 
bien marquées : les intervalles des. stries sont aussi ponctués; le 
corselet et les pattes sont rougeàtres, tandis que la Cyanocephala 
a les élytres d'un beau bleu, sans stries ni points; les pattes 



INSECTES. 539 

et les antennes sont noires. Celte différence, ainsi que celle qui 
existe dans l'habitat, nous font penser que ce sont deux espèces 
différentes (rare). 

5. Lebia rufipes, Dej. Gallia meridionalis. 

Commune dans les broussailles des fossés des prairies mari- 
times; elle y est amenée par les inondations. Je l'ai souvent 
trouvée sous les pierres des cours d'eau des parties élevées. 

6. Lebia crux-minor, Lin. Gallia. 

Prairies de la Cerdagne et des parties élevées du Canigou, le 
long des cours d'eau, sous les pierres (assez rare). 

7. Lebia violacea, N. S. Dej. Nord. 

Cette jolie espèce habite le bord des eaux des parties élevées 
et froides; les vallées de la Cerdagne et les diverses vallées du 
Canigou, revers méridional vers Costa-Bom (rare). 

8. Lebia haemorrhoïdalis, Fab. Paris. 

Fossés des parties basses de Canet et de Saint-Cyprien, parmi 
les broussailles et. au pied des arbres; broussailles rejetées par le 
Réart, aux environs de S'-Nazaire, après un débordement (rare). 

Onzième Genre, Aptinus, Bonel. 

1. Aptinus Pyrenseus, Dej. 

Parties élevées des environs de Prals-de-Mollô, sous les pier- 
res, parmi les broussailes, mêlé et très-abondant parmi les Bra- 
chinus, Bombarda et Explodens; aux environs de La Preste, dans 
les haies, aux endroits où se reposent les bètes à laine; nous 
l'avons pris à la Roca de! Muix , près la Font de Comps, grande 
excavation où les troupeaux vont s'abriter des orages; à la vallée 
de Lié, dans les broussailles des haies qui bordent le ruisseau 
d'écoulement des thermes de M. Girvès (il n'est pas rare dans 
cette localité). 



540 HISTOIRE NATURELLE. 

2. Aptinus displosor, Dnf. ) „. 

1 , ,,. T11 ; ( Hispania. 

balhsta, Ilhg. ) r 

Cette belle et très-intéressante espèce se trouve sous les pierres 
et parmi les broussailles, derrière le château-fort de Bellegarde, 
et dans la garrigue exposée au midi près du fortin. En remuant 
les grosses pierres, surtout celles qui sont adossées à un amas 
de ronces, ou aux plantes OCUlex, on est sûr de trouver Y Aptinus 
en compagnie du Scorpion de Sauvinargues. On le trouve aussi près 
de Porl-Vendres et dans les garrigues de la vallée cle Banyuls, 
ainsi que sur toutes les Albères. La détonation qu'il fait entendre 
quand on remue la pierre sous laquelle il est blotti, est très- 
forte; la liqueur qu'il rejette est très-corrosive, et lorsqu'on en a 
piqué un certain nombre, les doigts sont noircis, et cette couleur 
ne disparaît que lorsque la peau se renouvelle. 

Douzième Genre, Brachinus, Weber. 

\. Brachinus humeralis, Ahr. ) „ „. ... ,. 

_ . haliia meridionalis. 

causticus, Dej. v 

Près des fossés qu'on a nouvellement curés, parmi les brous- 
sailles et les mottes de terre, dans toute la plaine de la Salanque; 
aussi sous les détritus des végétaux auprès des marais salants 
(rare). 

2. Brachinus nigricornis, Dej. Gallia meridionalis. 

Parmi les broussailles des fossés herbeux des environs de Ca- 
net; dans les terres inondées pendant l'hiver; sous les végétaux 
en décomposition, lorsque l'eau s'est retirée (rare). 

3. Brachinus crepitans, Lin. Paris. 

Sous les broussailles et les haies des fossés des champs de 
toute la plaine; sous les pierres des parties élevées des mon- 
tagnes secondaires (commun). 



LNSECTES. 541 

4. Brachinus immaculicornis , Dej. Gallia meridionalis. 

Au bord des marais salants, sous les détritus des végétaux, dans 
tout le littoral, mêlé à d'autres espèces de son genre et à beaucoup 
de petits Carabiques qui s'y amassent lorsque l'eau se retire (rare). 

5. Brachinus explodens. Dufts. Paris. 

Mêmes localités que le précédent et très-commun ; on le trouve 
aussi sur les parties élevées des montagnes secondaires, dans les 
broussailles et sous les pierres (commun). 

6. Brachinus dabratus, Dej. 

' u allia meridionalis 



strepitans? Dufts. 

Dans les broussailles de toutes les parties basses du littoral, 
dans les fossés herbeux et au pied des arbres. Il est plus long 
que le Brachinus explodens, avec lequel on le confond souvent; 
cependant quand on le considère de près, on remarque que 
les côtes de ses élytres sont plus apparentes et les articles des 
antennes sont sans tache (il n'est pas rare). 

7. Brachinus psophia, Dej. Gallia meridionalis. 

Mêmes localités que le Glabratus. Je l'ai trouvé en abondance 
près des fortifications du fort Bellegarde (commun). 

8. Brachinus bombarda, Dej. Gallia meridionalis. 

Cette jolie espèce se trouve dans toute la plaine, dans les fossés 
des champs, parmi les détritus des végétaux; nous l'avons aussi 
trouvée dans la vallée de Banyuls-sur-Mer (assez commune). 

9. Brachinus sclopeta, Fab. Paris. 

Mêmes localités que le précédent, mais beaucoup plus répandu. 

10. Brachiuus exhalans, Ros. Gallia meridionalis. 
Cette espèce se trouve très-répandue; elle vit sous les pierres 



542 histoire naturllle. 

et parmi les broussailles, dans les champs qui ont été inondés, 
dans les parties basses de Canet, et sur tout le littoral. Je l'ai 
trouvée aussi très-abondamment en Cerdagne. 

Remarque : après les fortes inondations, lorsque la mer a rejeté 
sur la grève cette masse de bois et de plantes que l'eau de nos 
torrents ont entraînés, il est remarquable de voir la quantité consi- 
dérable de Garabiques qu'on trouve mêlés à ce détritus; le genre 
Brachine y est en grand nombre; on est sur, en parcourant la plage, 
de faire une ample récolte. 

Treizième Genre, Scarites, Fab. 

4. Scarites gigas, Fab, , Gallia meridionalis , 

pyracmon, Bonel. ) Sicilia. 

Cette belle espèce est très-commune sur tout le littoral et sur 
les dunes. Pour se la procurer abondamment, il faut la chercher 
pendant la nuit, à la lanterne, ou bien à la pointe du jour. Aussitôt 
que le soleil se lève, cet Insecte rentre dans le sable; les mois 
de mai et juin sont ceux où on le trouve abondamment. 

2. Scarites arenarius, Bonel. Gallia meridionalis. 

Cette espèce est commune à l'île Sainte-Lucie , sur les dunes 
de sable, près de l'étang, en face des salins. Je l'ai aussi trouvée 
près des salins de M. Saint-Michel, à la Franqui. 

3. Scarites laevigatus, Fab. Gallia meridionalis. 

Je n'ai trouvé cet Insecte qu'une seule fois, entre l'embou- 
chure de La Tet et Canet : j'en pris deux sur le bord de la mer. 
J'ai visité ces lieux différentes fois depuis ; mais je n'ai plus 
retrouvé l'Insecte ; il est probable cependant qu'il doit vivre dans 
ces parages (très-rare). 

4. Scarites terricola, Bonel. Gallia meridionalis. 

J'ai trouvé cet Insecte dans les mêmes localités que le précé- 
dent, avec les mêmes circonstances (il est aussi très-rare). 



INSECTES. 543 

Quatorzième Genre, Clivina, Latr. 

i. Clivina arenaria, Fab. ; „ 

_ [ Uermama. 

lossor, Lin. ) 

Lieux sablonneux et humides; bords des cours d'eau, sous les 
pierres et parmi les détritus des végétaux; aussi bien dans les 
parties basses du littoral où elle est emmenée par le débordement 
des rivières, que clans les ravins des parties élevées des trois bassins 
où elle est commune; elle varie beaucoup par sa couleur plus 
ou moins foncée (commune). 

Quinzième Genre, Ditomus, Bonel. 
1. Ditomus calydonius, Dej. 



. Sardaiqne. 
tricuspidatus, Fab. ) 

Vallée de l'Agly, dans les terres sablonneuses, au bord des 
champs cultivés, sous les pierres et parmi les broussailles (rare). 

2. Ditomus fnlvipes, Latr. Paris. 

Prairies des parties basses, dans les trois bassins, au pied des 
arbres et parmi les broussailles, au bord des fossés herbeux; 
nous l'avons pris aussi dans la vallée de Prades , au bord des 
fossés des champs qui bordent la rivière de La Tet et les ravins 
qui y aboutissent (rare). 

3. Ditomus capito, Illig. G allia meridionalis. 

Cette espèce se trouve aussi sous les pierres et parmi les brous- 
sailles, surtout dans la vallée de l'Agly; on la trouve rarement 
dans la vallée de La Tet. 

4. Ditomus sulcatus, Fab.; Ditomus clypeatus, Ros. 

Nous avons trouvé cette espèce dans les prairies et au bord des 
fossés des champs, dans toute la plaine et dans les trois bassins, 
sous les pierres et parmi les broussailles (elle n'y est point rare). 



S>44 HISTOIRE NATURELLE. 

0. Ditomus sphaerocephalus , Oliv. Gallia meridionalis. 

Moins répandu que le précédent; il se trouve dans les mêmes 
localités. 

Seizième Genre, Apotomus, Dej. 

J . Apotomus rufus, Oliv. Gallia meridionalis. 

On trouve cette espèce communément sous les pierres et parmi 
les broussailles des parties basses des trois bassins; en hiver au 
pied des arbres et des buissons, près des fossés humides de 
toute la Salanque. 

Dix-septième Genre, Cychrus, Fab. 

1. Cychrus rostratus, Lin. Gallia. 

Trouvé sous les pierres, auprès de la Massana, et dans les bois 
de toutes les Albères, sous les pierres et au pied des vieux troncs; 
nous l'avons pris aussi à l'entrée de la vallée d'Eyne, et dans les 
rigoles des prairies de la plaine de Llô (rare). 

2. Cychrus Italicus, Bonel. Italia. 

Plus rare que le précédent. Nous l'avons pris sous les pierres 
et au bord des fossés des prairies et dans les bois 'des parties 
moyennes du Canigou; dans la vallée de Valmanya; dans la vallée 
de La Tet, le bois à droite de la route avant d'arriver à Railleu. 

Dix-huitième Genre, Procrustes, Bonel. 

1. Procrustes coriaceus, Lin. Paris. 

Sous les pierres et parmi les broussailles des fossés de la cita- 
delle de Perpignan ; sous les pierres et aux souches des oliviers 
de Malloles; dans les vallées de Prades, d'Arles, et jamais en 
grand nombre; nous l'avons pris aux montagnes calcaires d'Opol 
et de Tautavel, ainsi qu'aux environs de Quérigut, en Llaurenti. 



INSECTES. 545 

Dix-neuvième Genre, Carabus, Lin. 

Le genre Carabe a été converti en tribu, à cause du 
grand nombre d'espèces qu'il renferme. Il présente les 
caractères suivants : les quatre premiers articles des tarses 
antérieurs dilatés dans les mâles; les trois premiers for- 
tement, le quatrième un peu moins; le dernier article des 
palpes plus ou moins sécuriforme, et plus dilaté dans les 
mâles; antennes filiformes; le troisième article cylin- 
drique et à peine plus long que les autres ; lèvre supé- 
rieure trilobée; mandibules légèrement arquées, plus ou 
moins aiguës, lisses et n'ayant qu'une dent à leur base; 
une très-forte dent au milieu de l'échancrure du menton ; 
corselet plus ou moins cordiforme ; élytres en ovale plus 
ou moins allongé; jamais d'ailes propres au vol. 

Ces Coléoptères sont éminemment carnassiers; ils se 
nourrissent de larves et d'insectes parfaits plus faibles 
qu'eux; poursuivent leur proie avec opiniâtreté, et ils 
sont tellement voraces , qu'ils s'entre - dévorent quel- 
quefois. Ils sont très -communs dans les montagnes 
et dans les grandes forêts, où ils se tiennent pendant le 
jour, sous les pierres, la mousse, les feuilles sèches et 
dans les vieux troncs d'arbres ; on en trouve aussi plu- 
sieurs espèces dans les champs , les jardins et près des 
endroits habités ; une très-grande partie habitent l'Eu- 
rope. Ils exhalent une odeur très-forte qui approche de 
celle du tabac, et, lorsqu'on les prend, ils répandent par 
la bouche et par l'anus, une liqueur noirâtre, très-âcre, 
très-irritante et nauséabonde. Leur larves vivent dans la 
terre. Des couleurs métalliques très-brillantes couvrent 
leur corps, et leurs élytres sont ornés de divers dessins. 

TOMG III. 55 



7i4lj HISTOIRI NATL'RKLLE. 

M. Dejean a établi sur ce genre seize divisions, d'après 
la forme du corps et les dessins des élytres. 

1. Carabus catenulatus, Fab. Paris. 

Commun dans les régions élevées des trois vallées du Tech , 
de La Tet et de l'Agly, sous les pierres, près des ravins, dans 
les prés, au bord des champs, parmi les broussailles, et jus- 
qu'aux extrémités des vallées les plus froides, aux régions des 
neiges; sa couleur et le dessin des élytres varient beaucoup. 

2. Carabus Italicus, Dej. Italia. 

Sous les pierres, les broussailles, dans les bois fourrés des 
parties élevées des Albères, où il est rare; il est plus abondant 
sur le revers méridional, au bois de Racasens. 

3. Carabus cancellatus, Illig. Gallia. 

Très-commun dans tout le Confient, en Cerdagne, dans le 
Capcir, sur les routes, dans les champs, partout. Plusieurs 
variétés se font remarquer par la différence de la couleur de 
leurs corps, du vert-bronzé jusqu'au noir parfait : il n'est donc 
pas étonnant que les auteurs lui aient donné plusieurs noms. 

4. Carabus auratus, Fab. Paris. 

Ce joli Carabe est très-rare dans ce déparlement. Je l'ai pris 
dans les environs de Caudiès; il est commun au bois des Fanges, 
sous les pierres, dans les prairies et parmi les broussailles; au 
Uaurenti, dans les environs de Mijanès. 

5. Carabus punctato-auratus, Dej. 

Cette belle espèce habite les régions élevées, sous les pierres 
et parmi les broussailles. On commence à la trouver dans les 
bois des environs de Mont-Louis; à la Motte de Planés; vers le 
milieu de la vallée d'Eyne, à la jasse du four à chaux ; à la vallée 



INSECTES. 547 

de Llô, et vers le milieu de la montagne de Garlite; au Canigou, 
vers la Jasse de Cady; au plateau de la Llapoudère et au versant 
de Py; sur tout le Pîa Guillem; mais toujours près des jasses 
où se réunissent les bestiaux. On remarque sur elle plusieurs 
nuances, qui la font varier du vert brillant et métallique, presque 
jusques au noir foncé. 

6. Carabus Farinesi, Dej. 

Les observations que nous avons faites sur cet Insecte, nous 
font penser que c'est une variété du Carabus festivus , étranger 
à notre département , mais très-commun dans les environs de 
Sorèze. Nous n'avons jamais trouvé le Farinesi dans les Pyrénées- 
Orientales, et M. Aleron, qui est un chercheur infatigable, n'a 
pas été plus heureux que nous. M. Andréosy, naturaliste à Cas- 
telnaudary, qui était à portée de se procurer le Festivus abon- 
damment, l'a comparé avec le Farinesi, et il affirme qu'il n'y a 
d'autre différence entre ces deux Insectes que dans la couleur 
des cuisses et des premiers articles des antennes qui sont plus 
ou moins noirs dans le Farinesi; mais il pense, avec juste 
raison, que ces caractères ne peuvent constituer une espèce 
nouvelle, attendu qu'on voit assez souvent de ces différences 
dans les Carabes à couleur métallique. 

7. Carabus melancholicus, Fab. Gallia meridionalis . 

costatus, Dej. Hispania. 

Ce joli Carabe qui fut trouvé par M. Dejean, pour la première 
fois, aux environs de Bourg-Madame, dans la Cerdagne, est 
commun dans les parages de cette localité, sous les pierres et 
sous les détritus des végétaux, dans les champs et la lisière du 
Sègre et des affluents des torrents qui s'unissent à cette rivière 
au-dessous du village. Nous l'avons vu dans la vallée de Finestret. 
Nous l'avons pris aussi dans les bois de la pépinière départe- 
mentale, et dans les fossés des fortifications de la Ville-Neuve; 



548 HISTOIRE NATURELLE. 

quelquefois sur le bord de la mer. Nous pensons qu'il avait été 
amené dans ces localités, après une forte crue de la rivière de 
La Tet. 

8. Carabus purpurascens, Fab. Paris. 

Commun dans toutes les prairies de la plaine et de la mon- 
tagne, ainsi que dans toutes nos vallées, sous les pierres et parmi 
les broussailles. Comme dans bien d'autres espèces, il y a aussi 
plusieurs variétés qui se distinguent par la taille, par les couleurs 
plus ou moins prononcées des élytres et de la ligne qui les borde. 

9. Carabus hortensis, Fab. Paris. 

Cette espèce est commune dans les bois des régions moyennes 
de nos montagnes ; on la trouve sous les pierres et au pied des 
arbres des ravins, et sous les troncs pourris; le bois des Fanges 
et de Boucheville en fournissent une variété fort grosse et très- 
jolie, qu'on pourrait bien prendre pour une espèce nouvelle. 
La localité qui produit ; la plus belle variété de ce Carabe, est la 
vallée de L16 et celle de Carença. Les sujets qu'on y trouve sont 
d'un tiers moins grands, plus plats, ornés de belles couleurs 
métalliques bronzées, et les élytres sont finement parsemés de 
points. Cette variété fort remarquable a été souvent envoyée sous 
le nom de Pyrenœus, et nous l'avons vu accepter de bonne foi, 
sous ce nom, par quelques amateurs. 

10. Carabus monticola, Dej. Gallia meridionalis . 

Ce petit et joli Carabe se trouve dans les environs de Mont- 
Louis et dans les vallées de la Cerdagne, sous les pierres, auprès 
des ravins et au bord des fossés des prairies. Nous l'avons pris 
aussi dans les vallées du Canigou, du côté de Castell, et, dans 
la vallée du Tech, au bas de Costa-Bona. 

11. Carabus convexus Fab. Paris. 

Trouvé dans toutes les Corbières et sur toutes nos montagnes 



INSECTES. 549 

secondaires, dans les bois, les prairies humides, sous les pierres 
et près des fossés; jamais en grande quantité. 

12. Carabus splendens, Fab. Pyrenœis. 

Ce beau Carabe est très-commun dans le bois des Fanges, sous 
les pierres, auprès des arbres et dans les broussailles, auprès des 
ravins, surtout vers l'endroit qu'on appelle le Cremat: c'est en 
explorant cette localité avec M. le comte de Jenisson, en 1822, 
que nous l'y avons récolté; nous l'avons pris aussi dans les bois 
qui avoisinent las Fonts, près de Taurinya, au pied du Canigou. 

13. Carabus rutilans, Fab. 

aragonensis, Lin. 

En 1818, en explorant avec M. Canta la vallée de Vernet-les- 
Bains , pour monter au Canigou par Castell , nous prîmes un 
Rutilans qui traversait la route; nous fumes frappés de la beauté 
de cet Insecte ; nous en cherchâmes d'autres vainement ; pas 
possible d'en avoir un second individu. On le trouve toujours 
isolément, et, pour se le procurer en nombre, il faut charger 
les gardiens des bestiaux de le rechercher, ce qu'ils ne manquent 
pas de faire moyennant une rétribution. Deux ans après, MM. Bas- 
tard et Leclerc-Thuin, aides naturalistes au Jardin-des-Plantes, 
venant explorer les Pyrénées -Orientales, me prièrent de leur 
céder ce beau Carabe, ce que je fis avec plaisir. Peu de jours 
après, M. le comte Dejean passa aussi pour explorer nos riches 
vallées; nous lui parlâmes de ce beau Carabe, et il se proposait 
de le faire chercher dans la vallée de Vernet, lorsque le plus 
grand des hasards lui fit découvrir une autre localité où il paraît 
être plus abondant. De Perpignan, il se dirigea sur les Albères, 
pour gagner la vallée du Tech; arrivé à Prats-de-Mollô , il parla 
de mon carabe à M. Xatart qui l'avait vu chez moi. La servante 
de ce dernier, ayant vu M. Dejean ramasser des insectes, trouva 
un Rutilans en revenant du jardin, et l'apporta à M. Dejean, qui 
la gratifia de cinq francs. Les enfants se mirent à la recherche de 



550 HISTOIRE NATURELLE. 

ce Carabe, et en peu de temps on en prit plusieurs. Cette vallée 
et les environs de La Preste sont une des meilleures localités pour 
se le procurer; mais toujours isolé, il faut charger les enfants de 
ce soin ou les gardiens des troupeaux. C'est de cette seule manière 
que nous l'avons eu en quantité; car j'ai parcouru toutes les 
localités où on le trouve communément , et souvent sans en voir 
un seul individu. On le rencontre à Prats-de-Mollô, La Preste, 
Vernet-les-Bains , Castell, Lit» , au lieu appelé la Soutane; à la 
vallé d'Err('); sur les parties élevées des Cornières, et notamment 

(•l) M. le comte Dejean m'écrivait de Carcassonne, le 20 juillet 4 821 : 

(i Après vous avoir quitté au Pla Guillem, je 6uis descendu à Vernet; 
je suis allé de là à Mont-Louis et Bourg-Madame ; puis j'ai été visiter les 
quatre vallées d'Eyne, de L16, d'Osséjà et d'Err; de retour à Mont-Louis, 
j'ai fait une course aux étangs de Carlite et à la source de La Tet. 

« Je suis assez content de mon voyage. J'ai trouvé plusieurs Carabes 
que je n'avais pas encore vus dans nos montagnes: 1° Le Cancellalus , très- 
commun en Cerdagne, dans les champs et sur les routes; 2° Le Coslatus, 
sous les pierres, autour de Bourg-Madame, très-belle espèce qui n'avait 
pas encore été trouvée en France : je Lavais apportée d'Espagne (Ici la 
description. C'est le Melancholicus ); 5° Une espèce qui approche de ÏAuro- 
nitens, mais que je crois nouvelle, sous les pierres, à peu près à moitié de 
la montagne qui est à gauche de Mont-Louis, et aussi à moitié de la vallée 
d'Eyne (Description. C'est le Punclalo-auralns) ; A Une espèce que je crois 
être le Pyrenœus , mais je n'en suis pas certain, sous les pierres, au fond 
de la vallée d'Eyne, et près le pic de Carlite; celui-ci approche beaucoup 
du Calenulalus, il est un peu plus petit, plus plat, plus allongé, et il a 
la léte proportionnellement beaucoup plus grosse, la couleur et le dessin 
des élytres sont à peu près les mêmes (C'est le Pyrcnœus , mais qui diffère 
beaucoup de celui qu'on trouve sur les divers pics des Pyrénées centrales 
et occidentales.) 

k J'ai aussi trouvé, dans la vallée d'Err, un superbe individu du beau 
Carabe, que j'appellerai provisoirement Aragonensis. 

« Si vous trouvez, mon cher Docteur, quelques-uns des Carabes dont je 
vous ai parlé, je vous prie de les mettre de côté pour moi , à l'exception 
du premier. Vous savez que nous en avons trouve cinq espèces ensemble : 
les Calenulalus , Purpurascens , Horlensis , Convexus et Aragonensis. Ainsi en 
voilà dix espèces dans cette partie des Pyrénées; je suppose qu'il doit y eu 
avoir d'autres. » 



INSECTES. ÔM 

au-dessus de Caudiès, dans les bois qui avoisinent la grand'route, 
près du col Saint-Louis. Comme tous les autres Carabes, il est, 
dans le jour, blotti et caché sous les pierres et dans les brous- 
sailes. 

14. Carabus Pyrenseus, Dut*. Pyrenœis. 

Cette rare et belle espèce se trouve dans les régions les plus 
élevées et les plus froides du département, toujours près des 
neiges ; dans le fond de la vallée d'Eyne , aux environs du Pla 
de la Baguda, avant de gravir la Collada de Nuria; au sommet 
de la vallée de Lié, sous les pierres, près la fontaine du Sègre ; 
près le pic de Carlile, et au-dessus de la Font de la Conque, revers 
septentrional du Canigou (toujours en petit nombre). 

Vingtième Genre, Calosoma, Weber. 

1. Calosoma sycophanta, Lin. Paris. 

Commun dans toute la plaine, dans les taillis qui bordent les 
cours d'eau, grimpant sur les arbustes et les plantes, à la re- 
cherche des larves d'autres Insectes; dans les champs et les 
prairies, sous les détritus des végétaux. 

2. Calosoma inquisitor, Lin. Paris. 

Dans les bois des parties basses des Corbières, où il n'est pas 
rare ; on en a trouvé quelques individus aussi dans les jardins 
de Saint-Estève. 

5. Calosoma indagator, Fab. Gallia meridionalis. 

On trouve cette belle espèce dans les prairies et dans les champs 
de toute la Salanque, mais près des dunes. Lorsqu'on a fauché la 
luzerne, en suivant les hommes qui la ramassent, on est sur d'en 
faire une bonne provision, car elle s'y tient blottie : si l'on no 
prend cette précaution, il est difficile de se la procurer. 

4. Calosoma auropunctatum, Payk. Il a lia. 



552 HISTOIRE NATURELLE. 

On prend cette espèce, mais en petit nombre, dans les jardins 
et dans les champs de la plaine. Quand on ramasse les gerbes 
de blé , on s'en procure plus facilement quelques individus. 
Je me suis demandé souvent, si c'est une espèce distincte de 
VIndagator; j'en doute. On prétend que YAuropunctatum est 
plus gros , et que les points de dessus les élytres sont dorés au 
lieu d'être argentés, comme le sont ceux de VIndagator. Nous 
avons des individus des deux espèces dont on ne peut apprécier 
ni la différence de la taille ni la couleur de la ponctuation. 

Vingt-unième Genre, Leistus, Frsehlich. 

1. Leistus spinibarbis, Fab. Paris. 

Espèce très-agile et difficile à prendre. On la trouve sous les 
pierres, près des cours d'eau de l'Agly et du Tech, non loin de 
leur embouchure (commune). 

2. Leistus fulvibarbis, Hofm. Hispania. 

Moins commun que le précédent; habite les mêmes localités. 

3. Leistus rufomarginatus, Dufts. Austria. 

Bord des ravins des vallées élevées, parmi les broussailles; 
environs de Cady, et revers du Canigou, dans la vallée de Val- 
manya. 

4. Leistus spinilabris, Fab. Paris. 

5. Leistus praeustus, Fab. ) „ 

. _. _ . ( Germama. 

termmatus, Pauz. et Dej.^ 

Ces deux espèces se trouvent sous les pierres humides des 
bords des ravins, entre Saint-Paul et Boucheville ; dans les envi- 
rons du bois de Salvanère, sous les pierres et les broussailles : 
assez répandues dans les deux localités. 

6. Leistus angusticollis, Dej. Hispania. 



INSECTES. 553 

J'ai rapporté cette espèce des ravins de la partie méridionale 
des Albères ; elle vit sous les pierres et au pied des arbres où 
sont amassées des broussailles et de la mousse (rare). 

Vingt-deuxième Genre, Nebria, Latr. 

\. Nebria complanata, Lin. ) 

arenaria, Fab. ( Gallm meridion ^- 

Les bords de la mer, près Canet et tout le littoral, sous les 
amas de paille et de broussailles, où se trouvent des matières 
animales en putréfaction. Elle marche avec une vitesse extrême; 
et, si on ne la surprend dans sa retraite, on la saisit difficilement. 
Elle n'est pas rare, fin avril et mai. 

2. Nebria Iateralis, Fab. Germania. 

Nous avons pris cette espèce sous les pierres et parmi la 
mousse, près des ravins du Gapcir, et près de la rivière qui des- 
cend de l'étang du Llaurenti (toujours fort rare). 

3. Nebria psammodes, Rossi. Gallia meridionalis . 

4. Nebria piscicornis, Fab. Gallia orientalis. 

Ces deux espèces ne sont pas rares sous les pierres , le long 
des torrents qui descendent de nos montagnes; à la rivière de 
Rigarda, près le gourg Golomer; à la rivière de Molitg, sous l'éta- 
blissement thermal; à Vernet-les-Bains, et dans tous les ravins 
à une certaine élévation; dans la plaine, à la suite des débor- 
dements des rivières. 

5. Nebria brevicollis, Fab. Paris. 

Sous les pierres et parmi les broussailles humides des ravins, 
près d'Oms et de Llaurô; mêmes lieux dans les ravins qui abou- 
tissent à la rivière de Saint-Marsal (rare). 

6. Nebria Gyllenhalii, Schoen. Suecia. 



Dd-i HISTOIRE NATURELLE. 

Cette jolie et rare espèce vit constamment dans les régions les 
plus élevées de nos vallées, près des neiges, sous les pierres et 
parmi les broussailles. On la trouve à Carlite ; aux vallées de Llô 
et d'Eyne; au Canigou, ravins de Cady; à la Llapoudère, et à la 
Font de la Conque; dans la vallée du Tech , près les bains de La 
Preste, et au pied de Costa-Bona (très-rare). 

7. Nebria tibialis, Bonel. Jtalia. 

Régions tempérées de nos montagnes moyennes, sous les 
pierres, dans les prairies, au bord des fossés et parmi les brous- 
sailles (rare). 

8. Nebria Olivieri, Dej. 

Environs de Prats-de-Mollô , glacis des fortifications, sous les 
pierres et les mousses; près de Mosset, dans les champs, au 
bord des fossés, sous les pierres (rare). 

Vingt-troisième Genre, Omophron, Latr. 

1. Omophron limbatum, Fab. Paris. 

Très-répandu dans tous les fossés où l'eau séjourne ; les mares 
d'eau des parties basses de Château-Roussillon, de Canet, du 
Cagarell, du Bordigol et dans tous les ravins de nos montagnes 
de la région moyenne. 

2. Omophron variegatum, Oliv. Hispania. 

Cette jolie espèce est très-rare. Nous l'avons prise dans les 
ravins du vallon de Banyuls, près de leur embouchure à la 
mer; aussi clans les ravins qui descendent des Albères, du côté 
de Sorède et de La Roca. 

Vingt-quatrième Genre, Blethisa, Bonel. 

1. Blethisa multipunctata, Lin. Gallia. 

Sous les pierres, près des étangs de Saint-Nazaire et de Saint- 
Laurent-de-la-Salanque, entre l'étang et la mer (commune). 



INSECTES. 000 

Vingt-cinquième Genre, Elaphrus, Fab. 

1. Elaphrus uliginosus, Fab. Gallia. 

Commun sous les pierres et parmi les broussailles, au bord 
des mares d'eau, sur tout le littoral. 

2. Elaphrus cupreus, Dufts., Meg. Germania. 

Habite les lieux vaseux de nos cours d'eau dans toute la plaine, 
en se rapprochant surtout de la Salanque ; il est très-agile et se 
laisse prendre difficilement (assez rare). 

5. Elaphrus splendidus, Dej. Kamtschatka. 

Cette belle espèce est fort rare. Elle habite sous les pierres, 
parmi les mousses et la vase du bord des rivières des environs 
de La Preste; et entre Olette et Mont-Louis, bord des ravins 
qui se jettent dans La Tet. 

4. Elaphrus riparius, Fab. ) „ 

paludolus, Oliv. ) 

On le trouve sous les pierres humides du bord des rivières, 
très-près de l'eau; à l'Agly, sous Casas-de-Pena ; au Tech, dans 
les environs de Céret. 

5. Elaphrus aureus, Mull. ) „ 

littoral*,, Dej. I Himg " na - 

Quoique assez rare, cette espèce se trouve sous les pierres 
très-voisines de l'eau, dans les ravins qui débouchent à La Tet, 
aux environs de Prades; nous l'avons prise au bord de l'Agly, 
environs de Saint-Paul. 

Vingt-sixième Genre, Noliophilus, Du mer. 

1. Noliophilus aqualicus, Lin. Paris. 

On le trouve dans tous les lieux humides, au bord des fossés, 
parmi les broussailles et au pied des arbres (commun). 



556 HISTOIRE NATURELLE. 

2. Notiophilus semipunctatus, Fab. Paris. 

Variété du Biguttalus, Fab. 

Dans les parties basses des champs de la plaine, sous les mottes 
et sous les pierres, (très-commun). 

3. Notiophilus quadripunctatus, Fab. Paris. 

Sous les pierres et les broussailles amassées dans les champs 
par Teau des ravins de la chaîne des Corbières ; dans les ravins 
des garrigues, entre Thuir et Oms (rare). 

Vingt-septième Genre, Panagœus, Latr. 

1. Panagaeus crux major, Lin. Gallia. 

En hiver, dans toute la plaine, au pied des arbres, mêlé à 
d'autres Carabiques; au pied des murs des fortifications de la 
Ville-Neuve, à Perpignan; au printemps, dans les prairies et les 
champs cultivés (il n'est pas rare). 

2. Panagaeus trimaculatus, Dej. Gallia. 

Cette variété est plus rare que la précédente. On la trouve 
dans tous les ravins des montagnes moyennes , sous les pierres 
et parmi les broussailles, au bord des fossés et dans les champs. 

3. Panagœus quadripustulatus, Sturm. Paris. 

J'ai rapporté cette jolie espèce du Capcir, prise dans les champs, 
au bord des fossés et sous les pierres ; je l'ai aussi trouvée au Llau- 
renti, dans les ravins, en montant à l'étang de Quérigut (rare). 

On a fait de cette espèce une variété du Trimaculatus, et je crois 
qu'on a raison; car la seule différence qui existe entre elles, c'est 
l'interruption des bandes qui forment la croix des élytres. 

Vingt-huitième Genre , Loricera, Latr. 

1. Loricera pilicornis, Fab. Gallia. 

Bord des fossés humides et des mares, sous les broussailles et 
les pierres, dans toute la plaine (commune). 



INSECTES. ÔOi 

Vingt-neuvième Genre, Callistus, Bonel. 

1. Callistus lunatus, Fab. Germania. 

Au pied des arbres, parmi les broussailles, dans les champs, 
sous les pierres et les mottes de terre des trois vallées, et, après 
une inondation abondante, sous Château-Roussillon (commun). 

Trentième Genre, Chlœnius, Bonel. 

1. Chlœnius velutinus, Dufts. Gallia meridionalis. 

Dans toutes les parties basses du littoral des trois bassins, sous 
les broussailles et au pied des arbustes qui sont baignés par les 
mares d'eau saumàtre (rare). 

2. Chlœnius festivus, Fab. Gallia meridionalis. 

Dans les lieux vaseux des champs de la Salanque peu éloignés 
des mares d'eau saumàtre ; sous les broussailles et parmi les 
détritus des végétaux des fossés humides. 

3. Chlœnius spoliatus, Rossi. Gallia meridionalis. 

Les bords des ravins des parties élevées des Corbières; entre 
Mosset et Molitg, champs de cette vallée ; ravins et bord des fossés 
de la métairie de Sahilla de M. Jaubert de Passa , vallée de Val- 
manya , sous les pierres et les détritus des végétaux (rare). 

4. Chlœnius agrorum, Oliv. ) 

variegatus, Four. ) 

Répandu partout: dans les champs, sous les mottes de terre et 
les débris des végétaux, au bord des fossés humides. 

o. Chlœnius vestitus, Fab. Paris. 

Celte es; ùce est commune dans tous les lieux vaseux, sous les 
broussailles et sous les pierres, surtout vers les parties basses de 
toute la contrée. 



558 HISTOIRE NATURELLE. 

6. Chlaenius Sohrankii, Dufts. Atistria. 

Bord des fossés des champs et prairies des bois humides des 
parties élevées et froides; vallée de La Tet, au dessus de la Borde 
Girvès, vers le Pla dels Abellans, à la base du Pic Carlite et du 
Puig Peyric, et dans le Capcir (rare). 

7. Chlaenius nigricornis, Fab. Gallia borealis. 

On trouve cette jolie espèce sous les pierres des vallées élevées 
du Ganigou; vers La Preste, et aux vallées d'Eyne et de L16 
(assez rare). 

8. Chlaenius nigripes, Dej. Hispania. 

Ravins et bord des fossés humides d'Arles à Prats-de-Mollô ; 
sous les pierres et les broussailles des environs de Prades, Ville- 
franche et Vernet-les-Bains (rare). 

9. Chlaenius tibialis, Dej. Paris. 

Sous les broussailles et sous les pierres humides; dans les taillis 
qui bordent nos cours d'eau, et dans toutes les prairies basses des 
trois bassins (commun). 

10. Chlaenius holosericeus, Fab. Gallia. 

Nous avons trouvé cette espèce dans les vallées élevées du 
Canigou et de la Gerdagne, environs de la Borde, près Mont- 
Louis (rare); nous l'avons trouvée plus communément dans les 
vallées du Llaurenti, sous les pierres humides, les broussailles 
des ravins et des bois. 

11. Chlaenius chrysocephalus, Rossi. Gallia meridionalis. 

Champs humides de la Salanque, vallées de La Tet et de l'Agly ; 
aux environs du Bordigol, sous les pierres, les mottes de terre et 
les broussailles, toujours après les inondations (assez rare). 



INSECTES. 559 

Trente-unième Genre, Epomis, Bonel. 

1. Epomis circumscriptus, Dufts. Gallia meridionalis. 

Dans les fossés humides, sous les broussailles des prairies qui 
bordent le Cagarell, et vers la métairie de YEsparrou; nous l'avons 
aussi trouvé clans les fossés des fortifications de Perpignan, sous 
le bastion Saint-Dominique, qui est souvent inondé (toujours 
très-rare). 

Trente-deuxième Genre, Dinodes, Bonel. 

1. Dinodes ruflpes, Dei. ) „ „. 

_ . [ ualha meridionalis. 

azureus, Dufts. ) 

Commun après les inondations , sous les détritus des végétaux 
rejetés par la mer; dans la vallée de l'Agly, nous ne l'avons jamais 
trouvé qu'entre son embouchure et le Bordigol. Il est probable 
qu'il doit vivre dans les ravins ou dans les champs des Gorbières, 
d'où il doit être entraîné par les eaux. 

Trente-troisième Genre, Oodes, Bonel. 

i . Oodes helopioïdes, Fab. Paris. 

Au bord des cours d'eau, sous les pierres et lieux humides de 
la vallée du Tech ; nous l'avons trouvé sous les pierres humides 
des torrents, dans le vallon de Banyuls-sur-Mer (rare). 

Trente-quatrième Genre, Licinus, Latr. 

\ . Licinus agricola, Oliv. Gallia meridionalis. 

On le trouve dans les fossés qui bordent les champs, entre Ille 
et Vinça, et dans cette dernière localité, champs au bord de La Tet 
(assez rare). 

2. Licinus silphoïdes, Fab. Gallia. 

Fossés ùcs fortifications de la citadelle de Perpignan et parties 
basses de Canet, sous les pierres; dans la vallée de l'Agly et du 
Tech, sous les pierres et les broussailles (commun). 



560 HISTOIRE NATURELLE. 

3. Licinus granulatus, Dej. Hispania. 

Diffère peu du Licinus silphoïdes. Il est plus rare et se trouve 
dans les alluvions, parmi les broussailles qu'entraîne le Réart, 
près l'étang de Saint-Nazaire; il doit vivre dans les ravins du 
plateau d'Oms et de Galmeilles, d'où il doit être entraîné par les 
inondations. 

4. Licinus œquatus, Dej. Gallia meridionalis. 

Sous les pierres et les ravins des parties élevées de la vallée 
du Tech, au bord des champs, au pied des arbres et des forti- 
fications de Prats-de-Mollô (rare). 

5. Licinus cassideus, Fab. Paris. 

Ravins des montagnes calcaires des Corbières, sous les pierres 
et les broussailles, et aux environs de Tuchan ; nous l'avons pris 
aussi dans le Llaurenti (rare). 

6. Licinus depressus, Payk. Gallia. 

Dans le vallon de Rigarda, environs de la métairie Pallarès, 
ravins et bord des fossés humides , sous les pierres et au pied 
des arbres; métairie de la Fou, près Joch, ravins et bois humi- 
des, sous les pierres (commun). 

7. Licinus Hoffmanseggii, Pauz. Gallia. 

Cette petite et jolie espèce se trouve sous les pierres et au pied 
des arbres garnis de mousse, dans les bois humides des régions 
élevées; les environs des gouffres de Nohèdes et d'Evol, sont les 
localités où nous l'avons trouvée (rare). 

Trente-cinquième Genre, Badister, Clairv. 

\. Badister cephalotes, Dej. i p . 
unipustulatus, Bon. ) 

Parmi les détritus des végétaux de toute la Salanque, el com- 
mun dans tous les fossés humides qui bordent les prairies basses. 






INSECTES. 561 

2. Badister bipustulatus, Fab. Suecia. 

Sous les pierres el les détritus des végétaux, le long des ravins 
et des champs, au pied des Albères, vers Sorède et La Roca 
(commun). 

3. Badister peltatus, Panz. Gallia. 

Prairies et champs qui bordent Le Tech sous Elne où on le trouve 
sous les pierres et les mottes de terre et parmi les broussailles ; 
habite aussi les prairies basses de la vallée de l'Agly (rare). 

4. Badister humeralis, Bonel. Austria. 

Dans les bois des régions moyennes, sous les pierres et au 
pied des arbres (commun). 

Trente-sixième Genre, Pogonus, Ziegler. 

1. Pogonus luridipennis, Germar. Gallia borealis. 

Ravins qui descendent des Albères et dans le vallon de Ranyuls* 
sur-Mer, sous les pierres et les broussailles humides; aussi sous 
les détritus des végétaux, le long de la plage de Canet, après une 
inondation (rare). 

2. Pogonus iridipennis, Nicolai. Ger mania. 

Au bord des fossés des champs, au pied des arbres et sous les' 
pierres près des cours d'eau, dans la vallée de l'Agly (rare). 

5. Pogonus littoralis, Meger. Gallia meridionalis. 
Insecte très-agile et difficile à saisir. Il vit au bord des terres 

qui ont été inondées, sous les détritus des végétaux et au pied 
des tamarix, entre Sainl-Cyprien et l'étang de Saint-Nazaire 
(assez commun). 

•4. Pogonus gilvipes, Dej. Gallia meridionalis. 

Le long de la mer, sous les broussailles, dans les trois bassins 
(commun). 

TOME m. 56 



:,{)■> HISTOIRJK NATURELLE. 

5. Pogonus riparius, Dej. G allia meridionalia. 

Bolides étangs salés et. le long du littoral, sous les broussailles 
quj, ont été rejetées par les eaux. 

6. Pogonus meridionalis, Dej. Gallia meridionalis. 

Mêmes localités que le Littoralis, et aussi agile que lui. Nous 
les trouvons tous les deux sur la plage, parmi les broussailles, 
après une inondation. 

Trente-septième Genre, Patrobus, Meger. 

1. Patrobus rufîpes, Fab. , „ 

_. , buecia. 

excavatus, Payk. > 

Ravins des parties élevées, entre Prats-de-Mollô et La Preste; 
entre Olette et Fontpédrouse, sous les pierres, dans le sable, 
quelquefois très-profondément (rare). 

2. Patrobus rufipennis, Hoffm. Gallia meridionalis. 

Dans tous les ravins des Albères, surtout entre Port-Vendres 
et Banyuls; dans la vallée de Rigarda aux environs du gourg 
Colomer; nous l'avons pris aussi sous les pierres, à la Trencada 
d'Ambulla et en montant à la Font de Comps. 

Trente-huitième Genre, Dolichus, Bonel. 
1. Dolichus flavicornis, Fab. Ilalia. 

Ce joli Insecte se trouve dans les luzernes des environs du 
mas Bcarn, sous les pierres humides ; au mas Fraisse à Puix-Sec, 
parmi les amas de végétaux qui servent à barrer l'eau dans les 
rigoles d'arrosage; à Géret, prairies des environs du pont; et, 
après les inondations, le long de la mer, dans les trois vallées 
(commun). 

Trente-neuvième Genre, Pristonychus, Dej. 

1, Priston. terricola, Oliv. ) n . 

! Parts. 
subcvaneus, G vil. 



INSECTES. 563 

Lieux humides et obscurs, notamment dans les souterrains des 
fortifications de Collioure. 

2. Pristonychus Alpinus, Dej. Gallia meridionalis. 

Régions très-élevées, près des neiges, vallées d'Eyne et de Llô; 
au Canigou, à la Llapoudère et au sommet de Costa-Bona; toujours 
sous les pierres, très-près de l'eau et sous les broussailles (rare)» 

3. Pristonychus complanatus, Dej. Gallia meridionalis. 

Ravins de toute la Cerdagne, et rigoles conduisant l'eau aux 
prairies, sous les pierres et les détritus des végétaux (rare), 

Quarantième Genre, Calathus, Bonel. 
1. Calathus latus, Lin. 



< Germania. 
cisteloides, Illig. 

Les deux variétés sont communes dans toutes les parties basses 
de la plaine, où elles sont amenées par les eaux; on les trouve au 
bord des champs sous les pierres, les mottes, les broussailles et au 
pied des arbres; on les trouve aussi dans les rigoles des prairies delà 
région moyenne de nos montagnes, dans les trois vallées (comm.). 

2. Calathus luctuosus, Hoffm. Helvetia. 

On le trouve sous les mottes, sous les pierres, au pied des 
arbres des régions moyennes; abondant, après une crue, parmi 
les détritus des végétaux rejetés par les eaux , dans les parties 
basses des trois bassins. 

3. Calathus limbatus, Dej. ) _ „. 

~ ; Gallia meridionalis. 
circumceptus, der. \ 

Cette jolie espèce se trouve sous les broussailles, le long des 
fossés des parties basses de la plaine; sous les grosses mottes, 
près YAgullade laMar, entre Vall-Ricet l'étang de Saint-Nazaire. 
En automne, fossés des fortifications de la citadelle et de la Ville- 
Neuve de Perpignan, et parmi les plantes au pied des remparts. 



564 BISTOIKK NATURELLE. 

4. Calathus fulvipes, Gyll. Austria. 

Sous les pierres et sous les broussailles des champs et prairies 
des parties basses de La Tet et du Tech (commun). 

5. Calathus melanocephalus, Lin. Paris. 

. Sous les pierres et les broussailles de toutes les prairies, les 
champs et les ravins de La Tet à Vinça; à Rigarda, mêmes lieux 
au bord de la rivière (commun). 

6. Calathus ochropterus, Ziegl. Gallia. 

Mêmes lieux que le précédent , mais beaucoup plus rare ; on 
le trouve plus abondant aux parties basses de Ganet, après une 
inondation. 

7. Calathus frigidus, Fab. Germania. 

Variété du Calathus cisteloïdes d'Illiger. 

Il se trouve dans les mêmes lieux que le Cisteloïdes et dans les 
mêmes circonstances. Il est un peu plus grand; a les stries plus 
légèrement ponctuées, et les points plus rares; les pattes d'un 
brun-noirâtre, et les antennes plus obscures (rare). 

Quarante-unième Genre, Taphria, Bonel. 
1. Taphria vivalis, Illig. Gallia borealis. 

Cet Insecte est très-rare : nous l'avons trouvé dans le bois des 
Fanges au pied des arbres garnis de mousse, et dans la forêt qui 
est sous la Font de Comps (montagne de Gonat) au pied des arbres 
et sous les pierres humides. 

Quarante-deuxième Genre, Sphodrus, Clairv. 

1. Sphodrus, planus, Fab. ) „ „. 

. . ., . [ Gallia. 
spiniger, Payk. ) 

Gel Insecte se trouve dans les parties sombres et humides des 
caves de la ville, sous les pierres et les pièces de bois vermoulues, 



INSECTES. 505 

et dans les lieux humides des magasins de la citadelle de Perpi- 
gnan (rare). 

Quarante-troisième Genre, Platynus, Bonel. 

1. Platynus scrobiculatus, Fab. Austria. 

Sous les pierres et au pied des arbres, dans les bois humides 
des régions moyennes; sous les débris des végétaux dans la 
plaine, après les inondations. 

2. Platynus piceus, Dej. Nord. 

Commun sous les broussailles rejetées par les eaux après les 
inondations, et sous les broussailles des fossés qui bordent les 
prairies basses de la plage de Ganet et de Torreilles. 

3. Platynus complanatus, Bonel. Pedemonte. 

Commun dans le bassin de l'Agly, sous les broussailles après 
les inondations, et sous les pierres et les ravins des environs de 
Saint-Paul et de Fossa. 

Quarante-quatrième Genre, Anchomenus, Erichson. 

1. Anchomenus angusticollis, Dej. Paris. 

Trouvé sous les pierres et les broussailles près des régions 
élevées du Capcir et des régions moyennes du Llaurenti (rare). 

2. Anchomenus cyaneus, Dej. Pyrenœis. 

Ce joli Insecte se trouve dans les prairies de toute la Cerdagne, 
sous les amas de végétaux et sous les pierres qui servent à dévier 
l'eau des rigoles d'arrosage, et dans toutes les prairies élevées des 
bassins du Tech et de La Tet (rare). 

3. Anchomenus memnonius, Knoch. 



, Suecia. 
livens, Gyll. 

Sous les pierres et au pied des arbres de toutes les régions 
élevées; bois au-dessus cTAiguatébia , route d'Olette au Capcir 
par le Coll de Creu (rare). 



o66 HISTOIRE NATURELLE. 

i. Aiichomenus prasinus, Thunb. Paris. 

Abondant dans les haies et sous les broussailles amenées par 
les eaux clans les fossés des parties basses de Château-Roussillon , 
et dans toutes les parties basses des trois bassins (commun). 

5. Anchomenus pallipes, Fab. » n an i a 

albipes, Erich. ) 

Se trouve avec le précédent et dans les mêmes circonstances 
(très-commun). 

6. Anchomenus oblongus, Fab. Gallia. 

Je l'ai trouvé Jdans les mêmes localités que les deux derniers, 
mais beaucoup plus rare. 

Quarante-cinquième Genre, Agonum, Bonel. 

\. Agonum marginatum, Lin. Paris. 

Sous les broussailles , dans les haies des prairies et sous les 
pierres , dans toutes les parties basses des trois bassins. 

2. Agonum modestum, Sturm. Germania. 

Lieux élevés, sous les pierres, les broussailles et les ravins de la 
vallée de Carença, et mêmes lieux dans la vallée de La Preste (rare). 

3. Agonum sexpunctatum, Lin. Gallia. 

Le long des rivières de La Tet et du Tech , lieux pierreux et 
humides; quelquefois dans les détritus des végétaux et au pied 
des arbres des parties basses de la plaine (rare). 

4. Agonum parumpunctatum, Fab. Paris. 

Sous les mottes dans les terres humides, près des ravins, 
vallées de La Tet et du Tech (commun). 

o. Agonum viduum, Panz. Germania. 



INSECTES. DD7 

Les belles couleurs métalliques qui couvrent son corps, des 
élytres plus larges et les stries plus prononcées, le font distinguer 
àuLugubris. On le trouve dans les prairies humides et dans les bois 
un peu élevés, sous les pierres et au pied des arbres (ralre). 

6. Agonum lugubre, Sturm. i 

ll, cy t | Austria. 
Hungancum, Friv. ) 

Très-commun dans toute la plaine, sous les pierres et les haies 
des prairies humides. 

7. Agonum gracile, Dej. , 



picipes, Gyll. 

Trouvé sous les pierres, près du ravin et contre la jasse du 
Llaurenti, avant de monter la dernière montagne pour aller à 
l'étang (très-rare). 

8. Agonum scitulura, Dej. GeDiiania borealis. 

Cette espèce est assez commune dans les plaines du Capcir et 
du Llaurenti; nous l'avons aussi trouvée aux environs de Bourg- 
Madame, en Gerdagne. 

9. Agonum quadripunctatum, Payk. Suecia. 

Bord des ravins du vallon de Banyuls-sur-Mer; vallée de Bigarda, 
et environs de Tuchan (Aude) aux bonis de la rivière. 

Quarante-sixièrriè Genre, Olisthopus, Dej. 

1 . Olisthopus rottindatiis. Payk. G'allia. 

Montagnes calcaires de Calce et de Casas-de-Pena , sous les 
pierres des ravins (commun). 

2. Olisthopus Hispanicus. Dej. HispaiiiU. 

Sous les pierres des ravins et dans les bois des parties méri- 
dionales des Albères. vallon de Banyuls (très-rare). 



568 HISTOIRE NATURELLE. 

3. Olisthopus fuscatus, Dej. Gallia meridionalis. 

Assez commun sous les pierres des parties élevées de nos mon- 
tagnes de la région moyenne, exposées au midi, vallées de Val- 
manya et de Rigarda. 

Tribu des Féroniens, Feronia (Déesse des Bois) , 
Latreille. 

Cette tribu, fondée par Latreille et adoptée parDejean, se 
borne aux espèces qui présentent les caractères suivants : 
les trois premiers articles des tarses antérieurs dilatés 
dans les mâles , moins longs que larges et fortement 
triangulaires ou cordiformes; dernier article des palpes 
cylindrique ou légèrement sécuriforme; lèvre supérieure 
en carré moins long que large, quelquefois presque trans- 
versale , coupée carrément ou légèrement échancrée ; 
mandibules plus ou moins avancées, plus ou moins ar- 
quées et plus ou moins aiguës; une dent bifide au milieu 
de l'échancrure du menton; corselet plus ou moins cordi- 
forme , arrondi , carré ou trapézoïde , jamais transversal ; 
élytres plus ou moins allongés, ovales ou parallèles; 
jambes intermédiaires toujours droites. Ce genre ren- 
ferme un très-grand nombre d'espèces, réparties par 
Dejean dans dix divisions. 

l re Division. 

Insectes de taille moyenne, ordinairement ailés, quelque- 
fois aptères, de couleur verte ou métallique, quelquefois 
bleue ou noire, très-agiles et courant rapidement en plein 
jour pendant la plus grande chaleur; corps assez allongé; 
corselet cordiforme ou presque carré; articles des antennes 
comprimés; palpes assez minces; dernier article cylindrique. 
Dix-sept espèces d'Europe sont mentionnées par Dejean. 



INSECTES. 569 

Quarante-septième Genre, Feronia, Latr., 
Pœcilas, Bonel. 

1. Feronia punclulata, Fab. Paris. 

Sous les pierres et les broussailles, au pied des arbres dans 
toutes les forêts des montagnes de la région moyenne. 

2. Feronia cuprea, Fab. Gallia. 

Commune sous les pierres, les broussailles, les mottes de terre, 
dans les champs et haies de tous les trois bassins. 

3. Feronia cursoria, Dej. Gallia meridionalis. 

Sous les pierres et les haies qui avoisinent Saint-Antoine- 
de-Galamus et les environs de l'Agly. Celte espèce est souvent 
confondue avec la Feronia cuprea, qui lui ressemble beaucoup; 
cependant, sa couleur plus violette et les points de la troisième 
strie qui ne sont qu'au nombre de deux, la font aussitôt distinguer. 

4. Feronia dimidiata, Fab. Gallia. 

Elle est moins commune que la Cuprea, et se trouve dans les 
mêmes localités. 

o. Feronia lepida, Fab. Paris. 

Commune sous les pierres, dans les prairies et les champs de 
tout le Capcir et de la Cerdagne. 

6. Feronia crenulata, Dej. Hispania. 

Trouvée dans les détritus des végétaux de la plaine de Canet; 
sous les broussailles et les pierres des parties élevées des vallées 
de Rigarda et de Glorianes. 

7. Feronia viatica, Bonel. Italia. 

Cette espèce paraîtrait n'être qu'une variété de la Lepida. Nous 
l'avons trouvée sous les pierres et les broussailles entraînées par 
les eaux aux environs d'Arles-sur-Tech (rare). 



5nD HISTOIRE NATURELLE. 

8. Feronia infuscala. Hoff. GcUtia mèn'diondus. 

Au-dessous de Castell et de Saint-Martin-de-Caoigou, sous 
les pierres; aux Corhières. sous les pierres et au pied des arbres, 
parmi les broussailles; montagnes de la région moyenne. 

9. Feronia puncticollis, Dej. Gallia meridionalis. 

Commune sous les pierres et les broussailles de toutes les 
prairies basses, et dans les champs des bassins de l'Agly et de 
La Tet. 

10. Feronia dimidiata, Fab. Paris. 

Plage de Saint-Cyprien, au milieu des broussailles rejetées par 
les eaux; fossés des champs et sous les pierres près des ravins 
des vallons de Céret et d'Arles (rare). 

•2 e Division. 

Insectes presque toujours au-dessous de la taille moyenne, 
ordinairement ailés, quelquefois aptères, de couleur noire 
ou brune, très-rarement métallique, assez agiles, mais 
moins que les Pcrcibis, dont ils ont d'ailleurs les carac- 
tères, excepté quelques espèces, qui ont le corps large et 
déprimé. Ils se tiennent sous les pierres, aux bords des 
eaux: ils habitent ordinairement les montagnes. Vingt- 
quatre espèces d'Europe sont mentionnées par Dejean. 

Quarante-huitième Genre. Feronia, Latr.. 
Ârgutor, Meg. 

1. Feronia vernalis, Gyll. Paris. 

Commune sous les détritus des végétaux, au pied des arbres 
des taillis des prairies et des fossés des trois'bassins. 

2. Feronia maritima. Gaubil. GnUia mrrirlionaUs. 



INSECTES. Ô71 

Prairies inondées pendant l'hiver, broussaille> et pied^ des 
tamarix, dans toute cette large plaine qui s'étend de l'étang de 
Saint-Xazaire à Yestanyol de Saint-Cyprien (assez commune). 

3. Feronia Sturmii, Dej. Germania. 

Sous les pierres et les broussailles des ravins du Pla Guilîem, 
et près de la jasse de la fontaine de la Perdrix, non loin de la 
croix en fer, versants de Py (rare). 

4. Feronia erudita, Dej. Paris. 

Cette espèce est assez commune sous les pierres et parmi les 
broussailles des cours d'eau du Tech, près Le Boulou, et près 
de Millas, vallée de La Tet. 

o. Feronia strenua, Panzer. GalUa. 

Vallées élevées de Prats-de-Mollo. sous les pierres, dans les 
bois et près des ravins, et dans la vallée de La Tet, près de 
Fontpédrouse (rare). 

6. Feronia pusilla, Dej. Pyrenœis. 

Cette toute petite et jolie espèce se trouve sous les pierres, au 
bord des champs et des prairies de la Cerdagne (rare). 

7. Feronia pumilio, Dej. Pyiïenœù. 

8. Feronia amaroïdes, Dej. Pyrenœis. 

Ces deux espèces se trouvent dan> les régions alpines près 
des jasses où se retirent les bestiaux, à la Conque de la Llapou- 
dère, et à la Font de la Conque près Cady; dans la vallée d'Eyne. 
à la Jasse d'en Dahnau (rare). 

9. Feronia abaxoïdes, Dej. Pyrenœis. 

Sous les pierres et les broussailles des régions froides de la 
vallée du Capcir vers Carlite, et hux environs de l'étang du 
Llaurenù (rare h 



572 HISTOIRE NATURELLE. 

3 e Division. 
Insectes au-dessus de la taille moyenne, ordinairement 
aptères, quelquefois ailés, de couleur noire et luisante, 
peu agiles, se tenant habituellement sous les pierres; corps 
assez allongé ; corselet presque carré, tronqué postérieu- 
rement; élytres légèrement ovales et presque parallèles; 
pattes assez fortes et assez allongées; antennes assez fortes 
et filiformes; dernier article des palpes presque cylindrique. 
Dejean en mentionne seize espèces d'Europe. 

Quarante-neuvième Genre, Feronia, Latr., 
Omaseus, Zieg. 

1. Feronia melanaria, Illig. Paris. 

Sous les pierres , les broussailles et dans les champs de toute 
la plaine, près des fossés humides. 

2. Feronia leucophthalma, Fab. Paris. 

On en a fait une variété de la Melanaria, avec laquelle on la 
trouve constamment; cependant, il existe quelques différences: 
son corselet est moins arrondi et les élytres moins fortement 
striés. Elle est aussi plus rare. 

3. Feronia mêlas, Creutz. Dalmatia. 

Cet Insecte se trouve communément sous les pierres et les 
broussailles des bois des Albères; près des ravins et dans les 
bois des Corbières. 

4. Feronia nigrita, Fab. Gallia. 

5. Feronia anthracina, Illig. Gallia. 

Ces deux espèces se trouvent dans les mêmes localités, sous 
les pierres, les broussailles et dans tous les fossés qui bordent 
les champs et les prairies maritimes de tout le littoral. Elles ont 
assez de ressemblance, et on les confondrait souvent, si on ne 



INSECTES. 573 

faisait attention que la dernière a son corselet plus long, sinué 
sur les côtés près de la base, et les dentelures postérieures 
presque pas sensibles (communes). 

6. Feronia elongata, Dufts. Gallia meridionalis . 

Prairies maritimes entre l'Agly et le Bordigol, sous les brous- 
sailles et au pied des arbustes (rare). 

7. Feronia meridionalis, Dej. Gallia meridionalis. 

Cette rare espèce se trouve sous les broussailles et au pied des 
tamarix dans les plaines basses et souvent inondées des étangs 
de Saint-Nazaire et du Cagarell, près Canet. 

8. Feronia nigerrima, Dej. Hispania. 

Comme la précédente espèce, on la trouve dans les mêmes 
localités; elle y est plus commune. 

4 e Division. 
Insectes au-dessus de la taille moyenne, toujours aptè- 
res, de couleur noire et luisante, carrément brune ou 
métallique, ressemblant beaucoup à ceux de la division 
précédente, mais ayant le corselet arrondi postérieure- 
ment et les élytres plus ovales et plus convexes. Huit 
espèces d'Europe sont mentionnées par Dejean. 

Cinquantième Genre, Feronia, Latr., 
Sleropus, Meg. 

1. Feronia madida, Fab. Gallia. 

2. Feronia concinna, Sturm. Germania. 

On a fait de cette dernière espèce une variété de la première; 
cependant, la première a constamment les cuisses rouges. On les 
trouve communément ensemble, sous les pierres près des ravins 
et des champs des régions moyennes ; après les inondations , 
dans les parties basses de la plaine. 



574 HISTOIRE NATURELLE. 

5. Feronia aethiops, Illig. Nord. 

Très-rare. Sous les pierres près des ravins qui traversent les 
bois des régions supérieures et froides de la Cerdagne. 

5 e Division. 

Insectes de différentes dimensions, aptères ou ailés, ordi- 
nairement de couleur métallique ou noire, et quelquefois 
brune, ressemblant à ceux des divisions précédentes, mais 
ayant le corselet cordiforme ou rétréci postérieurement. 
Le dernier catalogue de Dejean en mentionne dix-sept 
espèces d'Europe. 

Cinquante-unième Genre, Feronia, Latr., 
Platysma, Bonel. 

1. Feronia picimana, Creutz. Gallia. 

Après les inondations dans toutes les plaines basses des trois 
bassins, parmi les broussailles rejetées par les eaux (commune). 

2. Feronia oblongopunclata, Fab. Paris. 

Bois et coteaux des régions moyennes du Canigou ; vallées de 
La Tet et du Tech (rare). 

3. Feronia angustata, Meg. Germania. 

Sous les broussailles du bord des champs, des fossés humides 
et des prairies de la Cerdagne et du Gapcir (rare). 
Cet Insecte est plus commun dans les prairies du Llaurenti. 

6 e Division. 

Insectes au-dessus de la taille moyenne, toujours aptè- 
res, de couleur noire et luisante, ressemblant aux Omaseus 
de Ziegler, mais ayant le corps plus allongé et cylindrique, 
les antennes un peu plus courtes et les palpes un peu plus 



INJECTES. 575 

fortes. Cette division est la moins nombreuse; elle ne ren- 
ferme, d'après Dejean, que quatre espèces : trois de Hon- 
grie, une de Grèce. 

Cette division des Féromes de M. Dejean, comprenant 
le cinquante -deuxième genre, n'a pas de représentant 
dans ce département ; du moins, nous n'ayons trouvé 
aucun insecte qui puisse y être rapporté. 

7 e Division. 

Cette division renferme les plus brillantes espèces des 
Feronia. Si l'on en excepte un petit nombre , dont la 
livrée est toute noire, les autres sont revêtues de cou- 
leurs métalliques, dorées, cuivreuses ou bronzées. Leurs 
élytres sont parsemés de points profonds et diversement 
disposés, qui les font paraître comme guillochés dans 
quelques espèces. Ces points varient de forme et de posi- 
tion presque sur chaque individu, ce qui rend très-difficile 
la détermination de la plupart des espèces; aussi est-il plus 
que probable qu'il existe beaucoup d'erreurs ou de doubles 
emplois dans leur nomenclature. On trouve ces Insectes 
sous les pierres, sur le bord des ruisseaux et des torrents, 
particulièrement dans les montagnes. Leur corps est plat 
et quelquefois assez court; le dernier article de leurs palpes 
est un peu élargi à l'extrémité. On remarque sur le dernier 
segment de l'abdomen des mâles, une petite crête ou élé- 
vation longitudinale. Cinquante espèces sont mentionnées 
par Dejean ; elles appartiennent toutes à l'Europe. 

Cinquante-troisième Genre, Feronia, Latr., 
Pterosticus, Bon. 

i. Feronia nigra, Fab. Paris. 



576 HISTOIRE NATURELLE 

Commune sous les pierres et les broussailles rejetées par les 
eaux dans nos plaines après les inondations ; dans les prairies et 
fossés des champs de tout le département. 

2. Feronia fasciatopunctata, Fab. Austria. 

Entre Prats-de-Mollô et La Preste, champs et ravins sous les 
pierres; environs de Saint-Sauveur, dans les champs (rare). 

3. Feronia parumpunctata, Dej. Pyrenœis. 

Cette belle espèce se trouve communément sur les parties 
élevées des trois bassins, sous les pierres, sous les broussailles, 
au bord des fossés des champs et des prairies aux environs de 
Prats-de-Mollô, La Preste et au Canigou près \dJasse de Cady; 
entre Vinça et Rigarda , rigoles des champs ; vallées de la Cer- 
dagne, Eyne, Llô; et au Llaurenti (commune). 

4. Feronia femorata, Dej. Gallia orientalis. 

Sous les broussailles et sous les pierres des bords des champs 
et près des ravins de la vallée de Vernet, près Castell (rare). 

5. Feronia Dufourii, Dej. Pyrenœis. 

Dans les régions froides, sous les pierres des champs et bords 
des fossés, environs de Mont-Louis et de Bolquère (rare). 

6. Feronia obscura, Slev. Russia meridionalis. 

Trouvée sous les pierres et sous les broussailles près des fossés 
des régions élevées, environs de la Borde Girvès, et Pla deh Abel- 
lans, bassin supérieur de La Tet, au-delà de Mont-Louis (rare). 

7. Feronia cribrata, Bonel. Pedemonte. 

Régions élevées, sous les pierres et les broussailles des bords 
des champs et prairies de la Cerdagne, et à la vallée d'Eyne, près 
des jasses. Nous avons encore trouvé cet Insecte à la Solanette 
de Costa-Bona. 

8. Feronia rutilans, Bonel. Alp. Pedemonte. 



INSECTES. 577 

Cette belle et rare espèce habite les régions très-élevées et 
froides, près des jasses de Carlite, du Puig-Peyric et à l'extrémité 
de la vallée d'Evne, sous les pierres près des neiges, souvent sous 
la même pierre avec le Carabus Pyrenœus. 

9. Feronia Xatartii, Dej. Pyrenœis. 

Environs de Prats-de-Mollô, de Costa-Bona; vallées de Garença, 
de Cady, d'Evne et de Lié, près des jasses où l'on trouve le 
Punctato-aiiratus. — M. Xatart communiqua ce bel insecte à 
M. Dejean qui le lui dédia. 

10. Feronia bicolor, Peir. Italia. 

Cette jolie espèce est, d'après M. le comte Dejean, une variété 
de la Feronia jurinei de Panzer. Je l'ai trouvée près des étangs 
de Carença, sous les pierres et parmi les broussailles (très-rare). 

11. Feronia multipunctata, Dej. Helvelia. 

Parties élevées du Pic Carlite, près des jasses où se retirent 
les bestiaux, et parties élevées du LJaurenti (rare). 

8 e Division. 
On reconnaît les espèces de cette division à leur forme 
large et aplatie. Ce sont des insectes de taille moyenne, 
toujours aptères, d'un noir luisant, peu agiles, et se tenant 
habituellement sous les pierres, dans les endroits humides. 
Leur corselet, presque carré ou trapézoïdal, est aussi large 
qne les élytres à la base; ceux-ci sont presque parallèles 
et peu allongés. Le dernier catalogue de Dejean en men- 
tionne douze espèces d'Europe. 

Cinquante-quatrième Genre, Feronia, Latr., 
Abax, Bonel. 

1. Feronia striola, Fab. ; M . 

a u i- ™ [ Austna. 

2. Feronia ovahs, Meg. ) 

frigida, Fab.. Gallia. 

TOMF. lit. 37 



578 HISTOIRE NATURELLE. 

Ces deux espèces se trouvent ensemble sous les pierres des 
bords des champs et sous les broussailles des fossés, dans les 
bois des régions moyennes; après les inondations, elles sont 
abondantes parmi les détritus des végétaux rejetés sur la grève 
par la mer, et dans les prairies maritimes. 

5. Feronia Pyrenaea, Dej. Pyrenœis. 

Les vallées élevées, La Preste et ses environs ; la vallée de Cady; 
les vallées d'Eyne et de Lié, sous les pierres et les broussailles, 
près des endroits où couchent les bestiaux. Cette espèce diffère de 
la Striola par sa taille plus allongée ; les bords latéraux des ôlytres 
n'offrent que quelques points à la base et à l'extrémité (rare). 

4. Feronia carinata, Dufts. Austria. 

Bois et plateaux des montagnes moyennes exposées au midi, 
sous les pierres et parmi les broussailles , près des haies et 
fossés ; à Glorianes et ses environs ; à la métairie Pallarès, vallon 
de Rigarda (commune). 

5. Feronia parallela, Dufts. Austria. 

Dans les terres de la plaine, entre La Tet et l'Agly, bord des fos- 
sés des champs et des prairies, sous les pierres et les broussailles. 

9 e Division. 

Insectes au-dessus de la taille moyenne, quelquefois 
assez grands, toujours aptères, d'un noir luisant, quel- 
quefois mat, peu agiles ; se trouvent sous les pierres dans 
les parties méridionales de l'Europe ; ressemblent aussi 
quelquefois aux Abax pour la forme, mais sont toujours 
plus allongés, et quelquefois aussi aux Sleropus, mais 
n'ont jamais de rebords à la base des élytres, tandis 
que ces rebords existent toujours dans toutes les autres 
divisions. Dejean fait mention de dix-huit espèces, toutes 
des pays chauds de l'Europe. 






INSECTES. 579 

Cinquante-cinquième Genre, Feronia, Latr., 
Perçus, Bonel. 

1. Feronia navarica, Latr. Pyrenœis. 

patruelis, Dut'. Hispania. 
Commune sous les pierres et les broussailles des environs du 
fort Bellegarde; dans toutes les Albères, les vallons de Banyuls- 
sur-Mer et de Port-Yendres; quelquefois aussi clans les garrigues 
de Gabestany et de Canet. 

10 e Division. 
Insectes au-dessus de la taille moyenne, toujours ap- 
tères, d'un noir luisant, quelquefois tirant sur le brun. 
Très-peu agiles, ils se tiennent sous les pierres; leur corps 
est court, assez épais, avec les pattes fortes, assez courtes, 
et le corselet cordiforme ou presque carré. Dix espèces, 
toutes d'Europe, sont mentionnées par Dejean. 

Cinquante-sixième Genre, Feronia, Latr., 
Molops, Bonel. 
i. Feronia elata, Fab. Germania. 

2. Feronia terricola, Fab. Gallia. 

Ces deux espèces sont toujours ensemble sous les pierres et 
parmi les broussailles des montagnes calcaires ; aux environs des 
marbrières de Baixas, dans les lieux ombragés par les haies des 
vignes ; à Casas-de-Pena, bord des ravins ; dans la vallée du Ver- 
double, près de la rivière (communes). 

5. Feronia spinicollis, Dej. Pyrenœis or ientalis. 

Les bassins de La Tet et de l'Agly, parmi les broussailles 
rejetées par les eaux après les inondations ; fossés des prairies 
maritimes, parmi les détritus des végétaux (rare). 

Cinquante-septième Genre, Cephaloles, Bonel. 
4. Cephalotes vulgaris, Bonel. Paris. 



Ô80 HISTOIRE NATURELLE. 

Dans les lieux humides et ombragés des bois des montagnes 
moyennes ; après les inondations , dans les parties basses parmi 
les broussailles (commun). 

2. Cephalotes politus, Dej. Sicilia. 

Parmi les broussailles des fossés et sous les pierres des champs, 
près du Tech, environs du pont de Céret; après les inondations, 
au milieu des broussailles du bord de la mer, plage de Saint- 
Gyprien (commun). 

Cinquante-huitième Genre, Stomis, Clairv. 
1. Stomis pumicatus, Panz. Gallia. 

Commun dans tous les fossés des prairies inondée